KhanPakis
05/08/2006, 18h58
LA RÉGENCE D 'ALGER
ET LE MONDE TURC
L’EMPIRE OTTOMAN
INTRODUCTION
On pourrait s'étonner de l'importance accordée au monde turc dans le présent travail : ce serait oublier que trois siècles durant, la plus grande partie du Maghreb fut colonie turque, et que ce phénomène colonial reste peu intelligible si on ne le replace dans la société qui l'a engendré.
Comme le remarque un historien (GRENARD - Grandeur et décadence de l'Asie Colin 1939.), « Si les convenances de notre enseignement public nous obligent à concentrer nos regards sur notre histoire particulière, nous ne jetons qu'un coup d'œil rapide sur le reste du monde sans marquer suffisamment les synchronismes qui permettent des comparaisons utiles. Aussi, nous rendons-nous mal compte des forces relatives qui s'exercent dans un même temps et nous ne réfléchissons pas assez qu'à côté des empires de Charles-Quint et de Louis XIV, régnaient en Asie des dominations plus vastes ».
On constate par exemple, qu'en plein XVIIème siècle, tel puissant monarque, particulièrement jaloux des prérogatives de son représentant auprès du Saint-Siège, devait souffrir que son ambassadeur à Constantinople fût emprisonné par ordre du « Grand Seigneur ».
Faut-il rappeler que Ferdinand, frère de Charles-Quint, Empereur d'Allemagne, roi de Bohême et de Hongrie, dut payer tribut au Sultan de Constantinople pour le morceau de Hongrie qu'il détenait ? Installés au cœur de l'Europe, à mi-chemin entre Constantinople et Paris, les Ottomans tinrent la Hongrie sous le joug durant Lui siècle et demi, et le flot de leurs armées vint par deux lois battre les murs de Vienne. L'Europe dut attendre jusqu'en 1699, au Traité de Carlowitz, pour que le Sultan reconnût au souverain autrichien ce titre d'Empereur que Solman le Magnifique avait refusé à Charles-Quint.
Comment les Turcs, ces nomades venus des steppes de l'Asie Centrale où naquirent. Attila, Gengis Khan et Tamerlan, sont ils parvenus à fonder un vaste empire, héritier des Empires byzantin et arabe.
A la suite de quelles circonstances le, Ottomans sont-ils devenus, pour quelques siècles, les champions de l'Islam orthodoxe.
Pourquoi et comment le Maghreb fut-il entraîné dans l'orbite de l'Empire Ottoman ?.
Ces questions intéressent autant l'Histoire de l'Europe que celle de l'Afrique du Nord, c'est pourquoi il a paru intéressant de les évoquer en manière de préambule à l'Histoire de la Régence d'Alger.
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La période turque de l'Histoire du Maghreb Commença à la suite de l'action espagnole contre les principaux ports nord-africains.
Les frères Barberousse, authentiques héros du monde musulman du XVIème siècle, furent alors appelés comme des sauveurs par les Maures d'Alger. Peut-être ne met-on pas assez en relief que le grand mérite d'un Kkaïr ed-Din fut bien cette transformation d'un repaire de corsaires en État organisé, celui de la Régence d'Alger. Les principaux rouages de cet État ne furent qu'une transplantation africaine d'institutions ottomanes séculaires : Divan, Beylerbey, Janissaires, etc. Ses principes politiques eux-mêmes s'identifient à ceux que les Turcs appliquaient dans le reste de leur Empire : indifférence à l'égard des populations, pourvu qu'elles paient l'impôt, laissent passer les troupes et ne se mêlent pas des affaires de l'État.
Une justice expéditive aux sentences redoutables, visait certes à punir les coupables, mais surtout à inspirer la terreur et le respect de l'État : l'Etat ottoman ne disposait évidemment pas des moyens de persuasion d'un État moderne. Pour la première fois depuis longtemps, le Maghreb joua un rôle dans le « concert européen » comme vassal de l'Empire Ottoman et allié de François 1er ; et les corsaires algériens tinrent comme un « second front contre l'Empire hispano-allemand harcelé en Europe centrale et en Méditerranée .A plus d'un titre, le XVIème siècle apparaît comme décisif. Quand il prend fin, les nombreuses principautés qui se partageaient le Maghreb ont disparu. Les vieilles dynasties se sont effondrées. Les Turcs règnent de la frontière marocaine à Tunis. Le Maghreb est sorti de son Moyen Age, et les trois « entités politiques »actuelles commencent à se dessiner, cependant que sur le plan économique. social et technique, il demeure à peu près tel qu'il était depuis le XIIème nu le XIIIème siècle.Le XVIIème siècle appelé encore « l'age d'or de la course » est sans doute la période qui a le plus contribué à établir la fâcheuse réputation des Turcs d'Alger. Cependant, les Turcs ont-ils été les seuls corsaires et les seuls trafiquants d'esclaves de la fin du Moyen Age et des Temps Modernes ? On doit reconnaître que « les Raïs furent à l'Islam ce que les Chevaliers de Malte étaient à la Chrétienté ». La course, d'abord justifiée par des mobiles religieux devint rapidement une simple entreprise de brigandage ; et si les Raïs ramenaient leurs prises vers Alger, c'est vers Livourne que les Chevaliers expédiaient leurs captifs turcs. Ce trafic de chair humaine, particulièrement prospère au XVIIème siècle, se pratiquait donc à une échelle internationale, D'ailleurs, l'usage des galères posait à toutes les marines méditerranéennes des problèmes identiques ; il s'agissait en effet, de recruter et de renouveler sans cesse « le monde concentrationnaire » des chiourmes. Quant aux populations du Maghreb, à l'abri des incursions européennes derrière l'écran protecteur des corsaires, elles vécurent comme repliées sur elles-mêmes, tandis que sous l'égide de l'Islam se multiplièrent mosquées, medersas, zaouïas et confréries religieuses. On doit constater que l'influence des Turcs d'Alger sur les populations arabo-berbères a été en définitive insignifiante. Nous ne saurions cependant oublier qu'Alger leur doit son premier port, c'est-à-dire le commencement de sa prodigieuse carrière. En Tunisie, les Turcs se sont finalement fondus aux autochtones auxquels ils ont donné l'actuelle dynastie beylicale.
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L'empire Ottoman a été disloqué au profit de l'Europe et des États arabes du Moyen Orient, sortis de son démembrement. Alors que le monde turc vivait dans la stagnation sociale et la sclérose des techniques, l'Europe, de l'Atlantique à l'Oural, n'avait cessé d'accroître sa puissance économique, militaire et maritime. Ce déséquilibre qui, au début du XIXème siècle, fit de Constantinople une colonie européenne, ne peut manquer de frapper l'esprit. S'il était nécessaire de rechercher une explication, il faudrait peut-être remonter vers « cette explosion de dynamisme intellectuel et moral désignée sous le nom impropre de Renaissance ». L'exemple des Humanistes exerçant leur esprit critique sur des textes, fut repris et renouvelé ; en marge de la pensée religieuse, prit naissance un nouveau courant de pensée, caractérisé par une laïcisation des connaissances humaines. Dès 1637, Galilée, Kepler, Descartes avaient ouvert la voie à cet effort continu vers t'étude de du monde basée sur l'observation exacte des faits. Les forces nouvelles ainsi libérées devaient donner à l'Europe une incontestable avance dans le domaine du progrès, et de nouveaux moyens d'expansion.
A. BENSIMON. Instituteur à Alger en 1950.
KhanPakis
05/08/2006, 19h22
LE PASSÉ LOINTAIN DES TURCS DU Xe AU XIIIe SIÈCLE
« Les temps modernes s'ouvrent sur une puissante avance de l'Asie sur le domaine européen, que marque la substitution d'un grand Empire musulman, celui des Ottomans, à l'ancien Empire romain d'Orient. »
F. Grenard
Grandeur et Décadence de l'Asie — A. Colin
LE PASSÉ LOINTAIN DES TURCS ET LES CONVULSIONS DE L'ASIE AU XIIE SIÈCLE
DES NOMADES ASIATIQUES
— Les Turcs étaient des nomades effectuant leurs migrations sur les steppes de l'Asie centrale.
— Limites approximatives de leur domaine :
- Le Pamir au Sud,
- Le désert de Gobi. L’Ienisseï à l'Est,
- La Caspienne et la Volga à l'Ouest .
LES TURCS SELDJOUKIDES
— Vers 985, un clan turc ayant pour chef un certain Seldjouk, quitte les environs du lac Balkhach, à l Est de la Mer d'Aral. (Actuel Turkestan soviétique) et vient camper en Iran.
— Récemment islamisés, les Seldjoukides entrant au service du calife de Bagdad comme mercenaires et deviennent bientôt les maîtres du pays.
— Ils prennent Bagdad, en 1055, et Jérusalem, en 1078.
— Leur Empire qui s'étend d'abord de la Perse à l'Asie Mineure, se réduit finalement à l'Anatolie.
— Héritiers des visées musulmanes sur l'Occident, ils se préparaient à envahir l'Europe et à conquérir Constantinople, mais les Croisades retardèrent de quelques siècles la réalisation de ces projets.
— A leur actif : La substitution d'un peuplement turc aux anciennes populations grecques fixées depuis des siècles sur le plateau d'Anatolie devenu un nouveau Turkestan.
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L'OURAGAN MONGOL S'ABAT SUR L'ASIE AU XIII SIÈCLE.
Les Mongols : frères de race et de langue des Turcs, leurs voisins de l'Est.
— Conduits par Gengis Khan (1155-1227) et ses successeurs, ils s'abattent sur
- la Chine et prennent Pékin (1215),
- la Russie, brûlent Moscou (1237) ; les Princes russes deviennent leurs vassaux.
- l'Europe centrale (Hongrie 1241), et orientale (Lituanie et Pologne, en 1259).
— Ils s'emparent de Bagdad en 1258 et mettent fin au califat abbasside :
- le dernier calife meurt enfermé dans un sac, foulé aux pieds d'un cheval.
- l'un de ses parents s'enfuit au Caire où règnent les Mamelouks ; en 1517, un de ses descendants cédera le titre de calife au Sultan Sélim.
- le Sultan Hafside de Tunis, Abdallah el-Mostancer (l'adversaire de Saint Louis) est nommé calife sunnite.
— En 1260, les Mongols prennent Alep, Damas, Gaza : Les Sultans seldjoukides deviennent leurs vassaux.
— De la Perse et de l'Oural à la Chine, les Mongols fondent un vaste Empire qui unifie la steppe asiatique. Et permet la reprise des relations commerciales entre l'Occident et l'Extrême Orient, par la réouverture des routes de la soie et des épices, fermées depuis la fin de l'Antiquité.
— Le voyage de Marco Polo (1271-1292) permet d'évoquer cette activité économique de l'Asie du XIIIème siècle sous les dynasties mongoles.
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APPARITION DES TURCS OTTOMANS
— Vers 1221, une tribu seldjoukide qui nomadisait au Sud-est de la Caspienne - dans le Khorassan - s'enfuit vers l'Anatolie conduite par son chef Ettoghroul.
— Osman, son fils lui succède en 1288. Selon l'usage, la tribu prend le nom de son chef : les Turcs d'Osman deviennent les Turcs Ottomans.
— Le nom d'Osman - qui fut porté par le troisième successeur du Prophète - souligne l'influence musulmane. Ce nom de … transcrit Osman, Othmân, etc. ... a donné les deux formes françaises ottoman et osmanli.
— Au début du XIVème siècle, lors de l'éclatement de l'Empire Seldjoukide, en une dizaine de principautés, les Ottomans reçoivent, au Nord-Ouest de l'Anatolie, face à Constantinople, une mince bande de territoire de 60 km de long c’est la première cellule de ce qui sera l'Empire Ottoman.
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AU XIVe SIÈCLE UNE ARMÉE PUISSANTE PERMET A L'EMPIRE OTTOMAN DE PRENDRE PIED EN EUROPE
NAISSANCE DE L'ÉTAT MILITAIRE OTTOMAN
— Orkhan (1326-1360), fils et successeur d'Osman, jette les bases de la puissance militaire ottomane par la création d'une armée nouvelle qui comporte
- une infanterie : les janissaires.
- une cavalerie : les Spahis.
LES JANISSAIRES : (YENI-TCHERI : nouvelle troupe).
— Recrutés d'abord parmi les enfants trouvés ou enlevés à leur famille dans les pays conquis, formés par une éducation appropriée, isolés du reste de la société, ils acquièrent un esprit de corps très puissant.
