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zek
13/10/2006, 08h15
Bonjour, petit revendeur de postes de radio Philips à Tiaret avant l'indépendance, Isidore Partouche a fait de son groupe le leader français des jeux d’argent. Y aura-t-il un jour un casino à Alger comme à Beyrouth ? Réservé aux touristes étrangers, le tourisme s'en portera mieux.
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Isidore Partouche
http://img226.imageshack.us/img226/3590/isidoregl6.jpg

La photo est presque trop parfaite. « A mi-chemin entre La vérité si je mens et Le Parrain » , vous diront les collaborateurs, clients ou partenaires de la famille. Avant de préciser : « Je vous dis ça entre nous… » Le tableau, en effet, parle de lui-même. Ce 27 avril 2006, le clan Partouche est réuni au grand complet – amis compris, de Michel Boujenah à Enrico Macias – pour célébrer le lancement de Partouche Interactive. Une fête de famille pour la toute nouvelle filiale multimédia du numéro un français du secteur, avec quelque 106 casinos, 5 500 collaborateurs et 456 millions d’euros de chiffre d’affaires. A touche-*touche avec Accor-Barrière, qui se proclame aussi leader.

Extravertis secrets

Ce soir, les mères et les grands-*mères du clan ont l’œil aux aguets, et rabrouent leurs descendants trop turbulents, petites filles en robe à volants ou garçonnets endimanchés. Un peu plus loin, les adolescents gominés pianotent sur leur portable. En jetant de discrets coups d’œil aux bimbos blondes qui vont et viennent dans la salle. Tout ce monde se serre dans le Studio Gabriel, à quelques mètres de l’Elysée. Un pied de nez au monopole de l’Etat, que le site Internet des casinos Partouche entend défier. Voilà pour la photo de famille.

« Qu’on ne nous juge pas sur ce qu’on est ! » La phrase vient du cœur. Et Patrick Partouche d’ajouter : « Une famille de pieds-noirs, juifs, des voyous du casino : c’est assez parlant, cette image d’Epinal… Qu’on nous juge plutôt sur ce que nous faisons ! »

Si le Groupe Partouche fascine, c’est bien qu’il cumule tous les clichés. Et surtout le côté clan, smala, pour ne pas dire mafia. Extravertis et pourtant secrets, les Partouche. « La famille est grande, mais elle ne parle pas beaucoup » , avertit Dany Partouche, la nièce d’Isidore, chargée de la communication. *Méfiance face au reste du monde. Patrick Partouche, président du *directoire, le dit lui-même : « Trente ans dans les casinos, vous savez, ça pousse à la paranoïa. » Le rapport annuel de la société va jusqu’à préciser que « les membres du conseil de surveillance sont tenus de ne pas communiquer à l’extérieur, ès qualités, notamment à l’égard de la presse. En cas de manquement avéré au devoir de confidentialité […], le président fait rapport au conseil sur les suites éventuellement judiciaires qu’il entend donner ».

Parentèle à tous les étages

Ici tout est cadenassé. Aux postes à responsabilité, du directeur de *casino au président du conseil de surveillance, les places sont trustées par les membres de la tribu. Avec l’avantage qu’il est moins facile pour un groupe concurrent d’acheter un cadre du Groupe Partouche quand c’est quelqu’un de la famille…
Pour autant, Partouche n’est pas une histoire de famille. C’est l’histoire d’un seul homme. Pour Pascal Pessiot, un proche du fondateur, « le groupe repose sur un socle : *Isidore ». Isidore Partouche, pour qui la famille est tout. Les neveux et nièces présents au Studio Gabriel ne s’y trompent pas. Tous se lèvent d’un seul mouvement pour applaudir la discrète arrivée sur scène du patriarche, qui a officiellement passé la main et préside le conseil de surveillance du groupe.

