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Voir la version complète : Contraception: la pilule perd du terrain


haddou
14/05/2014, 07h47
La pilule n'est plus la reine des contraceptifs. Si une majorité de femmes continue à se protéger, certaines parmi les plus précaires se tournent vers des méthodes gratuites, nettement moins efficaces.



Préservatif lors des premières amours, puis pilule, enfin stérilet une fois que les enfants sont faits. Tel est resté durant des années le «modèle contraceptif» français. Mais en décembre 2012, éclatait le scandale: le grand public apprenait que les pilules contraceptives de 3e et 4e génération, très largement prescrites, majoraient le risque de thrombose veineuse profonde.
«La bonne contraception, c'est celle qui est délivrée à la bonne personne, au bon moment», martelait alors la ministre de la Santé Marisol Touraine. Le message a été entendu, s'est-elle réjouie lundi en recevant les chiffres de l'enquête Fécond, un projet de l'Inserm et l'Ined qui, depuis 2010, analyse divers enjeux liés à la sexualité en France. À la demande de la ministre, les chercheurs ont interrogé 4453 femmes et 1587 hommes pour savoir si les Françaises avaient modifié leur rapport à la contraception après la crise des pilules.

Une sur cinq a changé de moyen de contraception

«L'un des points importants est que l'on n'observe pas de désaffection pour la contraception», explique au Figaro Nathalie Bajos, responsable de l'enquête. Les femmes sont aussi nombreuses qu'avant 2012 à se protéger d'une grossesse non désirée: 97% des femmes concernées (en âge de procréer, ni stériles, ni enceintes, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d'enfants) utilisent un moyen de contraception.

Mais le «modèle contraceptif», longtemps centré sur la pilule, a changé: les femmes ne sont plus «que» 41% à prendre la pilule (elles étaient 50% en 2010). Cette baisse s'est faite quasi-intégralement au détriment des pilules de 3e et 4e générations, les accusées de 2012. Certaines femmes se sont reportées vers des pilules de 2e génération, les autres se sont tournées vers le stérilet (22,6% des 15-49 ans, +1,9 point par rapport à 2010), le préservatif (15,3%, +3,2 points), ou d'autres méthodes (9,5%, +3,4 points), essentiellement celles dites «naturelles» (retrait avant éjaculation, rapport sexuel en dehors des périodes de fécondité…).
Au total, une Française sur cinq a changé de mode de contraception après la crise des pilules, calculent les chercheurs. Mais «de nouvelles inégalités sociales vis-à-vis du recours à la contraception sont par ailleurs apparues», ajoutent-ils.

Quand le choix est contraint

«Plus on va vers une diversité des méthodes, mieux c'est, car un véritable choix est offert aux femmes. Mais cela pose question lorsque le choix est fait pour des raisons socio-économiques», explique Nathalie Bajos. En effet, si celles qui ont délaissé la pilule pour le stérilet comptent parmi les plus diplômées, le report vers les méthodes dites «naturelles», dont on connaît la moindre efficacité, est essentiellement le fait de femmes en difficulté financière. Plusieurs méthodes de contraception sont certes remboursées, et aucune avance de frais n'est demandée aux mineures, mais on peut avoir plus de 18 ans et ne pas pouvoir avancer le prix de la consultation. «Ces femmes en situation précaire sont minoritaires, donc cela ne se verra pas sur le taux global de recours à l'avortement. Mais il y aura plus de grossesses non prévues dans cette population», s'inquiète la chercheuse.

L'usage du préservatif est également en hausse, mais là encore «la non-gratuité peut poser problème», insiste Nathalie Bajos. Elle pense notamment aux jeunes non autonomes financièrement, dont beaucoup ne peuvent ou ne veulent pas demander à leurs parents de financer l'achat de préservatifs.
La contraception, «enjeu majeur de santé publique», est «aussi et avant tout ce qui permet à des millions de femmes d'exercer librement leur droit à disposer de leur corps», déclarait lundi Marisol Touraine dans son communiqué. Il faudra veiller à ce que ce droit reste accessible à toutes.

le figaro

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