— Ils n'ont qu'une religion : l'Islam ; qu'une famille : leur régiment.
L'ensemble des Janissaires constitue la Garde personnelle du Sultan.
— Ils étaient 1000 au XIVème siècle, 5000 au. XVème, 24 000 à la fin du XVème siècle.
LES SPAHIS : du Persan sipah : arme ; sipahi : homme d'arme.
—A la différence des Janissaires, ce sont des Turcs.
– Des cavaliers équipés et entretenus sur les revenus des grands domaines confisqués aux ennemis, mais demeurés propriété d'État. On en comptait 30 000 au début du XVème.
— Il faut y ajouter les irréguliers et les auxiliaires non payés et vivant de butin, les soldats du train et une foule d'artisans tels que corroyeurs, cordonniers, armuriers, drapiers, boulangers, etc., qui entretenaient et renouvelaient le matériel.
CONCLUSION
— Le Sultan dispose - à peu de frais - d'une armée puissante d'environ 200000 hommes, alors qu'en Occident, les souverains doivent recruter de nouveaux mercenaires pour chaque campagne.
A LA CONQUÊTE DES DÉTROITS ET DES BALKANS
L'histoire de 1’Empire, Ottoman, c'est d'abord celle de ses conquêtes.
— Après avoir pris Brousse (1326), Nicée (1331), les Ottomans dirigent leurs coups vers 1'Europe.
— Ils prennent pied à Gallipoli (1356) et contrôlent ainsi les Détroits.
- Andrinople (1362) devient leur capitale européenne.
- La défaite des Serbes à Kossovo (30 Juin 1389) assure leur domination sur les Balkans.
— Les Hongrois inquiétés par le voisinage des Turcs en appellent à l’Occident, affaibli par la guerre de Cent Ans.
— La « Croisade » à laquelle participent les franco-bourguignons de Jean sans Peur se termine par le désastre de Nicopolis (13 Septembre 1396), « Pour 4 siècles, la Péninsule des Balkans est rayée de l'appartenance européenne. »
A LA FIN DU XIVème SIÈCLE :
— Bayazid, surnommé Yldirim, l'Éclair, par les Turcs, et Bajazet par les Européens, règne sur l'Anatolie, et la Péninsule balkanique.
— Il lui manque Constantinople, désormais entourée de possessions ottomanes.
— Pour accélérer la turcisation des peuples conquis, il déporte de nombreux Grecs en Anatolie et installe des Turcs en Grèce.
Au XVe SIÈCLE. APRÈS UNE PAUSE DE 50 ANS L'EMPIRE OTTOMAN REPREND SA POLITIQUE DE CONQUÊTES
TAMERLAN CONTRE BAYAZID
— TAMERLAN : Timour-Leng : Timour le Boiteux. C'est un Turc (non ottoman) de petite noblesse. Fanatique, et d'une cruauté calculée, il s'est taillé un Empire qui,
- s'étend de l'Indus à l'Euphrate, du Caucase au Golfe Persique, et
- avoisine celui de Bayazid à l'Ouest.
—Le choc des deux Empires se produit à Ankara (20 Juillet 1402). La défaite de Bayazid brise pour un demi-siècle l'élan des Ottomans vers Constantinople.
— Tamerlan, absorbé par d'autres conquêtes, regagne sa capitale Samarkand
— Cependant, l'Occident, dont le sort se joue sur le Bosphore,
- est toujours, en proie à la guerre de Cent Ans,
- divisé par le Grand Schisme qui dresse le Pape d'Avignon contre celui de Rome,
- ébranlé par les guerres hussites en Europe Centrale.
—D'ailleurs, Byzance a depuis longtemps cessé d'inquiéter les Ottomans.
Elle est en effet affaiblie par les querelles de clans, coupée du reste de la Chrétienté par la haine farouche du clergé orthodoxe pour l'Église latine.
— Ni Byzance, ni l'Europe, ne peuvent exploiter le répit laissé par la défaite d'Ankara : 1453 verra la fin de la guerre de Cent Ans et la fin de Byzance.
LA PRISE DE CONSTANTINOPLE : 29 Mai 1453 :
— C'est l'œuvre du Sultan ottoman, Mohammed II Fatih (le Conquérant). A la tête de 160 000 guerriers partis d'Andrinople, il investit la « Rome d'Orient », qui, à l'abri de sa triple enceinte de remparts, avait défié tant d'invasions.
— La défense de la ville est assurée par 3000 résidents vénitiens, génois, catalans et 3000 marins de différentes nationalités.
— Après 2 mois de siège (6 Avril-29 Mai 1453), l'infanterie ottomane s'engouffre dans une brèche ouverte par l'artillerie dans les remparts. Pour la première fois dans l'Histoire, une grande cité tombe sous les coups de l'artillerie. Les Ottomans disposaient en effet d'énormes canons de bronze qui projetaient des boulets de pierre. La ville est mise à sac pendant 3 jours et 3 nuits
— Constantinople, désormais Istamboul, devient pour 500 ans la capitale de l'Empire Ottoman.
— Pour les historiens, cet événement marque la fin du Moyen Age et le commencement d'une nouvelle période de l'Histoire : les Temps Modernes.
L'ORIENT MUSULMAN CAUSE INDIRECTE DES GRANDES DECOUVERTES ?
— Au XVème siècle, les routes maritimes des épices aboutissent à Beyrouth et Alexandrie. D'autre part, Trébizonde, Caffa (Mer Noire) et Constantinople sont les points d'arrivée ces routes continentales venant d'Asie :
Le ravitaillement de l'Europe en poivre est donc tributaire des Sultans d'Égypte et de Syrie, ainsi que de Venise ; ils ne manquent pas d'en abuser.
Cette situation contraint les marins d'Extrême-Occident à rechercher par delà le Cap de Bonne-Espérance, le contact direct avec les Indes.
- C'est en recherchant la route des Indes que Christophe Colomb découvre l'Amérique,
- C'est après trois quarts de siècle d'efforts opiniâtres que les Portugais abordent à Calicut en 1498 avec Vasco de Gama.
— En prenant à revers les positions ottomanes, ils établissent la liaison directe avec l'Asie, puis tentent de bloquer les voies maritimes qui aboutissent à Ormuz et Aden, afin de s'approprier le monopole du poivre.
— Il convient cependant de souligner que « l'expansion européenne qui désormais va constituer le point essentiel de l'histoire des hommes, ne saurait cependant se réduire à une aventure portugaise et espagnole
Les tentatives anglaises, françaises, hollandaises et surtout russes, telles que l'exploration de la Sibérie par les Cosaques et la conquête de la route des steppes vers le Pacifique, n'en ont pas moins eu des conséquences importantes. » (Dumoulin de la Plante - Histoire Synchronique. p. 297 - Gallimard.).
KhanPakis
05/08/2006, 19h26
A LA FIN DU XVe SIÈCLE.
— Après Constantinople, Mohammed II pousse les frontières de son Empire jusqu'à la Save, les Carpates, la Crimée, en installant son protectorat sur la Moldavie, la Valachie et le Khanat des Tatars de Crimée.
— En Méditerranée : il enlève aux Vénitiens l'île d'Eubée (1471) et les places de Coron, Modon et Lépante (1502).
— Venise conserve encore les îles Ioniennes, Chypre, la Crête.
— Cependant, à partir de Rhodes, les Chevaliers de Saint-Jean écument la Méditerranée orientale.
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KhanPakis
05/08/2006, 19h33
Au XVIe SIÈCLE. APOGÉE DE L'EMPIRE OTTOMAN
Alors que Charles-Quint devient Empereur, Luther rompt avec le Pape (1519).
L'unification de l’Europe à se heurter :
- à la Réforme qui brisera l'unité spirituelle de la Chrétienté,
- à la résistance des Rois de France, attachés à sauvegarder leur indépendance,
- aux Turcs qui vont reprendre leur marche en avant.
CONQUÊTE DES LIEUX SAINTS DE L'ISLAM.
En 1516-1517, Selim, successeur de Mohammed II Fatih s'empare de l'Égypte et de la Syrie.
Conséquences :
— L'Empire Ottoman étend désormais sur trois continents.
— Selim se fait céder par le dernier descendant des Califes abbassides de Bagdad réfugié au Caire, le titre de « Commandeur des Croyants » ou « Amir el-Mouminîn ».
— Il devient aussi le Protecteur des Lieux Saints de l’Islam ( La Mecque, Médine) et maître des grandes capitales historiques : Damas, Le Caire. Bagdad (1534).
— Face à la Chrétienté, le Sultan de Constantinople est désormais le champion de l'Islam Orthodoxe.
EXPANSION TURQUE EN AFRIQUE DU NORD
— En 1518, Khaïr ed-Dîn, maître d'Alger, se place sous la suzeraineté du Sultan : Le Maghreb (moins le Maroc), devient l'aile gauche d'un vaste dispositif dont la Crimée constitue la droite.
— En Méditerranée occidentale la prise du Pegnon par Khaïr ed-Dîn (1529) donne à la piraterie un nouvel essor. A partir d'Alger, les corsaires ravagent périodiquement les côtes d'Espagne, d'Italie, de Sicile et de Sardaigne.
— La lutte contre les Turcs d'Alger devient une des préoccupations importantes de Charles-Quint ; son expédition de 1541 s'inscrit dans ce cadre.
— La maîtrise du bassin occidental appartient cependant aux marines chrétiennes.
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CONQUÊTE DE LA HONGRIE
— Les Turcs, installés en Europe Centrale reprennent leur marche sur l'ouest. Ils s'emparent de Belgrade en 1521.
— La succession de Hongrie laissée vacante par le décès de son souverain mort sans enfant, oppose irréductiblement l'Empire Germanique et la Puissance Ottomane.
— Les `Hongrois écrasés à Mohacs (1526) sur le Danube, passent pour un siècle et demi sous la domination turque. Soliman entre à Bude la même année ; il contrôle les deux tiers de la Hongrie.
— En 1530, il assiège Vienne, sauvée par l'indiscipline des Janissaires.
Ferdinand, frère de Charles-Quint, doit bientôt verser au Sultan un tribut annuel de 30.000 ducats pour le morceau de Hongrie qu'il a pu conserver.
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EN MÉDITERRANÉE ORIENTALE
Le même duel se poursuit entre la Chrétienté et l'Islam.
Quelques étapes de l'établissement de l'hégémonie ottomane :
— 1522. Les Turcs délogent de Rhodes, les Chevaliers de Saint-Jean que Charles-Quint installe à Malte. Devenus désormais les Chevaliers de Malte, ils poursuivent la lutte contre les Ottomans, les rançonnent et les vendent comme esclaves aux chiourmes européennes.
— 1537. Les Ottomans enlèvent aux Vénitiens leurs possessions de Mer Égée (Cyclades), et attaquent Corfou l'année suivante.
— 1535. Le corsaire turc Dragut occupe Tripoli et connaît une fortune semblable à celle des Barberousse ; il finit même par s'emparer du Sud tunisien.
— Le désastre espagnol devant Djerba en 1560, le siège de Malte par les Turcs en 1565 évoquent la continuité et l'âpreté de la lutte.
— Un fait essentiel à mettre en relief : l'intérêt constant porté par Charles-Quint et ses successeurs à La Goulette (sur le lac de Tunis),
- poste de guette à la sortie du bassin occidental de la Méditerranée,
- complément nécessaire de Naples, la Sicile, Malte, sentinelles avancées de l'Empire.
Ainsi s'explique le protectorat espagnol sur les Hafsides, « clients » des Rois Catholiques
— Dans le tiers du XVIème siècle, le même combat se poursuit d'un bout à l'autre de la Méditerranée
- 1569-70. Les Maures de Grenade, poussés à bout par l'Inquisition se révoltent.
- 1570. Les Ottomans prennent Chypre aux Vénitiens.
- Sur l'initiative eu Pape, une Ligue contre le Turc se constitue avec l'Espagne et Venise.
-La coalition détruit la flotte Turque dans le golfe de Lépante (1571) :
Cette victoire eut un retentissement considérable dans la Chrétienté ; mais elle ne fut pas exploitée. L'Empire Ottoman ne subit aucune diminution territoriale et reconstruisit bientôt sa flotte.
- 1573. Don Juan d'Autriche - le vainqueur de Lépante - s'empare de Tunis. Succès éphémère : Les Turcs enlèvent définitivement la ville en 1574.
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CONCLUSION :
L'Empire Ottoman est devenu l'héritier de l'Empire Arabe, et de l'Empire Byzantin.
