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Voir la version complète : Messaoud Zeghar L’homme d’affaires de Boumediène


hben
30/06/2015, 19h18
Par Arezki Metref
arezkimetref@********
Seddik S. Larkeche (1) vient de publier une biographie de Messaoud Zeghar intitulée, Si Zeghar, l’iconoclaste algérien, chez Ena Editions. Sous-titre, La Véritable histoire de Rachid Casa.
Ce travail d’investigation, très documenté, consacré à «cet habile homme d’affaires sétifien qui importait des feux d’artifice par bateaux entiers», est le résultat d’une longue enquête au cours de laquelle l’auteur a rencontré les acteurs et les témoins-clés qui ont tissé — ou assisté — à la grandeur et la décadence de Messaoud Zeghar.
Compte tenu du soufre qu’exhale le personnage, l’auteur précise que son livre «n’est ni une requête de la famille Zeghar ni une commande des services de sécurité algériens ou même d’opposants au régime actuel». Soit. Il était moins utile de le préciser que de le démontrer.
Deux remarques à propos du titre et du sous-titre. Le fait d’appeler ce personnage «Si Zeghar», au lieu de Messaoud Zeghar comme il siérait dans un titre neutre, témoigne d’une forme de déférence qui pourrait laisser croire que cette biographie est un plaidoyer. Elle l’est à bien des égards. Ce n’est certes pas une hagiographie, mais les avis critiques sur Zeghar ne sont pas ici aussi importants qu’il conviendrait à une étude de ce genre. L’équilibre critique n’est pas suffisamment observé.
Quant au sous-titre, un brin aguicheur, il écarte de fait les rares ouvrages qui lui sont consacrés, en promettant «la véritable histoire de Rachid Casa». D’ailleurs, l’auteur recense et rectifie les contre-vérités véhiculées sur le compte de Messaoud Zeghar.
Ceci dit, il faut saluer le sérieux de cette recherche étayée de documents inédits. Elle pénètre dans l’opacité des services de renseignements, et dans celle des affaires, les unes et les autres ayant en commun les coups tordus et chausse-trappes d’usage.
Une fois achevée la lecture de cet ouvrage, on a l’impression qu’il s’agit aussi d’un livre sur Boumediène tant l’omniprésence de ce dernier dans le parcours de Zeghar, depuis la fin des années 1950, est patente. Zeghar doit au pouvoir de Boumediène une partie de son éclat, et vraisemblablement, à la mort de ce dernier, son déclin.
Il est vrai que ce «businessman sulfureux et mystérieux», brasseur d’affaires au carrefour des vendeurs d’armes et des services secrets, est peu connu. Du temps du silence inquiet que faisait peser Boumediène sur l’Algérie, on murmurait le nom de Zeghar, à travers des bribes parvenues par la presse étrangère, comme celui d’un mythe propice à toutes les conjectures et rumeurs.
Ainsi en a-t-il été lors de l’enlèvement rocambolesque de Dalila Zeghar, la sœur de Messaoud, réfugiée à Montréal pour vivre son mariage, désapprouvé par la famille, avec Denis Maschino. En 1978 Messaoud Zeghar la faisait enlever déclenchant un tollé sur le plan international. La presse algérienne n’en soufflait mot sinon pour taper sur les ennemis de la Révolution qui distillaient des rumeurs… Affaibli par la maladie qui devait l’emporter dans l’année, Boumediène ne lâcha pas son ami en cette circonstance.
Que le nom de Zeghar reste lié à celui de Boumediène paraît donc justifié par un indéniable compagnonnage et une amitié reconnue par la plupart des proches de Boumediène.

