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Voir la version complète : ABDELKADER BENSALAH AU SOIR D’ALGÉRIE : «Dire qu’il y aura fraude est une accusation trop facile»


nacer-eddine06
23/03/2014, 10h12
Entretien :



Entretien réalisé par Khedidja Baba-Ahmed

Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation et secrétaire général du RND, est un homme qui s’exprime rarement en public. Il l’a néanmoins fait dans la précampagne, lorsqu’il a officiellement apporté son soutien et celui de son parti à la candidature du Président sortant. Ses propos avaient alors été perçus comme une menace à l’égard de ceux qui ne soutenaient pas le 4e mandat. Sur ces déclarations, mais, plus globalement, sur ce qui anime la scène politique aujourd’hui, il a bien voulu répondre à toutes nos questions dans ce long entretien qui évoquera nombre de thèmes : les élections, bien sûr ; le 4e mandat de son candidat ; la Constitution et le mode opératoire de sa révision éventuelle ; la violence à Ghardaïa et sa gestion ; les affaires de corruption ; l’audiovisuel aujourd’hui dans le pays et le traitement de l’information…

Le Soir d’Algérie : L’élection présidentielle d’avril prochain semble totalement différente des précédentes. La contestation du candidat sortant prend des formes et une envergure inconnues jusque-là. Comment, Monsieur le Président, analysez-vous ces différences ?

Abdelkader Bensalah : Je suis d’accord avec vous pour dire que cette élection est différente des autres. D’abord parce que la conjoncture est différente ; les acteurs sont différents ; l’ambiance et le climat sont différents. Où se situent cesdifférences ? Il y a d’abord des textes nouveaux qui organisent par la loi la scène politique, le débat politique et la liberté d’expression. Cette élection est aussi différente par le nombre très important d’acteurs, de formations politiques et, contrairement au passé, les médias écrits ou audiovisuels, qui véhiculent des idées, sont nombreux tant en presse écrite qu’en audiovisuelle. Cette situation crée une certaine dynamique. C’est pourquoi, je considère que cette élection est, certes, différente mais pas du tout inquiétante. Je trouve qu’au contraire, cela est un bon signe et c’est un climat que l’on peut considérer comme intéressant, jusqu’à présent.

Nous sommes à quelques jours du lancement de la campagne électorale. Au regard des déclarations des différents acteurs politiques, il apparaît que l’on s’achemine vers une campagne «dure». Craignez-vous la survenue de dérapages verbaux et, éventuellement, des actes violents ?

Le mot dur est en l’occurrence très dur. Je préfère dire un débat animé. Il est normal qu’il y ait des avis contraires exprimés. C’est un signe de bonne santé dans la démarche politique de notre pays et on ne peut que s’en réjouir.
La franchise des uns et des autres doit cependant s’exprimer dans le cadre des règles du jeu. La confrontation des programmes est un élément très positif et nous l’encourageons dans le cadre du débat d’idées. Si l’on s’oriente vers l’utilisation de la rue, cela est mauvais signe et risque de nous mener à un dérapage que l’on ne souhaite pas. Il y a des règles que chacun doit respecter. Laissons les candidats présenter leurs programmes, que les citoyens confrontent ces programmes et puissent faire le choix de leur candidat et de l’avenir du pays pour les 5 années à venir.

Vous venez de dire, Monsieur Bensalah, qu’il ne faut pas qu’il y ait des dérapages. Est-ce que vous considérez qu’il n’y en a pas eu jusqu’à présent ?

On ne peut pas dire qu’il y a des dérapages. Il y a des gens, je ne dirai pas malintentionnés, qui s’expriment et qui croient le faire conformément aux règles en la matière. Il y a toujours des petites corrections qui se font ici et là, mais jusque-là ce n’est pas très inquiétant. Il se trouve que parfois les termes employés sont malheureusement mal choisis, mais pour le moment, je peux dire que cela n’est pas très grave. L’on est dans la précampagne et il y aura certainement un moment où le ton va s’élever. Essayons d’encourager le débat que je considère comme animé et intéressant.

Certains de vos propos, notamment après l’annonce de la candidature du Président Bouteflika, ont été perçus comme des menaces envers ceux qui ne sont pas pour votre candidat, aussi bien par le ton – qui ne vous était pas habituel – , que par le contenu.

