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Va-t-on vers une guerre civile du numérique ?

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  • Va-t-on vers une guerre civile du numérique ?

    Sommes-nous entrés dans un conflit d’un nouveau genre, une guerre civile numérique et mondiale ? Plusieurs signes semblent le confirmer pour Paul Jorion, auteur de La guerre civile numérique.

    Tous lancés dans une guerre informatique qui oppose ces nouveaux mercenaires à l’État, notamment outre atlantique. Une situation prérévolutionnaire et instable, portée par internet et une vitesse de circulation des idées sans précédent. Les réseaux sociaux ont favorisé l’émergence et la structuration de mouvements de révolte populaire. Mais les hackers n’ont que peu confiance dans des outils qu’ils jugent servir les enjeux de la surveillance d’État.

    La guerre civile numérique est déjà en cours

    Outre-atlantique, l’administration Obama s’était engagée pour plus de transparence et pour un gouvernement ouvert. Le Président s’était par ailleurs engagé à protéger ces lanceurs d’alerte, les whistleblowers. Promesse non tenue, « comme la bavure des correspondants de guerre de l’agence Reuters en offre un merveilleux exemple, les souffleurs de sifflet ne sont des gens admirables, victimes de leur dévouement à la communauté, que quand ce sont les turpitudes des autres qu’ils dénoncent, pas quand ce sont les vôtres ».

    Hackers et Anonymous engagés dans la guerre civique techno

    Sites miroirs, déni de service, la guerre civile numérique s’intensifie. Le groupe Anonymous s’y illustre en refusant les ventes via PayPal, Mastercard, ou Visa.

    Les camps rivaux s’enrichissent chaque jour de nouvelles recrues : « dans de nombreux pays, principalement les pays occidentaux industrialisés qui connaissent la paix depuis des décennies, deux parties de la population sont donc en train de s’affronter l’une contre l’autre par des moyens inédits : des moyens numériques. Une approximation historique place d’un côté les autorités étatiques, de l’autre des anarchistes, tels les « hacktivistes » d’Anonymous ».

    Une idéologie hacktiviste voit le jour, fondée sur l’action directe numérique, en vue du changement social, combinant talents de programmateurs et pensée critique, en référence au freudo-marxisme de Herbert Marcuse et de l’école de Francfort. Autre force du mouvement, son organisation, ou plus exactement, son absence d’organisation.

    « Une des forces d’Anonymous est bien-sur l’absence quasi-totale d’organisation parmi ses membres qui ne se connaissent pas ou à peine entre eux. Ce qui fait la robustesse des communautés organisées en « cellules » en temps de guerre est donc une condition automatiquement remplie dans le cas d’actions comme celles qu’entreprend Anonymous ».

    Les démocraties fonctionnent toujours en apparence, mais plus dans les faits

    Depuis plusieurs décennies, l’abstention et la défiance des citoyens envers le politique marquent l’entrée dans une phase « prérévolutionnaire » selon l’auteur. Une expression empruntée à Marx : dans une situation prérévolutionnaire, le consensus envers l’ordre existant a disparu. « C’est ce que les sondages révèlent, c’est ce que révèlent aussi les élections : l’abstention est massive dans le monde occidental, et la majorité de ceux qui votent émettent un vote de protestation : ils ne votent pas pour des représentants spécifiques, ils votent élections après élections, contre ceux qui étaient au pouvoir », précise Paul Jorion.

    Les nouveaux usages d’internet transforment les modalités de la révolte populaire

    À l’abstention et au vote de défiance, les nouveaux moyens technologiques offrent une alternative. Ils participent tous de la construction d’un « cerveau collectif », qui permet l’émergence d’idées hors cadre. « Grâce à la toile informatique, les idées les plus convaincantes se détachent des autres et apparaissent au grand jour ». Les blogs font partie de ces outils, affranchis des pressions universitaires, doctorales, pour un investissement financier minime. « Contrairement à une équipe de think tank, on n’opère sur un blog aucune sélection involontaire des participants ou de leur nombre.

    On évite comme cela la création de chapelles protégées par des mécanismes de cooptation, qui imposent des filtres et qui finissent par ne produire que des systèmes de pensée qui dégénèrent rapidement en raison d’une consanguinité trop élevée ». En cela, le mouvement prérévolutionnaire décrit par Paul Jorion se veut porteur d’espoir : celui d’un nouveau souffle induit par la démultiplication des contributeurs, l’ouverture du débat et des commentaires au plus grand nombre.

    Pour aller plus loin :

    – « Cyberstratégie, l’art de la guerre numérique », Bertrand Boyer.
    – « La guerre numérique. Le numérique prospère. La guerre économique guette », Michel Hermans
    – « La guerre numérique au cœur de la stratégie : changement de paradigmes, guerre de l’information, réseaux. Jean Max Noyer.
    – « Les données, le nerf de la guerre numérique », Jules Darmanin, Le Figaro.


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