Quand Zeghar vole au secours de Boumediène
Le 26 avril 1968, un officier des CNS tire sur la voiture de Houari Boumediène devant le Palais du gouvernement, à Alger. Porté au pouvoir par le coup de force du 19 juin 1965, le colonel vient d’échapper à la mort. Il en sort avec une éraflure au visage due aux bris de vitre accompagnée d’une dureté renforcée dans sa détermination à anéantir ses rivaux et opposants planqués dans l’appareil militaire et en dehors.
Une photo prise après l’attentat le montre courroucé, pansement au visage chevauchant sa célèbre moustache brosse, le regard dardant l’airain. Tout ce qui allait guider Boumediène était dorénavant fixé dans ses yeux. Un dogme âpre, sourcilleux. Anthropophage !
Les auteurs de l’attentat arrêtés, il ne fut pas difficile d’établir l’identité des commanditaires. Il s’agissait de deux de ses pairs, membres du Conseil de la Révolution, colonels comme lui et même un moment proches compagnons, Tahar Zbiri et Mohamedi Saïd.
Sentant ses rivaux prêts à prendre le pouvoir par le putsch, leur culture commune, Boumediène préféra la fuite temporaire. Il se volatilisa. Pour d’évidentes raisons de sécurité, sa planque fut tenue secrète.
On le disait à l’étranger, sans que personne sache précisément dans quel pays. Son entourage semblait avoir favorisé cette rumeur.
En vérité, il était reclus dans le plus grand secret là où, non seulement il se sentait en sécurité, mais aussi où personne n’aurait songé à venir le chercher, chez son ami Messaoud Zeghar, chemin Poirson, sur les hauteurs d’Alger.
Un ami sûr ? Boumediène, le solitaire, le méfiant, pouvait-il seulement en avoir ? Amin Mohamed, secrétaire général de la présidence de la République sous Boumediène, le côtoya de ce fait quotidiennement pendant des années.
Il témoigna en 1984, lorsque Messaoud Zeghar, victime de la déboumediénisation, fut traîné devant les tribunaux. Il confirma que ce dernier «était l’ami et le confident du président Boumediène».
Dans sa réclusion ultrasecrète au domicile de Zeghar, Boumediène ne recevait, bien entendu, personne, à l’exception de son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika. Alors qu’Alger bruissait des rumeurs les plus folles, que les chancelleries et officines conjecturaient, pour occuper Boumediène rongeant son frein dans sa villa, Zeghar eut «une de ces idées originales dont il avait le secret».
C’est Seddik S. Larkeche qui rapporte cette séquence.

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30/06/2015, 19h18
Pour distraire ce rescapé d’une tentative d’assassinat, le colonel ascétique et paranoïaque, présidant aux destinées d’un pays qui s’est libéré par une guerre révolutionnaire, Zeghar pousse la vigilance jusqu’au délire obsidional. Il fait venir auprès du président son assistante suisse.
Voici comment le biographe de Zeghar rapporte cet épisode époustouflant. «Il (Zeghar) appela sa société de négoce à Genève et demanda à sa collaboratrice de l’époque, Jacqueline Scharwtz, de prendre le premier avion pour Alger.
Un chauffeur vint la chercher à l’aéroport et la conduisit chez Messaoud Zeghar. Elle entra, fut présentée à Houari Boumediène qui logeait dans une villa attenante et on l’installa dans cette même demeure avec le Président. Elle fut chargée de lui faire la conversation pendant toute une semaine.» Au menu, en tout bien tout honneur, littérature et politique !
Conseil gratuit à tous les autocrates révolutionnaires revenus d’une tentative d’assassinat réactionnaire : planquez-vous et faites venir l’assistante helvétique de votre meilleur ami, y a pas mieux pour recouvrer le moral !
On pourrait s’interroger sur l’attitude de la Sécurité militaire, qu’on suppose alors au summum de sa puissance et de son ubiquité, concernant la présence d’une étrangère auprès du chef de l’Etat en une époque où le quidam lambda pouvait être accusé des pires délits du seul fait de prendre un café avec un collègue coopérant technique.
Kasdi Merbah, patron de la SM, déclarait sur Procès-Verbal en 1984, lors de la chute de Zeghar, qu’il n’était pas «toujours au courant des activités» de ce dernier. Admirons-le «toujours».
Le patron des Services donnait les raisons suivantes à son relatif déficit d’informations à propos des activités de Zeghar. C’est que Boumediène «maintenait un strict cloisonnement sur ses relations personnelles ainsi qu’une discrétion absolue sur ses contacts. Zeghar était l’ami du président qu’il recevait en son domicile».
L’acquisition de la villa du chemin Poirson est en elle-même une histoire. Au lendemain de l’indépendance, Messaoud Zeghar entre discrètement à Alger reconquise avec «le sentiment d’avoir gagné avec son clan communément appelé le clan d’Oujda». Plein aux as, il arrive dans Alger libéré avec le projet d’acquérir une maison et d’y faire venir sa famille restée au village d’origine, El-Eulma, près de Sétif. Il y repère une maison, chemin Poirson. «Considérée comme une des plus belles demeures d’Alger, elle disposait de plusieurs dépendances et d’un terrain de près d’un hectare.»
Le milliardaire flashe illico sur la villa. Mais le propriétaire, français, refuse de la vendre à un Arabe. Qu’à cela ne tienne ! C’est Jimmy Oebel, l’ami américain de Zeghar, qui en fait l’acquisition puis la rétrocède à l’Algérien ostracisé par le vendeur français. Ce n’était pas la première fois que Zeghar volait au secours de Boumediène. Seddik S. Larkeche note que durant la guerre de Libération, Zeghar cacha Boumediène lorsque Boussouf, leur mentor commun, voulut neutraliser le colonel ambitieux. Dans ce duel au sommet entre un Boussouf au faîte de sa puissance et un Boumediène en construction, Zeghar, pariant sur l’avenir, misa sur Boumediène. Bien vu !

