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Voir la version complète : Lorsque le journal Le Monde enfile la veste du ministre de la «Vérité»


El_Hour1
03/02/2017, 21h33
Les Décodeurs du Monde ont mis en place un outil numérique pour juger de la fiabilité des sites d'information. De prime abord, une initiative à saluer si son but est de guider le lecteur dans un flux médiatique incessant. Toutefois, l'illusion s'évapore dès qu'on constate la présence de sites mêlés à une série de polémiques classés comme «fiables».

Le quotidien Le Monde a mis en place un outil numérique de lutte contre les fake-news, le « Décodex », permettant d'analyser si la source d'information est fiable ou non. Or, il s'avère que l'outil de dépistage des sources de fausses infos affiche des failles. Sinon comment expliquer qu'Al Jazeera, cette chaîne de télévision arabe qui s'est vue à plusieurs reprises accuser de partialité dans la couverture des événements, est classée dans la catégorie « verte » ? Sputnik, faut-il le préciser, est rangé dans la catégorie des sites « imprécis et sans vérification ».

Une fiabilité ordonnée
Il parait que l'outil ne trie pas en fonction de la fiabilité, mais des positions « compatibles » avec les idées mainstream ou non. Puisqu'Al Jazeera a été abordée, comparons la fiabilité de couverture de la crise syrienne.

Rapport contre Trump: le nom de l’auteur enfin dévoilé
Poursuivons notre « Décodex ». L'outil du Monde considère le site américain Buzzfeed comme une source de référence fiable. Il suffit de rappeler que le 11 janvier, ce site a publié un faux dossier affirmant que Donald Trump avait organisé une orgie sexuelle dans un hôtel de Moscou, qui aurait été filmée clandestinement par les services secrets russes afin de disposer d'informations compromettantes à son sujet. Alors que la majorité des agences américaines se sont abstenues de publier ce contenu, le jugeant non vérifié, comme AP, BuzzFeed « a choisi de divulguer un document non vérifié au nom de la "transparence"» (Le Monde).

Et bien sûr la chaîne France 2, qui a illustré l'année dernière son reportage vidéo sur les frappes aériennes françaises en Syrie avec des extraits de vidéos du ministère russe de la Défense montrant l'aviation russe, complète le palmarès des sources fiables et dignes de confiance.

Pour ce qui est de l'imprécision, Le Monde lui-même ne passe pas l'épreuve du « Décodex » : rappelons-nous qu'en 2005, la plupart des grands médias, y compris ce célèbre quotidien français qui a assumé le rôle de ministre de la Vérité, ont repris une phrase attribuée à Mahmoud Ahmadinejad : « Israël doit être rayé de la carte ». Si le président iranien d'alors n'est certainement pas un grand ami d'Israël, il n'a pourtant jamais prononcé cette phrase, qui est en fait une traduction erronée. La citation exacte n'était évidemment pas tendre non plus, mais beaucoup moins violente et assez logique de la part d'un homme qui ne reconnait pas l'État d'Israël: « Le régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps ».

Un média « désorienté »
Quant au Monde lui-même, il a fait de Sputnik une de ses cibles privilégiées, le qualifiant d'outil de propagande qui cherche à « saper la confiance dans les autorités démocratiques occidentales ».

Ce torpillage de la confiance serait-il encore une fois la publication d'un point de vue opposé à celui des médias mainstream, dont la plupart publient obstinément un contenu similaire à la lettre près. Pourquoi ces médias qui accusent Sputnik d'être orienté ne reflètent-ils pour leur part qu'un seul point de vue, celui compatible avec les idées qui prédominent en Occident. Ne sont-ils pas orientés ? Prenons encore une fois le conflit syrien. Les correspondants de Sputnik, ce site qui, selon Le Monde « propage régulièrement de fausses informations », se rendent sur place en Syrie, tournent des vidéos pour appuyer leurs propos, au lieu de prendre pour argent comptant les informations relayées par l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH)basé à Londres, source tant citée par Le Monde lui-même à l'instar des médias mainstream.

Pierre Le Corf: les témoignages biaisés ont légitimé la guerre au quotidien
Dans ses reportages, l'agence donne la parole aux habitants locaux et aux témoins présents sur place, dont l'humanitaire français Pierre Le Corf.
. Les médias, dont l'objectivité n'est pas discutée en Occident, font-ils de même ou se contentent-ils de limiter leur vision aux informations sur le désastre causé par « le régime » syrien appuyé par Moscou?
La prétendue neutralité et l'envie de se positionner en juge sont en fait dérisoires et ressemblent à de vaines tentatives du quotidien de retrouver l'influence dont il bénéficiait jadis, considère Elisabeth Levy, fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur, un magazine d'actualité connu qui favorise le pluralisme des idées et une certaine neutralité de ton.
Et d'ajouter que la modération n'était pas une qualité journalistique : « Le Monde a une idéologie, il a parfaitement le droit de l'avoir, ce qu'on aimerait c'est que parfois il le reconnaisse. Toute cette affaire de décodage est parfaitement déconnante. Je pense que si j'avais une pastille verte, je serai déçue. Alors ils ne m'ont pas mis de pastille du tout ».

Certes, le problème soulevé est bien réel : vu la diversité des sources d'informations, le risque de fakes et de propagande reste élevé. « Mais croire que c'est avec un système de pastilles et en plus décernées par un journal qui lui aussi est souvent dans une forme de propagande qu'on règlera le problème, c'est complètement aberrant. À part se faire mousser et montrer à quel point eux sont fiables, ça n'aura strictement aucune utilité pratique et personne ne va se servir de ça pour se repérer », conclut Elisabeth Levy.

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