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saeed
18/10/2016, 13h38
Le pouvoir algérien, les hydrocarbures et le sous-développement


Le moment de la vérité vient de sonner. Ceux qui, quelques années auparavant, portaient par la hausse du cours de pétrole et avaient quelques doutes quant à l'avenir malheureux de ce pays, semblent maintenant moins sceptiques et surtout moins insouciants. On peut même énoncer comme règle sociopolitique que les Associations d'Opportunistes Incompétents et Corrompus (AOIC) ne pourront occuper un pays que transitoirement sinon le temps de le conduire vers sa ruine.

Que seraient devenus les USA si les Américains n'avaient pas combattu et neutralisé l'influence des parrains de la mafia durant la prohibition des années 1920 et 1930 ? Que serait devenu la fédération de Russie si les russes avaient laissé le pourrissement et le contrôle du pays aux mains des AOIC sous la politique de Michael Gorbatchev et de Boris Eltsine ? Ils seraient aujourd'hui certainement des pays déchiquetés par les guerres civiles, le désordre et la misère.

L'Algérie est l'objet de notre propos. Son problème ne se situe pas au niveau de la chute des prix des hydrocarbures mais bien dans sa dépendance de ce système pourri et dépravé par cette AOIC dont on n'arrive pas à se dégager. Jusque-là les hydrocarbures n'ont pas tellement servi le développement mais plutôt l'enrichissement illicite et exagéré des membres des AOIC. En somme, la baisse des prix des hydrocarbures n'est qu'un révélateur de la mauvaise foi des OAIC. En réalité, les citoyens, les hydrocarbures, le sol, le sous-sol, l'économie, la sociologie, la politique sont autant de victimes de ces AOIC.

Compte tenu du dynamisme de l'environnement international et de cette gestion inappropriée, les pays classés mono-économistes c'est-à-dire à économie exportatrice d'une seule ressource, en l'occurrence les hydrocarbures, comme l'Algérie, le Venezuela, le Nigeria, l'Arabie Saoudite, etc. ne peuvent échapper sur le long terme aux crises. C'est pourquoi, la baisse des prix des hydrocarbures amorcée depuis environ deux années commence à donner sérieusement du fil à retordre à ces OAIC.

Il y a de cela quelques mois, la chaine de télévision CNN a révélé, lors d'une émission dédiée à la chute des prix des hydrocarbures, les dessous d'une guerre économique sournoise que l'Arabie Saoudite a mené contre les USA. Cela a débuté il y a une dizaine d'années lorsque les compagnies américaines ont développé des procédés technologiques permettant d'extraire le gaz non conventionnel provenant en particulier de roches dures qu'est le schiste. L'Etat américain ne pouvait qu'encourager et soutenir ces compagnies afin de minimiser sa dépendance énergétique envers principalement l'Arabie saoudite surtout qu'il disposait d'immenses réserves sur son propre territoire. Bien qu'au départ, les couts d'exploitation du gaz de schiste furent très onéreux comparativement à ceux du gaz conventionnel, il n'empêche que cette nouvelle production nécessairement concurrente a conduit à une baisse relative des prix des hydrocarbures sur le marché international en vertu de la loi de l'offre et de la demande.

De fait, l'Arabie saoudite s'est sentie doublement menacée. D'abord, sur le plan économique, elle perdrait sa place comme grande productrice d'hydrocarbures avec perte substantielle de revenues. Sur le plan politique, elle perdrait de son intérêt aux yeux des Américains qui la considérait comme réservoir énergétique indispensable à leur économie; lui assurant une protection sans failles comme partenaire privilégié.

La guerre sournoise économico-énergétique lancée par l'Arabie saoudite contre les compagnies américaines avait pour but de freiner l'exploitation du gaz de schiste. Dans ce sens, les stratèges saoudiens ont suggéré de provoquer une baisse des prix du gaz conventionnel pour rendre non rentable l'exploitation du gaz de schiste. La baisse des prix a donc commencé.

Face a cette situation, les Américains ont pris acte et leurs stratèges ont recommandé aux services Recherches et Développement de relever le défi en minimisant principalement les coûts d'exploitation pour rester compétitif et continuer à exploiter le gaz de schiste. En jouant sur les innovations et adaptations technologiques, le pari américain a été bien réussi. Une compétition à cycle itératif s'est déclenchée entre l'Arabie saoudienne et les USA conduisant a une baisse graduelle et rapide du prix des hydrocarbures qui s'est stabilisé en 2015 autour de 40 $ le baril du pétrole.

