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Voir la version complète : Histoire d’un coup d’Etat manqué .Tahar Zbiri


nacer-eddine06
28/12/2016, 00h36
Par Fateh Adli
Publié le 14 déc 2016
Dernier chef de la wilaya I historique, le colonel Tahar Zbiri n’a opposé aucune résistance à l’armée des frontières et l’a, au contraire, accompagnée dans son avancée vers la capitale. Nommé à l’Indépendance commandant de la 5e Région militaire, avant d’être promu, en 1963, chef d’état-major de l’ANP, rien ne présageait d’emblée le grand basculement dont il sera le principal acteur. Sa tentative de coup d’Etat contre le régime de Boumediene, deux ans après le redressement du 19 juin 1965, est-elle le résultat d’une défiance personnelle ou l’expression d’une rupture plutôt structurelle au sommet de la hiérarchie de l’armée et de l’Etat ? Le débat reste ouvert sur un épisode qui n’a pas fini de livrer ses mystères.
De dr. à g. : Abdelkader Chabou, Si Tahar, Chadli Bendjedid, Houari Boumediene, Abderrahmane Bensalem, Ben Ahmed Abdelghani, Said Abid, Ali Mendjeli
Dans ses mémoires, parues en 2011, Tahar Zbiri justifie ce clash avec le colonel Boumediene par sa déception de la « marginalisation » dont seraient victimes, selon lui, les anciens moudjahidine, au détriment des nouveaux officiers ayant évolué dans l’armée française. De nombreux acteurs historiques et d’opposants politiques partagent cette vision et l’ont fait savoir. Mais la question que l’on ne peut s’empêcher de poser, ici, est de savoir pourquoi Zbiri et ses compagnons ont attendu cinq longues années après l’investiture du gouvernement algérien, qui était composé du même personnel, pour se décider à réagir.
Pour comprendre les fondements de ce coup de Jarnac de l’ancien baroudeur des Aurès, il serait sans doute intéressant de fouiner dans les rapports, complexes et ambigus, qui le liait à l’homme fort du pouvoir, à savoir le colonel Houari Boumediene. Dans son ouvrage, Zbiri affirme n’avoir jamais été tendre avec ex-ministre sur son « penchant autocratique» . Il le lui a dit un jour en ces termes : « On ne s’est pas débarrassé du pouvoir de Benbella pour reproduire le benbéllisme ! » Le procès qu’il fait à Boumediene est sans appel. « La raison principale qui nous avait poussés à destituer Benbella, malgré tout le poids politique, historique et symbolique dont il jouissait, explique Tahar Zbiri, c’était justement sa propension à régner sans partage. C’est vrai qu’on lui reprochait aussi, entre autres, son improvisation, ses tentatives de déstabiliser la cohésion de l’armée, et la concentration de pouvoirs. Et voici Boumediene qui nous ramène à la case zéro et reproduit les mêmes errements. C’est pourquoi, nous avons mis Boumediene, à cause de cette « dérive », devant des choix difficiles. « Malgré nos démarches sincères pour résoudre ces problèmes dans un cadre fraternel, il ne voulait pas écouter la voix de la sagesse, et nous a entrainés dans ce que nous redoutions et évitions avant la chute de Benbella ».
Comment a mûri l’idée de tenter de renverser le nouveau président par la force ? D’après Zbiri, le seul vrai problème qui se posait, c’était celui du pouvoir collégial qui était, selon lui, remis en cause par le nouveau dirigeant. Il demande alors une réunion du Conseil de la révolution pour y exposer sa préoccupation. Mais, Boumediene n’a jamais voulu acquiescer à sa demande. Et c’est à partir de là que les relations entre les deux hommes commençaient à s’envenimer. Boumediene tente alors de l’isoler des centres de décisions.
De son côté, le chef d’état-major commence par bouder les cérémonies officielles de commémoration du 3ème anniversaire du déclenchement de la Révolution, célébrées avec des parades militaires et des festivités artistiques et culturelles diverses. Il avait reçu, normalement à l’aéroport, les délégations militaires étrangères de plusieurs pays amis, comme l’Egypte, la Syrie et l’URSS, à quelques jours du coup d’envoi. Mais le jour de la cérémonie, il n’est pas allé assister aux parades. Les organisateurs ont dû retarder le coup d’envoi de deux heures et demie. Insistant sur la présence de son chef d’état-major, le président envoie Abdelmadjid Allahoum, directeur des protocoles à la présidence. Zbiri reste déterminé :
« Dites à Boumediene que je ne viendrais que lorsqu’il décide de tenir une réunion du Conseil de la révolution, et à ce moment-là je prendrais la parole ! », dira-t-il à l’émissaire du chef de l’Etat.
Cette absence du chef d’état-major de l’ANP, à une cérémonie organisée par l’armée, a suscité des remous dans tous les cercles d’officiers et des interrogations dans les chancelleries étrangères. Pire encore, Tahar Zbiri révèle que ce jours-là, un officier qui lui était fidèle a failli tirer, sans recevoir l’ordre de personne, sur la tribune officielle où étaient installés Boumediene et les hauts dignitaires de l’Etat et de l’armée, pendant que cet officier conduisait un char d’assaut. Celui-ci a dû y renoncer à la dernière minute.
Tahar Zbiri a réussi la première partie de son plan, qui était de créer un climat de tension et d’accélérer les décantations. Boumediene, très inquiété, décide alors de lui envoyer un deuxième émissaire, qui ne sera autre que son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, pour l’inviter à une rencontre. Zbiri refuse et lui signifie clairement qu’il ne viendra qu’au Conseil de la révolution. Ensuite, un comité de réconciliation a été créé par des officiers proches du chef d’état-major et hostiles, du moins jusqu’alors, à la politique de Boumediene, parmi lesquels on trouve les commandants Mohamed-Salah Yhiaoui, chef de la 3ème région (Béchar), Saïd Abid, chef de la première région, Abderrahmane Bensalem, adjoint du chef de l’état-major général et commandant de la Garde républicaine, et le colonel Abbas, adjoint-chef d’état-major et commandant de l’académie militaire de Cherchell. D’ailleurs, tout ce panel d’officiers supérieurs étaient au départ favorables à une action radicale, mais se sont tous désisté, laissant le colonel Zbiri presque seul face à la machine broyeuse lancée par Boumediene contre ses unités à Blida en décembre 1967.
Zbiri continue à refuser toute offre de réconciliation, et refuse même un poste de premier ministre qui lui aurait été proposé. La tension est montée d’un cran, après l’ordre donné par Boumediene de l’arrêter, avant d’y renoncer sous la pression des membres du Conseil de la révolution, dont notamment Kaid Ahmed. Devant l’impasse, Zbiri s’installe, dans un premier temps, dans la caserne de Lido (Bordj El-Kiffan) où se trouvait un bataillon blindé dirigé par un officier qui lui était proche, le capitaine Layachi Houasnia.
C’est ainsi qu’une délégation composée du colonel Abbas, des commandants Bensalem et Saïd Abid est venue le voir au Lido pour essayer de trouver un terrain d’entente et de désamorcer la crise. Il leur dira sur un ton sentencieux : « Puisqu’il veut m’arrêter, seule la force pour répondre à la force ! »

Adel Fathi

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