far_solitaire
11/11/2006, 19h39
Google, qui a racheté le site de vidéos, aurait promis des millions de dollars aux majors afin d'éviter les procès pour contournement du droit d'auteur.
YouTube, négo à la demande
Par Bruno ICHER, Frédérique ROUSSEL
QUOTIDIEN : vendredi 10 novembre 2006
Si le rachat de YouTube par le géant Google, voilà un mois, a sans doute jeté les bases d'un nouveau modèle économique des médias, il a aussi donné le signal de départ à une sévère bagarre juridique. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une plainte ne soit déposée contre le site leader d'échange de vidéos pour utilisation abusive de contenus. Actuellement, ce sont les instances sportives qui se montrent les plus virulentes : la NBA, puissante fédération américaine de basket pro, les non moins costaudes Premier League et Bundesliga, fédérations de football anglaise et allemande, ou encore le Bayern Munich. Tous exigent le retrait des vidéos sur lesquelles ils peuvent demander des droits.
Pacte.
Derrière cette empoignade, les nouveaux propriétaires de YouTube négocient ferme avec les principaux «fournisseurs» de ces contenus, c'est-à-dire les majors de la musique et de la télévision. A ce propos, une indiscrétion lâchée cette semaine sur le blog (www.blogmaverick.com) de Marc Cuban, milliardaire de la Net économie reconverti dans la production de films et accessoirement propriétaire de la franchise NBA Dallas Mavericks, a jeté un froid. Cette «fuite» anonyme (beaucoup soupçonnent Cuban d'en être l'auteur) avance que Google a passé avec chaque major un pacte de non-agression pour une période de quelques mois. En gros, le temps que les recettes de pub enflent. Montant de la petite compensation pour chaque major : 50 millions de dollars que les majors, à l'exception d'EMI, auraient d'abord investi dans YouTube juste avant son rachat, puis récupéré après, de sorte que ces fonds puissent ne pas être reversés aux ayants droit. Pour l'instant, aucune major n'a pris la peine de démentir.
Toujours est-il que, plus officiellement, certaines d'entre elles sont devenues des partenaires de YouTube : Warner et Universal, côté musique, ou CBS et NBC, côté télévision. Elles ont autorisé le site à diffuser clips, émissions ou séries contre un partage du gâteau publicitaire. D'autres sont encore dans l'opposition, comme la chaîne américaine Comedy, qui a exigé que les extraits de ses émissions vedettes, South Park et Colbert Report, soient retirés. Ils ont obtenu gain de cause, du moins jusqu'à ce que des internautes les remettent en ligne. Car c'est l'une des difficultés des petits arrangements qui se trament actuellement en coulisse : comment empêcher les utilisateurs de mettre ce qu'ils veulent sur un site dont le succès repose justement sur la facilité de l'opération ? D'autant que, face aux 6 ou 7 millions d'internautes quotidiens, la grosse cinquantaine d'employés de YouTube ne pèse pas bien lourd.
Quasi impossible.
Dailymotion, copie conforme française de YouTube, se trouve dans la même situation. Hébergeur de vidéos, la start-up française affirme retirer celles qu'on lui signale comme illégalement présentes, dans un délai de vingt-quatre à quarante-huit heures après injonction. «On est contre les déviances du copyright et on ne va pas faire comme Kazaa, explique Benjamin Bejbaum, cofondateur du site. La semaine dernière, nous avons dû enlever 500 épisodes de Lost . Les jours précédents, nous avons fait la chasse aux Prison Break [série américaine diffusée sur M6, ndlr] .» Quatre modérateurs oeuvrent à trier le bon grain de l'ivraie, mission quasi impossible sur un site où s'ajoutent 7 000 vidéos par jour. Du coup, la société commence à négocier tous azimuts avec les «ayants droit au gros catalogue» de contenus. Si des accords ont été ponctuellement conclus avec MTV, Universal, France 5 ou CanalPlay, il s'agit maintenant de trouver un modus vivendi fondé sur le partage des revenus publicitaires, au vu de leur fréquentation (750 000 visites par jour pour Dailymotion).
Comment les chaînes de télé françaises voient-elles le succès de ces plateformes d'audience qui les pillent ? Il n'existe pas, pour l'instant, d' «action concertée des producteurs à l'égard de ces sites», répond-on à TF1. Outrée par ces voleurs de réseaux, la chaîne fait pourtant plus que flirter avec Dailymotion et a conçu WAT (We Are Talented), un site communautaire né fin juin, qui compte aujourd'hui 25 000 contenus. Elle est même en lice, et en pole position, pour servir de régie pub à Dailymotion. Elle se réjouit parfois des mauvaises manières des internautes quand ils créent un buzz autour du lancement d'une chaîne gratuite dédiée aux jeux, JET. Le soir même de sa naissance, le 17 octobre, une heure d'émission s'offrait en prime line sur Dailymotion. En revanche, pas de quartier pour les séries et les émissions à forte valeur ajoutée.
La réponse jugée ad hoc par TF1 est de «développer une offre légale pour lutter contre le piratage». Ainsi des offres gratuites en ligne (la série d'été le Maître du zodiaque ) ou payantes en VOD * vidéo à la demande. M6 fait de même, qui propose de télécharger sur www.m6video.fr des Prison Break à 1,99 euro. Premiers pas pour capter chez eux ces flopées d'internautes scotchés par les néons de la vidéo en ligne, clandestine ou non.