Bensalah est toujours Bensalah. Mes propos, ma compréhension, ma manière de voir les choses n’ont pas changé. Je sais que vous faites allusion à une de mes interventions où je disais : «Le temps de la vérité a sonné.» Ce n’est pas une menace et en l’occurrence, c’est très simple, je faisais allusion au fait que par le passé, il n’y avait que ceux qui étaient contre le Président qui parlaient, qui demandaient le boycott et qui disaient beaucoup de choses, loin de la réalité. Notre parti, le RND, pour des raisons de sérénité et parce que les choses n’étaient pas encore claires, le candidat Bouteflika ne s’étant pas encore prononcé, ses adversaires ont trouvé un terrain libre et ont commencé à faire des déclarations tous azimuts, pas tout à fait conformes à la réalité, engagées pour tel ou tel autre candidat mais bien loin de la réalité. A partir du moment où notre candidat s’est prononcé, l’on a dit : «Maintenant, c’est l’heure de vérité.» Ce n’est donc pas une menace, mais un message aux adversaires de notre candidat leur disant que le temps est venu de clarifier les choses, s’exprimer et corriger ce qui se disait par une partie de la classe politique ou les partis de l’opposition.
La stabilité semble être le leitmotiv et le premier élément de langage de votre parti comme de tous ceux qui soutiennent le candidat Bouteflika. En quoi la contestation politique, y compris celle de la candidature du Président candidat, peut-elle constituer un facteur d’instabilité ?
Dites-moi qui, parmi les Algériens, est contre la stabilité ? Personne. L’on est tous d’accord pour la stabilité et nous sommes, quant à nous, pour cette stabilité parce que nous en récoltons les fruits.

C’est-à-dire ?

Sur le plan de la sécurité, par exemple, je peux sortir à 5h du matin ou rentrer à minuit ou 1h sans grande difficulté. Les gens peuvent se déplacer d’est en ouest, sans obstacles. Quand on sort, nos enfants sont sûrs que l’on va revenir. J’ai vécu cette tragédie, je n’ai pas quitté le pays et rappelez-vous, il nous fallait modifier nos horaires d’entrée et de sortie tous les jours. En 1995, lorsque j’étais à la tête de la commission du dialogue national, nos têtes étaient mises à prix. Tout le monde se rappelle qu’à cette période, la contestation existait aussi et se manifestait dans les villes et villages par des pneus qu’on enflammait et des manifestations au quotidien. C’est cela que je ne souhaite pas revoir. Aussi, on ne peut pas s’empêcher de faire des comparaisons avec ce que nous avions vécu et la stabilité obtenue depuis.
Maintenant, l’on n’a jamais dit que lorsque les gens s’expriment, développent leurs idées et leurs arguments, l’on était contre, il faut simplement que ces expressions se fassent selon les lois de la République, et en l’occurrence il y a une disposition de la loi qui interdit les manifestations à Alger. Il est vrai qu’il y a eu ces derniers temps des petits mouvements, mais malgré tout cela a été géré intelligemment.

Mais les Algérois et Algériens, par voie de conséquence, ont tous bien vu, à travers les médias et en direct, qu’il y avait deux attitudes dans le temps quant à la gestion de ces manifestations. Une première consistant à embarquer les manifestants d’une façon très agressive et à les amener dans différents commissariats, puis une nouvelle attitude, moins agressive des services de sécurité. Beaucoup de commentateurs ont perçu ce recul comme faisant suite à la dernière réaction française et plus globalement au fait que l’extérieur surveille attentivement ce qui se passe dans le pays.

(rires de M. Bensalah). Vous me faites rappeler une anecdote. Du temps de l’Union soviétique, la ministre tchèque des AE, par une belle journée printanière (le beau temps est rare à Prague), est sortie portant un parapluie. Les journalistes qui l’on vu ainsi parée du parapluie lui ont demandé : mais Madame la Ministre, comment ne profitez-vous pas du bon soleil d’aujourd’hui, il ne pleut pas ? Et la ministre de répondre : il ne pleut pas à Prague, mais il pleut à Moscou. Tout ça pour vous dire que l’on est habitué, hélas, à entendre et à lire ce genre d’analyses, et c’est regrettable. Plus concrètement, c’est que notre service de sécurité s’est nettement amélioré, il est beaucoup plus professionnel et l’on ne peut que s’en enorgueillir. Les policiers sont nos enfants, ceux de l’Algérie. Des instructions leur ont été données pour qu’ils essayent de jouer leur rôle et laisser s’exprimer les manifestants qui ne dépassent pas les règles.

nacer-eddine06
23/03/2014, 10h13
On en vient à ce qui fait aujourd’hui grand débat : l’absence prolongée du Président Bouteflika et son état de santé. Au-delà du droit de M. Bouteflika de se représenter, l’état de santé d’un candidat ne vous semble-t-il pas essentiel dans l’exercice de la fonction
présidentielle ?

