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Voir la version complète : 60 ans après la mort de Staline, la Russie reste hantée par son passé


zek
08/03/2013, 21h25
Malgré une répression féroce, Staline, 60 ans après sa mort, bénéficie d'une popularité plus forte que jamais en Russie, comme l'ont montré les cérémonies qui lui ont rendu hommage. Maria Khachaturyan, de l'association Russie Libertés, tente d'expliquer pourquoi son pays reste fasciné par le despote.

Soixante ans après sa mort, Joseph Staline apparaît en Roumanie sur une série d’affiches pour la sécurité routière, comme victime d'un accident de la route tout comme Hitler et Saddam Hussein. Avec ce slogan : "Bon, ce n'est pas toujours comme ça. Habituellement, la victime est innocente".

Pendant ce temps, en Russie, nous sommes très loin de cette image de Staline présenté comme dictateur sanguinaire. Le pays s'apprête ainsi à rebaptiser Volgograd en Stalingrad. La ville, qui a connu la plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, avait perdu ce nom en 1961, pendant la première vague de déstalinisation.

Le visage du moustachu réapparait également sur des affiches et des bus qui circulent dans des villes russes à l’occasion de la fête de victoire sur les nazis, mais aussi pour d’autres occasions. En plus d’être le symbole de la gloire militaire, le "Petit père des peuples" incarne l’efficacité en matière de gestion.

Mais peut-on vraiment parler de gestion lorsque l'on fait disparaître des millions de victimes innocentes ?

Des millions de victimes non reconnues

Le nom de Staline reste associé à la modernisation de l’industrie, surtout l’industrie militaire, à partir de la fin des années 1920 et du début des années 1930. Mais elle s'est faite au détriment des agriculteurs et grâce à l’exportation du blé. La création forcée des kolkhozes, les prix d’achat du blé dérisoires et les normes de productions démesurées sont à l'origine d'une famine qui a provoqué la mort d’environ 7 millions de personnes.

Concernant les victimes de la Seconde Guerre mondiale, elles ne sont bien évidemment pas toutes le fait de Staline. Cependant, une décision précise aurait pu diminuer drastiquement leur nombre. Il s’agit de la Convention sur les prisonniers de guerre que Staline a refusé de reconnaître, ce qui a été un prétexte officiel pour les Allemands qui ne l’ont pas respecté avec leurs prisonniers russes.

L’URSS a alors perdu entre 4,5 et 5,3 millions de personnes. Sans parler de l’élimination méthodique des officiers de l’Armée rouge quelques années avant.

Entre l’industrialisation et la Seconde Guerre mondiale, il faut aussi évoquer les "Grandes Purges" à la fin des années 1930. Visant à l'origine la vieille garde révolutionnaire, elles se sont étendues ensuite à toute la société. Environ 720.000 personnes ont été fusillées, près de 1,8 millions envoyées dans les camps.

Et la reconnaissance juridique et politique de ces événements n’a jamais eu lieu. Les chiffres exacts, sans parler de la liste des noms des victimes, restent encore inconnus. La plupart des terrains où ont eu lieu les assassinats restent pour beaucoup classés "secret-défense". Les archives des services secrets ne sont pas accessibles pour les chercheurs, et la question de la commémoration des victimes des répressions ne se pose même pas.

Une légitimation des sacrifices

Dans les nouveaux manuels d’histoire, voici la conception que l'on trouve de cette période : "Nous avons mis en pôle position le bien du pays et le véritable patriotisme. Toutes les sacrifices n’étaient pas vains, puisqu’ils ont entraîné le développement du pays".

Et comme ce mode de développement n'est pas remis en cause (la dissidence et la critique du régime soviétique sont restés dans le passé), on en arrive à une sorte de légitimation des sacrifices.

D’après les sondages d’opinion réalisés en 2011, 47% des personnes interrogées étaient en accord avec l’idée que "Staline était un dirigeant sage qui a ammené l’URSS à la puissance et la prospérité". Dans le même temps, 66% le considèrent comme un tyran inhumain et violent, coupable de l’élimination de millions de personnes innocentes.

Dès lors, au moins 13% considèrent Staline à la fois comme sanguinaire et bon gestionnaire. Cette dialectique peut se résoudre par le fait que 66% considèrent que, "malgré toutes les erreurs et les vices attribuées à Staline, le plus important est que le peuple russe ait gagné la Grande Guerre".

Stalinisation des esprits

Comme s'il s'agissait d'un moindre mal, presque nécessaire tant la victoire militaire apparaît quant à elle comme un bien incontestable.

Et ce schéma de raisonnement existe toujours. Les Jeux olympiques, la croissance du secteur militaire, la prétendue stabilité politique, l’indépendance à l’international se gagnent au prix de dépenses budgétaires démesurées, de l’adoption de lois liberticides, de l’oppression de l’opposition, de procès politiques et des fraudes.

En choisissant démocratiquement le pouvoir, le peuple choisit à la fois le but à atteindre et moyen de le faire. Or, le pouvoir russe actuel inflige toujours le but à atteindre et les moyens de le faire à sa population, grâce à la résignation et l’oubli.

