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katiaret
23/12/2016, 21h15
Un autre camion, un nouveau carnage. Le lien entre les migrants et les attentats terroristes fait débat. Non seulement en Allemagne mais dans tous les pays qui s’apprêtent à fêter Noël. Période propice à frapper les opinions publiques.
La nuit de la Saint Sylvestre l’année dernière à Cologne est longuement évoquée et pourtant rien n’a été fait depuis, se disent de nombreux Allemands.
A la Une d’un grand quotidien allemand : «On est attaqué.» Apparaît dès lors un antagonisme entre l’humanitaire, l’accueil des migrants et la demande de sécurité . Il n’y a plus de tabous puisque l’Occident est en guerre. L’auteur de cet odieux attentat est en fuite. Commence alors une chasse à l’homme qui se veut déconnectée autant que faire se peut à la chasse au migrant.
Oui les flux migratoires sont une arme de guerre.
D’abord utilisés en pleine guerre froide, les migrants étaient un moyen pour déstabiliser le bloc communiste. L’Amérique de Jimmy Carter n’a pas hésité d’accueillir les Cubains fuyant le régime castriste.
Les «harraga» des Caraïbes commencent leur périlleux périple en se réfugiant dans des chancelleries occidentales. Protégés par l’extra-territorialité de l’endroit, soutenus par les pressions de Washington, le régime de La Havane laisse ses ressortissants traverser les 150 kilomètres pour rejoindre les côtes de la Floride. Fidel Castro utilise ces flux migratoires comme contre-mesure.
Il ouvre les portes de ses prisons aux détenus de droit commun pour les faire débarquer dans «Little Havana», quartier cubain de Miami. L’administration américaine s’en rend compte et met fin à sa politique de bras ouverts aux migrants. Castro reste au pouvoir et la seule conséquence notable de cette manœuvre de déstabilisation est la réalisation d’un film culte, Scarface, par Brian de Palma dans lequel Al Pacino incarne le gangster cubain ayant trouvé refuge aux Etats-Unis.
L’instrumentalisation des migrants n’est pas l’apanage des anti-communistes. Dans le camp d’en face, c’est une politique réfléchie menée par le Sentier lumineux péruvien. Issu d’une scission du Parti communiste péruvien (PCP), ce mouvement mène une guérilla particulièrement cruelle.

Fortement implanté dans le monde rural, particulièrement dans les Andes, le Sentier lumineux s’attaque à des villages isolés afin de faire déplacer ces paysans dans les bidonvilles de Lima. Le but est de créer un Lumpen prolétariat aux abords de la capitale pour faire tomber le régime et prendre le pouvoir.
Théorisée par Abimael Guzmán, professeur de philosophie et fondateur de ce mouvement, cette politique consistant à encercler la capitale par un massif exode rural a fait plusieurs dizaines de milliers de morts dans les années 1980.
Plus récemment, ce sont d’autres migrants qui ont fait tomber le rideau de fer. Les Roumains d’abord, filmés amassés dans des trains fuyant le régime du «génie des Carpates», Nicolae Ceaușescu, valident la manœuvre de l’Occident pour mettre fin à cette dictature. Les manifestations de Timisoara finissent par faire tomber le régime. Nicolae Ceaușescu qui avait détruit 22 églises en 1984, pour moderniser Bucarest, est exécuté le jour de Noël 1989. Il en résulte que les tombes du couple infernal sont désormais une attraction touristique mentionnée dans le Guide vert Michelin.
Ce sont aussi les migrants est-allemands qui ont fait tomber le mur de Berlin.
Les djihadistes de Daesh utilisent les flux migratoires dans les deux sens pour mener leur criminelle guerre.
Dans un premier temps dans le sens Europe-Syrie, et pas seulement, pour étoffer leurs rangs et peupler le califat par des recrues venues des banliues des villes européennes. Les premiers à se rendre compte de la possible infiltration des réfugiés par des djihadistes sont les autorités de Baghdad.
Juste après la chute de Mossoul, le 10 juin 2014, les militaires irakiens donnent l’asile avec parcimonie à leurs compatriotes qui fuient la deuxième ville du pays.
Baghdad craint le noyautage des réfugiés par les islamistes. L’action humanitaire n’est pas sa priorité. Sécurité d’abord. A l’époque, cette indifférence ne choque pas grand monde. L’Irak, c’est loin et ce n’est pas une démocratie.
Dans un second temps, suite aux bombardements de la coalition internationale sur le «Daeshland», des islamistes se noient dans la masse des réfugiés fuyant la guerre et qui se dirigent vers l’Europe.
La suite est connue. Surtout s’il s’avère que l’attentat de Berlin a été commis par un migrant. Les populismes européens ne manqueront pas de désigner la menace terroriste véhiculée de temps à autre par des réfugiés. L’humanitaire a ses limites, les extrêmes droites européennes prônent des lois sécuritaires drastiques. Iront-elles jusqu’à interdire l’octroi du permis de conduire aux musulmans ? Pourquoi pas ? Mais d’autres idées feront inévitablement leur chemin.

Par Naoufel Brahimi El Mili
LE SOIRE D4ALGERIE

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