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Voir la version complète : Tentative de débarquement israélienne dans la Békaa


morjane
19/08/2006, 19h20
Pour la première fois depuis l’arrêt des hostilités, l’armée israélienne a débarqué des troupes aéroportées au milieu de la plaine de la Békaa. Une opération qui intervient alors que la polémique a repris entre les Libanais sur le sort de la branche armée du Hezbollah.

«Comment voulez que la Résistance rendent les armes alors que le danger israélien est omniprésent. Ils viendront nous tuer dans notre sommeil sous les yeux de nos enfants». Sleimane est un sympathisant du Hezbollah dans la localité de Bouday, un fief du parti islamiste situé dans la plaine orientale de la Békaa. Un groupe de jeunes gens commente sur la place du village la tentative de débarquement israélienne, samedi à l’aube. Selon les correspondants de presse, des hélicoptères ont débarqué des unités israéliennes près de Bouday, au nord-ouest de Baalbeck. Alors que les Israéliens se rendaient vers leur objectif à bord de deux véhicules militaires tous feux éteints, ils sont tombés dans une embuscade tendue par des combattants du Hezbollah. Après un accrochage qui a duré une demi heure, ils ont rebroussé chemin, sous une intense couverture aérienne. Des pansements ensanglantés et du matériel militaire ont été découverts sur les lieux. Selon des témoins oculaires, les soldats israéliens étaient vêtus d’uniformes de l’armée libanaise.

Le Hezbollah a démenti les informations selon lesquelles trois de ses combattants ont été tués dans l’accrochage. Israël, lui, a annoncé qu’un officier a été tué et deux militaires blessés, dont un grièvement.

Des sources bien informées dans la Békaa affirment que l’objectif des Israéliens était de capturer Mohammad Yazbek, membre du Conseil consultatif du Hezbollah, la plus haute instance dirigeante du parti. Le dignitaire religieux était réapparu vendredi lors des funérailles de combattants du Hezbollah. C’était la première fois depuis le début de la guerre, le 12 juillet dernier.

La tentative de débarquement a été précédée d’un raid aérien contre le transformateur électrique du village qui a été plongé dans le noir. Quelques heures plus tôt, des chasseurs-bombardiers avaient mené des raids fictifs au dessus de Baalbeck et de ses environs. Dans un communiqué, l’armée israélienne a confirmé la tentative de débarquement «dans une région frontalière, dont le but était d’empêcher le Hezbollah de recevoir des armes de la Syrie et de l’Iran». Mais la localité de Bouday est située en plein milieu de la plaine de la Békaa, très loin de la frontière libano-syrienne.

Une «violation de la 1701»

Selon Mohammad Haîdar, député du Hezbollah au Parlement, cette tentative de débarquement constitue une «violation flagrante par Israël de la résolution 1701» du Conseil de sécurité, qui appelle à l’arrêt immédiat des hostilités. C’est en tout cas la plus grave action militaire depuis le vote de ce texte, le 12 août.

Ce développement intervient alors que la polémique sur l’opportunité du désarmement du Hezbollah a repris au Liban. Le chef druze Walid Joumblatt a invité le parti d’Hassan Nasrallah «à adhérer sincèrement au concept de l’Etat» et à intégrer ses combattants dans l’armée libanaise. Tout en rendant hommage à «la résistance héroïque du Hezbollah face à l’armée israélienne», le chef de file des anti-syriens a émis des doutes sur les objectifs du parti. «Hassan Nasrallah peut-il nous dire s’il sert réellement les intérêts libanais ou s’il applique un agenda iranien et syrien ?», s’est-il interrogé.

Saad Hariri, chef de la majorité parlementaire anti-syrienne, a lui aussi indirectement critiqué le Hezbollah. Le fils de l’ancien Premier ministre assassiné, Rafic Hariri, a insisté sur la nécessité de renforcer l’Etat, seul habilité à prendre la décision de guerre ou de paix, en allusion au Hezbollah qui a capturé deux soldats israéliens, le 12 juillet, sans consulter ses partenaires au gouvernement.

Le chef de l’ancienne milice chrétienne des Forces libanaise, Samir Geagea, a également développé les mêmes arguments, reprochant au Hezbollah d’avoir entraîné le pays dans une guerre dévastatrice.

Mais pour le Hezbollah, il n’est pas question de remettre ses armes tant que les fermes de Chebaa ne sont pas évacuées par l’armée israélienne et que les Libanais détenus en Israël ne sont pas libérés. Le parti a annoncé qu’il coopérerait avec l’armée libanaise et les forces internationales qui doivent prendre en charge la sécurité entre le fleuve Litani et la frontière avec Israël.

Les troupes régulières ont presque achevé leur déploiement dans cette zone où la population leur a réservé un accueil triomphal. La Finul, elle, tarde à se constituer, surtout après les hésitations de la France. A l’origine, Paris prévoyait d’envoyer quelque 3 500 soldats. Mais en raison de l’absence de «garanties» et du flou qui entoure les prérogatives de la Finul, elle a ramené ces effectifs à une participation symbolique de 400 soldats.

Samedi matin, une cinquantaine de soldats d'une unité française du génie sont arrivés à Naqoura, un port du Sud Liban proche de la frontière israélienne.

D'autres pays ont annoncé ou envisagent une contribution mais attendent des précisions et des garanties sur la mission de la Finul élargie, et la capacité de leurs troupes à se défendre face à d'éventuelles hostilités. Il s’agit de l’Italie, la Malaisie, l’Indonésie, la Finlande et l’Espagne.

La Finul, qui existe depuis 1978 et compte actuellement 2 000 hommes, doit être remplacée par une Finul élargie, avec des effectifs portés à 15 000 hommes et un mandat étendu, selon la résolution 1701.

Par RFI

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