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Voir la version complète : Littérature Féminine Algérienne


ben
29/07/2003, 14h04
La notion du père, géniteur et inspirateur

Au moment de son irruption dans la littérature algérienne de voix féminine, le père apparaît comme le géniteur, celui qui donne la vie, puis celui qui guide, oriente, et qui est, en définitive, cette autorité protectrice et conservatrice en même temps.

À travers leurs écrits, les femmes écrivains algériennes semblent en perpétuelle quête de ce père qui leur a inspiré de très beaux textes.
Cette recherche du père se traduit par un dialogue établi à travers l’écriture comme si ces femmes, chacune à sa façon, déchirées par l’absence, par la multiplicité culturelle, par l’incompréhension et par l’absence n’arrivent pas à repartir dans leur vie, sans faire cette étape décisive, cette exorcisme du père qui apparaît dans bien de cas nécessaire. Ainsi, évoquer, parler, écrire, exorciser ce père symbole inaccessible, devient une étape à franchir pour ces femmes qui, au nom du père, s’adonnent à une mise à nue difficile.

Assia Djebbar raconte dans L’amour la Fantasia, en voix off, ses souvenirs d’enfance, plus précisément, le rôle qu’a tenu son père dans sa vie, et cette chance qu’il lui a donnée en lui permettant l’instruction, en mettant entre ses mains le savoir, ne la privant pas comme tant de filles surtout dans l’Algérie des coutumes et des traditions obscures. “Fillette arabe allant pour la première fois à l’école, un matin d’automne, main dans la main du père. Celui-ci un fez sur la tête, la silhouette haute et droite dans son costume européen, porte un cartable, il est instituteur à l’école française.”

Et c’est ce lien fort, confus, qui permet à Assia Djebbar d’approfondir son écriture en puisant dans sa mémoire. De ses souvenirs d’enfance, d’adolescente émancipée qui a appris à lire, à écrire grâce au père instituteur, naissent des textes d’une admirable construction, mettant nez à nez, un passé riche et un présent fécond. C’est encore un autre père instituteur qui est à l’avant-garde dans Je ne parle pas la langue de mon père, paru récemment aux éditions Julliard, Leila Sebbar, entame un récit, une écriture, un dialogue entre elle et ce père, un autre instituteur aussi qui ne répond pas aux appels de sa fille et à ses interrogations.
N’est-ce pas pour fuir ce mutisme du père qu’elle interroge, se réfugie dans ses souvenirs d’enfance et prend conscience qu’elle aussi est confrontée à un autre mutisme, le sien, car elle ne connaît pas la langue de son père et c’est à partir de cette privation que l’auteur tissera son récit.

Mais, faute de réponses concrètes, faute d’explications plausibles, Leïla Sebbar usera de son imagination pour compléter l’histoire d’un homme qu’elle aime et respecte depuis toujours. Elle lui invente donc une vie parallèle même si elle tente de se reconstituer une mémoire fragmentée en rassemblant soigneusement des bribes d’information en faisant appel à ses souvenirs d’enfance à Hennaya et aux anecdotes racontées par les uns et les reconstituer.
Ce besoin du père se ressent dans l’écriture de Sebbar qui reste tiraillée entre deux cultures, entre deux civilisations du fait qu’elle soit d’une mère française.

Dans son livre autobiographique Entendez-vous dans les montagnes, paru aux éditions Barzakh, Maïssa Bey écrit son livre, comme un cri de révolte, un cri qui se transforme en hommage à ce père, haute figure, cet instituteur torturé et exécuté durant la guerre d’Algérie, un juste modèle pour l’institutrice qu’elle va devenir. Maïssa Bey a si peu connu ce père. Elle tente de reconstituer sa mémoire, en puisant dans ses souvenirs, le très peu de souvenirs qu’elle a de lui, parti trop tôt.
Aujourd’hui encore, ce père lui manque terriblement d’où l’écriture de ce livre-témoignage qui la réconcilie avec un passé douloureux et qui reste pourtant une amertume d’où cette dédicace “à celui qui ne pourra jamais lire ces lignes”.

D’autres femmes n’ont pas résisté d’écrire au nom du père, géniteur, inspirateur, protecteur, parfois aussi obscur, ne comprenant toujours pas les relations souvent ambiguës qu’elles entretenaient avec leurs pères.
Parfois, c’est un père absent, mort trop tôt, parti trop tôt ou bien détaché. Nina Hayet raconte dans L’indigène aux semelles de vent, la très belle histoire de son père, Mohamed Belhalfaoui : “Mon père fut cette lumière qui continue d’éclairer ma lanterne d’Algérienne non musulmane, née française en terre colonisée, en exil partout à tout jamais et en quête éperdue de ses racines...” Par amour à ce père, personnage hors du commun, que Nina Hayet a entrepris ce récit écrit dans les larmes et la souffrance, dont la nécessité d’écrire ce livre s’est imposée à elle pour entretenir sa mémoire.

Dans Paris, plus loin que la France, Ghania Hammadou entame son récit sur un fond d’occupation en développant le personnage de Azzedine, le père qui part au maquis en abandonnant, mère, épouse et enfants. Mériem, qui prend parfois les traits de l’auteur, s’acharne à faire revivre l’image de ce père absent en tentant de revivre les seuls instants qui hantent encore son esprit, ses quelques souvenirs.

Cette recherche où quête du père ne cesse de s’imposer, de se renouveler dans la littérature féminine algérienne. L’éducation sévère, conservatrice a fait que les relations père-fille restent limitées, pas trop affichées, ni aussi spontanées, guidées par le souci des convenances et de la bonne conduite. C’est cette soif, parfois, manque d’affection aussi, que l’écriture vient à combler d’où ces textes poignants, d’une grande douleur et beauté aussi.


Par Nassira Belloula
http://www.liberte-************/edit.php?id=12573

Julia
12/10/2003, 19h09
les travaux sur l'ADN devraient rendre plus faciles les recherches en paternité :P

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