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Voir la version complète : Les philosophes vendent-ils du vent ?


morjane
14/11/2013, 15h51
Qu’on les envie ou les craigne, qu’ils intimident ou fassent sourire, les philosophes ne laissent pas indifférents. Comme s’ils appartenaient à une autre espèce, bizarre ou surdouée. Alors qu’ils sont «humains, trop humains» souvent, comme le montre Pierre Riffard dans un livre très documenté et d’un grand intérêt, Les philosophes : vie intime. C’est, en effet, leur vie quotidienne, dans ses traits les plus communs – enfance, statut social, attitude envers les femmes, maladies, névroses … – qu’il nous décrit, quitte à ne pas tenir compte de leur désir de discrétion. La plupart des philosophes ne supportent pas, en effet, qu’on s’intéresse à leur personne, et beaucoup s’ingénient à la soustraire à toute curiosité : Bergson refuse toute interview et fuit toute publicité. «Ma vie personnelle ne présente aucun intérêt», assure M. Foucault.

Est-ce parce que le récit de cette vie diminuerait leur prestige et leur donnerait figure humaine, quand, dépourvus de toute modestie, ils s’imaginent au-dessus du commun, prétendent «s’adresser au genre humain» (Kant, Schopenhauer) et se considèrent, «dans leur travail philosophique, (comme) des fonctionnaires de l’humanité» (Husserl) ? Toujours est-il qu’ils sont d’abord des hommes comme les autres, même si, par certains traits, ils s’en distinguent. Ainsi, beaucoup - 15 sur une liste de 22 - sont orphelins («Comment ne pas penser, demande Pierre Riffard, que la philosophie leur sert de parent ? »), d’autres sont nés ou vivent à l’étranger – ce qui leur permet un regard distancé sur leur société -, les célibataires – Descartes, Voltaire, Nietzsche… - sont nombreux, et lorsqu’ils sont mariés, c’est à l’époque de leur célibat que 70% publient leur œuvre maîtresse. En majorité hétérosexuels, la plupart ne sont pas à l’aise avec les femmes et tous se méfient de l’amour-passion : «Ils préfèrent la relation logique au rapport sexuel.»

Tous, ou quasiment tous, sont des hommes. Le machisme de leur société ne les épargne pas et leur fait dire des âneries : «La femme est un mâle avorté», déclare doctement Aristote. «Donner à des femmes du raisonnement, des idées, de l’esprit, c’est mettre un couteau dans la main d’un enfant», décrète Taine, près de vingt siècles plus tard. Sartre lui-même «s’émerveille» que Simone de Beauvoir ait «l’intelligence d’un homme». S’estimant presque coupables de penser, la plupart des femmes philosophes ne se trouvent pas originales, tendent à se masculiniser et se dévalorisent : «Je n’ai pas la prétention d’être philosophe», dit, comme pour s’excuser, Hannah Arendt, et Simone Weil écrit qu’elle veut faire de la philosophie «virilement».

Par chance, presque toutes – Rosa Luxemburg, Jeanne Hersch, Suzanne Bachelard… - ont philosophé autrement que les hommes. Alors que ceux-là, généralement indifférents à l’expérience vécue, sont avant tout soucieux de théoriser et de construire une nouvelle conception du monde, les femmes partent le plus souvent de la condition humaine, l’analysent, mettent à nu ses contradictions et se proposent de la changer. «Doctrine d’un côté, action de l’autre, écrit Pierre Riffard. Théorie du vécu chez l’homme, vécu théorisé chez la femme.» Et quelquefois, chez elle, un vécu très riche : Simone Weil a participé à de nombreuses actions syndicales et antimilitaristes, a travaillé en usine, s’est engagée pendant la guerre d’Espagne dans les brigades internationales, a rejoint De Gaulle à Londres en 1942 – à une époque où Sartre, vivant paisiblement à Paris, demandait à la Gestapo l’autorisation de représenter sa pièce, Les mouches.

Plus tard il s’est «racheté» - il a courageusement soutenu les Algériens durant la guerre de libération, pris des risques et mis sa revue, Les temps modernes, au service de leur combat – mais combien d’autres ont ignoré les luttes de leur temps pour se consacrer à leurs travaux théoriques. Pierre Riffard analyse très finement leur activité intellectuelle et montre comment, doués d’une mémoire hors du commun, ils composent peu à peu leur vision du monde : en empruntant aux uns et aux autres des concepts, en les regroupant ou les dissociant, en faisant du neuf avec du vieux : «Le philosophe transmue en une pensée chercheuse un chaos d’émotions, de théories, de mots, de convictions… Il crée une pensée originale par synthèse de concepts existants…»

Rien ne prouve, évidemment, que cette pensée soit vraie. Ce n’est jamais qu’une hypothèse, invérifiable, mais les philosophes prétendent quasiment tous qu’ils disent le vrai. Et ne tolèrent aucune objection : «Ils s’imposent par un ton sans appel…» Le philosophe dit : «Je détiens la Vérité, moi. C’est peut-être bien la vérité. Peut-être pas. On vogue sur de l’indécidable.» En faisant d’une hypothèse une vérité, le philosophe, estime Pierre Riffard, «marche à l’esbroufe» et «vend du vent». Mais il est des vents qui réveillent, chassent les poussières qui encrassent notre esprit, nous permettent d’y voir plus clair et substituent aux préjugés, que nous prenons si souvent pour des vérités, moins un savoir qu’une exigence de lucidité, moins une réponse qu’une inquiétude. Même s’ils s’égarent dans leurs abstractions, la plupart des philosophes nous sortent de la torpeur mentale que les pouvoirs existants tentent de nous imposer, et c’est pourquoi leur fréquentation ne peut être que bénéfique.

Maurice Tarik Maschino- El Watan

nedjmala
15/11/2013, 01h05
...

une belle philosophie c'est l'harmonie d'accorder juste les consciences, une bonne philosophie c'est l'âge d'apprendre juste le temps, une grande philosophie c'est l'air d'entendre juste le cœur, une seule philosophie c'est l'art d'abattre juste les frontières, et tout le reste s'appartient d'y parvenir un jour ou l'autre, entre les hommes...;):rolleyes:;)...

Salam, merci...

Elghifari
15/11/2013, 23h33
La philosophie doit être une sorte de synthèse des sciences dans le but d'éclairer la marche pratique de l'homme, pour qu'il construise un monde plus juste, cette philosophie doit être pratique pour accélérer le développement multiforme des être humains et de notre planète.

Peut être que Karl Marx résume ce que je veux dire en quelques mots :

"Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le transformer."

hippone22
15/11/2013, 23h36
L'histoire a démontré que les meilleurs savants sont d'abord des philosophes!

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