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Voir la version complète : La Banque mondiale pointe les choix contradictoires du gouvernement Bouteflika


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11/10/2016, 19h01
Le rapport de la Banque mondiale sur l’Algérie publié le 6 octobre montre toute l’ignorance qu’a le gouvernement algérien des mécanismes de l’économie mondiale moderne. La conséquence de cette gouvernance archaïque est qu’actuellement le pays est "extrêmement vulnérable" à la volatilité des prix du pétrole et finance sa croissance directement aux dépens de ses générations futures.

Selon le rapport de la Banque mondiale (BM) publié le 6 octobre et accessible sur son site Internet, la croissance de l'économie algérienne a diminué de 0,3 % en 2016 par rapport a celle de l’année dernière. De 3,9 %, elle est passée à 3,6 % dans la première moitié de l'année 2016. Ce taux de croissance devrait continuer à baisser et être de 2,6 % en 2018. Chose encore pire, l’organisme relève que cette croissance qui s’en va en diminuant est créée en creusant le déficit budgétaire algérien. Le constat de la Banque mondiale est cinglant : "Le maintien de la croissance s'est fait au prix de l'élargissement du déficit budgétaire, qui a plus que doublé en 2015 pour atteindre 16,2 %, en raison du retard des mesures d'assainissement budgétaire", est-il écrit au troisième paragraphe du document. Toujours selon l’organisme, cette situation s’est même empirée en 2016.

Les données fournies par la Banque mondiale montrent de plus qu’il y a une assez grande distance entre ce que dit vouloir faire le gouvernement algérien et les actions qu’il pose concrètement. Alors que le gouvernement Bouteflika affirme qu’il veut diversifier l’économie, la Banque mondiale a relevé que la production hors hydrocarbures a ralenti à 3,8 % en 2016 bien qu’elle était de 5,1 % au premier semestre 2015. En conséquence, l’économie de l'Algérie qui a mis tous ses œufs dans le même panier est "extrêmement vulnérable", à la volatilité des prix du pétrole, dit-elle. L’Algérie contrevient donc à une des règles les plus basales de l’économie mondiale moderne, soit qu’il faut diversifier ses industries pour ne pas donner flanc à la baisse du prix d’un produit. Si elle n’a pas pu diversifier son économie, c’est qu’elle viole aussi d’autres de ces règles qui fondent actuellement l’économie internationale, soit que les gouvernements doivent éliminer le plus possible le népotisme et la corruption. Une saine gestion publique est fondée sur une optimisation de l’utilisation des ressources qui doivent être réparties en fonction des besoins de toute la population et non d’un petit nombre de clans. Ces derniers sucent actuellement les réserves publiques en se payant des subventions aussi nombreuses qu’injustifiées et improductives.

Hausse des dépenses du gouvernement

Une situation que l’on peut identifier, dans deux parties du document de la Banque mondiale. Elle note dans le troisième paragraphe de son rapport que les dépenses gouvernementales sont "montées en flèche" au premier trimestre 2016, soit une hausse d'environ 60 % sur 12 mois. Cette situation serait acceptable si cet argent était utilisé à bon escient, ce qui n’est pas le cas. Dans le dernier paragraphe de son document, la Banque mondiale affirme qu’il est très peu probable que la rationalisation de subventions "inefficaces, inéquitables et coûteuses", soit mise en place à court terme en Algérie même si cela a fait l’objet d’un consensus social.

La croissance devrait donc ralentir durant les deux ou trois prochaines années pendant que le gouvernement dilapide l’argent accumulé dans le Fonds de régulation des recettes qui pourrait être asséché en 2018. Chose pire, non seulement le gouvernement Bouteflika précipite-t-il l’Algérie à toute vitesse dans le mur, mais il pourrait même peser sur l’accélérateur si le prix du baril de pétrole descend sous les 50 $, ce qui n’est pas impossible. Ce budget permet en effet aux autorités financières d'autoriser des emprunts extérieurs si les prix du pétrole passent sous ce seuil. Comme les autorités monétaires ont autorisé une dépréciation supplémentaire du dinar en 2016, l’inflation augmente aussi et devrait être environ de 5,9 % en 2016. La Banque mondiale relève donc que face à cette situation, pour survivre les plus pauvres font de l'agriculture de subsistance en région et travaillent au noir en région urbaine. Cette misère humaine entraine naturellement des risques de violence et de soulèvement de la population. Ce sont des possibilités qui sont constatées dans ce rapport.

Ce mécontentement populaire est actuellement bien visible en Algérie. Il y a quelques jours, la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune a affirmé lors d'une réunion à Boussaâda que "la bassesse politique a dépassé les lignes rouges" en Algérie. Alors qu’une grande partie de la population souffre déjà des politiques d'austérité du gouvernement Bouteflika, les nouvelles taxes et impôts annoncés augmentent le prix des denrées de bases comme les fruits et les légumes, ce qui pèse de plus en plus sur le budget des familles les plus pauvres du pays. Ce que dénonce encore plus fort Louisa Hanoune c’est que l’argent amassé en taxant les pauvres sert à enrichir les amis du régime qu’elle appelle la nouvelle oligarchie. Ces gens auraient, selon elle, vidé les caisses de l'État et continueraient à y être actifs.

Michel Gourd

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