— L'autorité du Sultan de Constantinople s'étend du Danube aux rives du Don, de la Moulouya(Maroc), à la première cataracte du Nil et à l'Euphrate.
— La Mer Noire, la Mer Égée, le bassin oriental de la Méditerranée, sont des lacs turcs.
— Venise conserve encore la Crête, mais son éviction marque le triomphe de l'Islam, et la ruine de la marine chrétienne en Méditerranée orientale.
— En Méditerranée occidentale, l'Espagne qui a perdu la plupart de ses places fortes, conserve seulement Melilla, Mers el-Kébir : la fin du XVIème siècle consacre la faillite de sa politique africaine.
— En Europe centrale, les Ottomans installés à mi-chemin entre Constantinople et Paris demeurent des voisins inquiétants pour la Maison d'Autriche.
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KhanPakis
05/08/2006, 19h36
SOLIMAN LE MAGNIFIQUE ET FRANÇOIS 1er
LES CAPITULATIONS
— Après le désastre de Pavie (1525), François 1er, surmontant les préjugés de ses contemporains, inspiré par la nécessité de s'appuyer sur une flotte capable de lutter contre les Espagnols en Méditerranée, recherche l'alliance turque.
« En l'an de Jésus 1535 », et de « Mahomet 941 », Soliman concède à la France un certain nombre d'avantages commerciaux, dont le texte a reçu le nom de « Capitulations ».
- Des articles concernant :
- les prérogatives commerciales des négociants français au Levant,
- des garanties d établissement telles que,
- le droit de pratiquer librement leur religion,
- d'être jugés par leurs consuls - au civil et au criminel,
- de rentrer en France et de léguer leurs biens à leurs parents.
— Ces garanties pouvaient s'appliquer aux autres Chrétiens désireux de commercer avec les Turcs et qui acceptaient de se placer « sous la bannière du Roi de France ».
— De plus. le Sultan autorisait « l’empereur de France » à châtier les pirates d'Alger et de Tunis qui attaqueraient les navires français.
RÉSULTATS DES CAPITULATIONS
Les historiens en discutent :
— François 1er s'aliéna l'opinion du monde chrétien, sans aboutir à une authentique collaboration franco-turque contre Charles-Quint.
— A noter cependant en 1543 l'intervention de la flotte algérienne de Khaïr ed-Dîn aux côtés des escadres de François 1er, contre Nice, possession du Prince de Savoie, allié de Charles-Quint, et son séjour de 6 mois à Toulon.
— L'exterritorialité accordée aux sujets français dans l'Empire Ottoman se justifiait par le fait que la loi coranique n'était pas applicable aux non musulmans, les Turcs abandonnaient l'administration des communautés étrangères à leurs chefs religieux, responsables devant eux.
— La situation privilégiée de la France dans l'Empire Ottoman contribua à la prospérité de Marseille.
— Quoi qu'il en soit, l'intérêt que les successeurs de François 1er porteront au renouvellement des Capitulations, montre assez l'importance qu'ils accordaient à ces traités.
KhanPakis
05/08/2006, 19h40
AUX XVIIe et XVIIIe SIÈCLES.
PREMIÈRES DIMINUTIONS TERRITORIALES : La Hongrie et le Littoral de la Mer Noire
UNE COMPENSATION : La Conquête de la Crête
De la mort du Soliman à la fin du XVIIème siècle, les Ottomans sont en lutte,
- avec l'Autriche qui leur dispute la Hongrie et
- avec la Russie. pour la possession du littoral de la Mer Noire.
LES AUTRICHIENS EN HONGRIE :
— Cent ans après Lépante. Autrichiens et Polonais vivent sous la menace ottomane ; en Allemagne on sonne chaque jour le tocsin aux Turcs.
— 1664 : Défaite des Ottomans au Saint-Gothard, (sur le Raab, affluent du Danube), la victoire la plus importante des Chrétiens sur les Turcs depuis 300 ans ; un contingent français y participe.
— Le potentiel turc n'est cependant pas entamé ; et dix neuf ans plus tard. Mohammed IV vient encore assiéger Vienne (1683).
— 1684 : Une coalition groupe l'Autriche, la Pologne, la Russie, Venise contre le Turc.
— 1686 : Les Ottomans abandonnent Bude.
— 1688 Ils perdent Belgrade et se retirent jusqu'à la Save et au Danube.
CONSÉQUENCES :
Libérée des Ottomans, la Hongrie passe aux Autrichiens.
Pour les Habsbourg, c'est ici fin du cauchemar turc.
— Les traités de la fin du XVIIème siècle et du début du XVIIIème siècle consacrent cette rupture d'équilibre au profit de l'Europe :
— Karlowitz (1699) : Hongrie et Croatie sont annexées par l'Autriche.
- Le tribut payé par l'Empire germanique et la Pologne est supprimé.
- Le Sultan reconnait au souverain autrichien le titre d'Empereur que ses prédécesseurs avaient toujours refusé à Charles-Quint.
- Pour la première fois, deux puissances chrétiennes ont servi de médiatrices : l'Angleterre et la Hollande.
- Passarowitz(1718) : l'Autriche poursuit son expansion aux dépens de l'Empire Ottoman.
- Elle annexe : la Valachie occidentale ;
- Une bande de territoire serbe.
- Belgrade devient autrichienne.
LES RUSSES EN MER NOIRE
— Dès le XVIème siècle, le prince Ivan (le Terrible) ouvrait à son pays la route de la Caspienne, par la prise de Kazan, Astrakhan.
— Cependant la Baltique restait fermée par la Suède et la Pologne ; la Sibérie n'aboutissent qu'aux mers arctiques, la Mer Noire était contrôlée par les Turcs.
— Pierre le Grand occupa Azov pendant quelques années (1696-1711).
— Catherine II, poursuivant la même politique, obtint du Sultan Adbul-Hamid le littoral de la Mer d'Azov (traité de Kaïnardji 1774).
— Le successeur d'Abdul-Hamid, Selim III dut abandonner aux Tsars toute la côte septentrionale de la Mer Noire, du Dniestr au Kouban (traité de fassi 1792) ; ces deux fleuves servant de frontières aux deux Empires.
http://img73.imageshack.us/img73/312/14premieredimuix4.jpg (http://imageshack.us)
EN MÉDITERRANÉE ORIENTALE :
Les Ottoman compensent leurs échecs sur le continent par la conquête de la Crête, dernière position de Venise dans le bassin oriental.
— La prise de sa capitale Candie en 1669 mit fin à un siège de 25 ans. C'est l'un des événements importants du siècle.
— Mazarin, puis Louis XIV avaient envoyé un contingent français et une flotte qui participèrent à la défense de l'île.
CONCLUSION :
— A la fin du XVIIIème siècle, l'Empire Ottoman est toujours une très grande puissance ; mais il a cessé d'être un péril pour l’Europe. Le Grand Turc devient « l'Homme malade » ont chacun convoite l'héritage. De plus, l’État Ottoman dont la structure n’a guère varié, donne des signes de faiblesse.
KhanPakis
05/08/2006, 19h47
LOUIS XIV ET L'EMPIRE OTTOMAN
Après la mort de François 1 er, les guerres de religion paralysent la politique orientale de la France. Henri IV, puis Richelieu et le Père joseph, songent à l'union de l'Europe contre le Turc. Louis XIV, partagé entre l'esprit de croisade et les projets plus réalistes de Colbert, a d'abord été séduit par ce rôle de libérateur que lui prêtait le catholicisme militant. L'ouvrage du Père Dan que nous citons, traduit ce courant d'opinion.
La Paix entre Venise et la Porte, signée le 6 Septembre 1669, mettait fin à la guerre de Crête. Elle permit au Roi d'amorcer un rapprochement avec « le Grand Seigneur » de Constantinople. D'autre part, les vues de Colbert touchant le développement du commerce avec les Échelles du Levant.
Son désir de détourner vers la Mer Rouge et Alexandrie le commerce de l’Inde qui enrichissait Anglais et Hollandais, impliquaient un accord ottoman. Quant aux Turcs, ils avaient assez peu apprécié la participation française à la bataille du Saint-Gothard à la défense de Candie (Crête) et l'activité des Chevaliers de Malte, Français en majorité. Un envoyé du Sultan est reçu à la Cour en 1669, sans résultat. Cependant, le cérémonial quelque peu fantaisiste de sa réception par M. de Lyonne aurait inspiré à Molière les « Turqueries » du Grand Mamamouchi dans le Bourgeois gentilhomme.
En 1673, le Sultan renouvelle les Capitulations. Leurs clauses sont particulièrement avantageuses pour la France ; elles stipulent en effet :
- une diminution des taxes de douane, ramenées de 5 à 3% pour les marchandises importées par l'Empire Ottoman,
- la reconnaissance à la France de la protection des religions des autres nations.
A partir de 1688, début de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, les preuves de la fin du règne contribuèrent à rapprocher le Roi de France et le Sultan de Constantinople qui trouvait de nombreux sujets d'inquiétude tant en Europe Centrale qu'en Mer Noire.
KhanPakis
05/08/2006, 19h52
ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE L'ÉTAT OTTOMAN AU XVIII SIÈCLE
Le type du gouvernement absolu.
Tout était entre les mains du souverain : la vie et les biens de ses sujets.
LE GOUVERNEMENT :
LE SULTAN était à la tête de l’État. C’était un chef à la fois religieux et militaire. Il vivait à Constantinople au milieu d’une Cour nombreuse et brillante, semblable à celle des empereurs byzantins.
LE GRAND VIZIR et ses auxiliaires assistaient le souverain. Le Grand Vizir exerçait 1e pouvoir effectif. Il était le dépositaire des sceaux. A ce poste périlleux, le Vizir ne survivait pas à un échec, et le Sultan pouvait prendre ombrage de ses réussites. En deux siècles, sur 66 vizirs, 15 ont péri de mort violente.
LE DIVAN, aux côtés du Sultan et du Grand Vizir, était une Assemblée de hauts dignitaires, présidée soit par le Sultan dissimulé derrière une fenêtre grillagée, soit par le Grand Vizir.
Le Divan était à la fois :
- un Conseil des Ministres,
- un Conseil d'État,
- une Haute Cour de Justice.
Après le Grand Vizir, le Mufti était le second personnage de l’État, interprète suprême de la loi religieuse.
Le siège du Gouvernement s'appelait : al-Bâb al-‘Ali la Sublime Porte pour les Français, l'Excelse Porte pour les Anglais.
Quant au Sultan, il était pour les Occidentaux, le Grand Seigneur ou le Grand Turc.
L'ADMINISTRATION
COMMENT ELLE ÉTAIT CENTRALISÉE.
L'Empire était divisé en provinces administrées par des Beylerbeys, (Beys des beys), sortes de gouverneurs généraux. On comptait les Beylerbeys d'Anatolie pour l'Asie, de Roumélie pour l'Europe (Roum Ili, pays des Grecs), et enfin un Beylerbey pour l'Afrique du Nord. Khaïr ed-Din fut le premier titulaire de ce poste, et ‘Euldi ‘Ali le dernier.
Chaque province était divisée en unités administratives plus petites, administrées par des Beys (du vieux turc Beg). Beylerbeys et Beys portaient également le titre de Pachas. Ils achetaient leur charge pour un an : cette mesure, peu favorable à une bonne administration, stimulait chez les hauts fonctionnaires le désir de s'enrichir rapidement.
SES MÉTHODES.
La corruption était de règle à tous les étages : rôle important du «bakchich ». Aux populations , les Turcs laissaient leur religion, leur langue nationale, leurs coutumes particulières, leurs chefs élus. Ils avaient surtout des préoccupations d'ordre fiscal et militaire.
RECRUTEMENT DU PERSONNEL DE L'ÉTAT.
Le plus cosmopolite qui soit : il était recruté parmi toutes les nationalités de l'Empire : Grecs, Serbes, Croates. Bulgares, Albanais, Valaques, Transylvains, Hongrois, Tartares. Mongols. Circassiens, Géorgiens, Kurdes, Persans, Syriens, Arabes, Contes, Berbères, Nègres. Russes. Polonais, Bohémiens, Allemands, Italiens, Français, Espagnols. Fonctionnaires et soldats étaient levés parmi les jeunes gens des communautés chrétiennes par des commissions qui siégeaient à date fixe. Des établissements spéciaux leur donnaient la formation nécessaire. Privés de vie familiale ils étaient unis par un esprit de corps très puissant. La conversion venait avec la situation acquise : Ainsi s'est formée la classe des grands renégats, bâtisseurs de l'Empire.