Comme conséquence immédiate, les pays dont l'économie est basée sur les hydrocarbures se trouvent affectés négativement et la crise s'annonce troublante pour les pays contrôlés pat les OAIC .

Ces derniers jours, ces mono-économies regroupées essentiellement autour de l'OPEP essayent de revaloriser les prix des hydrocarbures pour échapper à la crise économique ou du moins tentent de réduire le déficit qui les affecte. Leur solution consiste à réduire sinon à limiter les quotas pour pousser les prix vers la hausse. Leur tentative dans ce sens fait actuellement fluctuer le prix de pétrole Brent autour de 50 $ le baril.

Pour l'Algérie, nos OAIC ont fait leur compte et s'agitent. Des prix de plus de 60 $/b sont souhaités mais sont désormais du domaine du rêve. Un prix limite de 50 $/b permettra de préserver les OAIC avec leurs intérêts vitaux. Pour cette raison, la pression sera supportée par les citoyens dont l'appauvrissement sera garanti et la dictature renforcée pour éviter et neutraliser les troubles sociaux. En decà de 50 $/b, les troubles sociaux sont inévitables et incontrôlables et mettent en péril les intérêts des OAIC malgré les possibilités d'emprunt de la Banque mondiale et du FMI.

Mais certains faits montrent que les OAIC auront du mal à imposer une hausse conséquente et relativement permanente des prix pour les quelques raisons non exhaustives suivantes.

1)- Les pays de l'OPEP réunis ne contrôlent que le tiers de la production mondiale et donc leur influence reste limitée.

2)- Si les prix dépassent les 60 $/b, le gaz de schiste devient compétitif. Comme il existe en abondance dans plusieurs pays comme la Chine, l'Argentine, l'Algérie, le Canada, la Russie, etc., son exploitation conduirait à rabaisser les prix.

3)- Les situations spécifiques et contraignantes des pays membre de l'OPEP conduisent souvent à des intérêts divergents entre membres empêchant le respect de la limitation des quotas. On peut citer comme exemple les guerres économiques larvées que se livrent l'Arabie saoudite contre l'Iran et les USA contre la Russie. Il y a aussi le besoin de vendre plus pour les pays en crise ou sortant de guerres comme l'Iran, la Libye, l'Irak, le Nigeria. Ceci affecte négativement les prix.

4)- Pour les pays industrialisés producteurs d'hydrocarbures comme les USA, Canada et la Norvège, il est important et avantageux de gagner des parts du marché par rapport aux membres de l'OPEP.

5)- Comme les hydrocarbures sont une source d'énergie épuisable, l'énergie nucléaire demeure une alternative attractive pour beaucoup de pays importateurs d'hydrocarbures et même pour des pays exportateurs. De nombreux pays projettent d'installer des centrales nucléaires: Iran, Turquie, Egypte, etc.

6)- Les énergies renouvelables sous toutes leurs formes : solaire photovoltaïque et photothermique, éolienne, biomasse, sont certainement les sources du futur. Les investissements consentis par de nombreux pays en recherche et développement dans ces domaines surtout les années où le pétrole coûtait les 120 $/b ont conduit à des résultats très encourageants. La part des énergies renouvelables est actuellement en pleine croissance. En effet, il y a aujourd'hui suffisamment d'arguments pour s'orienter énergétiquement vers les énergies renouvelables. L'exploitation des hydrocarbures doit s'atténuer pour devenir un produit de manufacture pour le futur comme indiqué par Ives Chauvin- par le prix Nobel en chimie pour ses travaux sur les hydrocarbures (*).

A la lumière de ce qui vient d'être avancé, la solution pour l'Algérie et les pays a mono-économie est claire. Elle consiste a écarter les OAIC et mettre fin à la gabegie pour permettre en urgence une analyse de la situation et une planification stratégique pour lancer un développement durable en revenant aux fondamentaux: la terre, l'eau, l'énergie, l'information et la compétence.

Abdelouahab Zaatri *********

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