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Voir la version complète : LES LIMITES D’UN TERRORISTE QUI LORGNE SUR LES PÉTRODOLLARS DE DAESH Qui est l’«émir» Gouri ?


nacer-eddine06
27/09/2014, 12h46
Avec le niveau de 5e année primaire, Gouri ne distingue pas les enjeux religieux, idéologiques, politiques et sécuritaires entre Al Qaïda et le tout nouveau mouvement islamiste. Violent, cet émir se retrouve dans son milieu naturel avec les méthodes sanguinaires du Daesh.
«Pensez-vous sérieusement qu’un type qui a tout juste le niveau de la cinquième année primaire a les capacités intellectuelles pour distinguer les enjeux religieux, idéologiques, politiques, économiques et sécuritaires entre Al Qaïda et le tout nouveau-né mouvement insurrectionnel islamiste ; le Khilafah islamique en l’occurrence ? Moi je vous le dis ; ce n’est qu’une question d’argent. Abdelhak Gouri qui constate que l’organisation d’Aqmi est complètement étouffée dans le nord du pays et que par conséquent, elle ne peut ni collecter de l’argent ni recruter, alors il lorgne sur les pétrodollars du Daesh. Par ailleurs, comme lui-même est un type violent, il se retrouve donc dans les méthodes sanguinaires du Daesh. Mais plus important encore, lui un personnage de second ordre dans l’organisation d’Aqmi veut se donner une nouvelle stature et il est sans aucun doute extrêmement intéressé par les richesses qu’étale sur la place publique le Daesh.» C’est un patriote de la région du centre de la wilaya de Boumerdès qui se confiait à nous jeudi.
Notre interlocuteur qui a longtemps combattu les djihadistes de la wilaya de Boumerdès est de la même région que celle de Adelhak Gouri alias Khaled Abou Souleimane, l’émir autoproclamé des Jund El Khilafah, nouvelle organisation algérienne qui fait allégeance à l’émir de l’Etat islamique (Daesh) de Abou Bakr Al Baghdadi. Le patriote connaît très bien la sociologie de cette région, la mentalité des familles du massif montagneux situé entre les communes de Thenia, Si Mustapha et Zemmouri, fief de la katibat El Arkam, affiliée au GSPC puis à Aqmi.
Notre vis-à-vis a, en outre, une idée précise sur les penchants politiques de nombreuses familles de cette région. Pour lui, la proclamation de Gouri portant création de Jound Al Khilafah reste, pour l’heure, très limitée. Abdelhak Gouri, réputé pour sa violence, probablement frustré de toujours être sous la tutelle de Droukdel, l’émir national d’Aqmi, a saisi l’opportunité pour accomplir un acte qui a horrifié l’opinion publique en Algérie et en France. C’est, en effet, une constante chez les islamistes ; c’est le plus violent qui s’érige chef.
L’exécution du citoyen français Hervé Gourdel, horriblement médiatisée, visait justement à marquer les esprits et à réinstaller la peur au sein de la population. A terme, on s’attend à des affrontements entre le groupe de Gouri et les éléments d’Aqmi. On imagine, en effet, mal Droukdel et les quelques célébrités d’Aqmi se soumettre aux ordres du nouveau chef moins âgé qu’eux, sans envergure et, qui plus, s’est autoproclamé.

Qui est Abdelhak Gouri ?
Il a rejoint le maquis en 1999, à l’âge de 22 ans, le natif du petit village de Boudhar, sur les hauteurs de la petite ville de Si Mustapha dans la daïra des Issers, a été à un moment émir de la terrible katibat El Arkam qui écumait la partie centrale de la wilaya de Boumerdès. Bien avant son intronisation, faute d’autres candidats, à la tête de cette phalange, celle-ci avait organisé le plus grand nombre d’attentats kamikazes en Algérie. Lui a à son actif principalement l’attentat kamikaze suivi d’une attaque à l’arme automatique en juin 2010 contre l’unité de la Gendarmerie nationale qui surveillait la RN5 au niveau des gorges de Ammal (ex-Palestro) dans le sud-est de la wilaya de Boumerdès. Bilan 7 gendarmes tués et 2 terroristes éliminés. On pensait, par ailleurs, qu’il faisait partie des 11 terroristes éliminés par l’ANP (Armée nationale populaire) sur les hauteurs d’Aït Amrane (sud-est de la wilaya de Boumerdès) en février 2012. Mais il avait échappé à l’offensive de l’armée.
Grâce à plusieurs sources, nous avions eu vent de sa destitution par Droukdel. Grief retenu contre lui, la katibat enregistrait d’énormes pertes. D’ailleurs, elle est pratiquement décimée. Il ne reste justement quasiment que le groupe qui circule avec l’ex-émir de cette katibat.
Selon le Patriote cité plus haut, ce groupe de Gouri comprend huit éléments dont deux sont ses cousins. «Ils sont bien armés et disposent de réseaux de soutien pour circuler sur la rive est de Oued Issers entre Si Mustapha et l’ouest de Bordj-Menaïel. Comme il avait occupé un poste important au sein d’Aqmi, il a certainement établi des contacts avec les autres émirs. C’est ce qui pourrait expliquer sa présence dans les montagnes de Kabylie.»
Le nouveau émir de Jund Al Khilafah n’a pas les atouts qu’ont souvent les émirs des djihadistes algériens pour asseoir leur autorité sur leurs groupes. Il n’a pas de capacités de maîtrise du discours religieux ni le charisme des chefs.
Son parcours de djihadiste est limité dans le temps et l’espace. Il n’a pas non plus une assise tribale importante sur laquelle s’appuient souvent des émirs. Sa famille et ses cousins, même en nombre, restent néanmoins modestes et ne sont pas majoritairement connus pour être impliqués politiquement dans la contestation du pouvoir. N’est-il pas finalement que le pantin de véritables daeshistes tapis dans l’ombre ?
Abachi L.

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