Non, et je vais vous expliquer pourquoi. D’abord, j’ai eu l’occasion en ce qui me concerne de rencontrer le Président et croyez-moi, il est en possession de toutes ses capacités intellectuelles qui lui permettent de gérer la destinée du pays et il l’a prouvé. Il y a maintenant pratiquement une année que l’on a annoncé sa maladie et la gestion de l’Etat se fait normalement. Il y a des institutions qui fonctionnent et il y a des responsables qui reçoivent des instructions. Vous croyez que lorsque moi je suis chargé d’une mission pour représenter le pays ou le chef de l’Etat à l’étranger, je le fais de moi-même? Je vais agir et me prononcer sur des questions sensibles et engager mon pays sans recevoir des instructions du Président et sans lui en rendre compte une fois la mission effectuée ? Non, le pays, ce n’est pas de l’autogestion.
Quant au Président, doté de toute son expérience en tant qu’ancien ministre des AE et en tant que chef de l’Etat, avec un passé que je qualifie de glorieux, vous le croyez capable d’aller s’aventurer à sacrifier tout son parcours, s’il ne se sentait pas capable d’exercer cette responsabilité? C’est quelqu’un qui fait ce qu’il veut et c’est pourquoi, suite à la demande de se représenter qui lui a été faite par la majorité des Algériens, il a accepté d’être le candidat et il est en mesure d’assumer pleinement ses responsabilités.

Ce n’est certainement pas tous les Algériens qui l’on sollicité pour un 4e mandat.

Pas tous, bien sûr, mais une grande partie d’entre eux, des formations politiques, des gens de la société civile et des personnalités ont demandé à ce qu’il se porte candidat.

Le président de la République vient de nommer MM. Ouyahia et Belkhadem à des postes qui en font des collaborateurs de première importance. Que vous inspirent ces nominations, en particulier celle de M. Ouyahia, qui a été votre prédécesseur à la tête du RND ?

D’abord la désignation de ces deux anciens chefs de gouvernement expérimentés et au fait des dossiers veut dire que le président de la République est bien conscient de sa lourde responsabilité et il tient à se faire assister en ces moments difficiles, et cela aussi traduit le niveau de conscience et de responsabilité du chef de l’Etat. Quant à Si Ahmed Ouyahia, c’est un commis de l’Etat, il l’a prouvé tout au long de son parcours. Je trouve donc que c’est une bonne chose ; c’est une responsabilité qu’il mérite et il peut être utile au pays. Il en est de même pour M. Belkhadem. Ils ne peuvent donc qu’être un plus pour la bonne gestion du pays, surtout en cette période particulière.

Ne pensez-vous pas que le temps est venu pour le pays de faire appel à des gens nouveaux, notamment à des jeunes plutôt que de voir ainsi des allers et retours d’anciens responsables ?

Oui, bien sûr, c’est souhaitable, mais nous terminons actuellement un cycle et allons entrer dans un autre. Dans le programme du candidat Abdelaziz Bouteflika, il y a une bonne partie consacrée à la jeunesse. Tous les aspects sont abordés : emploi, formation, éducation, social. Ce thème fera naturellement l’objet de grands débats au cours de la campagne électorale.

