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maceo
14/02/2007, 21h21
[ Nation ]
Procès El Khalifa Bank
Quand Rafik Khalifa soudoyait des journalistes
Par : Sid Ahmed M. Le : mercredi 14 février 2007




La direction des sports du groupe Khalifa n’a jamais disposé d’une comptabilité propre à ses opérations, relatives essentiellement aux actions du sponsoring des clubs sportifs, et toutes ces opérations sont systématiquement envoyées à la direction générale d’El Khalifa Bank. C’est ce que révèle son ancien premier responsable, Maâmar Djebbour, qui a témoigné hier au tribunal criminel dans le cadre du procès El Khalifa Bank après avoir eu vent, via la presse, qu’il allait être l’objet d’un mandat d’amener. «Je n’ai pas reçu de convocation et c’est dans les journaux que j’ai lu cette information», avoue le journaliste de la radio Chaîne III. « Alors, merci à la presse à qui vous devez une fière chandelle pour vous avoir évité le mandat d’amener», lui lance la présidente avec humour.
Le témoin qui signale d’emblée qu’il connaissait l’ancien milliardaire du fait qu’ils ont fréquenté le même lycée (El Mokrani de Ben Aknoun) a été recruté en mai 2001 par le groupe Khalifa. «C’était sur proposition de Rafik Abdelmoumen qui voulait étendre les activités du groupe en matière du sport», précise-t-il avant qu’il ne soit mis à mal par les remontrances de la présidente au sujet des «entorses» à la loi par le fait de travailler dans deux organismes différents, puisqu’il était à cette époque journaliste sportif à la radio pour un salaire de 27.000 DA. «On vous a fait signer un contrat de travail et vous perceviez une fiche de paye de 15 millions de centimes, c’est ça ?», l’interroge-t-elle. «Absolument», reconnaît Maâmar Djebbour. «Vous n’avez pas avisé la direction de la radio ?», poursuit-elle. «Exact», reconnaît-il encore une fois, chose qui fait sortir la présidente de ses gonds. «Aviez-vous le droit d’agir ? Vous n’étiez pas dans la légalité?», lui fait-elle remarquer. Le témoin est incapable de répondre puis tente quelques instants plus tard de se justifier en déclarant qu’au bout de quatre mois, il s’était mis en congé de 11 mois (reliquat). «Mais monsieur, le congé est une chose et la rupture du contrat de travail est une autre», réplique la magistrate. «De toutes les manières, on a su à la radio que j’étais recruté par Khalifa mais il ne m’ont à aucun moment ordonné d’arrêter ma collaboration», indique-t-il. En revanche, et au sujet de son recrutement, en août 2002, à Khalifa TV où il a animé des émissions sportives ainsi que de divertissement, le journaliste fait savoir qu’il a bénéficié d’une mise en indisposition de 6 mois et la proposition émanait là aussi du Big Boss. «Quel était ton salaire ?», veut savoir la présidente. «3500 euros madame», lui répond-il calmement. «Mais vous perceviez toujours les 15 millions de centimes», affirme-t-elle. «Absolument», déclare-t-il non sans avouer qu’il n’était pas déclaré, encore moins avoir signé un contrat. «C’est Rafik Abdelmoumen Khalifa qui me remettait l’argent en main propre à chaque fin du mois», lâche Maâmar Djebbour qui estime qu’il s’attendait à être régularisé plus tard. «Donc, vous convenez que vous étiez dans l’illégalité», le piège la présidente qui informera l’assistance que le journaliste de K.TV bénéficiait en parallèle d’une prise en charge dans un hôtel 4 étoiles de Paris, dont la nuitée coûterait 600 euros et d’un véhicule avec chauffeur. A propos d’Ighil Meziane (accusé), l’ancien directeur des sports du groupe Khalifa souligne qu’à sa venue, il a trouvé l’ancien coach des Verts en place déjà au sein du groupe et était consultant de Rafik Abdelmoumen Khalifa, chargé du sport, et affirmé, à une question de la cour, qu’il n’a jamais entendu parler qu’il était chargé de convaincre les directeurs des OPGI de placer leurs fonds dans El Khalifa Bank.
Pour revenir au sponsoring des clubs sportifs, Maâmar Djebbour dément les déclarations faites, dans cette même barre, par l’ancien président du MCA, Mohamed Messaoudi, et selon lesquelles, les dirigeants du groupe Khalifa exigeaient un droit de regard sur la gestion du Mouloudia contre la signature d’un contrat de sponsoring, ce qui a contraint d’ailleurs Mohamed Messaoudi de refuser, à en croire ses dires, le renouvellement de la convention portant sur la saison 2002-2003 et signée une année auparavant. «Est-ce vrai ?», lui demande la présidente. «Jamais, en tous cas pas à ma connaissance. La vérité est que l’ex-chairman du MCA a réclamé 10 milliards de centimes comme montant de sponsoring alors que son club était en D2. Il ne voulait pas s’aligner sur la grille des clubs de deuxième division et lorsque j’ai informé Rafik Abdelmoumen Khalifa, ce dernier a estimé que c’est de la folie que de donner tout cet argent», raconte l’ex-directeur des sports du groupe Khalifa qui sera interrompu par la présidente.