L’enfance du self-made-man
Comme tout a un début, et que les réussites sont souvent relues ultérieurement avec le décodage rétroactif des signes prémonitoires, le biographe de Zeghar nous dit que ce dernier, né à El-Eulma (ex-Saint-Arnaud), le 8 décembre 1926, montra dès sa plus tendre enfance «des capacités de créativité et de débrouillardise».
Aîné d'une famille dont le père tenait le café du village, Messaoud Zeghar se lança vers l'âge de 15 ans dans les affaires.
Nous sommes au début des années 1940. Le jeune Messaoud négocie, autour de la base américaine installée dans la région de Sétif, les «surplus de stocks alimentaires, de vêtements et de petits matériels». A 20 ans, «déjà entrepreneur dans l’âme», il est sensible, nous dit encore son biographe, «au devenir de son pays».
Affaires et engagements, le mariage des deux est-il incompatible ? Non. La trajectoire de Zeghar témoigne qu'il n'est pas mauvais, même pour un régime socialiste sensible à l’inspiration de l’URSS, prompt à la nationalisation comme celui de Boumediène, de s'appuyer sur un richissime affairiste, proche des Américains.
N'était-ce pas un signe précurseur que le futur allié des Américains inaugurât sa carrière d'homme d'affaires dans une base US en Algérie ? Très vite d'ailleurs, il fera la connaissance d'un militaire américain, Jimmy Oebel, avec qui il fera affaire jusqu'à son propre décès en 1987. Lorsqu'il quitte El-Eulma, devenue trop étriquée pour son ambition entrepreneuriale, il s'installe à Oran. Nous sommes à présent au milieu des années 1950. Il rencontre Raymond Obadia, un parachutiste défroqué, grossiste en confiserie dans le civil, avec qui il fait du négoce de bonbons. Il semble aller de soi que Zeghar ne se limitait pas à faire des affaires à Oran. Son engagement dans le FLN clandestin lui vaut, «à la suite d'une opération qui avait mal tourné», et dont l’auteur ne précise ni la nature ni les circonstances, de devoir quitter la métropole de l'Ouest algérien.