KhanPakis
05/08/2006, 19h55
LA RELIGION ET L'ARMÉE. BASES DE L'AUTORITÉ DU SULTAN
LA RELIGION.
Le Sultan est le Chef suprême de l'Islam Orthodoxe. Selim (1512-1520) avait pris le titre de « Khalîfa Rasûl Allah », Vicaire de l'Envoyé de Dieu, c'est-à-dire du Prophète, et aussi celui d'« Amîr el-Mouminîn » (Commandeur des Croyants). L'Islam Sunnite , c est-à-dire orthodoxe, forme bloc, d'une part face au Chi ' isu1e, et d'autre part face à la Chrétienté. Le spirituel et le temporel, le civil et le religieux sont étroitement liés. Les juristes interprètes la loi religieuse dont le Sultan n'est que l'exécuteur suprême. Il ne fait d'ailleurs que des règlements d'administration publique ou Kanouns (mot tiré du grec canon). Soliman (1520-1566), dit le Magnifique en Occident, est surnommé le Kanouni, le Législateur.
LE CLERGÉ.
Mot à ne pas prendre dans son sens occidental. Il s'agit des juristes et docteurs de la Loi ou Ulémas (de l'arabe ‘ulamâ pluriel de ‘âlim, docte, savant). Le clergé a la garde et l'interprétation de la Loi, ainsi que la charge de l'instruction et de l'assistance publiques. Il possède ses biens et ses ressources propres. A la tête des Ulémas dans chaque province, est placé un Mufti, « il ne prend pas lui-même de jugements, mais délivre des consultations juridico-religieuses, (fetoua), d'après lesquelles les juges rendent leurs sentences. »
Celui de Constantinople avait, depuis Mohammed II,la prééminence sur ceux des autres provinces, il donnait son avis dans certaines circonstances graves (guerre, punition d'un Ministre...) et il avait le privilège de ceindre le sabre d'Osman au nouveau souverain.
CONCLUSION.
Malgré leur importance et leur grande influence, les agents du culte n'ont pas d'autorité propre dans l'État, et ils ne peuvent jouer le rôle de l'Église en Europe à la même époque. On verra même un Grand Mufti mis à mort par le Sultan.
L'ARMÉE.
C'est « la religion en marche ». Elle fait corps avec l'État : Le Sultan en est le chef suprême, les Ministres y ont un grade, le Gouvernement la suit dans ses déplacements.
Cependant au XVIIIème siècle, Les Janissaires n'étaient plus exactement « les moines guerriers » d'autrefois, ils se mariaient, pouvaient ouvrir boutique, leurs rangs étaient ouverts à leurs enfants et aux éléments troubles de la population. Ils prétendaient régenter l'État et devinrent un obstacle à toute réforme.
En 1826 , le Sultan Mahmoud (1808-1830) les fit massacrer jusqu'au dernier. Les Spahis étaient entretenus sur les revenus de domaines concédés par l'État, au XVIIIème siècle, ces fiefs n'étaient pas toujours distribués à des soldats, mais à des courtisans et à des fonctionnaires. Les véritables spahis eux-mêmes pouvaient se racheter par une contribution.
L'Artillerie.
la meilleure d'Europe pendant longtemps, sous la direction de maîtres allemands et hongrois, était surclassée par celle des puissances européennes. La décadence de l'Empire Ottoman fut liée à l'affaiblissement de son armée, instrument de sa politique d'expansion permanente.
CONCLUSION :
L'État Ottoman, était un État militaire musulman. Son centralisme administratif très poussé lui a permis de durer malgré son immense étendue, la diversité des populations, et les convoitises européennes.
KhanPakis
05/08/2006, 19h59
XIX et XX° SIÈCLES.
LE DÉMEMBREMENT DE L'EMPIRE OTTOMAN EST ACHEVÉ PAR :
LES NATIONALITÉS DANS LES BALKANS,
LA COLONISATION EUROPÉENNE EN AFRIQUE,
LA RÉVOLTE DES PROVINCES ARABES AU MOYEN ORIENT.
Au Congrès de Vienne (1815), les Ottomans perdent la Bessarabie, déjà cédée au Tsar Alexandre depuis 1812, à la veille de la campagne de Russe.
LES NATIONALITÉS.
En Europe comme en Amérique, l'idée de l'indépendance et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes se développe. Serbes, Grecs. Roumains. Bulgares, à qui les Turcs ont d'ailleurs laissé leur langue, leur religion et leur culture nationale, vont se constituer en nations indépendantes.
Les Serbes se révoltent en 1804 sous la conduite de Kara-Georges, ancien sous-officier de l'armée autrichienne. Ils sont écrasés par les Turcs, à la faveur de la trêve conclue avec Alexandre moyennant la Bessarabie. Un nouveau soulèvement (1815), dirigé par un porcher, Michel Obrénovitch, aboutit à une semi autonomie. Les Grecs secouent la tutelle ottomane en 1820. S' ils ont la sympathie de l'Europe, Metternich voit en eux des rebelles.
La flotte ottomane est défaite à Navarin (1827) par les escadres russe, française, anglaise. L'indépendance de la Grèce est proclamée à Andrinople (1829), ainsi que celle de la Serbie et des Provinces roumaines. La Roumanie unifiée, Bulgarie, le Monténégro conquièrent également leur indépendance, reconnue au Traité de Berlin (1878).
LA COLONISATION :
Le 5 juillet 1830, Alger est occupée par l'armée française, les Janissaires sont rembarqués quelques jours après pour l'Asie mineure. Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, la Tunisie, l’Égypte, la Tripolitaine et les îles du Dodécanèse passent sous le contrôle de la France, de l'Angleterre et de l'Italie
LA RÉVOLTE DES PROVINCES ARABES
La première guerre mondiale achève cette désagrégation par la révolte des pays arabes qui donne naissance à de nouveaux États : Irak, Syrie, Liban. Palestine, Transjordanie (carte 9). Les deux protagonistes de la révolte armée sont l'émir Fayçal (plus tard roi d'Irak), et le fameux Lawrence.
LE CRÉPUSCULE DE L'EMPIRE - INSTAURATION D'UN ÉTAT NATIONAL TURC :
Tout au long du siècle, chacun prévoyait la fin prochaine de l' « homme malade », le jeu complexe des rivalités européennes autour de la succession porte le nom de « Question d'Orient. » L'Empire Ottoman, réduit à Constantinople et sa banlieue en Europe, et à l'Anatolie en Asie, par le Traité de Sèvres (1920), rompit alors avec son passé et s'engagea dans une voie nouvelle par:
- la proclamation de la République. (1923).
- la suppression du Califat (3 mars 1924),
- la laïcisation de l'État, l'abandon de l'alphabet arabe.
- et l'interdiction du voile.
La Turquie renonçait ainsi à la direction spirituelle du Monde Musulman.
KhanPakis
05/08/2006, 20h03
LE MAGHREB A LA FIN DU XVe Siècle
Les trois royaumes héritiers de l'Empire Almohade vont connaître des moments décisifs.
EN TUNISIE
Le Royaume Hafcide reste puissant. Cependant, le sud du pays, en proie aux nomades, échappe au Sultan de Tunis.
Dans le courant du XVIème siècle les Hafcides affaiblis vont devenir des clients ces Rois « Très Chrétiens ». Dynastie Hafcide et domination espagnole finiront en même temps sous les coups des Turcs.
A TLEMCEN
L'ancien Royaume Abd el-Wâdide connaît un sort à peu près semblable.
D'abord protectorat espagnol (1511), il passera aux Turcs en 1551.
AU MAROC
Émietté en une poussière de tribus, de nouvelles forces prennent naissance sur les débris du pouvoir : confréries, zaouïas. chérifs, marabouts, etc. .
Leur développement sera favorisé par l'exaltation du sentiment religieux, consécutive aux conquêtes portugaises et espagnoles.
KhanPakis
05/08/2006, 20h12
LA CROISADE ESPAGNOLE - SES CONSÉQUENCES
LES CONQUÊTES
Après la prise de Grenade (1492), les Espagnols ont pratiquement terminé la reconquête de leur pays sur les Musulmans qu'ils poursuivent en Afrique.
Dès 1497, ils s'emparent de Melilla et en 1505, le Cardinal Ximénès entre dans Mers el-Kébir. En 1509, ils sont à Oran et Pedro Navarro enlève Bougie et Tripoli en 1510.
Devant ces succès, Alger reconnaît la souveraineté de Ferdinand le Catholique et lui cède l'un des îlots situés au Nord Ouest de la ville et qui ont contribué à lui donner son nom arabe : El-Djezaïr : les îles.
Les Espagnols transforment cet îlot en forteresse : Le Peñon, et contrôlent ainsi le mouvement des navires. Les corsaires doivent alors haler leurs bateaux sur la plage de Bab el-Oued, à un mille à l’ouest d'Alger.
http://img279.imageshack.us/img279/4945/15croisadeespagnoleoc4.jpg (http://imageshack.us)
A LA MORT DE FERDINAND, ALGER APPELLE LE CORSAIRE AROUDJ (1516).
Les Algérois estiment en effet que la mort du souverain espagnol met fin à leur vassalité à l'égard de l'Espagne. Pour venir à bout du Peñon, « cette épine placée dans leur cœur » ils appellent le corsaire Aroudj ou Baba Aroudj. Selon les chroniqueurs, c'était le fils d'un spahi en retraite installé comme potier dans l'île de Mytilène (l'antique Lesbos). Ses exploits contre les Espagnols lui avaient valu une certaine célébrité :
- pratique de la piraterie au service du Sultan de Tunis, à partir de Djerba (depuis 1504 probablement), puis La Goulette,
- siège de. Bougie (1512).
- prise de Djidjelli d'où il ravageait les côtes d'Espagne et d'Italie,
- assistance aux Musulmans espagnols qui gagnaient l'Afrique du Nord.
ALGER TROUVE EN AROUDJ, UN MAÎTRE QUI VA COMMENCER SA PUISSANCE :
S'il ne parvient pas à s'emparer du Peñon, Aroudj s'installe solidement à Alger et procède à quelques exécutions. Il étrangle de ses propres mains le « Roi d'Alger » Selim qui l'avait appelé, puis exécute à Cherchell un de ses anciens camarades, corsaire comme lui ; un rival éventuel est ainsi supprimé. Aroudj s'empare ensuite de Tlemcen dont il chasse le souverain, fuyant la ville assiégée par les Espagnols et poursuivi par les troupes d’Oran, il meurt les armes à la main près de Rio Salado (1518). Il était parvenu à établir son autorité sur la Mitidja, la Vallée du Chélif, le Titteri (Province de Médéa), l'Ouarsenis.
http://img177.imageshack.us/img177/8198/17croisadeespagnolean0.jpg (http://imageshack.us)
L'ŒUVRE DE KHAÏR ED-DIN, CORSAIRE ET HOMME D'ÉTAT
L'oeuvre de Khaïr ed-Dîn, frère et successeur de Aroudj est caractérisée par :
— L'inclusion du Maghreb dans l'Empire Ottoman, et sa participation au « concert européen ».
— La prise du Peñon, la création du port d'Alger et le nouvel élan donné à la guerre de course.
— L'organisation administrative de la Régence.
LE MAGHREB INTÈGRE A L'EMPIRE OTTOMAN :
Pour venir à bout des résistances locales, et des intrigues espagnoles. Khaïr ed-Dîn, se place sous la suzeraineté du Sultan de Constantinople (1518).
Il en obtient le titre de Beylerbey, 2.000 Janissaires et de l'artillerie.
Rappelons que depuis 1517, l'Empire Ottoman' s'était déjà agrandi de l'Égypte et de la Syrie.
PRISE DU PEÑON ET CONSTRUCTION DU PORT (1529)
Le Peñon fut emporté après trois semaines de bombardement ; son gouverneur, Martin de Vargas, capturé, mourut sous le bâton. Une jetée relia les récifs d'El-Djezaïr à la côte : le port d'Alger était créé . Cet abri relativement sûr devait « donner une vive impulsion à la piraterie ». Pendant trois siècles, Alger allait défier l'Europe. Par sa position géographique il commande les communications dans le bassin occidental de la Méditerranée. De tous les corsaires, ceux d'Alger étaient les plus redoutés des bateaux navigant entre l'Espagne et l'Italie.
http://img177.imageshack.us/img177/6826/18croisadeespagnolemv3.jpg (http://imageshack.us)
KhanPakis
05/08/2006, 20h17
UNE PUISSANTE RÉACTION ESPAGNOLE CONTRE ALGER
L'EXPÉDITION DE CHARLES-QUINT (1541)
Après avoir un moment guerroyé à Tunis (1534) et s'en être retiré devant l'intervention de Charles-Quint (1535). Khaïr ed-Dîn avait rejoint Constantinople (1541) avec le titre de Capitan Pacha, (Grand Amiral de la flotte ottomane).