Plusieurs courants politiques ont appelé au boycott de la présidentielle. Quelle appréciation avez-vous de l’acte en lui-même et de son éventuel impact sur le taux de participation ?
Vous me donnez l’occasion de dire que malheureusement cet appel va à l’encontre du droit de vote du citoyen, consacré par la Constitution. Par cet appel, l’on se moque du droit du citoyen et de son intelligence. Maintenant cet appel au boycott est lancé dans une conjoncture bien particulière, distincte des situations antérieures. La nouveauté est que cette fois-ci, il y a de nombreux partis, une presse qui joue son rôle et un débat intense à travers la presse électronique. Il y aurait aujourd’hui plus de 3,5 millions de facebookers qui communiquent entre eux, et cela est très important. Cela donne une certaine particularité et une richesse au débat. Aussi, qu’ils appellent ou non au boycott, le citoyen sait ce qu’il doit faire. Ces gens appellent au boycott parce qu’ils n’ont pas de programme ou bien n’ont pas pu réunir les conditions pour être candidat. Sans arguments aussi pour convaincre les citoyens et citoyennes pouvant leur donner une chance de gagner ou de se réserver un espace. L’on sait que lors de toute élection, il y a une moyenne d’électeurs qui ne voteront pas. Ceux qui appellent au boycott diront alors de ces électeurs qu’ils ont écouté leur appel.
Cela est un peu facile.
Et ceux qui vous disent : on boycotte parce que l’on sait que les jeux sont déjà faits, que dès lors que le Président sortant s’est représenté, il va gagner les élections,et d’autres qui invoquent le truquage et la manipulation de l’opération de vote par une administration au service du candidat Bouteflika.
Ce n’est pas la première fois que l’on entend cette accusation. Ceux qui parlent de fraude alors que les élections n’ont pas encore eu lieu, on les connaît. Il y a une loi électorale qui donne à chaque candidat la possibilité de désigner son représentant au sein de la commission de surveillance ; qui permet de voir les procès verbaux des bureaux de vote et d’être physiquement à côté des urnes.
De plus, il y aura des observateurs internationaux, ceux de la Ligue arabe, de l’Union africaine, de l’Organisation islamique, de l’Union européenne et des Etats-Unis d’Amérique, comme seront présents des observateurs de la société civile. Dire qu’il va y avoir fraude est une accusation un peu facile.

Mais c’est de bonne guerre.
Non, pas de bonne guerre, car cela voudra alors dire qu’il a une part de vérité dans ce qu’ils avancent. Or, ce n’est pas le cas.

Ghardaïa et la région du M’zab vivent une situation de contestation et de violence qui ne semble pas trouver d’issue pour l’instant. Deux Premiers ministres successifs se sont déplacés avec tous les responsables de la sécurité sans que la flambée de violence cesse. Il y a eu des dégradations importantes et, plus grave que tout, mort de citoyens. Comment analysez-vous les raisons de cette colère et quelles formes pourraient prendre les éléments d’une sortie de crise ?

Je suis peiné de suivre ces événements de Ghardaïa et je suis dans l’impossibilité à mon niveau de proposer une solution standard au règlement de ce problème, parce qu’il s’agit d’un problème compliqué et complexe à la fois. Il est difficile de porter des jugements ou des accusations contre une partie ou l’autre. Les deux communautés ont coexisté pendant des siècles. Le M’zab constituait un espace de rayonnement qui dépasse nos frontières et l’on arrive, malheureusement aujourd’hui, à cette situation tragique. Je ne peux pas trouver de formule toute faite, de solution, parce qu’hélas, le sang a coulé et lorsqu’il y a du sang, il est alors difficile d’adapter des solutions clichés, standard. Faisons confiance aux autorités du pays.

On se serait attendu à ce que le Conseil de la nation, constitué, en principe, de sages, délègue des sages sur place pour apporter des solutions au règlement de la situation.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu d’efforts faits en ce sens. Tous les gens de bonne foi, y compris dans notre institution, ont essayé de faire quelque chose, mais le problème est arrivé à un stade tel qu’il faut laisser le temps au temps tout en encourageant le dialogue et en tentant de rapprocher les communautés. Ce qui me chagrine c’est que l’on est face à des positions tranchées de part et d’autre. Nous avons toutefois espoir que parmi les membres de cette communauté, il y a des sages, des gens qui recherchent l’intérêt de leurs concitoyens et du pays. Les citoyens de Ghardaïa n’ont pas d’autre choix que de vivre à Ghardaïa.

La Constitution connaîtra une révision, annoncent certains partisans du candidat Bouteflika. Si elle était adoptée dans la forme avec laquelle elle le fut en 2008, autrement dit par les deux Chambres et sans référendum, elle introduirait essentiellement le ou les poste(s) de vice-président(s). Dans cette perspective, votre nom a souvent été évoqué comme éventuel vice-président. Est-ce une vue de l’esprit ou une éventualité plausible ?

