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morjane
19/12/2006, 18h11
"En cinq siècles, les persans n’ont eu que sept poètes qu’ils aient reconnus comme de véritables maîtres, mais parmi ceux qu’ils rejetèrent, ils y avait beaucoup de vauriens qui valaient mieux que moi" .

Ces mots attribués à Goethe montrent l’importance de la poésie persane non seulement dans la littérature musulmane, mais dans toute la littérature universelle. Firdûsi, Omar Kheyyam, Sâdi, Nizâmi, Hafiz, Djalal ad-din Rûmi autant de noms qui ont donné la saveur et l’ornement que l’on connaît à la poésie universelle. L’un, par la magie de ses mots, transforme ce bas monde en paradis, qu’on appelle le paradisiaque, l’autre exprime toute la splendeur et la beauté ensorcelante du romantisme oriental qu’on appelle Madjnoun Leila. Diverses tendances s’expriment à travers cette poésie indémodable et époustouflante de grâce, du genre panégyrique, au genre moralisateur ; du romantisme le plus somptueux, au mysticisme le plus profond, la poésie persane a touché à tout et avec quel éclat.

Dans cette symphonie poétique merveilleuse, riches par ses nuances et orientations, il existe toutefois un fond, une sorte de fil conducteur : c’est le souffle soufi ou ce qu’on peut appeler "le mysticisme oriental. Et dans ce domaine, Djalal ad-din Rûmi est inégalable. Loué par Gœthe et Hegel, célébré par tous les orientalistes occidentaux, il est considéré par tous comme le plus grand poète mystique du monde, et sa célébrité, il ne l’a pas volé, c’est par la magie de sa plume qu’il l’a forgé. Rien qu’à lire quelques une de ses phrases, on comprend rapidement pourquoi, on lui voue ainsi cette grande admiration. "C’est comme si l’on suivait la baguette d’un magicien, on est attiré par cet homme il nous élève à travers les sept sphères jusqu’à la lumière, à la Pensée universelle”. Écrit walter von der Porten. “Djalal Ad-din Rûmi est aujourd’hui reconnu comme un des plus grands mystiques de tous les temps" dit jacques Brosse. Les éloges pleuvent de partout sur celui qui est aujourd’hui en Occident surtout comme un grand maître d’éveil.

Djalal ad–din Rûmi est né à Balkh (Afghanistan) en 1207.Selon la tradition, il descend directement du premier calife de l’islam, Abû bakr Es-sedik. Fils d’un grand théologien Baha ed-dine walid, il reçoit une très bonne éducation. On raconte que son père vivement impressionné par la religiosité de son fils décida de l’appeler tout enfant "Mawlana" (notre seigneur). En 1219, la menace mongole qui pèse sur sa ville natale contraint sa famille à l’errance. Leurs pérégrinations les menèrent d’abord à Nichapour où djalal Ed-din a pu rencontrer le célèbre poète Farid Ed-dine Attar, qui subjugué, par la sainteté de l’enfant aurait déclaré "Quelle flamme, quel feu, il apportera au monde !", les voilà ensuite à Bagdad, à la Meque, à Larinda, pour se fixer enfin à Konya, en Turquie. En cours de ses longues pérégrinations, djalaed-dine s’est marié avec une jeune fille de Samarkand qui lui donna deux fils alâ ed-din et Sultan Walid.

A Konya, son père reprend son métier d’enseignant, on lui offre une chaire oû il dispensera son enseignement jusqu’à ce qu’il décède en 1230. Djalal ed-dine, bien que très jeune, succède à son père car sa renommée de grand savant est déjà faite. Voulant toujours pousser encore loin l’horizon de ses connaissances, il part à Alep et à Damas pour étudier. Elève du Cheikh el Akbar, Ibn El Arabi, sa vocation pour le mysticisme s’épanouit peu à peu. Mais celui qui a contribué à la naissance de la vocation quelque peu "messianique" de Djalal ed-dine, c’est sans aucun doute, l’étrange et ensorcelant Cheikh Chams ed-dine de Tabriz, "dégoûtant et cynique" pour Browne. La rencontre de cet homme, arrivé en 1244 à Konya va être très déterminante dans la vie de Djalal Ed-dine.