Charles-Quint, irrité par les incursion des corsaires sur les côtes d'Espagne et d'Italie, et leurs relations avec François 1er à la suite des « Capitulations », réunit une flotte et une armée considérables : 65 galères, 7.000 hommes d'équipage, 451 transports, 29.000 soldats (allemands, italiens, espagnols). Le débarquement s'effectue avec succès sur la plage du Hamma à l'est d'Alger. L'Empereur espagnol investit la ville et plante sa tente sur la colline dite depuis du Fort l'Empereur. Cependant, une violente tempête comme il en souffle en automne sur les côtes d'Algérie disperse la flotte oui se réfugie à l'extrémité de la baie (Cap Matifou), et mouille les poudres. Après l'échec d'un premier assaut, il ordonne l'embarquement des débris de son armée (8 octobre 1541) et fait voile sur Bougie. Il a perdu 140 navires et 10.000 soldats. Cette résistance victorieuse vaut à la ville une solide réputation d'invulnérabilité. Cependant la lutte des deux grands Empires se poursuivra durant tout le siècle. Alger, Tunis, Tripoli, vont jouer leur rôle aux côtés de l'Empire Ottoman, dans la lutte gigantesque qui l'opposera aux successeurs de Charles-Quint.
KhanPakis
05/08/2006, 20h21
ORGANISATION DE L'ÉTAT DE LA RÉGENCE
A l'image de l'État Ottoman, c'est un « État gendarme », appuyé sur une milice.
BEYS - BEYLERBEYS - PACHAS ET DEYS.
Ces mots, que l'on rencontre à chaque page de l'Histoire des Régences d'Alger et de Tunis, méritent une explication préalable.
Les dignités qu'ils désignaient étaient particulières à l'Empire Ottoman ; certaines, devenues purement honorifiques, lui ont même survécu jusqu'en juillet 1952 dans les pays du Moyen Orient. La fortune de ces titres a été liée aux succès de ceux qui les ont imposés à la suite de révolutions de palais. Finalement, un Dey a régné sur Alger à partir de 1671 ; un Bey règne encore à Tunis.
D'après l'Encyclopédie de l'Islam, et en simplifiant, on peut préciser que le mot Bey (Beg en langue turque), a fini par désigner « toute autorité au sens le plus large du mot, depuis le maire de village jusqu'au gouverneur de province ».
Les hauts gouverneurs de Roumélie (Turquie d'Europe). d'Anatolie (Turquie d’Europe) et d'Afrique du Nord portèrent le titre de Beylerbey (begler beg), équivalent de l'arabe Amîr al al-Umarâ ou Émir des Émirs :
Le premier Beylerbey d'Afrique septentrionale fut Khaïr ed-Dîn, et le dernier Euldj Ali (1587).
Le mot Dey, qui ;désigna les chefs de la Régence d'Alger, vers la fin du XVIIème siècle. « Semble avoir été appliqué à un officier subalterne de la Milice des Janissaires » .Quant au titre de Pacha, il était « le plus haut des titres officiels ». D'abord apanage des Beylerbeys et des Vizirs, il s'étendit aux fonctionnaires qu'on leur assimila, les gouverneurs de province en particulier Alger, Tunis, Tripoli, devinrent des Pachaliks lors de la suppression des Beylerbeys, et leur remplacement par des Pachas triennaux, à la fin du XVIème siècle. « Le titre de Pacha accompagnait obligatoirement le nom propre, comme les titres nobiliaires de l'Occident, mais à la différence de ceux-ci, il se plaçait après le nom ». Exemples : Bey Hassan Pacha ; Dey Ottoman Pacha.
LE GOUVERNEMENT : BEYLERBEY ET MINISTRES :
A la tête de la Régence, se trouvait une sorte de gouverneur (Beylerbey) nommé par le Sultan de Constantinople. Son autorité s'étendait sur Alger, Tunis. Tripoli, tandis que dans le reste de l'Empire Ottoman, deux autres Beylerbeys avaient la charge de l'Anatolie (Turquie d'Asie) et de la Roumélie (Turquie d'Europe).
C'est seulement en 1587, après la mort du Beylerbey Euldj Ali, devenu Grand Amiral de la flotte ottomane, que les Beylerbeys seront supprimés et remplacés par des Pachas triennaux.
Leurs attributions essentielles : la justice et les affaires de l'État. Le matin, le Beylerbey recevait les doléances de ses sujets, et tranchait les différends importants. L'après-midi, il s'entretenait avec les hauts fonctionnaires ou accordait des audiences aux représentants des puissances étrangères.
En politique étrangère, les Beylerbeys soutinrent la lutte contre les Espagnols, les Rois de Tlemcen et les Chérifs marocains, et appliquèrent les directives de Constantinople, même lorsqu'ils les désapprouvaient :
Exemples :
- Respect des navires français après les « Capitulations »,
- Concession à la France du monopole de la pêche du corail sur les côtes du Constantinois.
LES MINISTRES étaient choisis par le Beylerbey ; citons parmi les principaux :
Le Khasnadji ou préposé au Trésor,
L'Agha ou général en chef de l'Armée de terre,
L'Oukil el-Khardj ou Ministre de la Marine,
Le Beït el-Maldji, Intendant de sa Maison,
Le Khodjat el-Khayl. Receveur des Tributs, dit « Secrétaire des Chevaux ».
Le Bey réunissait rarement ses ministres et communiquait avec eux par l'intermédiaire de l'interprète du Palais. Ils étaient assistés de secrétaires (Khodjas) et d'huissiers (Chaouchs). Jusqu'au début du XIXème siècle, les chefs de la Régence vécurent à Alger, dans la « Djenina » vaste ensemble de bâtiments et de jardins, limité par Dar Aziza, (l'Archevêché), Dar Hassan (Palais d'Hiver) et Dar Mustapha Pacha (Bibliothèque Nationale) et dont l'entrée se, trouvait dans l'actuelle rue Bab el-Oued.
UN CONSEIL D'OFFICIERS : LE DIVAN :
Comme à Constantinople, une assemblée assiste le Chef de l'État. Elle est composée de dignitaires de l'Armée. C'est parmi eux que le Bey choisit ses ministres. il n'est pas lié par les décisions du Divan qui garde un rôle consultatif.
KhanPakis
05/08/2006, 20h29
L'ADMINISTRATION
Conçue pour la répression des troubles, l'exploitation des populations.
DIVISIONS ADMINISTRATIVES :
Alger et ses environs sont placés sous l'autorité directe du Beylerbey et constituent le « Dar es-Sultan ». Le reste du pays est divisé en trois provinces ou Beyliks, à la tête de chacune d'elles, une sorte de Préfet ou Bey, nommé par le Chef de la Régence.
On distingue :
- Le gouvernement (ou Beylik) de l'Est : Capitale Constantine.
- Le gouvernement du Centre (Titteri) Capitale Médéa.
- Le gouvernement de l'Ouest (Oranie) : Capitales successives : Mazouna, Mascara, Oran (après 1791).
Chaque Beylik est divisé en cantons, (outân) administrés par des Caïds, dépositaires de tous les pouvoirs : civil, militaire et judiciaire. Ils veillent également à la mise en valeur des terres pour déterminer l'assiette de l'impôt et participer à sa perception. Les attributs de leur autorité : un sceau et un burnous rouge.
En outre, des Cheikhs (chefs de tribus), choisis parmi les familles les plus fidèles, assistent les Caïds.
Remarques : Dans leur province, les Beys se comportaient comme des souverains indépendants, mais il leur arrivait de se déplacer à Alger tous les deux ans pour rendre hommage et verser eux-mêmes les impôts ou denouche, qu'ils avaient collectés. A tous les échelons de la hiérarchie, la vénalité était de règle, et un « bakchich » bien placé « pouvait limiter les inconvénients de l'arbitraire ».
LA MACHINE FISCALE.
Chaque fonctionnaire préposé, répondait sur sa tête de la rentrée des impôts. Cependant le contribuable en payait beaucoup plus qu'il n'en rentrait dans les caisses de l'État. Des tribus vassales dites tribus makhzen, exemptes d'impôts, encadraient les populations indigènes et participaient à la levée des contributions. « Leur complicité répondait de leur fidélité ».
LA JUSTICE.
Comme dans le reste de l'Empire Ottoman, elle était rude et expéditive, et les châtiments exécutés séance tenante :
- la bastonnade pour la vente à faux poids le récidiviste était cloué par une oreille à la porte de sa boutique,
- les voleurs, les destructeurs de canalisations avaient le poignet droit sectionné et portaient la main coupée en sautoir,
- le bûcher dressé hors de la porte de Bab el-Oued punissait les relaps,
- les ganches de la porte Bab-Azoun sanctionnaient les délits les plus graves.
LES TURCS ET LES POPULATIONS
Les Turcs d'Alger ne se sont pas associés aux populations indigènes qu'ils dominaient. Il leur suffisait de bien les tenir en mains grâce aux garnisons de Janissaires installées aux points stratégiques. Elles assuraient aussi le contrôle des grandes routes : Alger-Oran, Alger-Cons-tantine, Alger-Médéa, ainsi que l'artère Alger-Aumale. Bou-Saada-Biskra qui commande le Sud.
Une politique subtile de pression sur les nomades permettait d'interdire à ces derniers l'accès aux pâturages du Tell. D'une façon générale l'autorité des Beylerbeys et de leurs successeurs ne s'est jamais exercée sur plus du sixième du territoire de la Régence d'Alger. Montagnards kabyles, Nomades des Hauts Plateaux vécurent dans une quasi indépendance. Les Turcs portaient d'ailleurs peu d'intérêt aux populations auxquelles ils demandaient seulement,
- de payer l'impôt,
- de ne pas entraver le passage des troupes, et surtout, de ne pas se mêler des affaires de l'État.
Sur le plan ethnique, les « Kouloughlis », nés de pères turcs et de mères indigènes, n'étaient pas considérés comme Turcs et ne bénéficiaient pas des privilèges attachés à cette qualité. Il en résulta de nombreuses révoltes.
LA MILICE DES JANISSAIRES OU ODJAQ
La Milice d'Alger, introduite dans la Régence à la suite de son rattachement à l'Empire Ottoman par Khaïr ed-Dîn, possédait les mêmes privilèges que ceux concédés aux janissaires du Sultan de Constantinople et comptait environ 15 000 hommes. C'était à la fois une armée, une garde prétorienne et un instrument de répression.
Recrutement
Les Janissaires ou Ioldachs étaient recrutés en Asie Mineure, parmi les populations les plus déshéritées. Cependant, débarqués à Alger ils se considéraient comme de « grand et illustres seigneurs ».
Durée du service
Le service était d'un an, suivi d'un congé d'égale durée, l'engagement se poursuivait ainsi tant que l'homme était valide. L'avancement se faisait à l'ancienneté, tout Janissaire pouvait prétendre parvenir aux grades les plus élevés. La solde était payée au Palais, devant le Bey assisté du Général en Chef de l'armée (Agha) et du Divan. Un changement de Bey, une fête importante, valaient aux janissaires, une augmentation de solde.
Logement . A Alger, les compagnies de Janissaires étaient réparties entre 7 casernes, Les Janissaires mariés pouvaient demeurer en ville. Rappelons que l'actuel Cercle militaire, près de l'Opéra d'Alger, occupe deux anciennes casernes de Janissaires, situées le long de l'ancien rempart Bab-Azoun. Dans les centres importants de l'intérieur de la Régence, comme Tlemcen, Médéa, Biskra, etc., des garnisons étaient installées. Les Janissaires des colonnes mobiles et des camps étaient chargés de la répression des troubles et de la perception des impôts.
Discipline
Chez ces soldats turbulents et pénétrés de leurs prérogatives, les révoltes étaient nombreuses. Les Janissaires renversaient alors la grande marmite de bronze autour de laquelle ils s'assemblaient aux repas, et se répandaient en ville. Cependant, soumis à une juridiction spéciale, ils ne relevaient que de leur: chefs ; les exécutions étaient secrètes.