C’est une question en rapport avec les réformes du président de la République. Dès l’arrivée de ce dernier à la tête de l’Etat en 1999, il a déclaré que cette Constitution ne lui convenait pas.

Mais nous parlons de la Constitution qu’il a révisée en 2008.

Oui, mais il n’y a eu que des petites retouches, sans incidence sur le fond, c’est-à-dire celui des grands équilibres du pouvoir.

Elles sont tout de même de taille ces petites retouches, Monsieur le président.

De taille, oui, lorsque l’on a donné la possibilité aux femmes d’occuper un espace plus grand. Lorsque la langue amazighe a été instituée comme langue nationale. Je dis alors oui, c’est de taille. Elle ne touche cependant pas fondamentalement…

Elle a touché, toutefois, le nombre de mandats présidentiels qui est passé de 2 à pas de limite.

Oui, mais dans l’ensemble, ce n’est pas le changement que le Président souhaitait. C’est pourquoi, ces deux dernières années, il a entamé des réformes. Il a constitué une commission de consultation qui a écouté les chefs de parti, les représentants de la société civile et des personnalités politiques. Cette commission a rédigé un rapport qui a été soumis au Président. Dans ce rapport figurent deux parties. La première consacrée aux lois organiques, à la loi organique régissant les partis politiques, à celle du quota des femmes, à la loi électorale, à la loi consacrée à la société civile... Sur toute cette première partie, le Président a instruit le gouvernement pour apporter les changements, et ce fut fait. Quant à la seconde partie du rapport, elle traitait de la manière dont devait être abordé l’amendement de la Constitution. Le Président a, là aussi, constitué une commission technique qui lui a rendu son rapport, mais le calendrier n’a pu permettre d’aller plus loin et de présenter des amendements à la Constitution à 3 mois de la présidentielle. Cela aurait été contre-productif. Quant aux modes d’adoption, ils sont de deux natures : si les amendements de cette Constitution touchent les grands équilibres, l’on doit impérativement passer par le référendum.

nacer-eddine06
23/03/2014, 10h13
C’est quoi ces grands équilibres ?

Si cela touche aux pouvoirs de l’exécutif par rapport au législatif, à la justice, au Conseil constitutionnel et les relations entre ces différentes institutions… Quant à savoir s’il va y avoir un amendement intégrant le poste de vice-président et si c’est tel ou tel autre qui l’occupera, c’est le choix du président de la République et de son domaine exclusif.

Pour ce qui vous concerne, quels changements souhaiteriez-vous voir introduits dans la nouvelle Constitution, s’il y en avait une ?

Je vais exprimer là un point de vue personnel. J’ai eu l’honneur et le privilège d’être chargé par le président de la République de cette commission et de suivre et d’écouter les points de vue exprimés par les uns et les autres au sein de cette commission nationale. Mon point de vue va dans le sens de ce qu’a exprimé la majorité des consultés, qui connaissent parfaitement le sujet. En fait, il faut qu’il y ait un rééquilibrage des pouvoirs.

Dans quel sens ?

Par exemple, que le rôle du Parlement soit renforcé ; que le Conseil de la nation ait un peu plus de pouvoir pour amender des textes et proposer des lois ; qu’au sein du gouvernement, de l’Exécutif, il y ait un réaménagement, une plus grande liberté l’élargissement du droit de saisine du Conseil constitutionnel. Une plus grande liberté à la justice signifie que le champ des libertés soit plus étendu en faveur de la société civile comme pour la presse. Sur tout ceci, je pense que le programme du candidat-président va donner plus de précisions sur tous ces aspects. Je souhaiterais, enfin, qu’il y ait des mesures plus claires contre la fraude et je pense que sur cette question, le candidat Bouteflika s’engagera pour plus de transparence dans la gestion des affaires de l’Etat et pour des contrôles plus conséquents.

Justement, le dossier de la corruption sera probablement l’un des axes de confrontation majeurs entre partisans et adversaires du Président sortant. Celui-ci n’a pas du tout évoqué ces aspects dans son texte adressé, il y a quelques jours, à la Cour suprême. Ce silence sur ces aspects est tout de même étonnant, alors qu’une série d’affaires graves de corruption, d’utilisation indue des deniers de l’Etat, de vols et de trafics domine la scène politique et inquiète les citoyens. Êtes-vous prêts au RND que vous dirigez à affronter ce débat ?