YouTube, négo à la demande
Par Bruno ICHER, Frédérique ROUSSEL
QUOTIDIEN : vendredi 10 novembre 2006
Si le rachat de YouTube par le géant Google, voilà un mois, a sans doute jeté les bases d'un nouveau modèle économique des médias, il a aussi donné le signal de départ à une sévère bagarre juridique. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une plainte ne soit déposée contre le site leader d'échange de vidéos pour utilisation abusive de contenus. Actuellement, ce sont les instances sportives qui se montrent les plus virulentes : la NBA, puissante fédération américaine de basket pro, les non moins costaudes Premier League et Bundesliga, fédérations de football anglaise et allemande, ou encore le Bayern Munich. Tous exigent le retrait des vidéos sur lesquelles ils peuvent demander des droits.
Pacte.
Derrière cette empoignade, les nouveaux propriétaires de YouTube négocient ferme avec les principaux «fournisseurs» de ces contenus, c'est-à-dire les majors de la musique et de la télévision. A ce propos, une indiscrétion lâchée cette semaine sur le blog (www.blogmaverick.com) de Marc Cuban, milliardaire de la Net économie reconverti dans la production de films et accessoirement propriétaire de la franchise NBA Dallas Mavericks, a jeté un froid. Cette «fuite» anonyme (beaucoup soupçonnent Cuban d'en être l'auteur) avance que Google a passé avec chaque major un pacte de non-agression pour une période de quelques mois. En gros, le temps que les recettes de pub enflent. Montant de la petite compensation pour chaque major : 50 millions de dollars que les majors, à l'exception d'EMI, auraient d'abord investi dans YouTube juste avant son rachat, puis récupéré après, de sorte que ces fonds puissent ne pas être reversés aux ayants droit. Pour l'instant, aucune major n'a pris la peine de démentir.
Toujours est-il que, plus officiellement, certaines d'entre elles sont devenues des partenaires de YouTube : Warner et Universal, côté musique, ou CBS et NBC, côté télévision. Elles ont autorisé le site à diffuser clips, émissions ou séries contre un partage du gâteau publicitaire. D'autres sont encore dans l'opposition, comme la chaîne américaine Comedy, qui a exigé que les extraits de ses émissions vedettes, South Park et Colbert Report, soient retirés. Ils ont obtenu gain de cause, du moins jusqu'à ce que des internautes les remettent en ligne. Car c'est l'une des difficultés des petits arrangements qui se trament actuellement en coulisse : comment empêcher les utilisateurs de mettre ce qu'ils veulent sur un site dont le succès repose justement sur la facilité de l'opération ? D'autant que, face aux 6 ou 7 millions d'internautes quotidiens, la grosse cinquantaine d'employés de YouTube ne pèse pas bien lourd.
Quasi impossible.
Dailymotion, copie conforme française de YouTube, se trouve dans la même situation. Hébergeur de vidéos, la start-up française affirme retirer celles qu'on lui signale comme illégalement présentes, dans un délai de vingt-quatre à quarante-huit heures après injonction. «On est contre les déviances du copyright et on ne va pas faire comme Kazaa, explique Benjamin Bejbaum, cofondateur du site. La semaine dernière, nous avons dû enlever 500 épisodes de Lost . Les jours précédents, nous avons fait la chasse aux Prison Break [série américaine diffusée sur M6, ndlr] .» Quatre modérateurs oeuvrent à trier le bon grain de l'ivraie, mission quasi impossible sur un site où s'ajoutent 7 000 vidéos par jour. Du coup, la société commence à négocier tous azimuts avec les «ayants droit au gros catalogue» de contenus. Si des accords ont été ponctuellement conclus avec MTV, Universal, France 5 ou CanalPlay, il s'agit maintenant de trouver un modus vivendi fondé sur le partage des revenus publicitaires, au vu de leur fréquentation (750 000 visites par jour pour Dailymotion).
Comment les chaînes de télé françaises voient-elles le succès de ces plateformes d'audience qui les pillent ? Il n'existe pas, pour l'instant, d' «action concertée des producteurs à l'égard de ces sites», répond-on à TF1. Outrée par ces voleurs de réseaux, la chaîne fait pourtant plus que flirter avec Dailymotion et a conçu WAT (We Are Talented), un site communautaire né fin juin, qui compte aujourd'hui 25 000 contenus. Elle est même en lice, et en pole position, pour servir de régie pub à Dailymotion. Elle se réjouit parfois des mauvaises manières des internautes quand ils créent un buzz autour du lancement d'une chaîne gratuite dédiée aux jeux, JET. Le soir même de sa naissance, le 17 octobre, une heure d'émission s'offrait en prime line sur Dailymotion. En revanche, pas de quartier pour les séries et les émissions à forte valeur ajoutée.
La réponse jugée ad hoc par TF1 est de «développer une offre légale pour lutter contre le piratage». Ainsi des offres gratuites en ligne (la série d'été le Maître du zodiaque ) ou payantes en VOD * vidéo à la demande. M6 fait de même, qui propose de télécharger sur www.m6video.fr des Prison Break à 1,99 euro. Premiers pas pour capter chez eux ces flopées d'internautes scotchés par les néons de la vidéo en ligne, clandestine ou non.