hben
30/06/2015, 19h19
Il rallie le Maroc à pied et s'installe à Casablanca, ville à laquelle il empruntera son nom de guerre, Rachid Casa. Là, il est placé sous l'autorité de Boussouf, son premier «pygmalion». Lequel, après sa disgrâce postindépendance, deviendra son rival sur le marché international des armes. Ironie du sort ! En attendant, sous la houlette de Boussouf, il installe au Maroc, non loin de la frontière algérienne, une usine d'armes et de matériels de télécommunications au profit des maquis.
A l'aide de pièces achetées aux bases US – encore, ces bases US ! —, il fait fabriquer dans une dizaine d'ateliers dispersés à travers le territoire marocain des mitraillettes, des lance-roquettes, des obus, des mortiers ainsi que du matériel de transmission. Pour ses achats auprès des bases américaines, on retrouve l'entremise de Jimmy Oebel, recruté par les services US pendant le Seconde Guerre mondiale. Ce dernier, lui aussi homme de l'ombre, quitta l'armée avec le grade de commandant enquêteur en 1947.
Seddik S. Larkeche nous dit que Messaoud Zeghar «fut l'homme qui a permis à la révolution algérienne de se doter du premier poste de radio de grande capacité, transformé en poste d'émission pour la radio Sawt El-Djazaïr, qui émettait de Nador, à la fin de 1956».
A partir de cette date, d'ailleurs, Zeghar devint le collaborateur le plus proche du colonel Boussouf.
Il vécut les heurts et les rivalités de pouvoir avec le feeling de l'homme d'affaires. C'est ainsi qu'à la veille de l'indépendance, l'instinct sans doute le rapproche de Boumediène au détriment de son premier patron, Boussouf.
A l'indépendance, Zeghar rentre à Alger avec le grade de commandant de l'ALN, un des plus hauts de l'armée. Cependant, au prestige et au pouvoir militaire, il préfère ses activités de business.
L'auteur nous dit que, du fait, qu'il ait «pu accumuler des fonds avant et pendant la guerre, il avait peut-être été un des seuls autorisés à continuer ses affaires...».
Lorsque son ami Boumediène prend le pouvoir par le coup d'Etat de 1965, il lui renouvelle tacitement cette sorte de dérogation jadis délivrée par Boussouf de poursuivre son négoce. «Tout en étant en charge d'une diplomatie parallèle. Il avait à gérer les sources de renseignements officieux, et surtout la construction de lobbyings et d'influences à l'international, en particulier aux Etats-Unis, dans l'intérêt de l'Algérie». Pendant toutes les années Boumediène, Messaoud Zeghar réussira dans les affaires au point de trôner au hit-parade de première fortune algérienne tout en continuant à mener des actions de diplomatie secrète pour son pays. C’est ce que son biographe appelle l’approche «gagnant-gagnant».
Il tirait profit de «l’industrialisation massive et de l’explosion des importations algériennes». Il vendait ses services de consultant à des entreprises internationales, en particulier américaines et françaises, désireuses de s’installer en Algérie. Pour ces prestations internationales, il se faisait naturellement rémunérer en prenant soin d’alimenter «son réseau par une forte générosité des principaux décideurs algériens». C’est joliment dit !
L’auteur se pose la question de savoir si Boumediène, l’intègre, était au courant des transactions borderline de son ami ? Il y répond en supposant que Boumediène ne devait pas ignorer ces pratiques mais qu’il laissa faire dans la mesure où l’intérêt de l’Algérie était supérieur, et de loin, à celui de l’intermédiaire Zeghar.

Zeghar, l’ami américain
Sa bonne insertion parmi les milieux américains fut très utile à Boumediène, notamment au moment de la nationalisation du pétrole en 1971. «Zeghar était arrivé à faire cautionner par les Américains sa (sic) non-intervention contre les nationalisations en Algérie.» Méthode ? Il parvient à persuader, soutient son biographe, ses réseaux américains que la nationalisation des sociétés pétrolières de l’ex-puissance coloniale profitera aux Etats-Unis qui pouvaient en attendre «des retombées économiques fortes, mais aussi la neutralisation de l’hégémonie russe en Algérie».
La neutralité américaine dans le bras de fer avec la France sera payée en retour, promettait Zeghar aux Américains, d’achat par Boumediène d’usines clés en main et d’exportations d’hydrocarbures vers les Etats-Unis. L’auteur nous explique que non seulement Zeghar est un des artisans de «l’axe géostratégique avec les Etats-Unis qui perdure encore à ce jour», mais que cet axe était déjà dans la visée de Boumediène «sous la très haute influence de son ami Messaoud».
Donc, Messaoud Zeghar préposé à la diplomatie parallèle. L’auteur apporte les précisions suivantes : «Nous ne pouvons comprendre le génie de cette diplomatie parallèle sans souligner l’influence très forte de Jimmy Oebel père sur Messaoud Zeghar, cet Américain, ancien commandant de l’OSS (ancêtre de la CIA, amitié qui date des années 1950, et qui a renforcé considérablement son analyse géostratégique, en particulier vis-à vis des Etats-Unis.»
Les archives américaines présentent le personnage comme le seul confident du président Boumediène et, ce faisant, sa valeur devenait inestimable.
Il aurait conséquemment lobbyé pour que puisse avoir lieu la rencontre secrète entre Boumediène et Nixon le 11 avril 1974 à la Maison-Blanche, à la faveur de la réception du président algérien en Assemblée générale de l’ONU par Kurt Waldheim.

