PDA

Voir la version complète : Hommage à Naguib Mahfouz,


Page : [1] 2

akiles
31/08/2006, 13h39
“C’est dans un article du professeur Salem Gabr que j’entendis pour la première fois parlé du docteur Ibrahim Aql. J’ai oublié le contenu de l’article en question mais je me souviens qu’il présentait le docteur comme un éminent, capable de révolutionner notre vie intellectuelle, si n’était survenue une basse machination fomentée par un individu sans scrupules, qui brisa l’élan d’Ibrahim Aql avant même qu’il ait pris son envol. Après sa thèse de doctorat qu’il soutint à la Sorbonne, on fit courir le bruit qu’il y portait atteinte à l’Islam.”

C’est ainsi que commence un de ses livres, Miroirs, que j’ai trouvé ce matin dans la bibliothèque de ma femme. Vous savez certainement qu’il a subi une tentative d’assassinat par un fou de Dieu et qu’il en a réchappé de justesse. Il est tout de même incroyable, vu les circonstances, qu’un écrivain comme lui, tant attaché à son pays et si critique envers l’obscurantisme de tous poils, ait pu mené sa vie jusqu’à la fin; une longue vie qui a commencé en 1911 dans la ville du Caire qui l’a vu naître et dont ses romans ne cessent de décrire.

Voilà un homme qui demeurera un exemple de courage et d’intégrité pour l’humanité alors même qu’il vivait au milieu d’intégristes complètement ravagés par leurs folles idéologies religieuses..

Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature, nous a quitté, mais il n’est pas mort. Il est grand temps de le connaître maintenant. Ahmed

Bachi
31/08/2006, 13h53
Je seconde ton hommage, Akiles.
J'aime ce grand Monsieur...
Et j'ai dévoré avec le plus grand plaisir une bonne partie de sa bibliographie.
Je cherche toujours ceux de ses romans que je n'ai pas encore lus.

C'est vrai, l'homme est admirable.

Paix à son âme.

saadiakabyle
01/09/2006, 12h11
Allah i rahmou

C'était un écrivain exceptionnel, j'ai lu un de ses livres, il était magnifique, j'ai vraiment adoré. J'ai décidé finalement de lire toutes ses oeuvres, mais je n'en n'ai pas eu l'occasion.

Un grand homme qui part.

akiles
01/09/2006, 13h38
Merci pour ta participation. Serais-tu te rappeler s'il parle de relation entre les hommes et les animaux quelque part?
Dans les jours qui suivent, comme je suis en train de lire Miroir, j'aimerai rajouter autre chose à son propos.
--Ahmed

Bachi
01/09/2006, 14h40
Merci pour ta participation. Serais-tu te rappeler s'il parle de relation entre les hommes et les animaux quelque part?

Non, je ne crois pas me rappeler l'avoir lu aborder ce thème.

Je n'ai pas lu Miroir. Est-il traduit en français?

Si tu n'as pas lu Les Fils de la Médina, je te le suggère fortement. Selon moi, c'est son meilleur.

absente
01/09/2006, 15h17
Tu peux trouver Le Miroir aux éditions Desclées de Brouwer.

Bachi
01/09/2006, 15h22
Merci Besbas...

:)

absente
01/09/2006, 15h28
Je t'en prie Bachi.

akiles
02/09/2006, 12h21
"Si tu n'as pas lu Les Fils de la Médina, je te le suggère fortement. Selon moi, c'est son meilleur."

Super, je le prends en note. Pour l'instant, j'essaye de terminer péniblement
Iranienne et libre de Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix en 2003, et de
me plonger dans Entre l'horreur et l'espoir de Saîd Zahraoui, qui lui au
moins est écrit avec talent. --Ahmed

akiles
06/09/2006, 02h47
Mr. Naguib Mahfouz s'exprime autrement que moi sur ces questions métaphysiques et ses corollaires, telles la mort, la morale,la guerre oo la religion, dans son livre, Miroir, bien qu'en apparence il semble aller à rebrousse poil de ce qui est normalement admis; Hegel par exemple: «La mort est la chose la plus redoutable, et tenir fermement face à ce qui est mort est ce qui exige la plus grande force.»

Je vous recopie donc quelques lignes tirées de son premier chapitre intitulé "Ibrahim Aql" (Aql est le masculin de Akila, le nom de ma mère et qui signifie sage ou tranquille.):
- Ses propos m'ont inquiété.
Je l'interrogeai sur ce qui l'inquiétait.
-Il a dit avec une voix tremblante que la mort était belle, qu'on était injuste avec elle et que sans elle la vie n'avait pas de sens.

Mais lisez-le sur la question palestinienne et vos doutes s'envoleront. En cela, entre autres sujets, comme la question palestinieene, je me distingue donc. Non seulement de lui, mais de tous. Sans exception, j'allais dire mais je ne voudrais pas paraître plus prétentieux et suffisant que je le suis (ma femme s'est tordue de rire quand je lui ai lue ça!)

