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Dr Yacine Benabid. Maître de conférences «La spiritualité en débat» : un ouvrage qui s’autoprésente

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  • Dr Yacine Benabid. Maître de conférences «La spiritualité en débat» : un ouvrage qui s’autoprésente

    Le caractère fragmentaire de cet ouvrage répond à une nécessité intellectuelle d’actualité, dans un contexte de débats afférents à la question de la spiritualité, notamment dans ses rapports avec la modernité et ses variantes.

    Autant parler d’urgence à remédier à une façon de voir qui contourne les choses sans toucher le fond, plus même, qui en détournent le sens tout en faisant croire au contraire.

    Il n’y est pas question, de là, de théories ayant orienté la métaphysique réflexive, ni de définitions liminaires, avec toutes les problématiques qu’elles peuvent véhiculer. Il n’y est pas question, non plus, de faits historiques, tels qu’ils peuvent se trouver dans des écrits à caractère dithyrambique et de propagande pompeuse, où le souci de traverser en oblique un phénomène prend le dessus sur une justification épistémologique. On y voit de quoi on parle ici sous un angle méditatif, loin de tout catéchisme, comme on verrait des concepts déplacés de leurs territoires appelant à y retourner, par les bons chemins de la clarté et de l’exactitude!

    Le terme «valeur» revient ici à une fréquence presque régulière. De toutes les justifications qu’on peut avancer, celle de la quête de soi est la plus percutante.

    C’est cette angoisse de se chercher, dans un monde fait de tout et de rien, qui donne à nos systèmes de valeur un aspect dissonant de vérité et de contre-vérité, d’appartenance et de désistement, d’union et de désunion, de vivacité et d’apathie vis-à-vis des normes qui doivent nous régenter.
    Dans cette distanciation des repères, de cette dissonance à en perdre la raison, il est normal que de nouvelles façons de se chercher un cadre émanent, sous des aspects différents, en guise de crise existentielle appelant un aboutissement que seul l’esprit libéré de ses angoisses connaît les proportions.

    Aller à l’encontre de cela, dans le sens de révolutionner les systèmes de pensée, rendus responsables de tout ce qui a dynamité les paramètres socio-culturels, relève des contre-valeurs en question. Il va sans dire que c’est cette culture du contraste qui est à l’origine de ce qu’on appelle le retour du religieux. Transposé dans notre façon de voir, il s’appellera retour du spirituel !
    En détail, notre souci majeur a été de s’arrêter sur des faits, pas nouveaux bien entendu, qui rendent compte d’une curiosité mal assouvie et d’une intellectualité mal à l’aise. Et quoique justifiées, elles ne peuvent être à l’origine d’une pensée spirituelle ad hoc et équilibrée.

    Revaloriser le spirituel – je n’emprunte rien au Pérennialisme1 - aurait pu passer exclusivement en prioritaire, en ce sens qu’il se trouve doublement investi, dans ses constituants les plus discrets, par une tendance qui lui dispute jusque son efficience, d’une part, et par une possessivité qui s’entête à l’enfermer dans le personnalisme, d’autre part.

    S’il ne donne pas l’air de l’être, de par son caractère anthologique disparate, ce recueil de textes écrits - pour la plupart- dans une posture de réactions et de contre-réactions à des situations inclinant à faire sortir de l’ombre ce qui doit être révélé non comme vérité absolue, mais comme un sens de la vérité, assorti de ses arguments et départi de ses démentis, ce recueil, disons-nous, fait dans la diversité qui ne se gêne pas de diverger avec ce qui ne la rejoint pas.

    Si infatués que ces propos puissent paraître, ils le sont en tout cas moins que ceux qui s’engouffrent dans l’égotisme des faiseurs de l’illuminisme, qui ne sont jamais loin de rappeler les comportements drolatiques des commerçants d’idées.
    Dans un contexte de confusion et de chaos, où les repères ne sont pas de toute évidence à bout de main, il n’est pas imprudent, il me semble, de parler de spiritualité intellectualisée, ou d’œuvrer à une intellectualité spiritualisée, tant il est vrai que l’une implique l’autre pour qui n’a pas un problème de définitions.

