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Voir la version complète : Afrique du Nord: Pétrodollars et mondialisation


zek
15/09/2006, 20h12
Bonsoir, il ne suffit pas d'être Arabe ou de parler arabe pour attirer les capitaux du Golfe.
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Des chiffres à donner le tournis, mais des têtes, couronnées ou non, bien vissées sur les épaules. Un mythe semble avoir vécu, celui de l'Arabe en gandoura dilapidant des fortunes dans les casinos et autres frivolités. Les princes deviennent de plus en plus des hommes d'affaires avisés et ils troquent volontiers la gandoura en tant que stéréotype contre le strict complet du golden boy rompu aux placements boursiers et aux investissements judicieux. Et c'est tant mieux qu'à l'image dévalorisante des Bédouins étouffés par le poids des pétrodollars se substitue, peu ou prou, celle d'hommes capables de compter sensément avec des revenus faramineux mais gérés selon les standards de la modernité.

L'argent arabe, confondu à juste titre avec les pétrodollars, intéresse et se place naturellement au coeur des convoitises, une tendance accentuée par ce troisième choc pétrolier qui, contrairement aux précédents, est parti pour durer, paroles d'experts. Pour les deux années 2006 et 2007, les analystes financiers évaluent à près de 450 milliards de dollars les excédents pétroliers que les monarchies du Golfe n'auront d'autre choix que d'exporter, faute de débouchés et d'actifs suffisants dans lesquels investir sur place. Ces mêmes monarchies, d'après ces analystes qui les étudient à la loupe, détiendraient 1 000 milliards de dollars en actions et obligations en Europe et aux Etats-Unis. Voilà qui cadre -et de quelle manière !- les enjeux et les convoitises.

Désormais, les capitaux arabes -entendre leurs détenteurs- sont courtisés, des facilités exceptionnelles leur sont partout offertes. Hier encore, le président tchétchène lançait un appel pressant aux pays arabes, depuis Saint-Pétersbourg, pour qu'ils investissent sans tarder dans son pays ravagé par la guerre. Mais les princes gaspilleurs et naïfs, c'est une image d'Epinal. Ils savent où placer leurs sous et se montrent très attentifs à leur rentabilité.


La preuve, la plupart des pays arabes souffrent encore d'un sous-développement endémique, alors que les ressorts de la solidarité n'arrivent pas à jouer pour attirer les capitaux des richissimes monarchies qui regorgent de pétrodollars. La mondialisation est passée par là et, plus que par le passé, les bons sentiments ne suffisent pas à faire les bons investissements.

Et là, il faut le dire sans ambages : les Arabes en général, ceux qui ont les pétrodollars comme ceux qui n'en ont pas, sont en train de passer à côté. Partis e n ordre dispersé face à une hyper concentration capitalistique qui se joue royalement des nations et de leurs atavismes, les pays arabes ont les instruments formels de l'intégration économique mais pas la volonté politique de la promouvoir.

Au Machrek et au Maghreb, c'est bande à part. L'ensemble maghrébin tarde à voir le jour, alors qu'à l'intérieur de ce bloc, les échanges commerciaux sont toujours en dessous de la barre des 3%. Au Levant, la situation n'est guère plus reluisante et le marché y est plutôt consommateur passif d'une mondialisation qui voit arriver la Chine, l'Inde, la Malaisie, le Brésil, mais aucun pays arabe.

Réunis depuis hier à Alger, les gouverneurs des banques centrales arabes vont sans doute plancher sur ce triste état de fait. Il se peut que l'obsolescence et le blocage soient nichés dans les systèmes financiers arabes qui n'ont pas fait la mue pour être au diapason des nouvelles réalités économiques mondiales.

On attend avec impatience de voir les recommandations qu'ils feront dans ce sens. Ils auront, dans tous les cas, fait oeuvre utile s'ils indiquent une voie claire à suivre pour que les immenses capitaux arabes trouvent également à s'investir dans les pays arabes où les croissances internes retrouvent du tonus mais ont manifestement besoin d'être soutenues.

A. Samil
5 Septembre 2006 La Tribune

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