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Voir la version complète : Géopolitique: l’Afrique décomplexée débat de l’Atlantique Sud au Maroc


haddou
23/10/2017, 12h36
Le think tank panafricain OCP Policy Center, basé à Rabat, organise du 13 au 15 décembre à Marrakech la sixième édition d'une conférence dénommée Atlantic Dialogues. L’objectif : désenclaver le débat sur les enjeux géopolitiques du bassin Atlantique, et surtout, faire de l’Atlantique Sud un nouvel axe d’avenir. Rien de moins qu’un point d’appui essentiel à l’essor du continent. Il sera discuté sous tous ses aspects par des responsables politiques, chercheurs et décideurs venus des Etats-Unis, du Brésil, de l’Argentine, des Caraïbes, des Açores, de l’Espagne, du Portugal et de plusieurs pays du littoral africain – du Maroc à l’Afrique du Sud.

L’ambition de cette conférence pas comme les autres est énoncée clairement : « Repenser les partenariats entre l’Afrique et les superpuissances atlantiques », « débrider le potentiel des corridors de l’Atlantique Sud dans l’économie globale », « définir une carte moderne du dialogue sur la sécurité transatlantique ». Ou encore cette interrogation cruciale, au vu des conséquences désastreuses de l’extension du trafic de drogue entre l’Amérique latine et l’Europe via des routes africaines depuis les années 2000 : « Tendances militaires, les Etats sont-ils les seuls garants de la paix et de la sécurité ? »

Bienvenue dans un XXIe siècle africain, pense-t-on en lisant les intitulés des séances plénières de la conférence Atlantic Dialogues, qui réunit chaque année depuis 2012 au Maroc plus de 300 décideurs politiques, économiques et universitaires de haut vol et se passe entièrement en anglais, dans une atmosphère qui privilégie la discussion informelle. Parmi eux, des ministres ou d’anciens présidents, mais aussi des responsables militaires et des opérateurs économiques.

Un XXIe siècle africain

La rencontre a été initiée par l’OCP Policy Center, think tank panafricain créé en 2014 à Rabat, doté d’une équipe de 25 permanents et d’une quarantaine de chercheurs associés – du Nord comme du Sud -, qui a choisi pour thème de la conférence cette année : « L’Afrique dans l’Atlantique : le temps de l’action ».

Il y aura donc des débats, certes, mais aussi un suivi concret. Dans la foulée des éditions précédentes, des groupes stratégiques ont déjà été formés au Sénégal et au Brésil, tandis qu’un rapport « Atlantic Currents », est produit chaque année.

L'ancien président du Nigeria Olusegun Obasanjo, qui a participé aux Atlantic Dialogues, en résume ainsi l'esprit : « Nous Africains devons être les auteurs du développement de l'Afrique et nous devrions nous mettre au volant ».

L’Afrique qui vient, décomplexée

Sur le plan symbolique, la posture adoptée par le Maroc – dans le même esprit que celui des Africa Design Days de Hicham Lahlou - consiste à convier à sa table les personnalités les plus intéressantes de son point de vue, pour aller de l’avant. En dehors des séances plénières, les dix grands débats thématiques des Atlantic Dialogues donnent un aperçu du changement de mentalités qui se joue entre les lignes.

Au lieu d’être relégué en fin de conférence, le secteur informel des économies africaines a au contraire la priorité, juste avant des « paradigmes de l’aide », qui sont, eux, « à repenser ». Autre question centrale que personne ne se pose en Europe, même dans les grand-messes consacrées à « l’émergence » de l’Afrique : « Les migrations sont-elles toujours déterminantes dans la formation des identités ? »

Repenser le système éducatif, mieux se positionner dans « les chaînes de valeur globales de l’Atlantique Sud », avec par exemple une industrie automobile déjà connectée entre l’Afrique du Sud, où les voitures sont assemblées, et le Brésil, qui fabrique des pièces détachées.

Un nouveau « récit »

Autant de thèmes pour une portée qui se veut éminemment politique : en 2016, l’ambition des Atlantic Dialogues était de « changer les cartes mentales » et d’élaborer des « stratégies pour un espace Atlantique en transition ». Il s’agira aussi cette année de réfléchir au rôle des universitaires, des médias et des responsables de la société civile dans l’élaboration d’un nouveau « récit » sur l’Afrique. Les grandes questions transversales qui font l’objet d’un intense débat en Afrique sont à l’ordre du jour, de même que les sujets qui fâchent : « Inégalités sociales et de genre » et « Transition des systèmes politiques africains, construire des institutions plus solides ».

Ce rendez-vous annuel, trois jours de débats intenses, commence à devenir traditionnel. Il n’empêche : sa raison d’être reste originale. Car il s’agit ni plus ni moins de déplacer l’axe du débat géopolitique global vers le Sud. Au Maroc en l’occurrence, dans un esprit de dialogue d’égal à égal qui ne se paye pas de mots, mais se traduit aussi en actes.

Le tout se fait en effet sur fond de « programme pour les leaders émergents », pour faire place aux jeunes. Chaque année, une cinquantaine de jeunes professionnels « atlantiques » à haut potentiel de leadership et sélectionnés sur dossier sont invités pour échanger durant la conférence. Ils forment déjà un réseau de 180 personnes, qui s’élargit un peu plus chaque année.


RFI

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