PDA

Voir la version complète : Hollande au Maroc : une visite pour relancer les échanges commerciaux


Raco
21/09/2015, 10h05
Par Le Monde.fr

La France n’est plus le premier partenaire commercial du Maroc », regrette-t-on dans l’entourage de François Hollande, au moment où celui-ci atterrissait à Tanger pour une visite « de travail et d’amitié » de deux jours, placée sous le signe de la réconciliation politique, les 19 et 20 septembre.

Pour la troisième année successive, c’est l’Espagne qui échange le plus avec le Maroc. Et même si la diplomatie économique est au cœur des agendas des ambassadeurs français, rien n’indique que cette tendance s’inversera rapidement.
Selon l’Office marocain des changes, le royaume réalisait, en 2014, 16,3 % de ses importations et exportations avec l’Espagne, contre 15,8 % avec la France. Une situation imputable, selon la direction française du Trésor, à la baisse continue des exportations françaises vers le Maroc, depuis 2012, et plus encore lors des quatre premiers mois de l’année 2015 (11 %).

La France enregistre, sur la même période, un déficit commercial avec le Maroc. Une conséquence de la forte hausse des exportations marocaines vers l’Hexagone, liées à la bonne santé du secteur automobile marocain, porté par l’usine Renault de Tanger. En revanche, les importations marocaines continuent de baisser, du fait d’une bonne saison agricole qui a limité la demande de céréales françaises.
Après avoir augmenté de 24 % au cours de l’année 2014, les exportations marocaines de « matériels de transport » (notamment des véhicules Dacia produits à Tanger) vers l’Hexagone ont poursuivi sur la même tendance cette année. La prochaine installation d’une usine PSA à Kénitra devrait accentuer le phénomène. Le président français ne visitera d’ailleurs pas le site de Renault à Tanger, officiellement pour des raisons d’agenda. « L’usine ferme le week-end », s’est contenté de justifier l’entourage du président.

Futur TGV Tanger-Casablanca

Paris peut cependant se targuer d’être le premier investisseur et pourvoyeur d’aide publique au développement au Maroc. Les deux pays sont d’ailleurs très liés, la France ayant choisi ces dernières années de soutenir ses géants industriels dans des projets d’envergure : tramway à Rabat et Casablanca, ligne à grande vitesse entre Tanger et Kénitra, dans le nord-ouest du royaume, etc. Quasiment toutes les entreprises du CAC 40 sont présentes au Maroc, qui accueille environ 750 filiales d’entreprises françaises.

Samedi 19 septembre, après un entretien en tête-à-tête, les deux chefs d’Etat ont inauguré un centre de maintenance du futur TGV Tanger-Casablanca. C’est l’entreprise française Alstom qui a remporté le contrat de gré à gré et sans appel d’offres pour la livraison des quatorze rames. Deux ont été livrées cet été, mais le prestigieux chantier a pris du retard. D’après la direction de l’Office national des chemins de fer (ONCF), le premier TGV d’Afrique ne sera opérationnel qu’au premier semestre 2018. Un contretemps que le transporteur marocain impute d’abord aux procédures d’expropriation et qui devrait entraîner des surcoûts. Evalué à 2 milliards d’euros, le projet a été vivement critiqué au Maroc par des économistes et des militants, réunis en un collectif « Stop TGV ».

« Appel de Tanger » pour le climat

Dimanche, François Hollande et Mohammed VI ont également prévu de lancer les travaux d’un Institut de formation professionnelle aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (IFMEREE), premier d’un réseau qui bénéficiera d’un prêt souverain de 10 millions d’euros consenti par l’Agence française de développement (AFD).
Le Maroc s’est fixé, en 2013, l’objectif de réaliser 12 % d’économies d’énergie à l’horizon 2020 et de porter à 42 % la part des énergies renouvelables dans sa production électrique. A l’issue de cette visite à l’IFMEREE de Tanger, les deux chefs d’Etat signeront un « appel de Tanger » pour le climat, prélude à la COP21, conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se tiendra à Paris, à partir du 30 novembre.

Le Maroc doit prendre le relais de la France, en accueillant la COP22, à Marrakech, fin 2016, et les deux pays collaborent déjà, malgré des « intérêts différents », reconnaît une source diplomatique française, tout en se félicitant de l’implication de la ministre de l’environnement marocaine, Hakima El-Haite, pour la conclusion d’un nouvel accord contre le dérèglement climatique. Mohammed VI, qui signe rarement des déclarations sur des sujets internationaux, marque ainsi publiquement son soutien diplomatique à François Hollande, lequel entend faire de la COP21 un temps fort de sa présidence.

En conclusion de la visite, les deux chefs d’Etat se rendront au port de Tanger Med, à la construction duquel a été associé le géant français du BTP Bouygues. Cette infrastructure portuaire est l’emblème des efforts de développement des régions du nord du royaume, depuis l’accession au trône de Mohammed VI, une région qui avait été délaissée sous Hassan II. Sur le site de Tanger Med, le roi du Maroc et le président français poseront pour la traditionnelle photo de famille, sur laquelle François Hollande ne devrait pas être accompagné.

Cookies