Socle d’un empire de hasard

Quarante-quatre ans plus tôt, le *revendeur de postes de radio Philips à Tiaret doit quitter son Algérie *natale. Le rapatrié n’arrive pas seul en France. Ses sept frères et sœurs l’ont chargé de veiller sur leurs quinze enfants. Lui dispose de leurs *maigres économies et d’un esprit *d’entreprise à toute épreuve. D’un karting au Touquet acheté rapidement au premier casino, celui de Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord, il n’y a qu’un pas franchi totalement par hasard. Aujourd’hui, son empire, aime-t-il répéter, compte « autant de casinos que de neveux » . Et inversement. Tant il est vrai que l’esprit de famille a toujours été son seul moteur. Et le succès, le sien propre. Son fils, Patrick, le souligne à sa façon quand on émet l’idée d’interroger ses cousins sur la réussite du Groupe Partouche. « Les au*tres ? A part être membres de la *famille et salariés du groupe… »

Sûr, Isidore Partouche aurait pu aussi bien faire fortune en créant des hypermarchés. La grande distribution, finalement, n’est pas si éloignée du monde des casinotiers. Un exemple parmi cent, raconté par David Rousset, le responsable national du syndicat FO-Casinos. « Nous étions en pleine grève au casino Pharaon, à Lyon, quand Isidore Partouche me dit : “Cessez de défen*dre les grévistes, moi, j’aime les leaders comme vous, *venez travailler chez moi !’’ J’ai bien cru que l’inspectrice du travail, présente lors de cette négociation, *allait tomber de sa chaise ! » Le syndicaliste en rit encore.
Mais il reconnaît aussi un savoir-faire particulier à Isidore Partouche dans la gestion de ses premiers clients. En l’occurrence les mairies. « Il faut le voir, un soir d’élections municipales, décrocher son téléphone pour féliciter absolument tous les élus des villes de ses casinos, les nouveaux et les sortants, peu importe la couleur politique. » Un souci du service apprécié par les édiles. Au Havre, le maire UMP *Antoine Rufenacht note les efforts financiers consentis pour aménager l’accès du palais de la Bourse où se trouve le casino, inauguré le 1er juin 2006. Et Alain Bocquet, député, maire communiste de Saint-Amand-les-Eaux, se réjouit encore des emplois créés par le casino dont le site Internet de la ville fait la publicité.

Un côté « France d’en bas »

La clé de la réussite d’Isidore, c’est d’avoir ouvert ses portes à tous les Français. Un marché de masse négligé par son concurrent Barrière. Ces vacanciers des Club Med de son alter ego Gilbert Trigano. Ces fans d’Enrico Macias, grand ami de l’entrepreneur et membre du conseil de surveillance depuis 1998. Ces supporters du Losc, le club de football de Lille, dont le groupe est actionnaire à 40 %. Toute cette « France d’en bas » qui fait aujourd’hui vivre les casinos, Barrière ou Partouche, avec une mise moyenne de 37 euros. On est bien loin donc de l’ambiance sophistiquée des hippodromes et des terrains de golf. Tout cela, Isidore Partouche l’a senti dès le début. Avant même l’arrivée des machines à sous.

Il y a, en effet, un avant et un après-5 mai 1987 dans les casinos. Avant cette date, le Groupe Partouche se débat pour survivre. Il cède les activités non prioritaires, les sources d’eau, et même quelques casinos déficitaires. Mais voilà que la loi du 5 mai 1987, œuvre du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, donne le feu vert aux machines à sous. Isidore Partouche se démène à grands coups de gueule pour obtenir des autorisations. « L’essentiel de la profession pourtant n’y croyait pas beaucoup » , se souvient Georges Tranchant, ex-député UMP et autre roi des bandits manchots. Les deux hommes s’engouffrent dans la brèche. Les hangars à machines sont des jackpots. Le vénérable Groupe Lucien Barrière devra s’y mettre.

La suite...

zek
13/10/2006, 08h17
Près de vingt ans après cette révolution, un autre relais de croissance se profile avec les jeux en ligne. Désormais, c’est Patrick Partouche qui tient les commandes du groupe coté en Bourse depuis 1995. A son tour de hurler. Même refrain : l’Etat et son bras armé, la Française des jeux, ne lui laisse pas faire son métier. « En France, pour être entendu, il faut gueuler. Alors je gueule ! Ce qui me rend fou, c’est qu’il y a 2 millions de joueurs en ligne en France », expliquait-il dans Challenges en mai. On dirait du Isidore, mais avec une plus grande liberté de ton vis-à-vis du monde politique. Pour un peu, on pourrait croire que le fondateur a réussi à bâtir une dynastie.
« Isidore avait-il vraiment programmé Patrick pour lui succéder ? Pas sûr », croit savoir Pascal Pessiot, président de la Société française de casinos, cadre dirigeant – extérieur à la famille – du Groupe Partouche jusqu’au début 2006.