Ce débat a été ouvert depuis longtemps et nous avons, au RND, exprimé notre point de vue sur cette question. Nous avons toujours dit et développé l’idée qu’il faut lutter contre ce fléau qui n’a cessé de ravager les biens de l’Etat et les fonds du Trésor national. Nous avons toujours développé cette logique consistant à donner tous les moyens pour que la justice joue pleinement son rôle. Les instruments sont là, les lois existent.

Mais qui ne sont pas appliquées.

Oui, c’est pour cela que nous demandons à ce qu’il y ait plus d’audace au sein de la justice pour appliquer la loi. Sur ce point, le président de la République, contrairement à ce que certains développent, a toujours instruit la justice pour qu’elle joue son rôle. Les chefs de gouvernement successifs ont aussi développé ce point de vue, comme les parlementaires d’ailleurs.

En l’absence de pratiques de sondages, à quel taux de participation allez-vous considérer que le scrutin du 17 avril a eu l’adhésion large des électeurs algériens et à quel taux, si votre candidat était élu, allez-vous considérer qu’il a été fortement plébiscité ?

Je ne peux pas vous donner de réponse précise à cette question. Je ne suis pas un centre de sondages. Je n’ai pas de données ni ne suis à un poste qui me permet d’avoir accès à ces informations, mais je fais des analyses comme tout un chacun, et je sais qu’actuellement il se dit, sur la scène politique, que le taux de participation sera faible, que ce sera un échec, que les jeunes ne prendront pas part au scrutin, que les gens sont découragés parce que selon certains rien n’a été fait… Evidemment qu’une partie des électeurs ne va pas aller aux urnes, et cela est valable pour ces élections, comme pour toutes les autres et comme partout dans le monde.
Certains nous reprochent de donner les chiffres de réalisation, de parler de sécurité recouvrée… La sécurité, celui qui en est le plus sensible, c’est le petit paysan, l’habitant de la dechra. Moi, quand je me rends dans mon village de naissance, à Fellaoucène, un village de montagne qui n’a malheureusement pas bénéficié du développement parce qu’il se situe dans une région topographique difficile dans une région accidentée, les personnes que je rencontre me parlent avant tout de sécurité retrouvée. Sans trop insister sur les chiffres, je dois tout de même rappeler qu’en termes de réalisations, l’Algérie a atteint aujourd’hui un taux d’électrification qui dépasse les 96% ; que le taux de pénétration du gaz naturel dans les foyers est de plus de 60%, que les routes ont été réalisées, que des centres de soins et des hôpitaux ont été érigés... Quoi que l’on dise, les gens sentent le changement et c’est pour cela qu’ils vont aller voter. Dites-vous bien que dans toutes les élections ceux qui font un fort taux de participation sont ceux des dechras et des villages, ce ne sont pas ceux des villes. Cette fois-ci, Dieu merci, ce n’est pas l’été et les gens ne vont donc pas se baigner. Il faut encore noter qu’avec les facebookers il n’y aura pas que les seuls politiques qui débattent mais la société civile aussi qui vont s’exprimer pour le candidat de leur choix. Avec cet élément nouveau, je pense que le taux de participation dans les villes va être élevé, contrairement aux scrutins antérieurs.

Vous qui aviez exercé dans l’information et la communication (directeur général du quotidien Ech Chaab de 1974 à 1977 et directeur de l’information et porte-parole des AE en 1993), quelle est votre appréciation du champ audio-visuel dans le pays, aujourd’hui ?

Dans le temps, lorsque je voyais les chaînes TV des pays étrangers, j’en étais jaloux. Aujourd’hui, je regarde avec plaisir les écrans algériens et je n’arrive pas d’ailleurs à suivre tous les débats. C’est une nouvelle donne qu’il faut cependant développer et approfondir.

