PDA

Voir la version complète : Ils ne font pas le Ramadan et le cachent


saso
12/10/2006, 19h55
Article du Matin:

Ramadan pour tous ? Pas si sûr. Depuis la nuit des temps, nombreux sont parmi nous qui ne jeûnent pas pendant ce mois sacré. Non, ce ne sont ni des enfants ni des malades, encore moins des femmes enceintes, à tous ceux-là il est permis et même conseillé de ne pas pratiquer le jeûne. Ce sont des jeunes et des moins jeunes qui pour la plupart se disent "non pratiquants", "non croyants" ou encore "athées". Ne pas faire le Ramadan est leur "choix".

Ils peuvent être nos voisins, nos collègues, nos camarades de cour ou de simples connaissances mais ils sont bien là. Depuis toujours, ils le font en cachette, "Aujourd'hui beaucoup plus qu'avant. Je me rappelle que pendant les années 70, à l'université par exemple, un bon nombre d'étudiants appartenant à différents courants gauchistes ne jeûnaient pas et l'affichaient ouvertement sans gêne, ce n'est pas pour autant qu'ils étaient agressés ou même inquiétés par les autres étudiants même de mouvance islamiste. Une véritable tolérance régnait à l'époque alors que maintenant, notamment à la fac, si qui que ce soit ose manger en public il se ferait lyncher", rétorque Moussa, professeur universitaire.

Ceci dit, le constat actuel est que tous ceux qui ne font pas le Ramadan le cachent du mieux qu'ils peuvent. "C'est mon choix et je l'assume pleinement. Mais franchement je n'ai pas le courage de le clamer haut et fort devant tout le monde, notamment mes collègues, je n'ai pas envie qu'on me regarde de travers ou qu'on me taxe de mécréante. Mon café, je le prends le matin chez moi avant d'aller au bureau et je ne remange que quasiment à l'heure du f'tour vu les horaires du Ramadan", nous confie Sarah, chef de publicité.

Plus encore, il y en a qui le cachent aux plus proches, parents et parfois même mari ou femme. "Je fais semblant de faire le Ramadan mais je mange en cachette, pour éviter les prises de tête avec mon père, ma sour et ma mère.

J'ai essayé de jeûner mais j'ai craqué dès le troisième jour. La première fois c'était en France durant mes études. C'était insoutenable, je m'endormais en cours, j'avais mal à la tête, je n'arrivais pas à écouter le prof en continu. Je me suis dit 'je vais manger en cachette pour être moins fatiguée'. Mais des années après, de retour au pays, tous les ans à l'heure du f'tour je m'assois à table avec mes parents et ma sour et je continue de faire semblant. Je me sens toujours aussi honteuse que la première fois", reconnaît Salma, médecin.

Karim, financier de métier, cache le fait de ne pas jeûner à sa propre femme. Il explique : "J'aime ma femme et je n'ai pas envie de la perdre. Depuis toujours nous avons des conceptions quasi opposées de la religion et pour ne pas envenimer les choses, j'évite le moindre débat à ce sujet avec elle. Cela fait sept ans que nous sommes mariés et chaque année je prends un congé pendant le Ramadan.

Comme ça je suis libre de manger et fumer pendant la journée alors qu'elle est à son travail. Pour elle, comme je suis un grand fumeur, il est normal que je dorme toute la journée et que je ne puisse pas travailler en jeûnant. Pour me faire pardonner, je la décharge des corvées culinaires, je prépare tous les jours la table du f'tour et le dîner. Je ne sais pas comment ça évoluera quand on aura un enfant !".

Cette tendance, à pécher en cachette, Abdessalam, avocat à Casablanca, lui-même non pratiquant, la résume de la sorte : " Durant le Ramadan, il vaut mieux s'abstenir de fumer une cigarette en pleine journée. Ce n'est pas du tout bien vu. Alors de là à manger en pleine rue... Cela peut facilement dégénérer, voire en venir aux mains. De toutes les façons, tous les restaurants sont fermés. Donc ceux qui veulent manger doivent se cacher pour le faire. Il ne faut pas oublier que l'Islam est la religion d'Etat, et que par conséquent il est de bon ton de respecter les principes de la foi musulmane mais aussi de respecter la loi qui réprimande cet acte".

Ce paradoxe quotidien d'assumer ce lourd choix sans pouvoir le déclarer, Abdelkrim Belhaj, professeur de psychosociologie, tente de l'expliquer par le poids de la collectivité sur la vie privée. "Pour tout ce qui touche le sacré et le religieux, la société en devient garante.

Pour le jeûne on voit s'exercer plus de normativité dans le sens où le regard de la société est beaucoup plus protecteur que par rapport à la prière par exemple. D'ailleurs, durant le Ramadan, on constate un bouleversement curieux chez par exemple des alcooliques que rien n'arrête tout au long de l'année qui deviennent de purs dogmatiques et peuvent en venir à agresser les non jeûneurs.

