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Voir la version complète : Depuis la réélection de Bouteflika pour un quatrième mandat, la presse est sous pression, affirme RSF


katiaret
23/12/2016, 21h06
Reporters sans frontières (RSF) dresse un tableau noir de l’environnement dans lequel évoluent les médias et les journalistes algériens depuis deux ans, soit après l’élection du président Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat. Dans une enquête publiée ce jeudi 22 décembre et basée sur une vingtaine d’entretiens réalisés entre mai et octobre 2016, l’ONG dénonce les nombreux problèmes auxquels médias et journalistes sont confrontés en Algérie.

La « récente multiplication des acteurs du secteur médiatique n’indique pas pour autant une plus grande tolérance des autorités pour le droit à une information libre, indépendante et porteuse d’un véritable pluralisme d’opinions », affirme RSF qui rappelle que le pays se trouve au 129e rang sur 180 au classement mondial 2016 de la liberté de la presse et que certains sujets sont toujours considérés « comme des constantes nationales ».

Zone grise

Parmi ces sujets, l’ONG évoque notamment la santé du président Bouteflika et l’atteinte aux valeurs et principes de la société. RSF aborde les difficultés rencontrées par la presse écrite depuis 2014 contraignant la majorité des journaux à choisir une ligne éditoriale « peu, voire pas du tout, critique envers les dirigeants et leur action pour assurer la viabilité de leur entreprise médiatique, dépendant en grande partie de la publicité ».

Pour elle, les chaînes de télévision privées créées ces dernières années évoluent « dans une zone grise ». « Les chaînes algériennes ont un statut d’entreprise offshore leur permettant d’émettre vers l’Algérie via des opérateurs satellitaires (…) L’ambiguïté de ce statut complique le travail de ces télévisions notamment pour obtenir les accréditations à leurs journalistes, pour enregistrer des émissions dans les studios algériens », souligne-t-elle. RSF rappelle la fermeture de la chaîne d’El Watan TV après les propos tenus par l’ex-émir de l’AIS Madani Mazrag.


Brouillard juridique

L’ONG revient ensuite sur la fragilité des médias électroniques. « Reconnus par le public, les pure-players évoluent dans un brouillard juridique précarisant. Bien que le code de l’information en 2012 leur ait consacré un chapitre, ils n’ont d’autre choix que de se constituer en sociétés de services, agences de communication ou entreprise de droits étrangers », relève-t-elle.

Reporters sans frontières consacre son deuxième chapitre aux nombreuses pressions dont font objet les médias et leurs journalistes. Elles sont d’abord juridiques. « Pour verrouiller le paysage médiatique, des moyens très diversifiés tant au niveau de la pratique juridique, politique, qu’économique sont utilisés par les autorités pour maintenir une forte pression sur les médias et favoriser la docilité à l’affirmation et l’indépendance », dénonce-t-elle.

Le cas de Mohamed Tamalt

L’association s’appuie sur les poursuites judiciaires lancées contre des journalistes et des journalistes-citoyens en vertu des dispositions du Code pénal algérien. « Depuis 2014, les cas de poursuites pour « outrages à corps constitués), « incitation à attroupement non armé » et « publication de photos et vidéos qui portent atteinte à l’intérêt national » sont légion », selon l’ONG.

RSF évoque le cas du journaliste et blogueur Mohamed Tamalt décédé au centre hospitalo-universitaire Lamine Debaghine (ex-Maillot) suite à une longue grève de la faim entamée pour protester contre sa condamnation à deux ans de prison ferme. « Avant même que se tiennent leurs procès, les professionnels de médias ou journalistes-citoyens sont détenus de manière préventive et dans la plupart des cas, arbitrairement », note-t-elle.

Au-delà des menaces, RSF détaille les pressions économiques qui poussent certaines entreprises à mettre les clés sous le paillasson. « Encore largement gérée par l’État, la distribution de la publicité publique et la facilité de paiement accordées aux titres de presse servent de leviers de pression pouvant être actionnés à tout moment si les médias choisissent de traiter des sujets sensibles », explique-t-elle.

Par Hadjer Guenanfa
TSA

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