Il y a quelques jours, à la veille de la mort de Mahfouz, j'ai posté sur des forums de poésie ou sur mes fils de discussions concernant le rapport de l'homme avec les animaux, le poème de Baudelaire, L'albatros, qui est d'une métaphore absolument géniale en ce qui concerne les poètes souvent incompris et maudits des hommes, mais aussi, et je ne pense pas que c'était voulu de sa part, comme je le faisais d'ailleurs remarquer dans ma note en bas de son poème, il y a là une description tout à fait remarquable sur la méchanceté généralisée des hommes envers les animaux et qui n'est pas uniquement le lot des marins, phénomène barbare dont je m'évertue depuis toujours de dénoncer, mais sans grands résultats significatifs.

Donc, pour en revenir à notre éminent arabe, le seul jamais nobélisé en littérature, il y est question dans le premier chapitre de son livre de plusieurs points sur lesquels je voudrais m'attarder, notamment sur la mort et sur Baudelaire. Je vous offre donc cette concoction d'extraits et vous invite à vous procurer le livre pour étudier son approche existentielle tout à fait passionnante malgré la dimension dramatique.

Je vous reviens au plus tôt. . . Ahmed

Bachi
08/09/2006, 16h42
Merci, Akiles...

Ca me donne encore plus envie de le lire...

Bachi
09/09/2006, 18h34
Un quartier populaire du Caire, Gamaliya, c'est le lieu qu'a choisi Mahfouz pour en faire en quelque sorte l'origine de l'humanité. D'ailleurs, c'est pour cette raison que ce roman est interdit en Égypte, la censure y voit une relecture de l'histoire sainte.
Gabawali, le fondateur de la Grande Maison...
Gabawali, pour ainsi dire Dieu, qu'il fit mourir, et de surcroit de vieillesse. Second motif de censure.
Adham, Gabal, rifaa, Qasim, Arafa, les cinq descendants de Gabawali font de la Grande Maison, chacun à son tour, le théatre des convoitises humaines et des révélations.

Je vous retranscris ici, la chute de ce somptueux roman:

La peur et la haine s'appesantirent à nouveau sur le quartier; mais tous supportaient les exactions avec courage et opiniâtreté, confiants dans l'avenir.

"Patience, disaient-ils. Tout a une fin, même l'oppression! Le soleil finira par se lever, et nous verrons la chute du tyran: l'aube viendra, pleine de lumière et de merveilles..."


En espérant vous avoir donné l'envie de vous le procurer.

Virginie
09/09/2006, 19h01
Je passais devant sans tilter... Je crois que ça vient de changer. Je vis voir ce que je trouve ou si une copine n'a pas déjà ça dans sa biblio...

moustica
09/09/2006, 21h46
C'est mon roman préféré de Mahfouz.
C'est un livre qui ne ressemble à aucun autre, une façon de s'approprier l'histoire sainte et de lui rendre sa dimension humaine.
Dommage que je ne lise pas l'arabe. :sad:

farid_de_boghni
10/09/2006, 17h10
Un quartier populaire du Caire, Gamaliya, c'est le lieu qu'a choisi Mahfouz pour en faire en quelque sorte l'origine de l'humanité
éffectivement c'est dans se quartier qu'il as vecu ces deuze premières années de sa vie mais auquel il ne cesser de revenir , d'aileurs ce qurtier renait sous sa plume historique et humain , il as beaucouo d'oeuvre presde 40 romans , la plupart sont traduits en français ( des recueils, de ,oubelles , des scénarios , des pièces théatre... et beaucoup d'autres... , elles sont beaucoup nembreuse et variée car elle réflètea la fois le parcours intérieur de mahfouz et les différentes événement qui ont effecté l'histoire de l'eqypte, d'ailleurs à ce jour il est considéré comme le père tutélaire de la littérature éqyptienne voire arabe , à la fois par son role d'animateur de la vie littéraire et parce qu'il a été parmis les 1ers à adapter la langue arabe littéraire par la forme d'un roman et pour cela aussi qu'il as reçu le prix nobel de littérature en 1988 , et chapeau bat car il est le premier romancier de langue rabe à recevoir ce trophé , malheureusement ce grand monsieur nous as quitté plus exactement le 30 aout après être hospitalisé pour une insuffisance rénale !! que dieu le recevra dans sont vaste paradis.

akiles
11/09/2006, 07h13
Je me dis que tout le monde, ceux qui aiment les livres, s'entend, devrait lire un ouvrage, ou le parcourir si cela n'a jamais été fait, d'un Prix Nobel après son décès. Pas seulement d'un Prix Nobel, mais de n'importe quel Prix prestigieux ou de n'importe quel grand penseur! Parmi ces derniers me vient à l'esprit l'exemple de Jean-François Revel sur lequel je n'ai rien écrit après sa disparition malgré qu'il fut pour moi un phare, un maître dont j’estimais l’intégrité, la précision de l’analyse et sa défense des droits de l’homme d’une façon pragmatique et inlassablement. Mais c’est tout. Ce qui est énorme. De lui, je recommande "Pourquoi des philosophes?", ou son résumé sur la philosophie occidentale, facile et excellent, et son livre avec son fils, Mathieu, qui est une discussion incontournable sur le bouddhisme dont il en secoue les idées dogmatiques et archaîques tout en étant respectueux, envers son fils et la spiritualité.

