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Voir la version complète : La presse algérienne émet des fetwas


nassim
15/10/2006, 00h49
Pour la seconde fois en quelques semaines, un journal algérien “ouvre” sur un appel au meurtre contre un écrivain algérien qu’il accuse d’avoir porté atteinte à l’Islam. L’un après l’autre, deux quotidiens ont enfourché le mouvement inquisitorial qui enfièvre le monde arabo-musulman.

Ces confrères ont-ils été pris d’émotion sincère ou s’agit-il, pour eux, de faire cause commune avec la communauté des gardiens du temple pour s’assurer leur bienveillance, par ces temps de meurtrières délations ? Qu’importe ! Le fait est que, Anouar Benmalek, d’abord, puis tout récemment Mohamed Kacimi ont fait les frais de cette conversion partielle de nos journaux à la défense du culte. De temps à autre, l’un d’eux croit avoir démasqué le Rushdie ou le Redecker national. Et s’en offense. Ce qui lui vaudrait peut-être la reconnaissance communautaire d’avoir été à l’avant-garde de la vigilance islamique en Algérie. Par les temps qui courent, ce serait plutôt payant.

L’un d’eux faisait dernièrement manchette avec ce titre : “Un écrivain algérien attaque l’Islam à partir de la France.” Mais les arguments cités en exergue sont loin de confirmer le réquisitoire scandalisé de la “une” : il est reproché à Mohamed Kacimi d’avoir déclaré, dans une interview accordée à Libération, que le monde arabo-musulman est “malade”, d’avoir attaqué “la charia islamique” en l’accusant d’être responsable de “l’absence d’esprit critique dans la société arabo-musulmane” et d’avoir traité la chaîne Al Jazeera d’“institut international de formation d’islamistes”.

Confondre la critique d’un espace socioculturel, une manière de régir la société et même une chaîne de télévision avec une attaque contre l’Islam ! Le procédé est insidieux : présenter un point de vue d’intellectuel sur des pratiques sociopolitiques comme une atteinte au sacré pour disqualifier sa pensée ou le pousser à une vie clandestine.

Il est clairement perceptible, en Algérie, que l’intégrisme, sous l’impulsion de la démarche de réconciliation nationale, a envahi les espaces institutionnels et sociaux. Y compris dans ses procédés comminatoires. Mais le spectacle de journalistes s’adonnant à la délation meurtrière a quelque chose de navrant.
C’est d’autant plus navrant qu’il s’agit de journalistes algériens qui, contrairement à ce que l’illusion réconciliatrice leur fait miroiter, ne sont pas encore hors de portée du terrorisme rédempteur.

Nos lettres de noblesse, que nous négocions aujourd’hui comme des lettres de change, nous les devons à des victimes de ce genre de fetwas. Et voilà que certains d’entre nous s’amusent à en délivrer contre des intellectuels compatriotes. Aucun motif ne peut excuser la participation d’une profession qui ne se justifie que par la liberté d’opinion à la traque de la pensée. À chacun sa vocation, la religion sera bien gardée.

Étrange retournement de situation où les cibles d’hier se transforment, sous l’influence des vents locaux, en pointeurs. La presse est pour beaucoup dans la mort lente de la liberté d’expression. Mais on était loin de prédire qu’elle participerait un jour à son assassinat. “Tu quoque, fili ?”

Par Mustapha Hammouche - Liberté

mkh
15/10/2006, 20h44
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Le terme "fatwa" signifie étymologiquement "clarifier", "expliquer" ou répondre à une question sur la pratique de la religion. Dans la terminologie, c'est une opinion ou une décision, concernant la doctrine ou le droit religieux, émise et rendue publique par une autorité reconnue, souvent un moufti. Les fatwas concernent souvent des cas nouveaux qui n'ont pas été élucidés par le Coran ou la Sounna, qui représentent les deux sources fondamentales de la législation musulmane. La fatwa est conditionnée par le temps et le lieu de sa prononciation : en divulguant une fatwa sur une question particulière, le moufti doit prendre en considération le pays où il se trouve, l'époque dans laquelle il vit et il doit se référer par ordre de priorité : au Coran, à la Sounna, à la pratique des premiers musulmans, aux usages et coutumes pratiqués dans la société et qui sont compatibles avec l'Islam. C'est ce qu'exige les règles de la jurisprudence islamique.
En consultant toutes ces sources, le moufti use de son raisonnement et déploie un effort personnel pour déduire des règles, comparer les situations, clarifier des expressions et surtout opter pour une opinion ou adopter une décision, sans entrer en contradiction avec les paroles d'Allah écrites dans le Coran ou avec les sources authentiques de la Tradition. C'est pourquoi, le Moufti doit être avant tout compétent, de par sa connaissance en matière de religion et par sa connaissance du domaine dans lequel se situe la question de la fatwa ; par exemple, il ne peut prononcer une fatwa concernant des questions financières sans faire appel à un spécialiste dans le domaine des finances et de l'économie.

Le Moufti est donc un Moujtahid, c'est à dire qu'il pratique l'Ijtihad. L'ijtihad signifie l'effort personnel, le raisonnement indépendant, la pensée analytique. Il peut inclure l'interprétation des textes fondamentaux pour y extraire des règles, ou la prononciation d'un verdict ou d'une décision sur une question donnée sur laquelle le Coran ou la Sounna ne statue pas clairement. Cela ne consiste pas bien entendu à transformer la Loi et à l'adapter à la convenance des hommes. Il s'agit, par cette démarche intellectuelle, d'apporter une réponse quant à la manière d'appliquer la Loi aux situations actuelles, chaque fois que les nécessités l'exigent.

bent-elbiar
15/10/2006, 21h33
je pensais que bab el ijtihad etait fermé :mur:

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