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Voir la version complète : Kamel Daoud et Salim Bachi évoquent Camus dans leur roman


morjane
07/11/2013, 15h43
Traverser le miroir


Dans «Meursault, contre-enquête» de Kamel Daooud et «Le dernier été d’un jeune homme» de Salim Bachi, Albert Camus devient un personnage.

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L’écrivain et chroniqueur Kamel Daoud a eu l’idée originale de «suivre» le frère d’un personnage d’un roman d’Albert Camus, L’étranger (écrit en 1942). «Je me demande bien pourquoi on n’a pas pensé à le faire auparavant!», nous a-t-il confié en marge d’un débat organisé mardi au 18e Salon international du livre d’Alger (SILA) au Palais des expositions des Pins maritimes. Dans Meursault, contre-enquête, roman paru chez Barzakh, Kamel Daoud braque les projecteurs sur le frère de «l’arabe» tué par Meursault sur une plage dans le roman de Camus. «Je me dis toujours que je ne suis pas écrivain mais un réécrivain ! J’adore réécrire les belles histoires», a soutenu Kamel Daoud lors d’un débat intitulé «De l’autre côté du miroir».

Salim Bachi, qui a «redonné» vie à Camus dans un autre roman, Le dernier été d’un jeune homme, publié par Barzakh aussi, était présent à ce débat. Omar Zelig, qui a modéré le débat, a parlé de «la réincarnation» de Camus dans ces deux romans. «Il y avait quelque chose chez cet homme-là, même s’il y avait aussi la justice, la mère…», a-t-il noté. L’écrivain français avait confié préférer sa mère à la justice pour ne pas se positionner sur les revendications nationalistes des algériens. Salim Bachi a suivi Camus dans son voyage au Brésil en 1949 à bord d’un bateau où il continue d’écrire, résiste à la maladie (il souffrait de tuberculose depuis l’âge de 17 ans) et fait de belles rencontres.

«Je voulais parler de Camus comme un algérien. En France, on évoque Camus comme un romancier français et universel mais jamais comme algérien. Il fallait donc montrer que Camus était né en Algérie (en 1913, ndlr) et a vécu une grande partie de sa jeunesse à Alger. Jusqu’en 1954, il se considérait comme un algérien», a souligné Salim Bachi. Selon lui, le dilemme qu’ont les algériens par rapport à l’auteur de L’envers et l’endroit, le romancier l’avait lui-même ressenti au moment de l’éclatement de la guerre de libération nationale.

«Mais Camus avait refusé de se définir. Et ce refus de définir son identité a fait qu’il a souffert et qu’on lui reproche beaucoup de choses maintenant. Le Camus algérien, celui qui était ici, qui vivait à temps plein en Algérie, pas celui qui était à Paris, m’intéressait : quelle était sa pensée esthétique ? Sa pensée politique ? Quelle réflexion avait-il par rapport à l’Algérie ? Sa définition de la vie en Algérie ? J’ai effectivement évacué la guerre d’Algérie car le souci de mon livre était un autre Camus. Camus avait lui-même dit qu’il prenait conscience d’être français avec l’arrivée des allemands à Paris. Jusqu’au milieu des années 1940, Camus était un algérien en exil à Paris», a déclaré Salim Bachi. Kamel Daoud a, lui, souligné qu’il n’était pas un camusien. «Camus n’est pas quelqu’un qui m’intéresse profondément. J’ai lu deux ou trois de ses livres. J’avais un rapport sain à l’homme. C’est plus tard avec le FLN, l’école et les journaux que ce rapport s’est déterioré. Ils ont intoxiqué ce rapport.Ce n’est qu’à l’âge de 20 ans que j’ai découvert un autre Camus», a relevé Kamel Daoud parlant d’un simple prétexte pour écrire son roman. «J’ai trouvé que le roman «La chute» était plus accrocheur que «L’étranger». Ce roman roman est trop sec, trop recherché, trop précieux», a-t-il ajouté.

Kamel Daoud a eu l’idée d’écrire après une rencontre avec un journaliste français. «J’en avais marre qu’on me pose la question de savoir si Camus est à nous ou à eux, comme un gigot à partager ! J’ai envie de lire Camus simplement. Je suis devenu allergique aux camusiens des deux bords. J’ai écrit une chronique de presse. J’ai ensuite un livre pas pour répondre à Camus ou faire justice à un arabe mort, Moussa l’équivalent de Meursault. Je ne voulais pas rester dans les parages de Camus mais raconter ma propre histroire», a-t-il dit avouant avoir dessiné le personnage à partir de celui de Ali Lapointe dans le film La bataille d’Alger.

Salim Bachi n’a, lui, aucun reproche à faire aux camusiens, notamment les académiciens. Il parlé du jeune Camus, «généreux et engagé» , celui qui était scandalisé par la famine qui tuait les algériens dans les années 1930. «Cela n’a rien à voir avec Camus des années 1950 qui n’avait pas choisi entre sa mère et la justice. Je suis né en 1971, je ne me sens pas concerné par le fait qu’il ait dit ceci ou cela. Je ne me sens pas trahi…», a affirmé Salim Bachi.

Fayçal Métaoui- El Watan

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