«Le président du MCA a réclamé 10 milliards de centimes»
«Et pourquoi dans ce cas-là, on a débloqué 6 milliards de centimes pour le NAHD ?», s’insurge-t-elle. «Pour le NAHD, c’est une autre histoire. D’abord, c’est un parrainage, c’est-à-dire plus qu’un sponsoring, et puis il considérait le Nasria comme son club fétiche», explique-t-il, confiant au passage que le MCA, la JSK, l’USMA et le CRB étaient les clubs ayant bénéficié de la plus grande part du gâteau du sponsoring. «Les critères étaient la participation à des compétitions africaines et les premiers rôles qu’ils jouaient à cette époque dans la championnat national du football», signale le témoin qui finit par concéder que l’argent destiné au sponsoring était «un peu trop élevé» lorsque la cour lui apprend qu’il dépassait les 50 milliards de centimes par saison footballistique.
A propos toujours du sponsoring, le journaliste sportif de la Chaîne III notera que l’ancien «golden boy» a sponsorisé aussi les pilotes d’automobile, Nassim Sidi Saïd, et le fils de Jean-Paul Belmondo. «Il y a aussi le tournoi du tennis ATP Monte-Carlo a été sponsorisée par Khalifa Airways», ajoutera-t-il tandis que pour le sponsoring de l’OM (Olympique de Marseille), il observera, avec un sourire au coin, que ce dossier était pris en charge personnellement par Rafik Abdelmoumen. Ce dernier, à en croire les dires de Maâmar Djebbour, faisait un point d’honneur pour concrétiser le sponsoring du club phocéen car trois mois auparavant, Bernard Tapie, président de l’Olympique de Marseille, a déclaré qu’il était inimaginable et aberrant qu’un Algérien sponsorise son club. «Lorsqu’on revient au contexte, c’était une fierté», assène-t-il. Le témoin soutient par ailleurs qu’à cette époque, il considérait que l’argent du sponsoring provenait des bénéfices réalisés par El Khalifa Bank. «Et pourtant, c’est l’argent des clients de la banque !», lance-t-elle avec regret avant qu’elle n’interpelle encore une fois l’ancien directeur des sports du groupe Khalifa. «Il paraît qu’il y a eu des cachets d’argent qui sont distribués ici et là à l’occasion de la réception devant célébrer cet événement du sponsoring de l’OM…», lui lance la présidente. «C’était plutôt à la veille de la conférence de presse tenue à Marseille et c’est le chargé de la communication du groupe Khalifa, qui a distribué des enveloppes de 5000 francs français, raconte-t-il, laissant l’assistance perplexe. Interrogé enfin s’il est en contact avec Rafik Abdelmoumen Khalifa, Maâmar Djebbour confie que le dernier contact remonte à janvier 2005. «Depuis, j’ai changé mon numéro de téléphone mais pas à cause de lui», notera-t-il en révélant dans la foulée qu’il a restitué le téléphone portable et une Yaris Toyota qui appartiennent au groupe Khalifa.
Sid Ahmed M.

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