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Voir la version complète : L'avertissement américain sur un risque Aqmi en Tunisie a été entendu : Tunis crée une cellule antiterroriste


Risk
28/03/2013, 13h14
par Salem Ferdi


Des Tunisiens font le «djihad» à l'étranger. Ils sont aussi tentés de le faire dans leur pays. Le gouvernement d'Ennahda, qui semblait tolérant pour les départs vers la Syrie, a reçu un avertissement américain : Aqmi veut s'implanter en Tunisie. Message en forme de sommation, entendu à Tunis où l'on a annoncé la création d'une cellule antiterroriste.

Onze Tunisiens faisaient partie du groupe terroriste qui a attaqué la base gazière de Tiguentourine, des centaines -au moins 2.000, selon certaines estimations- participent aux combats en Syrie, en empruntant des filières de recrutement via Benghazi et la Turquie. Sur le terrain syrien, ils font partie des djihadistes arabes enrôlés dans le rang des salafistes du Front de la Nosra, classé par les Américains comme une organisation terroriste. Le soutien d'Ennahda à l'opposition syrienne semble très largement faciliter cette «migration» vers le théâtre syrien. Lundi, un Syrien, Abdelaziz Ennajib, a été arrêté à l'aéroport de Tunis-Carthage et a été invité à quitter la Tunisie. Selon la presse tunisienne, ce serait un des principaux agents recruteurs pour le djihad en Syrie et il aurait des liens avec des responsables d'Ennahda. Son expulsion intervient alors que des forces politiques ont soulevé publiquement la question de l'enrôlement des jeunes Tunisiens -comme toujours, le plus souvent des pauvres qui y vont moins par conviction que parce que cela leur ouvre droit à des revenus qu'ils donnent à leur famille- et ont mis en cause l'inaction du gouvernement. Le Premier ministre, Ali Laarayedh, n'a pas nié le problème tout en indiquant que le gouvernement était bloqué car il ne peut empêcher des Tunisiens de sortir.

«RAPATRIEMENT»

Ce souci légaliste n'est pas infondé mais pour l'opposition tunisienne, cela relève plus de l'alibi. Il reste qu'en Tunisie même les signaux se sont multipliés depuis des mois sur la montée de l'activisme des salafistes et de ses évolutions vers l'action armée. Le gouvernement tunisien, qui ne semble avoir commencé à prendre au sérieux le problème qu'avec l'attaque contre l'ambassade américaine de Tunis, doit faire face à ce qu'il faut bien appeler un début de «rapatriement» de l'activité terroriste. Très récemment, des affrontements armés ont eu lieu entre l'armée et un groupe de six terroristes à Garn El Hfaya de la délégation de Tajerouine (gouvernorat du Kef). «Le terrorisme, qu'il soit d'origine nationale ou importé, constitue le plus grand danger pour la sécurité nationale», a déclaré, il y a une semaine, Ali Laarayedh, en précisant que par terrorisme, il entendait un «groupe organisé utilisant la violence et les armes contre les personnes ou pour s'emparer du pouvoir». Les Américains qui avaient déjà signifié à Ennahda, après l'attaque de leur ambassade à Tunis, qu'ils devaient assumer leur responsabilité, ont renouvelé la mise en garde par le biais du général Carter Ham, chef de l'Africom. En visite à Tunis, où il s'est entretenu avec le chef du gouvernement Ali Laarayedh, le ministre de l'Intérieur, ainsi que le chef d'état-major interarmes.

LE MESSAGE DU GENERAL CARTER HAM

«La menace d'Al-Qaïda dans la région est très sérieuse et il me paraît très clair qu'Al-Qaïda veut s'établir en Tunisie», avait averti le chef de l'Africom, à l'issue de ses entretiens. De manière sibylline, le général Carter Ham s'est dit «convaincu» que le gouvernement tunisien était »totalement engagé à empêcher Aqmi de prendre pied en Tunisie». Le message a été très bien perçu à l'évidence par le gouvernement tunisien qui a annoncé, immédiatement après, la mise en place d'une cellule de crise pour contrer «l'activité terroriste» face à l'émergence de groupes djihadistes. «Nous avons lancé la mise en place des cellules de crise pour surveiller les activités terroristes sur la frontière (Algérie, Libye) et dans le maquis, face à la montée du courant salafiste extrémiste et à l'existence de réseaux d'enrôlement», a indiqué, hier, le ministre de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou. Les cellules antiterroristes travailleront sous le contrôle du Conseil supérieur de la sécurité et devront également enquêter sur les réseaux qui enrôlent de jeunes Tunisiens pour aller combattre en Syrie. Le parquet tunisien a ouvert mi-mars une enquête sur le recrutement de Tunisiens pour rejoindre les rangs des islamistes en Syrie.


Le Quotidien d'Oran

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