    La synthèse prématurée des thèmes permettra de dire qu’on ne fait pas dans l’exception en traitant de la question, de cette manière, car bien des réflexions pointent déjà dans cette direction, mais le fait saillant auquel nous nous rapportons, sans prétention, c’est de permettre à la spiritualité d’être intelligible et pas seulement vécue, d’avoir une extériorité intelligente et pas seulement une intériorité solitaire. Autant dire que soumettre la spiritualité au principe de la référentialité n’est pas seulement une possibilité. C’est, à l’heure des heurts idéologiques et des débats au nom de l’épistémologie, un besoin impérieux!

    Dangereuse et compressée, cette argumentation – si c’en est une – peut ouvrir le chemin à des spéculations de nature à dénaturer le fait spirituel.

    On en a déjà l’expérience avec les tenants de la mystique laïque, de la religion séculaire, du soufisme athée, les dénominations de ce genre ne manquent pas de toute façon. Si les chemins leur sont frayés, c’est par ce que ce phénomène a longtemps été livré à l’omnipotence du fait sociétal par lequel des groupes et même des personnes institutionnalisent, dans une logique de généalogie absurde, une expérience pas du tout faite pour se contenter d’être prise en otage, ce qui sied à tout sauf à la liberté de se construire une posture dans/et par le divin !

    Il a été aussi légué à un trait de caractère qui résiste à toute tentative d’évolution. Limité par ses moyens spiritualo-intellectuels, réduit au suivisme par son manque d’envergure, incliné à ne point dépasser les limites de son appartenance, ce même trait, même passif, s’active à faire reculer la démarche pratique propre à l’entreprise spirituelle, qui ne trouve pas, en tout cas, son nom hors du champ gustatif que seul le sujet impliqué dans ses détails connaît.

    C’est à ce titre-là que certains «affiliés» aux ordres cultivent le complexe du verbe, sentent le poids de la figuration et au nom d’une légitimé à laquelle ils sont les seuls à croire, ils accordent au reste des communs l’honneur d’être admis ou ne l’accordent pas, décident – dans la peau d’ayants droit minés par l’arrivisme et ses dérivées, et d’héritiers de dispositions purement physiques – de qui est représentatif et qui ne l’est pas.

    C’est la conscience de ce danger qui fait que notre ouvrage en appelle à un recadrement du fait spirituel, amenant à le canaliser, au risque de l’élitiser, dans une logique de réflexion à même de le déshorizontaliser, au profit d’une verticalité qui ne le dessert pas, et d’une possibilité, à ceux qui en ont la vocation, d’en discourir !

    Cette même pensée a besoin d’un socle spirituel venant d’un cadre d’expérience réunissant les expédients d’un vécu, et le tracé d’un cheminement aux démarches claires et aux aboutissements logiques.

    Voilà que parler de spiritualité, sans cela, serait faire dans l’intellectualisme qui ne diffère en rien de la phraséologie du vide, en mal de sens et en décalage avec la vérité qui en constitue, en principe, le fond.
    The truth is incontrovertible, malice may attack it, ignorance may deride it, but in the end; there it is.” Winston Churchill

  • #2
    C’est justement cet élan d’intellectualisme, marquant beaucoup de projets d’écriture, qui est à l’origine de bien des partis pris et des clichés, d’un côté, et d’une quête, car inconsistant et sans conviction, de vérité qui a influencé le raisonnement de beaucoup d’intellectuels, d’un autre côté.

    C’est par cela que s’explique la lecture dialectique du projet moderniste arabe, ou de sa partie la plus perceptible et la moins percutante du moins. Il s’agit bien d’une pensée qui se fait valoir par son opposition aux traits métaphysiques sur lesquels on continue de se déporter, et qui continuent de meubler l’espace religieux arabo-musulman.