Vous êtes donc heureux du nombre de chaînes qui sont apparues. Deux remarques s’imposent cependant, Monsieur le Président : ces chaînes privées se développent sans existence légale, avec de simples autorisations provisoires et l’ont été avant même l’adoption de la loi sur l’audiovisuel.
Par ailleurs, et c’est assez insolite, l’on voit, qu’aujourd’hui, les très hauts responsables de l’Etat et responsables politiques s’expriment beaucoup plus sur ces chaînes privées et ont quelque peu déserté le service public. Comment expliquez-vous cette situation ?

Pour ce qui est de la loi sur l’audiovisuel, elle vient d’être votée par le Parlement, mais les textes d’application ne sont pas encore publiés et le Haut-Conseil à l’audiovisuel pas encore mis en place. Tout cela va suivre. Mais une réalité est là, il y a des chaînes qui occupent le terrain et cette situation va se clarifier, en traçant la voie dans le sens d’une ouverture. Vous me dites que les officiels préfèrent aller sur les chaînes privées, c’est tout simplement parce que les chaînes publiques sont astreintes à des règles qu’elles doivent appliquer à tout le monde en ce qui concerne l’égal traitement des intervenants.

Cela est valable au moment de la campagne électorale, et nous n’y sommes pas encore.

Oui, nous n’y sommes pas encore, mais essayons de positiver ce qui se passe. Ce qui a donné de l’animation à la scène politique, ce sont les chaînes privées, une liberté de ton, même si parfois l’on observe des dépassements. Vous rappelez que j’appartiens à la famille de la presse, aussi, très amicalement, je dirais que le ton est parfois un peu exagéré et certains participants à des plateaux abusent et dépassent certaines limites de la correction dans l’utilisation du droit à la parole. Toutefois, il y a aujourd’hui cet espace qui est nouveau et qu’il faut essayer de
réglementer.

Une dizaine, peut-être treize chaînes privées sont autorisées à exercer. Parmi ces dernières, la chaîne Atlas TV a vu, très récemment, ses locaux investis par les services de sécurité, son matériel confisqué et le local fermé à ce jour. Cette chaîne était l’une des rares à développer une ligne éditoriale non conforme aux souhaits du pouvoir. Est-ce ainsi que l’on peut aller vers plus de liberté d’expression ?

Nous avons connu ce genre de situations lorsque la presse écrite a été ouverte au privé. Il y avait des erreurs, des dépassements ici et là et maintenant les responsables de la presse écrite privée sont attentifs et responsables et dans l’ensemble, l’on peut dire qu’il y a plus de liberté de ton, plus de professionnalisme, etc. Quant au domaine de l’audiovisuel privé, ailleurs dans le monde et par exemple en Italie, les mêmes errements ont été connus et regardez aujourd’hui où ils sont arrivés. Tout cela pour vous dire que les choses reprendront leur cours normal. J’ajouterai qu’au plan déontologique, lorsqu’un confrère abuse, il faut en parler.
Quant à moi, je me félicite de tous ces espaces nouveaux qui sont à améliorer.

Pour finir, êtes-vous optimiste, Monsieur le Président, quant à l’avenir de notre pays ?

Durant tout notre entretien, j’ai essayé de dédramatiser et de décrire une situation qui est moins sombre à tout le monde qu’elle ne paraît à certains. Ce que je regrette parfois, c’est que pour être crédible il faut attaquer l’Etat, le gouvernement, le président de la République ; dire que rien n’a été fait. Jetons un coup d’œil en arrière et rappelons-nous les conditions de peur et de terreur dans lesquelles nous baignions. Au plan économique, nous sommes passés d’un PIB par habitant de 1000 dollars à 5500 ; les routes, les écoles, les universités sont là, dans les contrées les plus reculées.
En fait, je ne peux évoquer toutes les réalisations qui sont très nombreuses. C’est grâce au Président Bouteflika. Je peux donc être optimiste parce que son programme est la continuité des réalisations. On ne peut pas dire que l’on a tout fait, mais avec notre candidat, nous avons la chance d’aller encore plus loin, parce qu’il est chevronné. Il sait où il a commencé et où il doit aller. C’est pourquoi je dis que je suis optimiste pour mon pays, pour mon peuple.
K. B.-A.

zen.man
23/03/2014, 11h05
ABDELKADER BENSALAH AU SOIR D’ALGÉRIE : «Dire qu’il y aura fraude est une accusation trop facile»En revanche, dire qu'il n'y aura pas fraude est un mensonge exécrable. Aussi exécrable que ce Bensalah.

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