Tout semble, en effet, opposer le père au fils. L’un se sent un homme du Nord, de l’Algérie et de la France. L’autre a été élevé dans le sud de la France, loin du paternel. Le patriarche vit sans ostentation : un appartement en location près de l’église *orthodoxe de la rue Daru, à Paris, et ses hôtels comme lieux de vacances. Signe peut-être que l’heure de la *retraite a sonné, l’entrepreneur de 75 ans s’est payé cette année un Benetti de 35 mètres, joujou de près de 10 millions d’euros, pour remplacer son vieux bateau amarré à Cannes. Le fiston aime se dépeindre en jeune père de famille nombreuse de 42 ans, mais il traîne plutôt une réputation de flambeur. Après tout, lui est né dans les casinos.

Isidore a-t-il vraiment imaginé qu’un autre que son fils unique pourrait lui succéder ? Le charismatique Ari *Sebag, avocat de formation et actuel directeur général, a longtemps tenu la corde. Mais Ari semble aujourd’hui s’accommoder de la place de numéro deux. Il joue désormais une partition de duettiste bien rodée avec son cousin Patrick.
Il y a aussi l’autre directeur général, Hubert Benhamou. Isidore n’a *jamais fait mystère de son amitié pour ce neveu, un gestionnaire très à l’aise avec les chiffres et les banquiers. En 2002, il lui donne même les clés de la présidence du directoire, alors que Patrick se démène avec le difficile dossier du Palm Beach de Cannes et ses rêves de jeux sur Internet.

Cette année-là pourtant signe le *début de la disgrâce d’Hubert Benhamou. En mars 2002, Accor lance une OPA sur la Compagnie européenne des casinos. A la surprise générale, Isidore contre-attaque et surenchérit. L’affaire familiale défie la multinationale. Georges Tranchant y voit une « réaction à la fois très ambitieuse et très passionnelle » . Hubert Benhamou, lui, traîne les pieds. Le Groupe Partouche finit par emporter le morceau, provoquant un rapprochement entre *Barrière et Accor, et l’accession au trône de Patrick. Le sociologue du jeu Jean-Pierre Martignoni, bon connaisseur de l’affaire, relève que, si Isidore s’est lancé dans cette OPA, c’était surtout « pour ne pas décevoir son fils ». Moralité de l’histoire, dixit Patrick : « Le groupe n’a pas besoin à sa tête de quelqu’un qui compte ; dans un métier comme le jeu, on a besoin d’imaginer. » Lui rêve d’Internet. Un dessein un peu fou qui pourrait bien aboutir à la vente par le Groupe Partouche des murs de ses casinos.

Vers le tout-virtuel ?

L’homme clé de ce nouveau chapitre de la saga est un promoteur *immobilier. Il s’appelle Michel Ohayon, sa fortune professionnelle est estimée à 500 millions d’euros dans le dernier classement de Challenges, et Pascal Pessiot l’a présenté cet été à Isidore Partouche. Comme toujours, le patriarche a dû dire que son groupe, avec ses 685 millions d’euros de capitalisation boursière, n’était pas à vendre. Mais que si on lui faisait une offre, il voulait bien la regarder… Patrick Partouche, lui, dément la possibilité de n’être bientôt à la tête que de casinos virtuels. Ce qui ne l’a pas empêché d’expliquer, en juillet, que « compte tenu de la restructuration mondiale du secteur des jeux » son groupe « était susceptible d’intéresser monsieur Ohayon ». Tous ont cependant bien en tête la blague préférée du patriarche, pas dupe des ombres et lumières de son fabuleux destin : « Si vous voulez gagner au casino, achetez-le ! »

La saga partouche

1962 Isidore Partouche quitte Tiaret (Algérie) pour la France.
1973 Il achète son premier casino, à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), avec sa source et son établissement thermal.
1987 La loi Pasqua autoriseles machines à sous en France.
1995 Le Groupe Partouche entre en Bourse, à hauteur de 30 % de son capital.
2002 Succès dela contre-OPA sur la Société européennedes casinos, Partouche devient numéro un des casinos en Europe.
2006 Patrick Partouche, fils d’Isidore, lance Partouche Interactive, la filiale de casinos virtuels.

Ils aiment
Le bateau.
Le club de footde Lille, le Losc.
Les cigares (Isidore).
Les Ferrari (Patrick).

Ils n’aiment pas
Le Groupe Lucien Barrière.
Les journalistes.
Qu’on tentede changer le prix convenuau départ.
Les fonds d’investissement.

Jean-Baptiste Diebold
12.10.2006 Challenges

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