Le Conseil des officiers de la Milice ou Divan, chargé d'abord de défendre les « intérêts corporatifs » des Janissaires, ne tarda pas à « faire de la politique » et à jouer auprès du Bey un rôle consultatif. En même temps, l'Agha de la Milice accrut son influence dans l'État.
Conclusion :
La Milice est le « second pilier » de l'État Algérien, par son recrutement et son organisation, elle se présente véritablement comme « un morceau de la Turquie lointaine qui s'est trouvé transporté en terre africaine » (Braudel).
KhanPakis
05/08/2006, 20h41
LA MARINE ET LA GUERRE DE COURSE
QUELQUES CONSIDERATIONS GENERALES :
ANCIENNETÉ DE LA COURSE.
La piraterie est sans doute aussi vieille que la navigation maritime. Un texte d'Ibn-Khaldoun sur les pirates de Bougie nous rappelle que la guerre de course n'a jamais cessé sur les côtes d'Afrique du Nord durant le Moyen Age.
De son côté, le P. Dan affirme que « les corsaires de Barbarie étaient en grand crédit dès l'an 1390. et troublaient déjà fort bien le commerce sur mer, et le repos de la Chrétienté ».
LA COURSE FUT-ELLE L'APANAGE DES SEULS MUSULMANS ?
Selon l'historien de Mas-Latrie, « les meilleurs auteurs sont tous d'accord pour reconnaître que la piraterie s'est développée aussi bien chez les Chrétiens que chez les Musulmans ». D'ailleurs, dans la Méditerranée orientale les Chevaliers de Saint-Jean ne rançonnaient-ils pas les Turcs à partir de Rhodes ?
D'abord justifiée par des prétextes religieux, la course devint rapidement une entreprise de brigandage.
PIRATES ET CORSAIRES.
Selon les usages et conventions, il convient de distinguer le pirate qui « court les mers pour son du compte sans y être autorisé par le gouvernement d'un État et qui n'est qu'un brigand à main armée », et le « corsaire » qui est au contraire un combattant régulier, en quelque sorte « le franc-tireur » de l'océan. Il attaque les navires ennemis de la nation dont il détient une commission régulière et dont il doit battre pavillon ». (On trouvera de nombreux renseignements complémentaires, dans l'ouvrage si documente de M. Coindreau : Les Corsaires de Salé - Paris 1948).
Pour ceux d'Alger, la distinction paraît délicate à établir, étant donné qu'ils étaient les agents d'un État corsaire.
COMMENT DEVENAIT-ON PIRATE ?
On ne saurait imaginer les pirates barbaresques comme des volontaires débarquant sur les quais d'Alger pour contracter un engagement dans la marine de la Régence.
Bien des voies conduisaient à la piraterie :
- Les enfants enlevés sur les côtes d'Espagne ou d'Italie pouvaient être formés à l'école des corsaires. Ex. : Hassan, fils adoptif de Khaïr ed-Dîn, qui défendit Alger contre Charles-Quint, avait été enlevé tout enfant à sa Sardaigne natale.
Hassan Veneziano , mousse à bord d'un navire vénitien, esclave du renégat Euldj Ali qui l'affranchit, fit carrière comme Pacha d'Alger puis Amiral de la flotte ottomane.
- Les marins capturés par les corsaires pouvaient acheter leur liberté moyennant une conversion et devenir corsaires à leur tour. Ils apportaient aux Barbaresques leur expérience et de précieuses connaissances techniques. Eudj Ali, la plus grande figure de la Régence après Khaïr ed-Dîn, était Calabrais. Après avoir ramé quatorze ans sur les galères du Sultan, il se convertit à l'Islam, devint Beylerbey d'Alger, puis Amiral de la flotte ottomane. Cervantès qui fut son esclave en a laissé un portrait intéressant.
Les corsaires européens venus délibérément en Afrique du Nord furent la minorité. Citons les Anglais Édouard et Uvert, et surtout l'étonnante aventure de Simon Dansa, ce Flamand, qui vint en Alger vers 1606, enseigna aux corsaires de la Régence la construction de nouveaux types de navires et sa carrière de corsaire terminée, rentra en France avec l'autorisation de Henri IV, ramenant avec lui dix Jésuites qu'il avait « rachetés ». On peut donc dire que la course renouvelait elle-même son personnel.
CARACTÈRES COMMUNS AUX CORSAIRES ALGÉRIENS.
Cette société cosmopolite était étrangère au pays où elle exerçait son activité. La grande majorité des corsaires étaient en effet des renégats chrétiens.
« En 1588, à Alger, 24 galiotes sur 35 étaient commandées par des renégats représentant presque toutes les nations chrétiennes ». (Gosse). Tels furent ceux qui méritèrent le surnom de « Turcs de profession ».
Les capitaines de vaisseaux ou Raïs, étaient groupés dans une association ou Taïfa qui ne tarda pas à prendre dans les affaires de la Régence une place prépondérante. Elle grandit encore avec le développement de la course.
ORGANISATION DE LA COURSE
LES NAVIRES - LES ARMATEURS.
Au XVIème siècle, les corsaires utilisaient surtout :
- le chébec, petit bâtiment à trois mâts et 30 avirons jaugeant moins de 200 tonneaux, monté par un équipage de 30 à 200 hommes, armé de 4 à 24 canons.
- la galiote ou petite galère de 12 à 19 bancs, 20 à 130 hommes, 2 à 10 pièces d'artillerie.
- le brigantin, navire de transition entre les navires à rames et les voiliers ; un seul mât, 8 à 16 rameurs avec un seul homme par aviron.
En 1581, selon Haëdo, Alger possédait 35 galiotes et 25 frégates, (petits navires à rames). C'est seulement vers la fin du XVIème siècle que la galère fera son apparition en Afrique du Nord.
Origine des capitaux investis dans la course.
D'après l'historien de Grammont « les grands étaient armateurs, les petits marchands et les Baldis (Citadin d'Alger) se cotisaient pour acheter et équiper un navire à frais commun, les femmes elles-mêmes, selon le vice-consul Chaix, vendaient leurs bijoux pour prendre part à ces fructueuse opérations ».
L'ÉQUIPAGE ET LA DISCIPLINE À BORD.
L'État-major d'un navire (galère en particulier), comprenait :
le Capitaine ou Raïs et ses lieutenants.
des techniciens tels que :
le pilote - nocher, qui dirigeait la manœuvre des voiles,
le maître de hache ou charpentier,
le calfat,
le maître canonnier et les servants de bouches à feu,
le chirurgien et
l'écrivain (sorte de commissaire aux comptes), tous renégats.
L'équipage, était composé en majeure partie d'esclaves chrétiens.
Les uns étaient chargés de la manœuvre des voiles, les autres constituaient la chiourme des rameurs rivés à leur banc. Depuis longtemps, le travail de l'aviron avait cessé d'être une activité d'homme libre ; la plupart des marines européennes comptaient des esclaves sur leurs galères, en plus des condamnés.
La vie sur ces bagnes flottants était aussi épouvantable chez les Chrétiens que chez les Musulmans. Il suffit pour s'en convaincre, de comparer les textes du P. Dan et la relation d'un Protestant français condamné aux galères. La compagnie d'abordage, formée généralement de Janissaires, armés de cimeterres, de haches, et de pistolets. Étrangers à la vie du bord, ils se réservaient pour l'abordage.
Remarque : Les équipages des navires corsaires comptaient peu d'autochtones, ceux-ci ayant généralement été peu attirés par les activités maritimes.
LA DISCIPLINE.
Comme dans toutes les marines, le Capitaine ou Raïs, était « maître après Dieu » sur son navire. « Ils sont si soigneux de l'ordre, de la propreté et de l'aménagement de leurs navires, déclare le Bénédictin espagnol Haëdo, qu'ils ne pensent pas autre chose… il n’est pas permis à personne fût-ce le fils du Pacha lui-même, de changer de place, ni de bouger du lieu où il est. »
LES VIVRES.
On embarquait généralement pour 50 jours de vivres : biscuits, huile, vinaigre et autres légumes. Tous les occupants du navire, du Raïs aux hommes d'équipage, subissaient un régime sévère.
Voici, à titre indicatif, l'ordinaire de certains repas :
- Petit déjeuner, du pain et des olives,
- Déjeuner , de la viande préparée de la façon suivante : D'abord séchée au soleil, puis cuite à 1 huile et enfin conservée dans un mélange de graisse et d'huile et mise en jarres. Cette préparation s'appelle « kheli ».
- Souper , couscous aux pois chiches.
- Boisson , de l'eau en principe, mais comme elle était vite polluée, les corsaires algériens usaient largement de vin et même d'eau-de-vie.
LE « SALAIRE. » DU CORSAIRE.
L'État-major et l'équipage ne touchaient aucun salaire, mais étaient rétribués sur les prises, « afin, dit le P. Dan, de les encourager au combat, à quoi ils ne se portaient pas si volontiers, s'ils avaient une paie assurée ».
Si les corsaires rentraient au port sans capture. ils avaient donc seulement été nourris.
LE COMBAT PRISE DE CONTACT ET ABORDAGE.
Leurs navires étant plus légers, plus rapides et mieux armés que les vaisseaux auxquels ils s'attaquaient, leur tactique résidait dans l'exploitation de l'effet de surprise, et comportait de multiples ruses :
- usage de faux pavillons destinés à rassurer leurs victimes lors de la prise de contact,
- visite des navires, soi-disant pour en contrôler la cargaison, attaque au petit matin, toutes voiles baissées.
— Noter le rôle important de la vigie, qui de son « nid de pie », au sommet du mât principal fouillait l'horizon. L'adversaire, réduit à l'impuissance par l'intimidation et la surprise du coup de canon de semonce, subissait alors l'abordage.
LES ZONES D'OPÉRATIONS.
Sans cesser complètement l'hiver, les campagnes des corsaires se déroulaient surtout d'Avril à Octobre. Selon leur durée ou l'éloignement des « théâtres d’opérations », on peut les classer en trois catégories :
— Les coups de mains sur les côtes d'Espagne, d'Italie, de Sardaigne :
« De paisibles villages endormis voyaient soudain surgir des gens en culotte rouge et cape blanche qui leur criaient : « chiens, rendez-vous ! ». Tous les habitants sans distinction prenaient le chemin de la captivité. » (D'après R. Coindreau).
Les pêcheurs étaient également des proies faciles et recherchées. Ces descentes de pirates furent l'un des soucis constants du règne de Charles-Quint, aucune mesure de sécurité ne pu en venir à bout.
Les croisières en haute mer - En Méditerranée occidentale et à la sortie du détroit de Gibraltar, les corsaires croisaient par petits groupes de deux ou trois navires, prêts à se porter main forte.
Les expéditions lointaines, inaugurées sans doute par le Raïs Mourad en 1585 avec une rare témérité. Avec trois galiotes, il passa en effet dans l'Atlantique, relâcha à Salé (Maroc), qui s'organisait pour la course, et mit a sac les Canaries, capturant trois cents personnes, dont la femme du Gouverneur. Ces expéditions connaîtront un succès grandissant au siècle suivant avec les progrès de l'art nautique chez les corsaires algériens.
KhanPakis
05/08/2006, 20h49
RÉPARTITION DES PRISES.
A l'État revenaient d'abord le capitaine, le pilote, l'écrivain et le charpentier, ainsi que les canons et les munitions d'un navire capturé. Aux armateurs, la carcasse et les agrès. Le Beylerbey prélevait pour son compte personnel 12°% des marchandises et des esclaves. Le reste du butin était divisé en deux moitiés. L'une pour les armateurs, l'autre attribuée à l'équipage et aux soldats. Dans cette dernière répartitionle Raïs touchait 40 parts, le matelot 3 parts, le soldat une demie. A quoi il faut ajouter le pourcentage prélevé pour les réparations du port et du môle, et l'entretien des marabouts.
Une nuée d'intermédiaires (chaouchs. interprètes, brocanteurs, etc.) touchaient également leur dîme.
Les prises qu'on ne pouvait écouler en Afrique étaient dirigées, sur Livourne (Toscane) et revendues en Europe, celles qui provenaient de navires appartenant à des nations « théoriquement en paix avec la Régence » étaient transportées à Salé.
CONCLUSION.
La course était donc une fructueuse affaire et Alger accueillait par de bruyantes réjouissant ses corsaires victorieux. Quant aux captifs, désormais esclaves en Alger, en attendant le paiement de leur rançon, ils étaient conduits sur la place du Badistan (actuelle place de la Pêcherie), pour y être exposés et vendus. Le trafic des esclaves semble avoir été l'un des mobiles les plus puissants de la guerre de course.