L’enseignement de cet homme convaincu qu’il est un élu de Dieu repose sur le principe cher aux soufis "l’anéantissement du moi dans l’extase de l’amour devin" "l’union joyeuse avec Dieu" trouve une oreille plus qu’attentive chez le jeune élève. Dès lors ce sont de longues dissertations entre le maître et l’élève sur les mystères divins, sur le besoin d’illumination et du dépassement de soi…etc. "J’étais neige, tu me fondis, le sol me bu. Brume d’esprit, je remonte vers le soleil", dit –il à ce maître. Cette étrange amitié prendra fin en 1247 avec l’assassinat du cheikh, parait-il, des disciples jaloux de djalal edine. Marqué par cet homme singulier Djalal ed-dine va se consacrer désormais à la méditation et à l’ascetisme. Un jour, cheminant entre tabriz et Konya, absorbé par de profondes pensées religieuses, djalal fut tellement secoué qu’il se met à tournoyer autour d’un tronc d’arbre en proie à une sorte d’exaltation extatique.

Cette expérience serait à l’origine des danses en usage dans l’ordre des derviches tourneurs "la mawlawiya" dont il est le père fondateur. "Plusieurs chemins mènent à Dieu, j’ai choisi celui de la danse et de la musique." "Dans les cadences de la musique est caché un secret, si je le révélais, il bouleverserait le monde", dit-il. La confrérie "mawlayiya " de Mawlana (le surnom que lui donna son père) connaît un très grand essor après sa mort survenue en 1273.les derviches tourneurs répandaient leur enseignement dans tout l’empire Ottoman, ils gagnaient de plus en plus d’adeptes. Les novices de cet ordre doivent etre champion du "zouhd" ascétisme, ils sont, entre autres astreints à l’enfermement dans un monastère pendant mille et un jour. Ils passent ainsi une période de pénitence pour se "libérer de leur enveloppe charnelle pour une nouvelle naissance", une fois qu’ils ont assimilé l’enseignement du maître ils peuvent alors accomplir en public la danse de "l’union suprême". Dans cette danse, le cheikh entre dans le cercle représentant le soleil, et les disciples qui tournoient autour de lui incarnent les planètes. Cette danse sacrée exprimant la joie qui anime le monde se pratique encore de nos jours dans plusieurs pays musulmans.

" Les Odes mystiques ", " Mâthnawi ", "Fihi ma fihi " telles sont les principales œuvres de Djalal Ed-din. Le "Mathnawi est considéré par beaucoup comme son œuvre majeure, immense poèmes de quelques 46 000 vers, ce texte où se mélangent histoires, fables, anecdotes, réflexions philosophiques et mystiques est une véritable épopée de l’âme humaine

Malgré, certains passages hermétiques, la pensée du maitre est visible. Ce qui frappe dans la pensée de ce savant musulman, c’est le panthéisme et les conceptions tirées du bouddhisme et du néoplatonisme qui parcourt son œuvre. "L’univers est la forme de l’Intelligence universelle laquelle engage quiconque est raisonnable ; pour qui a trop péché contre l’Intelligence universelle, la forme universelle se montre comme un chien. Réconciliez-vous avec ce père, cessez de vous révolter contre lui afin que la terre d’où jaillit l’eau vous parait un tapis d’or. Vous serez rétribués comme à la résurrection", écrit-il. La théorie selon laquelle les âmes passent d’un corps à un autre se trouve aussi dans son œuvre. "Je meurs comme une pierre et je deviens plante, je meurs comme une plante et je suis élevé au rang d’animal, je meurs comme animal et je renais homme…Mourant comme homme, je deviens ange ; je dépasserai l’ange même…" Il faudrait lire toute l’œuvre de Djalal Ed-din pour comprendre les principaux aspects de son génie. Son enseignement, malgré qu’il soit mal vu par l’orthodoxie musulmane qui n’accepte que ce qui est tiré du Coran et de la Sunna, a conquis beaucoup de contrées, même notre pays n’y a pas échappé. Nos "Iderwichen", même s’ils ne le savent pas, même s’ils ne maitrisent pas les idées du maitre, descendent directement de lui. Les graines qu’il a semées continuent à pousser son œuvre à faire l’objet d’une attention toute particulière.

Par la Depêche de Kabylie

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