PDA

Voir la version complète : Kenya : l'imam "Makaburi", le visage de l'islam radical


nacer-eddine06
12/03/2014, 21h00
Cheikh Abubaker Shariff, alias "Makaburi".
Depuis des années, la mosquée Musa à Mombasa, deuxième ville du Kenya, est devenue le coeur de l'islam radical dans ce pays majoritairement chrétien et la cible d'une féroce répression des autorités. Le principal prédicateur - radical - de la mosquée et son successeur sont tombés sous les balles de la police à un an d'intervalle. Leur a depuis succédé Cheikh Abubaker Shariff, alias « Makaburi » (« cimetière » en swahili), accusé par l'ONU et les Etats-Unis d'être l'un des principaux recruteurs des islamistes shebabs somaliens au Kenya.

Début février, la mosquée a été une nouvelle fois le théâtre d'affrontements violents quand la police y a pénétré pour interrompre, selon elle, une convention de djihadistes destinés à recruter des combattants pour les shebabs. « Il ne s'agissait pas d'une convention djihadiste, mais d'une convention discutant de sujets liés à la guerre sainte », tels que le martyre ou l'apostasie, assure Makaburi. Lui nie tout lien avec les shebabs mais se présente comme « favorable à l'implantation de la charia partout dans le monde » et ne cache pas son admiration pour Oussama ben Laden. Selon lui, les autorités « non-islamiques » kényanes se servent de prétextes pour s'attaquer à la mosquée Musa, « la seule qui prêche l'islam véritable ».

Récemment, Makaburi a réagi à l'attaque du centre commercial de Westgate, à Nairobi, la capitale, au cours de laquelle 68 personnes ont été tuées par les shebabs. « Est-ce que [les femmes et les enfants] tués en Somalie ne sont pas innocents ? », demande-t-il à l'AFP. En Somalie, assure-t-il, l'armée kényane qui participe à une force africaine « fait la même chose, voire pire que ce qui s'est passé au Westgate », où le commando a mitraillé aveuglément commerçants, clients et des enfants participant à un concours de cuisine. « Selon la religion islamique, ils avaient le droit de se venger ». Quant aux victimes musulmanes de l'attaque, elles « n'avaient de musulman que le nom ». A cette heure de prière, « comment un musulman peut-il être dans un centre commercial au lieu d'être à la mosquée ? »

L'Arabie saoudite, un « pays chrétien »

Makaburi se défend d'être extrémiste ou radical. Simplement un « vrai » musulman. L'islam « véritable », cependant, n'est selon lui aujourd'hui en vigueur qu'à Falloujah, ville d'Irak récemment conquise par un groupe djihadiste proche d'Al-Qaïda, dans les zones afghanes sous contrôle taliban et dans celles de Somalie aux mains des islamistes shebabs. « Même l'Arabie Saoudite est un pays chrétien gouverné par quelqu'un qui se prétend musulman ». Il nie pourtant les accusations de l'ONU qui l'a placé depuis 2012 sous sanctions pour « ses liens étroits avec les membres influents » des shebabs. Ces derniers n'ont pas besoin de recruter, affirme-t-il, « le moteur le plus fort poussant les jeunes musulmans à rejoindre le djihad en Somalie, c'est l'injustice du gouvernement kényan. La féroce répression policière radicalise les jeunes plus que n'importe quel prédicateur ».

Mais même si la radicalisation d'une partie de la jeunesse musulmane est une « menace », selon Hassan Omar Hassan, sénateur d'opposition de Mombasa et ancien militant des droits de l'Homme, les autorités kényanes en préférant user de violence - parfois extralégale - plutôt que s'attaquer aux racines du problème, n'ont fait qu'aggraver la situation. « En traitant la mosquée Musa par le mépris, le gouvernement en a fait un temple de la radicalisation », estime-t-il, dénonçant « l'escalade » de la répression ayant abouti aux meurtres notamment du précédent imam.

Selon le sénateur, le gouvernement doit se pencher sur les causes profondes du ressentiment des musulmans kényans et plus généralement des habitants de la côte. Durant des décennies, ils ont été sous-représentés au sein de l'élite politique, sous-éduqués, victimes de discriminations sur le marché de l'emploi, se retrouvant massivement au chômage, mais aussi considérés comme des citoyens de seconde zone pour qui il était difficile d'obtenir des documents d'identité. « Toute action extralégale des autorités va continuer à nourrir le discours sur l'oppression et l'humiliation des communautés de la côte et surtout musulmanes », selon le sénateur.
faitreligieux

Cookies