L'ESCLAVAGE EN AFRIQUE DU NORD
DE LA SURVIVANCE DE L'ESCLAVAGE EN EUROPE :
Le sort des esclaves chrétiens en Alger a tenu une grande place dans les chroniques religieuses et historiques. Mais pour saisir la portée de cette institution barbare, il est bon de la replacer dans la perspective de son époque.
L'usage des galères en Méditerranée posait des problèmes nouveaux, le recrutement des rameurs en particulier. Le métier de galérien est passé en proverbe, car le travail de l'aviron n'était pas une activité d'homme libre. D'où la nécessité de se procurer des hommes préalablement réduits à la condition servile par la guerre ou la justice des tribunaux. C'est ainsi que les Espagnols réduisaient en esclavage les Maures qu'ils capturaient en Afrique du Nord. Les Chevaliers de Malte faisaient payer rançon à leurs captifs Turcs ou les revendaient à Livourne, «cette autre Alger», où les chiourmes d'Europe venaient largement s'approvisionner. Sans parler de la traite des Noirs qui devait assurer une certaine prospérité aux ports européens de l'Atlantique durant le XVIlème siècle.
Les historiens rapportent qu'en plein XVIIème siècle, la marine de Louis XIV comptait officiellement, en plus des condamnés aux galères, d'authentiques esclaves capturés ou achetés.
L'esclavage en Alger n'est donc qu’un cas particulier d'une situation couramment admise.
LES ESCLAVES EN ALGER
VERS LE BADISTAN.
Après l'abordage, tous les captifs étaient « dépouillés et fouillés jusqu'aux lieux les plus secrets, et mis les fers aux pieds, dix ensemble à la même chaîne ». (Mouette-Relation de captivité1683).
Ils gagnaient ensuite la place du Badistan. Leur prix était sensiblement égal à celui d'une bête de somme.
RUSES DE CAPTIFS.
Ceux dont espérait une bonne rançon ou un travail spécialisé étaient particulièrement recherchés. Quant aux esclaves, afin de faire baisser le prix de leur rançon, ils s'efforçaient de dissimuler aux Turcs leur véritable condition, ou simulaient certaines maladies :
« L'un dit, P. Dan, contrefit si bien le, boiteux que son patron le croyait tel véritablement, et le vendit à vil prix. En débarquant à Marseille, il marchait aussi droit et aussi ferme qu'aucun de ses compagnons... parmi lesquels un autre, habile à contrefaire le furieux et l'estropié de cervelle ».
ACTIVITÉS D'ESCLAVES.
On distinguait ceux du Bey, ceux de la ville (ou de l'État), ceux des particuliers. Ceux du Bey , « somptueusement vêtus, donnaient leurs soins à la cuisine et à la maison », ils étaient paraît-il, redoutés pour leurs mouchardages. Ceux de la Ville , débardeurs, manœuvres, sur les chantiers du port, aux carrières, ou même loués comme ouvriers agricoles.
Deux fois l'an, les esclaves servaient à bord des galères durant 50 jours environ, après quoi, ils étaient affectés à d'autres tâches. Moyennant une redevance, les plus favorisés circulaient librement en ville où ils exerçaient de petits métiers : porteurs d'eau, écrivains (dans les bagnes), « chirurgiens », vendeurs de gâteaux, brocheurs de bas, etc. Certains même tenaient tavernes et gargotes, tandis que d'autres vivaient de jeux de hasard.
« Cependant selon de Roqueville (1675) le vol était l'activité la plus courante, presque tous essayaient de gagner de l'argent, sauf les Anglais, qui par morgue se tenaient à l'écart ».
Ceux des particuliers, chaque maison avait en effet un ou plusieurs esclaves occupés aux travaux domestiques : entretien de la maison, blanchiment des murs à la chaux, fabrication du pain, garde des enfants, etc. Ils étaient plus ou moins heureux selon l'humeur du maître, cependant dira, Venture de Paradis, « les jeunes gens qui sont jolis garçons, sont sûrs de la faveur de leurs maîtres, et ils ramassent en peu de temps de quoi fournir leur rachat. » La société turque était en effet « furieusement mâle »
LES BAGNES, QUELQUES CHIFFRES.
Chaque soir les esclaves de la ville, comme ceux des particuliers les plus riches étaient enfermés dans les six bagnes ou prisons d'Alger. Celui du Bey pouvait à lui seul en contenir 2000.
En 1580, Haëdo a dénombré 25 000 esclaves chrétiens en Alger. En trois siècles, il en serait passé un million.
DES CAPTIFS CÉLÈBRES.
Cervantès, esclave du Beylerbey Euldj Ali, puis du Pacha Hassan Veneziano de 1574 à 1580 a relaté sa captivité dans « La vie à Alger » avant d'écrire le chef-d’œuvre qui devait l'immortaliser et qui contient des scènes de la vie des bagnes algérois. Un buste de l'illustre captif fut érigé en 1894 par la colonie espagnole d'Alger dans la grotte où il se réfugia lors d'une tentative d'évasion, sur le Boulevard Cervantès près de l'actuel Jardin d'Essai.
Regnard capturé en vue de Nice, alors qu'il rentrait d'Italie, esclave en 1678, fit dans « La belle Provençale » un récit de sa captivité.
D'Aranda, gentilhomme né à Bruges, pris en 1640, libéré en 1642, a décrit les mœurs des bagnes dans sa « Relation de la captivité du Sieur Emmanuel D'Aranda » Paris 1657.
LE RACHAT.
C'était l'événement attendu, espéré.
Divers ordres religieux s'y employaient :
— L'Ordre des Mathurins et des Trinitaires, fondé à la fin du XIIème siècle par Jean de Matha, gentilhomme provençal.
— L'Ordre de la Merci créé à Barcelone en 1218, à l'image du précédent.
— L'Ordre des Lazaristes et Pères de la Mission, fondé par Saint Vincent de Paul (dont la captivité à Tunis est aujourd'hui contestée). Le Père Levacher qui subit le supplice du canon en 1683 est le Lazariste le plus célèbre.
Rôle des Missionnaires.
A leur activité d'intermédiaires reconnus dans les rachats, ils joignaient une action constante sur les lieux mêmes de la captivité pour en atténuer les rigueurs.
C'est ainsi qu'ils :
- aidaient les esclaves à se maintenir dans leur foi et servaient la messe le dimanche dans les chapelles des bagnes,
- entretenaient un hôpital,
- assistaient les agonisants e portaient à cet effet une hostie dissimulée dans une boîte suspendue à leur cou.
C'est seulement à partir du XVIème siècle que les esclaves eurent leur cimetière, au-dessus de l'actuelle plage Matarèse, près des remparts de l'Esplanade de Bab el-Oued.
En France, les Ordres missionnaires s'efforçaient d'intéresser les fidèles au sort des captifs et collectaient des fonds pour contribuer au paiement des rançons. Les moyens d'action les plus variés étaient mis en œuvre :
- taxations telles que redevances sur les coches et carrosses d'Orléans, Bourges, Bordeaux, Tours, etc.,
- prêches dans les églises,
- ouvrages de propagande qui dénonçaient, en les exagérant, les servitudes de la captivité et appelaient la Chrétienté à la « Croisade » contre l'Infidèle. Le plus caractéristique et le plus connu est sans doute celui du P. Dan, « Supérieur du Couvent de la Sainte Trinité et Rédemption des Captifs »
Détail curieux, les vaisseaux transportant les Pères Rédemptoristes bénéficiaient d'une immunité garantie par le Divan d'Alger.
KhanPakis
05/08/2006, 20h55
LE MAGHREB À LA FIN DU XVIe SIÈCLE
Khaïr ed-Dîn avait eu l'insigne mérite de doter la Régence, repaire de corsaires, d'une organisation administrative et politique. Dans la lutte qui opposa l'Empire hispano-allemand à l'Empire Ottoman, la Méditerranée fut comme un « second front » tenu dans le bassin occidental, par les corsaires d'Alger et de Tunis. La participation de Euldj Ali, Beylerbey d'Alger, à la bataille de Lépante (1571), témoigne des liens qui unissaient Alger à Constantinople. En 1587, à la mort de Euldj Ali, le Sultan supprima le poste de Beylerbey pour l'Afrique du Nord et partagea ses possessions en trois Pachaliks : Alger, Tunis. Tripoli, avec à leur tête des Pachas triennaux.
AU MAROC
Le dernier Sultan Mérinide qui régnait à Fès fut exécuté par ses sujets en 1645. Les Béni-Wattas, anciens nomades du Maroc oriental puis véritables Maires du Palais, s'emparent alors du pouvoir. Ils doivent faire face :
- aux Portugais et aux Espagnols qui poursuivent leur croisade, mais aussi
- à de nouveaux venus, les Chérifs Saadiens, originaires du Sous.
Avec l'appui des Marabouts, des Zaouïas et des confréries religieuses, ils surmontent tous les obstacles.
Étapes de leur ascension :
- 1524. Les Saadiens font de Marrakech, leur capitale.
- 1549. Ils sont à Fès.
- 1554. Leur autorité s'étend sur tout le Maroc.
— Un grand Sultan Saadien domine l'histoire du Maroc au XVIème siècle : Ahmed el-Mançour ; Il chasse les Portugais du Maroc par la-victoire de El-Ksar el-Kébir (S. E. de Larache) en 1578, victoire appelée aussi bataille de l'Oued el-Makhazîn par les historiens arabes, et bataille des Trois Rois par les Européens, parce que trois rois y sont morts. Il jette les bases de l'État Marocain sous la forme d'une fédération de tribus, administrée par un organisme central : le Makhzen. Organise à partir de 1591 la pénétration marocaine vers le Soudan et le Niger, d'où il retire de l'or et des esclaves. Parvient à interdire son pays aux Turcs d'Alger malgré les tentatives de Euldj Ali. El-Mançour mourut en 160
EN TUNISIE.
Durant tout le XVIème siècle, l'histoire de Tunis est intimement liée à celle d'Alger. Les Turcs d'Alger s'efforcent de contrôler, l'entrée du bassin occidental de la Méditerranée. Ils se heurtent aux Espagnols qui ont la même prétention. La Tunisie plusieurs fois envahie est l'enjeu d'un conflit qui la dépasse. Khaïr ed-Din, s'empare de Tunis en 1534.
Charles-Quint enlève la ville aux Turcs en 1535 et fait construire la forteresse de La Goulette. Mais, en 1541, alors que les Ottomans envahissent la Hongrie, l'Espagne ne peut soutenir la lutte sur deux fronts, et ralentit son activité en Afrique. Elle perd Bougie (1555), tandis que la place d'Oran est assiégée par les Turcs (1556) et que le corsaire Dragut s'empare de Tripoli.
Après le traité de Cateau-Cambrésis (1559) échec espagnol en Europe ; la guerre maritime entre « les deux grands », se rapproche de la limite des deux bassins méditerranéens
1560 - Expédition espagnole contre Djerba.
1565 - Siège de Malte par les Turcs.
1569 - Euldj Ali s'empare de Tunis.
Enfin, après Lépante et l’entrée de Don Juan à Tunis (1573), la ville et La Goulette tombent en 1574, sous les coups de Sinan Pacha et de Dragut. Quant aux derniers Hafsides, clients et protégés des « Rois très Chrétiens », ils succombent avec leurs protecteurs.
CONCLUSION :
« Les grandes luttes du XVIème siècle ont fait sortir le Maghreb de son Moyen Age.
Au Maghreb morcelé du XVème siècle, se substituent les trois blocs politiques des temps modernes : Maroc, Algérie. Tunisie (Braudel).
KhanPakis
05/08/2006, 20h57
XVIIe SIÈCLE. LE GRAND SIÈCLE DE LA COURSE EST AUSSI CELUI DES TROUBLES INTÉRIEURS.
UNE MONARCHIE ÉLECTIVE
Les Pachas, véritables gouverneurs ou vice-rois, étaient sans doute accueillis en Alger avec de grands honneurs, mais leur autorité était mal acceptée par les Raïs et les Janissaires. L'Agha des Janissaires, à la tête de 15.000 hommes, prit une place prépondérante aux dépens du Pacha dont les attributions devinrent surtout honorifiques.