Ces comportements relèvent de la collectivité de sorte que tous doivent être conformes à ses règles et ceux qui ne le sont pas doivent être sanctionnés", commente-t-il. Et d'ajouter : "Le jeûne passe du religieux au social : je ne pratique pas mais je ne le fais pas devant la collectivité. La vie privée devient sujette au contrôle de la collectivité.

Le risque d'être réprimé et par la société et par la loi fait que les non-pratiquants ont peur des gens et de leur réaction qu'ils ne peuvent prévoir. Parce que l'emprise de la communauté sur les choix individuels est très pressante pendant le Ramadan, la tradition reste très ancrée. Cette intolérance se voit clairement dans le regard assassin qu'on lance aussi aux malades mentaux qui mangent dans la rue."

Et paradoxalement, les garants du contrôle social, ceux qui jeûnent, se plaignent à longueur de journée et mettent mauvaise humeur, colère, nervosité et recul de productivité sur le dos du Ramadan.


Fatim-Zohra H. Alaoui

Heliopolis
13/10/2006, 00h01
Je jeune. Ma soeur ne jeune pas. Ca la regarde.

reeeeeverblu
13/10/2006, 00h02
moi je ne le fais pas, mais je ne suis pas forcemment un exemple.

LamineHa
13/10/2006, 00h19
tout le monde fait se qu'il a envi de faire et celon c opignon et c conviction mais ce que j trouve tragique c le faite de caché a leur proches :22: :22: :22:

nassim
13/10/2006, 00h54
C'est dire qu'il y a encore beaucoup d'efforts à faire en matière de tolérance. Je me souviens au collège, mon prof de sciences mangeait devant nous, mais on y voyait aucun inconvénient malgré que certains d'entre nous, jeûnaient.

Je pense que tout est une question d'éducation. Lorsqu'une personne grandit dans un mileu où on lui apprend les notions de tolérance et de civisme, il ne se montrera pas intolérant vis-à-vis des non-pratiquants.

Le ramadhan comme les 4 autres piliers de l'Islam est une affaire de conviction personnelle. Celle ou celui qui décide de ne pas jeûner a droit au respect des autres.

poste13
13/10/2006, 02h58
Bien dit nassim

miam miam Comme des grémlinze :mrgreen:

AANIS
13/10/2006, 12h29
Moi je le fais plus depuis l'age de quinze ans et je le cachais quand j'étais en Algérie. Mes parents et mes amis proches le savait mais personne d'autre.

amira059
13/10/2006, 23h22
Le jeune est obligatoire pour tout musulman maintenan celui qui ne le fai pas ou celui qui le fait sa me pose aucun probleme de toute facon celui qui ne fait pas le ramadan c'est son probleme et sa ne sert a rien de le caché ALLAH est grand et il voit tou et ce n'est pas ton mari ou tes proches qui vonte juger le jour dernier inchallah DIEU EST GRAN et a lui nou reviendron

saso
14/10/2006, 13h32
et puis si vrement tu fais le ramadan par conviction ça ne va pas te deranger le faite que quelqu'un mange acoté
moi perso ça ne me derange pas dutout il y a beaucoup avec moi a l'ecole qui ne le font pas ça ne me derange pas dutout ( des non musulmens et des "musulmens" )
on a pas le droi de les juger le seul qui peu le faire cé Dieu lui qui les a crée point bare :D

Thirga.ounevdhou
14/10/2006, 13h37
Je travaille avec des expatriés non musulmans qui ne jeûnent pas, nous le savons, mais par respect pour nous les musulmans ils ne mangent pas devant nous.
Mais se cacher pour manger tout en faisant semblant de gêner est un autre cas…Le jeune est une pratique, oui personnelle … Mais comment avoir peur ou honte des créatures de dieu et non du bon dieu?. C’est la UNE question. Etre tolérant envers ces gens ou pas c’en est une autre.

AANIS
14/10/2006, 15h34
Personellement, je suis pas croyant. Et ce n'est pas le jugement des humains qui me fait peur. C'est le lynchage.

Bachi
14/10/2006, 15h39
Quand est-ce que l'on pratiquera pour soi-même et non pour les autres?
Quand est-ce qu'on cessera de se mêler des pratiques du voisin?

jossia
14/10/2006, 16h31
C'est vrai que chacun est libre de faire à sa guise.

Mais les gens ont peur du qu'en dira-t-on.

Spacialle
14/10/2006, 16h39
que les gens arrêtent un peut d'imposé leurs vue sur les autres ,ça serai cool, chacun est libre de suivre ou pas suivre ....

