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Voir la version complète : Le réquisitoire de Christiane Taubira contre la déchéance de nationalité


LIXUS
31/01/2016, 22h28
C’est un texte écrit dans le plus grand secret par Christiane Taubira, imprimé discrètement en Espagne, acheminé sur des palettes opaques et présenté aux librairies comme un « livre sous X » pour réduire les risques de fuites. Intitulé Murmures à la jeunesse, cet essai d’un peu moins de 100 pages, mis en vente lundi 1er février et tiré à 40 000 exemplaires, expose les raisons pour lesquelles l’ex-garde des sceaux est opposée à l’inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution. La date de sortie ne doit rien au hasard, quatre jours avant le début de l’examen du projet de loi constitutionnelle à l’Assemblée nationale.

Le contact avec l’éditeur, Philippe Rey, remonte au 10 janvier. Huit jours plus tard, le bon à tirer est donné. Christiane Taubira a souhaité aller vite, afin que le livre paraisse à la veille du débat parlementaire sur la déchéance de nationalité. Le tout dans le plus grand secret. Seul François Hollande se voit adresser un jeu d’épreuves, vendredi 22 janvier, cinq jours avant que ne soit rendue publique la démission de Mme Taubira. A cette date, le livre est déjà imprimé. La quatrième de couverture témoigne d’ailleurs de l’emballement des événements des derniers jours : sur la quatrième de couverture, Mme Taubira est encore présentée comme « garde des sceaux et ministre de la justice ».

« Un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux »

S’il ne se réduit pas à cela, le premier tiers du livre ayant pour thème le défi terroriste en général, ce sont évidemment les pages consacrées à la déchéance de nationalité qui seront lues avec le plus d’attention. Une vingtaine de pages au total, au fil desquelles Mme Taubira expose un à un ses arguments. « L’inefficacité » de la mesure, d’abord, en raison de ses « effets nuls en matière de dissuasion ». Mais, plus fondamentalement, l’enjeu symbolique. « Osons le dire : un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés », demande l’ex-garde des sceaux. Et l’auteur de poursuivre :

« A qui parle et que dit le symbole de la déchéance de nationalité pour les Français de naissance ? Puisqu’il ne parle pas aux terroristes [...], qui devient, par défaut, destinataire du message ? Celles et ceux qui partagent, par totale incidence avec les criminels visés, d’être binationaux, rien d’autre. [...] C’est à tous ceux-là que s’adresse, fût-ce par inadvertance, cette proclamation qu’être binational est un sursis. Et une menace : celle que les obsédés de la différence, les maniaques de l’exclusion, les obnubilés de l’expulsion feront peser, et le font déjà par leurs déclarations paranoïaques et conspirationnistes, sur ceux qu’ils ne perçoivent que comme la cinquième colonne. »

Réquisitoire implacable contre la déchéance de nationalité, vademecum précieux pour tous ceux qui, à l’orée du débat parlementaire, voudront brandir des arguments contre le projet de révision constitutionnelle, le texte de Christiane Taubira est un acte politique fort, et sans doute inédit, écrit par une ministre en exercice dont on imagine mal, à sa lecture, qu’elle ait pu imaginer un seul instant rester membre du gouvernement après l’avoir publié.

Pas une diatribe contre Hollande et Valls

Il ne faut toutefois pas faire dire au texte ce qu’il ne dit pas, et ceux qui pourraient s’attendre à une diatribe véhémente contre François Hollande et Manuel Valls en seront pour leur frais. Car sur ce plan-là, Christiane Taubira reste prudente. Si affleurent, ici ou là, son malaise vis-à-vis de la philosophie sécuritaire du gouvernement et sa nostalgie d’une gauche au pouvoir oublieuse de ses ambitions sociales, l’auteure prend soin, en particulier dans la postface, de rendre hommage au président de la République, dont elle salue de façon appuyée l’attitude qui fut la sienne dans les minutes et les heures qui ont suivi les attentats du 13 novembre 2015.

En ceci, Christiane Taubira se démarque assez clairement de certains de ses prédécesseurs qui, tels Cécile Duflot ou Arnaud Montebourg, n’avaient pas hésité, après avoir quitté le gouvernement, à s’opposer de façon frontale au chef de l’Etat. Bien au contraire : en prenant soin de ménager M. Hollande, Mme Taubira semble apporter un démenti à tous ceux qui l’imaginent déjà se lancer dans une primaire à gauche en vue de l’élection présidentielle de 2017.

Le Monde

amarlekabyle
01/02/2016, 05h20
Ben ouais, elle s'en va la tête haute, bon c'est vrai, elle a avalé à 2 3 reprises sa fierté, ce gouvernement n'ayant de gauche que le nom...

Elle a montré que c'était une grande dame en ne disant rien contre le président et le premier ministre, elle s'est contenté de décortiqué cette enveloppe vide qu'est la déchéance, l'inefficacité d'une loi anticonstitutionnelle...:)

panshir
01/02/2016, 08h56
« Osons le dire : un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés »,

Très forte personnalité qui sait démasquer Valls et cie surfant sur le terrain des fachos.

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