En 1671, la corporation des Raïs, profitant de la confusion qui régnait dans les affaires de l'État, imposa à la Régence un nouveau chef qui prit le titre de Dey. Cependant, à partir de 1689, les Deys furent choisis par la Milice des Janissaires. Alger devint alors une sorte de monarchie élective où « l'assassinat fut érigé comme procédure de succession » (Julien). De 1671 à 1830, 30 Deys se succédèrent ; sur ce nombre, 14 arrivèrent au pouvoir à la suite de l'assassinat de leur prédécesseur. Le Dey était désigné à vie, et le plus humble des Janissaires pouvait aspirer à cette dignité. Son pouvoir, en principe contrôlé par le Divan, était en réalité un pouvoir absolu.
DÉVELOPPEMENT DE LA PIRATERIE
UN NOUVEAU TYPE DE NAVIRE.
Au début du XVIIème siècle, la flotte d'Alger Était surtout constituée de galères, bateaux essentiellement à rames. Vers 1606, un renégat hollandais, Simon Dansa, initia les corsaires de la Régence à la construction et à la manœuvre de véritables voiliers appelés aussi « bateaux ronds » du fait qu'ils étaient seulement 3 ou 4 fois plus longs que larges, alors que ce rapport variait de 6 à 9 sur les galères ou « bateaux longs ». En 1634, le P. Dan compte dans le port d'Alger, 13 bateaux longs (galères, brigantins) et 70 bateaux ronds. (polacres, grandes barques, tartanes, fistres).
Conséquences de cette transformation :
Toute la Méditerranée devint accessible aux pirates qui guerroyèrent jusqu'à Smyrne, Chypre, Alexandrie ; ils purent aussi atteindre des régions encore plus lointaines comme l'Atlantique Nord. En 1617, le Raïs Mourad ravage les côtes de l'Islande. En 1617, les Corsaires d'Alger attaquent l'île de Madère et emportent jusqu'au cloches des Églises. En 1624, « ceux d'Alger » se joignent à « ceux de Salé » (Maroc) pour donner la chasse aux pêcheurs de Terre Neuve, ils vont même jusque sur les côtes d'Acadie (Nouvelle Écosse).
En 1631, ils patrouillent dans le canal de Saint-Georges et attaquent les navires entre l'Angleterre et l'Irlande.
RÉACTIONS DES PUISSANCES EUROPÉENNES.
L'insécurité en mer devenait totale.
Diverses mesures furent appliquées par les marines européennes :
— Armement des bâtiments marchands,
— Organisation de convois, semblables à ceux organisés contre les sous-marins dans les guerres modernes.
— Croisières annuelles sur les théâtres d'opérations des corsaires, à la sorte du Détroit de Gibraltar pour leur interdire l'Atlantique, le long des côtes d'Espagne, du cap Finisterre au cap Saint-Vincent, pour protéger les navires européens faisant route vers le Sud.
— Bombardement des ports des pirates ; pour sa part, Alger fut bombardée au XVIIème siècle par de nombreuses escadres :
Les Anglais en 1622-1665-1672, les Hollandais on 1672 avec l'amiral Ruyter, les Français en 1665 avec Beaufort, en 1689 avec le Chevalier Paul, en 1682-83 avec Duquesne et en 1688 avec d'Estrées.
C'est en représailles du bombardement de 1683 que les Turcs firent subir au Père Levacher le supplice du canon.
Il faut ajouter aussi les descentes à terre, le long des côtes d'Afrique du Nord, comme par exemple la tentative d'occupation de Djidjelli en 1694 par un corps expéditionnaire français. Les résultats obtenus étaient sans rapport avec les sacrifices consentis. Certaines actions répressives, les bombardements en particulier, avaient surtout pour but d'appuyer des négociations pour le rachat des esclaves ou d'obtenir d'éphémères traités d'alliance. La plupart des diplomaties européennes s'efforçaient d'acheter la paix avec Alger par des cadeaux adroitement distribués dans l'entourage du Dey, ou par le paiement d'un véritable tribut annuel. De plus, certaines puissances protestantes, l'Angleterre et surtout la Hollande, furent comme un arsenal de la piraterie africaine.
ENRICHISSEMENT ET INSOLENCE DES RAÏS.
De 1628 à 1634, les pirates d'Alger capturèrent aux Français seulement, 80 vaisseaux évalués avec leur cargaison à 4 millions 752 mille livres ; de plus, ils avaient pris et mené en Alger, 1331 personnes. Grands pourvoyeurs des marchés de la Régence et des caisses de l'État, ils prétendirent :
- imposer aux Janissaires les Deys de leur choix, ce qu'ils firent de 1671 à 1689.
- s'affranchir du pouvoir central auquel ils consentaient tout au plus à verser 10% de leurs prises.
Les Raïs opulents se firent bâtir des maisons belles et spacieuses des palais en ville ou à la campagne.
KhanPakis
09/08/2006, 17h59
ALGER AU XVIIe SIÈCLE
LE SITE :
Alger, bâtie sur une colline, avait approximativement la forme d'un triangle, comme on peut s'en rendre compte en observant les vues aériennes de la vieille ville. C'est pourquoi on l'a comparée à « un vaste terrain couvert de linge blanc à la voile d'un hunier de vaisseau, à une vaste carrière de craie ouverte sur le penchant d'une montagne ». Ceinturée de remparts, défendue par ses portes et ses forts, elle ressemblait à une cité moyenâgeuse aux rues étroites et sombres.
http://img228.imageshack.us/img228/4209/36algerxh8.jpg (http://imageshack.us)
http://img90.imageshack.us/img90/772/35algerfe8.jpg (http://imageshack.us)
http://img90.imageshack.us/img90/5928/37algerhh3.jpg (http://imageshack.us)
http://img90.imageshack.us/img90/2232/38algerir5.jpg (http://imageshack.us)
EMBELLISSEMENTS ET MONUMENTS PUBLICS :
Dans la ville enrichie par la course, les Turcs firent procéder à certains travaux d'utilité publique :
- Construction de l'aqueduc du Hamma par un Maure Andalou (1610).
- Multiplication des fontaines publiques ; on en comptait une centaine.
- Aménagement d'un système d'égouts par canalisations en 1634.
On construisit aussi de nombreux édifices religieux, entre autres les mosquées de :
- Ali-Bitchnin (1662) convertie en Église N. D. des Victoires,
- La Pêcherie (1660), Djamaâ el-Djedid, construite par la Milice, le monument turc le plus imposant d'Alger.
- Sidi Abd er-Rahman (1696) qui renferme les restes du grand Docteur de l'Islam, patron d'Alger, né en 1387.
- Mezzo-Morto, bâtie par un renégat italien, près de la Porte Bab-Azoun et détruite lors du percement de la rue du même nom (gravure 4 et calque).
LA POPULATION :
CAUSES DE SON ACCROISSEMENT AU XVIIème SIÈCLE.
En 1850, selon Haëdo, la ville comptait 60.000 habitants. En 1634. P. Dan put dénombrer 100.000 personnes auxquelles il fallait ajouter 25 à 30.000 esclaves.
Au XVIème siècle, Alger avait déjà bénéficié de l'apport de nombreux Musulmans et de Juifs venus d'Espagne. Cependant, les fameux Édits de 1609-1610 équivalents espagnols de la Révocation de l'Édit de Nantes, déclenchèrent de grands mouvements de populations. Ils enjoignaient en effet « à tous ceux, qui pour quelque raison et à quelque époque que ce fût avaient été Musulmans, de quitter immédiatement le pays ». Au lieu de gagner la Turquie comme le commandaient les Édits, la plupart passèrent en Afrique du Nord et trouvèrent asile dans les principales villes du littoral qu'ils enrichirent de leur activité : Alger, Bougie, et surtout Tunis ; ainsi que dans la vallée de la Medjerda : Tebourba, Testour, et Kalaat el-Andaleus, au nom significatif. Ceux d'Estrémadure, s'installèrent à Salé (Maroc) qui devint alors le plus grand centre de piraterie de l'Atlantique.
PRINCIPAUX ÉLÉMENTS DE LA POPULATION.
Les Turcs « de profession » ou d'origine, étrangers à la ville qu'ils dominaient, constituaient la Milice, la Taïfa des Raïs et l'ensemble des fonctionnaires civils. Ils se mêlaient assez peu au reste de la population, et les Kouloughlis issus de mariages de Janissaires avec des Mauresques, n'étaient pas considérés comme Turcs. Plusieurs milliers de Corses vivaient en Alger, ils avaient en effet préféré quitter leur île plutôt que d'accepter la domination génoise. (1559). Les Maures ou Hadhrs, Algérois d'origine, ou réfugiés espagnols, surtout artisans : arquebusiers, serruriers, charpentiers, maçons, cordonniers, potiers ou commerçants. Un quartier d'Alger porte encore le nom des « Tagarins », Maures de Catalogne, qui en 1612, s'installèrent hors de la ville. Aux Juifs autochtones, fixés en Afrique du Nord depuis des siècles, le grand exode de 1609 ajouta des immigrants espagnols qui « apportaient, avec l'intelligence, la richesse, la science, l'aptitude au commerce et à l'industrie ». (Lespès). Ils étaient tailleurs, bijoutiers en corail, orfèvres, frappeurs de monnaie, etc. Les Juifs d'Alger devaient porter des vêtements de couleur sombre, payer un impôt collectif ou djezya, s'abstenir de monter à cheval ou de porter des armes, etc. - Ils pouvaient cependant se livrer aux diverses activités artisanales ou commerciales et vivre selon leurs lois religieuses.
Les Baranis ou gens de l'intérieur du pays :
- Kabyles, ouvriers, maçons. Journaliers.
- Biskris, Arabes originaires de Biskra et des oasis des Zibans, porteurs d'eau, portefaix, chargés également de la police de nuit.
- Mzabites, originaires des oasis du Sud, pourvoyeurs d'esclaves noirs, avaient le monopole des bains maures, boucheries, et moulins.
- Laghouatis, de Laghouat, spécialisés dans l'épuration et le trafic de l'huile.
- Nègres, esclaves, domestiques, manœuvres, âniers.
Chacune de ces communautés (sauf les Kabyles), était placée sous l'autorité d'un chef responsable devant l'autorité turque.
LA VIE ÉCONOMIQUE
LES ARTISANS D'ALGER.
Dans les souks d'El-Djezaïr, sur l'actuelle Place du Gouvernement, de nombreux artisans fabriquaient certains objets vendus dans les tribus des environs : Babouches, chéchias, calottes de velours, coffres enluminés, ceintures, harnachements, lits de parade, serrures. A Bab et Oued, des poteries grossières, des briques et de la chaux. Ces artisans étaient groupés en corporations, à la tête de chacune d'elles se trouva t un chef ou amîn. Aujourd'hui encore. autour de la Place du Gouvernement, dans les rues de la Lyre, Blondel et les ruelles avoisinantes, des brodeurs, des ciseleurs, des fileurs d'or continuent la tradition des artisans d'autrefois.
LE COMMERCE.
Commerce intérieur :
Alger grand centre de consommation attirait des caravanes venues du Sahel, de Kabylie, du Sud ou même du Maroc, qui y apportaient les denrées les plus diverses ; fruits et légumes, huile, bétail, tabac, cuirs, etc. Ces caravanes de chameaux, d'ânes et de mulets campaient principalement devant la porte Bab-Azoun ou s'installaient dans les fondouks, sortes de caravansérails, qui accueillaient les voyageurs et leurs montures. Des marchés assuraient la distribution de ces provisions.
Commerce extérieur :
Le trafic des esclaves et des prises constituait l'essentiel des exportations d'Alger. En plus des cuirs, laines et cire dont le Dey monopolisait le commerce, Alger exportait quelques produits locaux : figues, dattes, « Alger ne nous rapporte rien » écrit en 1699 le Consul de France à la Chambre de Commerce de Marseille.
Alger importait :
- de France : la mercerie, les cotonnades, le fer, les clous, la coutellerie, les armes, des sirops et des confitures ;
- d'Angleterre : les armes et les munitions ;
- d'Orient : les tapis, les poignards, les narghilés et« tous les objets affectionnés des Raïs et qui servaient à la parure de leur personne ou à celle de leurs femmes ». (Lespès).
CONCLUSION :
L'âge d'or de la course fut aussi une période de troubles politiques, qui aboutirent à un relâchement des liens avec Constantinople. Cependant, Alger n'était pas seulement une cité de corsaires, la capitale de la Régence avait aussi ses souks, ses medersas, ses mosquées, témoignages d'une activité économique et religieuse non négligeable.
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