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morjane
28/09/2014, 15h46
À chaque fois que le pouvoir désigne ou élit — ce qui, dans notre système, revient au même — un responsable, l’opinion s’émeut du mauvais choix, puis passe à autre chose. Et s’accoutume vite au “nouvel arrivé”. L’heureux “élu” — ou nommé — sait que sa légitimité réside dans le fait même qu’il ait été “choisi”. Aussitôt installé, il remercie “le Président pour la confiance qu’il a placée en lui”. Chorfi, le président de l’Autorité de l’audiovisuel, l’a fait comme le fit, en son temps, Saâdani quand il fut — théoriquement — “élu” par ses pairs au poste de président de l’Assemblée nationale.

Les “élus” et les fonctionnaires promus ne sont pas les seuls à devoir leurs positions à cette “confiance”. L’accès au rang de chef de parti, de syndicat, d’organisation patronale, de club de football… passe, aussi, par les voies impénétrables du choix politique.

Depuis une quinzaine d’années, le régime a institué cette unique forme de légitimité. La nation s’en est remise à l’autorité absolue ; les critères formels et les règles jurisprudentielles d’accès aux responsabilités s’effacent devant son choix incontestable.

C’est peut-être à cet état de fait que le ministre de la Communication se réfère, quand il proclame que Miloud Chorfi constitue un “choix naturel”.

Est, en effet, naturel ce qui s’observe dans la nature, dans la réalité et qu’on ne peut pas changer. C’est ainsi : un fruit qui se détache de l’arbre, tombe, nécessairement, de haut en bas. La chute du fruit vers la terre est “naturelle”. Or, une fois celle-ci établie, on peut l’observer, l’étudier, mais point la contester.
Tout ce que Hamid Grine peut alors ensuite ajouter pour justifier le choix “naturel” du président de l’Arav ne peut procéder que de l’argumentaire subsidiaire.
Et de fait, le ministre surenchérit : “Je n’ai vu personne d’autre…” En admettant que cela soit vrai, aurait-il dû au moins laisser une porte de sortie à la qualité professionnelle de tout un métier ? Mais soit ! L’on a décelé en
Chorfi la perle du désert audiovisuel national ! Était-il toutefois nécessaire de déprécier toute une corporation pour “justifier” un choix que tout le monde sait…politique ?

On a déjà donné dans le registre “tous derrière et lui devant”. Notamment, “derrière” un candidat qui — dit-on — “réfléchit mieux que nous tous.” Il y a quelque chose de gratuitement offensant dans cette logique consistant à faire passer la promotion individuelle par la relégation générale. Une logique qui, fatalement, avilit le pays. Car, enfin, depuis la RTA, et malgré des budgets toujours plus élevés de l’Unique, le pays n’aura-t-il pas formé une seule compétence apte à concurrencer Miloud Chorfi ?! Et pourtant, ce système d’évaluation autoritaire se contredit lui-même par le turn-over qu’il impose aux directions d’institutions. Rien n’est plus précaire que la promotion arbitraire. Il en est même, parmi nos “élus”, qui auront fait d’incessants allers-retours entre la chaire et le ban. Sans désespérer.

Mais, là est peut-être la morale qu’ils tirent de leur expérience : défendre leur siège, s’y accrocher, pour le meilleur et le pire, et ce, malgré les déboires prévisibles. Parce que ce système du pire reste le seul qui peut faire du pire le meilleur.

Mustapha Hammouche-El Watan

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