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30/06/2015, 19h20
Seddick S. Larkeche affirme que c’est Messaoud Zeghar qui finança la «logistique de la délégation algérienne» lors de ce voyage à l’aide de 200 000 dollars apportés de Suisse par un de ses hommes.
Dans les années 1970, les plus fastes pour lui, son patrimoine se composait de «plusieurs hôtels en France, aux Etats- Unis, aux Bahamas, une usine en Suisse, un ensemble immobilier en Espagne, des puits de pétrole en Virginie, une compagnie aérienne américaine et des biens immobiliers de grand luxe à travers le monde».
Il acquit même l’un des leaders mondiaux des télécommunications militaires, l’entreprise allemande basée à Munich, Telemit. Cette entreprise exportait dans de nombreux pays du monde, et bien entendu en Algérie et en Libye. C’est Mouammar Kadhafi qui la racheta par la suite.
Tout cela pour un montant estimé entre 150 et 200 millions de dollars de l'époque, ce qui était nettement en deçà de la fortune qui lui était attribuée.
En 1983, quatre ans après l’intronisation de Chadli Bendjedid, la déboumediénisation touchait Zeghar. On ouvrait des dossiers, comme celui de l’affaire Chimico, pour terrasser les ténors du boumediénisme. Il eut beau offrir ses services au nouveau maître du pays, Chadli refusa.
Un jour, on vint sonner à sa porte et on l’embarqua. Zeghar appela sur-le-champ Larbi Belkheir. Ce qui ne l’empêchera pas d’être embastillé pendant trente mois. Aucun de ses amis encore au pouvoir, à l’égard desquels il avait fait montre d’une générosité sans limite, ne semblait disposé à agir en sa faveur. Du temps de sa splendeur, les courtisans étaient légion. Au moment où il amorça sa descente aux enfers, tout ce monde le lâcha.
Guère mieux du côté de ses amitiés américaines. L’année même où il fut arrêté, George Bush père, ancien patron de la CIA, vice-président des Etats-Unis, faisait une visite en Algérie pour donner son soutien à Chadli Bendjedid. Mac Kenzie, ancien patron de la CIA lui-même, et ami de Bush, ami aussi de Messaoud Zeghar, ne bougea pas le petit doigt. Pourtant, ce dernier aurait pu intervenir en sa faveur. Lié aux services américains et aux milieux du pouvoir républicain, il était un avocat en vue, spécialisé dans les affaires médiatiques et sensibles. Il fut par exemple le défendeur de la veuve de Lee Oswald, le «tueur officiel de Kennedy».
Au même moment, la plupart des affaires à l’international de Zeghar commencèrent à prendre l’eau et son état de santé déclina rapidement.
Le 21 novembre 1987, Messaoud Zeghar décédait en Espagne d’une crise cardiaque.
Compte tenu de l’implication du personnage dans des affaires de l’ombre, il n’était pas anormal qu’on ait supposé un assassinat déguisé. Non, nous dit l’auteur, formel. Zeghar est mort terrassé par une crise cardiaque, comme le révélait, sans conteste, le rapport d’autopsie exigée par la police espagnole. Il n’a pas été assassiné par les services secrets algériens.
On quitte ce livre abasourdi par le nombre d’affaires que l’on nous a cachées. Tandis que l’on croyait le régime de Boumediène animé d’une forme de pureté révolutionnaire, il apparaît ici que c’était très loin d’être le cas. Le réalisme imposait de s’accommoder de pratiques en contradiction avec les préceptes socialistes révolutionnaires proclamés.
C’est en cela que ce livre est utile. Au début, on ressentait comme un malaise à lire sous la plume de l’auteur que son but, à travers la reconstitution de cette trajectoire, était de réconcilier les jeunes lecteurs algériens avec l’idéal de patriotisme. On concevait plutôt, pour ce type de visée, un livre comme celui de Mohamed Saïd Mazouzi. Mais il faut avouer que l’auteur, expert en gestion stratégique des risques, a su trouver les mots pour décrire la dégringolade de l’Algérie et de ses valeurs ainsi que la nécessité de sauver les meubles un tant soit peu.
«De nos jours, écrit-il, beaucoup d’Algériens sont guidés par l’ambition de faire fortune sans patriotisme, voire même en détruisant volontairement les acquis de l’Algérie. Zeghar faisait des affaires avec son pays, toujours en vrai patriote, en lui renvoyant l’ascenseur pour que l’Algérie soit plus forte et plus indépendante.»
A. M.

(1) Seddik S. Larkeche, titulaire d’un doctorat en sciences de gestion, d’un autre en sciences politiques et d’un diplôme d’avocat. Expert en gestion stratégique des risques, il fut rapporteur, en 1998, à la commission «risque» à la Conférence mondiale sur le commerce (Cnuced). Il est enseignant chercheur et expert consultant.

Seddik S. Larkeche, Si Zeghar, l’iconoclaste algérien - La véritable histoire de Rachid Casa, Ena Editions, Lyon (France), 2014, 353p. hors annexe.

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