Mais cette intervention, pêle-mêle, hic et nunc, s'adresse encore davantage aux arabes lorsqu'il s'agit de Mahfouz. Je lis actuellement, Miroirs; des portraits qu'il brosse des gens qu'il a connus de la société égyptienne. Vraiment bon. Exemple:
Traduction libre que j'édite parce que je ne peux pas faire l'effort de l'écrire en entier, vous comprendrez et me pardonnerez. C'est donc un résumé.)

-L'hypocrisie consiste à dissimuler son incroyance et à déclarer sa foi. Mais lui est trop bête pour être incroyant, c'est pour cette raison que je ne mets pas sa foi en doute.
- Ne penses-tu pas, Hagg, (nom qu'on donne à celui qui a fait le pèlerinage à la Mecque et qui est respecté pour cela) que le marché noir que tu pratiques contredit ta piété?
- Notre monde a ses règles et l'au-delà a les siennes! répondit-il avec assurance.
- Dieu ne peut consentir qu'on affame les pauvres!
- Je m'absous par la prière, le jeune et l'aumône, dit-il avec tranquillité. Que veux-tu de plus?
- Cet homme commet le péché en connaissance de cause, et non par ignorance ou par hypocrisie! dis-je à mes amis après son départ.
-Il vole le pain des pauvres et continue son chemin, le visage rayonnant de foi et de sérénité!
Je me disais qu'il valait pas le coup de polémiquer avec Hagg spécialement, car il était toujours calme et sûr de lui, croyant dans le mal autant que le bien, se soumettant à Satan autant qu'à Dieu, balançant entre les deux extrêmes comme le ferait dans un marché libre un habile commerçant. Ces réflexions me conduisirent à trouver des excuses à des canailles (d'autres de ses connaissances) et même Aid Mansour, qui n'avaient pas d'attache sérieuse avec la religion et ne s'étaient jamais inspirés dans la vie que de leurs instincts et d'un pragmatisme primaire, dans un climat conflictuel violent et rude. Ces mêmes pensées m'ont plus d'une fois plongé dans une grave crise spirituelle qui faillit me faire rejeter l'humanité en bloc. Ce sujet faisait l'object de discussions interminables entre nous.
Desclée de Brouver, p. 94

Bachi
11/09/2006, 14h32
J'aimais bien lire JF Revel. Depuis que j'ai entendu Denise Bombardier dire qu'il était son phare, j'ai cessé de le faire...
Maintenant, c'est toi qui dis la même chose. Dois-je changer d'avis?
Je te trouve plus honnête qu'elle...

akiles
11/09/2006, 17h22
Disons que c'est plus facile pour moi d'être honnête. Je ne connais pas bien Denise Bombardier. Je trouve cependant qu’elle se démarque du courant de la pensée plutôt sclérosée en cours au Québec, comme en France d’ailleurs. Mais comme je ne la connais pas plus que ça je ne me prononcerais pas. J,ai bien un livre d’elle mais je n’ai jamais eu le goût d’aller loin dans sa lecture. L'intégrité intellectuelle en prend un coup lorsque tu deviens une personnalité. C’était une des grande qualité de Revel. Évidemment, lui le premier le dira, on est jamais parfait. Moi, je ne suis que moi. Rien d'autre. C'est un avantage que cette indépendance. Elle a ses revers et j'en fais mon chemin de croix, mais cool. Je suis content que tu aimes Revel. Moi, je trouve qu’il écrit super bien. J’éprouve un grand plaisir lorsque je lis son français. Ahmed

akiles
12/09/2006, 13h49
Voilà ce que je lisais hier dans Châtelaine de la bouche de Denise Bombardier et qui confirme ce que je dis: “Je trouve qu’au Québec, on fait de l’angélisme.”
Et quelques pages en amont, Marie-France Bazzo le déclare aussi, qui vient de quitter Radio-Canada et laisser sa place à une animatrice dévergondée, comme cela devient de plus en plus sur cette chaîne, je veux dire plus explicite maintenant. On lui demande s’il y a un “esprit Bazzo”, elle répond: “Un esprit, oui. Ça ne recherche pas à tout prix un consensus, une tendance si affligeante au Québec.”

Bachi
12/09/2006, 13h54
Entre ne pas faire dans l'angélisme et faire dans le rétrograde comme Bombardier sait tres bien faire, y a des années lumière.
Je pense surtout à ses prises de position concernant le multiculturalisme canadien, son éthnocentrisme forcené, et souvent son passéisme aussi.

Mais bon, cessons de l'accabler. Il y a de bien, bien, bien pires.