Zinadu26
16/10/2006, 14h32
oh! tu tappelle malika comme moi! je suis trop contente! LOL ;je suis d'accord avec toi. de toute façon Dieu jugera. rendez-vous au jour dernier

damLaguL
16/10/2006, 14h37
dans ma maison on est que deux a faire le ramadan le restede la famille ne le fait pas ca ne concerne que eu

zek
17/10/2006, 20h25
La scéne se passe en 1958, Habib Bourguiba, premier président de la république tunisienne fraîchement proclamée, osa siroter un jus d'orange devant une audience médusée, en plein Ramadan.

Lorsqu'on cerne la sacro-sainteté du jeûne ramadanesque chez les musulmans, on pourra facilement imaginer l'impact du geste présidentiel sur le public.

Le choc fût énorme à tel point que le malaise général atteindra même quelque sphéres les plus proches du palais présidentiel.


Le geste bourguibien, interprété dans sa juste valeur, allait devenir un acte héroïque, dans la mesure où sa finalité était d'exhorter les tunisiens à se concentrer sur l'essentiel, à savoir leur combat contre le sous-développement.
La suite des événements, particuliérement tiers-mondaine, a ôté du geste tout son charme.
La totalité des éléments des corps constitués (Armée, police, garde présidentielle..)était sommés à rompre publiquement leur jeûne sous peine de se voir punis sévérement.
L'anecdote veut qu'un soldat a murmuré à son supérieur qui lui demandait de boire un verre d'eau, de "prendre une douche avec cette eau et entamer une journée de jeûne"
Le soldat fût traduit devant un tribunal militaire et déféré dans un asile psychiatrique.

Sans l'intervention de son frére, officier supérieur de son état, la punition aurait été beaucoup plus lourde.
Une seconde anecdote nous apprend qu'un grand cheikh de la Zeitouna, l'équivalent tunisien de notre Quaraouine, n'a pas osé refuser le verre de jus que lui a proposé le président Bourguiba.
Si le cas tunisien est à contempler.
Le cas turc est, pour le moins, plus riche en enseignements.
Mustapha Kamel Atatürk qui qualifiait l'islam de "théologie absurde inventée par un bédouin inculte et immoral", avait entamé une série de décisions radicales réduisant à néant le poids de l'orthodoxie religieuse.
Les décisions du pére de la Turquie moderne fûrent salvatrice pour cet état très en avance par rapport aux autres états musulmans.

La Turquie, officiellement laïque, n'a pas, pour autant, rompu avec l'islam.
Le nombre des turcs qui expriment leur foi est en nette progression et la majorité des turcs pratiquent le jeûne ramadanesque exactement comme ailleurs.A une seule différence prés, point d'hypocrisie sociale!!
Au Maroc, pays où le Ramadan a toujours préservé sa sacralité, le défunt Hassan II considérait la chose religieuse comme champ réservé pour la monarchie et faisait partie intégrante de son arsenal de moyens de pouvoir.
Les causeries religieuses tenues par le monarque, étaient retransmises en boucle sur la télévision nationale, histoire d'afficher la piété d'un régime aux pratiques contestées.

La tradition a été perenisée par son succésseur et fils, Mohammed VI.
Toutefois, nombreux signes nous démontrent que des choses se produisent.
A Casablanca comme dans d'autres grandes villes du royaume, bon nombre de cafés et restaurants ne ferment plus leurs portes durant les journées ramadanesqueS.
Motif affiché, la clientéle étrangère de plus en plus massive depuis l'instauration de la vision 2010.
La récente campagne d'une chaîne de restauration rapide à Casablanca déclarant ouvertement son ouverture durant les journées ramadanesques, laisse présager autre chose.
Plusieurs marocains, en particulier dans les grandes villes, n'hésitent plus à se déclarer non pratiquants et il n'est plus rare de voir un marocain tenant une cigarette entre les doigts en pleine journée ramadanesque.
Signal positif?Je dirai oui.

Une chose est certaine, le jour pù on pourra se libérer du joug de l'hypocrisie sociale ambiante, seulement là, on pourra espérer une percée vers l'avant de la société moderne et tolérante dont nous rêvons.
L'islam,n'en déplaise à certains, est laïque par essence.
La profession de foi devra émaner du coeur et non suivre une piétre logique de "troupeau".

Les tares associées au Ramadan sont souvent dûes à l'hypocrisie ambiante.
Le mois est de plus en plus perçu comme un fardeau socio-économique et dans certains cas, mieux vaut ne pas le pratiquer.
L'atmosphére ambiante rompt catégoriquement avec ses vertus de départ, la pratique du Ramadan est souvent "handicapée" et chimérique.

Le manque de productivité associé à cette "pratique handicapée" peut, parfois, justifier les décisions les plus absurdes.Telle une Arabie Saoudite décrétant à l'ensemble de ses employés, un congé officiel payé.

La relecture de l'esprit des textes régulant le jeûne s'impose.
Il est temps d'entamer la véritable lutte pour l'instauration d'un islam "relifté", dégraissé des legs de plusieurs siécle de "blabla" théologique et doctrinal.

Othmane Boumaalif
17/10/2006 Le Courrier de Casablanca