Et tant que cette "conscience totalitaire", cette "stalinisation des esprits" resteront présents, le peuple russe se laissera manipuler et continuera à perdre des libertés individuelles. Tant que la croissance économique et la prospérité individuelle sont au rendez-vous, malheureusement, peu de gens trouvent de motifs à remettre en question cette politique.

Soixante ans après sa mort, Joseph Staline apparaît en Roumanie sur une série d’affiches pour la sécurité routière, comme victime d'un accident de la route tout comme Hitler et Saddam Hussein. Avec ce slogan : "Bon, ce n'est pas toujours comme ça. Habituellement, la victime est innocente".

Pendant ce temps, en Russie, nous sommes très loin de cette image de Staline présenté comme dictateur sanguinaire. Le pays s'apprête ainsi à rebaptiser Volgograd en Stalingrad. La ville, qui a connu la plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, avait perdu ce nom en 1961, pendant la première vague de déstalinisation.

Le visage du moustachu réapparait également sur des affiches et des bus qui circulent dans des villes russes à l’occasion de la fête de victoire sur les nazis, mais aussi pour d’autres occasions. En plus d’être le symbole de la gloire militaire, le "Petit père des peuples" incarne l’efficacité en matière de gestion.

Mais peut-on vraiment parler de gestion lorsque l'on fait disparaître des millions de victimes innocentes ?

Des millions de victimes non reconnues

Le nom de Staline reste associé à la modernisation de l’industrie, surtout l’industrie militaire, à partir de la fin des années 1920 et du début des années 1930. Mais elle s'est faite au détriment des agriculteurs et grâce à l’exportation du blé. La création forcée des kolkhozes, les prix d’achat du blé dérisoires et les normes de productions démesurées sont à l'origine d'une famine qui a provoqué la mort d’environ 7 millions de personnes.

Concernant les victimes de la Seconde Guerre mondiale, elles ne sont bien évidemment pas toutes le fait de Staline. Cependant, une décision précise aurait pu diminuer drastiquement leur nombre. Il s’agit de la Convention sur les prisonniers de guerre que Staline a refusé de reconnaître, ce qui a été un prétexte officiel pour les Allemands qui ne l’ont pas respecté avec leurs prisonniers russes.

L’URSS a alors perdu entre 4,5 et 5,3 millions de personnes. Sans parler de l’élimination méthodique des officiers de l’Armée rouge quelques années avant.

Entre l’industrialisation et la Seconde Guerre mondiale, il faut aussi évoquer les "Grandes Purges" à la fin des années 1930. Visant à l'origine la vieille garde révolutionnaire, elles se sont étendues ensuite à toute la société. Environ 720.000 personnes ont été fusillées, près de 1,8 millions envoyées dans les camps.

Et la reconnaissance juridique et politique de ces événements n’a jamais eu lieu. Les chiffres exacts, sans parler de la liste des noms des victimes, restent encore inconnus. La plupart des terrains où ont eu lieu les assassinats restent pour beaucoup classés "secret-défense". Les archives des services secrets ne sont pas accessibles pour les chercheurs, et la question de la commémoration des victimes des répressions ne se pose même pas.

Une légitimation des sacrifices

Dans les nouveaux manuels d’histoire, voici la conception que l'on trouve de cette période : "Nous avons mis en pôle position le bien du pays et le véritable patriotisme. Toutes les sacrifices n’étaient pas vains, puisqu’ils ont entraîné le développement du pays".

Et comme ce mode de développement n'est pas remis en cause (la dissidence et la critique du régime soviétique sont restés dans le passé), on en arrive à une sorte de légitimation des sacrifices.

D’après les sondages d’opinion réalisés en 2011, 47% des personnes interrogées étaient en accord avec l’idée que "Staline était un dirigeant sage qui a ammené l’URSS à la puissance et la prospérité". Dans le même temps, 66% le considèrent comme un tyran inhumain et violent, coupable de l’élimination de millions de personnes innocentes.

Dès lors, au moins 13% considèrent Staline à la fois comme sanguinaire et bon gestionnaire. Cette dialectique peut se résoudre par le fait que 66% considèrent que, "malgré toutes les erreurs et les vices attribuées à Staline, le plus important est que le peuple russe ait gagné la Grande Guerre".

Stalinisation des esprits

Comme s'il s'agissait d'un moindre mal, presque nécessaire tant la victoire militaire apparaît quant à elle comme un bien incontestable.

Et ce schéma de raisonnement existe toujours. Les Jeux olympiques, la croissance du secteur militaire, la prétendue stabilité politique, l’indépendance à l’international se gagnent au prix de dépenses budgétaires démesurées, de l’adoption de lois liberticides, de l’oppression de l’opposition, de procès politiques et des fraudes.

En choisissant démocratiquement le pouvoir, le peuple choisit à la fois le but
à atteindre et moyen de le faire. Or, le pouvoir russe actuel inflige toujours le but à atteindre et les moyens de le faire à sa population, grâce à la résignation et l’oubli.

Et tant que cette "conscience totalitaire", cette "stalinisation des esprits" resteront présents, le peuple russe se laissera manipuler et continuera à perdre des libertés individuelles. Tant que la croissance économique et la prospérité individuelle sont au rendez-vous, malheureusement, peu de gens trouvent de motifs à remettre en question cette politique.

Par Maria Khachaturyan
Association Russie Libertés

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