    On ne se lasse pas de discréditer la spiritualité, pour des raisons ontologiques en fait et accessoirement scientifiques, bien que le problème de cette représentation culturelle ne soit pas cela vraiment. On y continue aussi, non sans zèle, de mettre en évidence des démarches, autrement dit des valeurs, qui, venant d’autres circonférences civilisationnelles, n’apportent pas vraiment les solutions escomptées à des problèmes mal posés.

    Toute conscience libre et éclairée doit s’élever contre l’instrumentalisation du fait religieux et sa manipulation. Il n’y a pas d’autres choix que d’aller vers une approche prudente du phénomène spirituel, injustement mis aux prises avec la vision moderniste dont le mimisme des tributaires du rationalisme théologique contraste avec l’essence même de la religion.

    Il n’est pas toujours facile d’y parvenir, mais il est extrêmement important de rappeler qu’un fait vaut par lui-même et se fait valoir par ses extensions et ses impacts. Sur l’individuel comme sur le collectif. Cadrer ainsi cette réflexion veut dire qu’il y a nécessité à réorienter cette vision du spirituel, l’éloigner des fausses appréhensions pour le rapprocher des consciences qui en ressentent le besoin. Le besoin de l’heure, qui interpelle l’actualité, est certainement celui de recouvrer une réalité compatible avec l’esprit des textes et pas seulement leur rhétorique, de se retrouver surtout dans le fond et ne pas sombrer dans les formes.

    C’est plutôt la tendance au formalisme moderniste qui caractérise les nouvelles approches, façon de convoquer le religieux sur la scène de l’actualité et lui insuffler un sang nouveau. Mais, comme toute approche non réfléchie, elles laissent entrevoir les limites de leur dynamique qui s’en tient à la seule normativité du discours, et – pour parler comme Vincent Monteil – au prêt-à-penser forgeant une horizontalité grossièrement imposée par un amas d’outillage en deçà de sa fonctionnalité et même de sa vocation.

    Pareil besoin de discernement des phénomènes et de recul vis-à-vis de ce qui peut les embrouiller, a fait que le premier chapitre soit le cadre d’un débat sur l’islam spirituel. En jouant sur la dichotomie exotérisme/ésotérisme, et sur la binarité rationalisme/spiritualisme, et sur la dualité extériorité/intériorité, en principe tous porteurs de valeurs pas nécessairement contradictoires, une certaine tendance au polémisme se cherche une justification dans l’usage de ces concepts, dans une logique de guerre idéologique qui ne cache pas son nom.

    A cela s’ajoutera la brèche laissée au supposé dialogue des religions de s’ériger, dans un contexte de chocs et de malentendus, en thème d’actualité nourri d›intentions de messianisme difficiles à nier, même habillées d’amitiés pas tellement évidentes, au demeurant, sur le socle d›une spiritualité bien différemment perçue, et autrement vécue !

    Cet état de fait a donné une suite logique à un effort de conceptualisation qui ne contredit pas ce que nous avons déjà expliqué. Le second chapitre ne théorise pas, il met plutôt la lumière sur certains concepts, abstraits ou pratiques, qui hantent les consciences d’une manière ou d’une autre, et qui se trouvent sujets à des débats le plus souvent disproportionnés parce que différemment perçus.

    C’est une façon de dépasser l’écueil du réductionnisme de certaines lectures qui enferment le fait religieux dans des visions plus ou moins horizontales, n’excédant pas le particulier et n’allant pas au-delà du «simultané».

    C’est aussi une façon de concilier le conceptuel et le pratique, en voulant insister sur le subtil qui est la toile de fond d’un véritable exercice de la foi. Savoir méditer les vertus d’une religion, sa morale et ses normes n’enlève rien à sa présence dans les mouvements de ses tenants.

    Il ne s’agit pas de mise en équivalence entre l’idée de personnalisme, telle qu’on peut la trouver chez Paul Ricœur2 (m. 005), et l’acception

    – dans notre culture – qu’en donne les réflexions sur les grands courants, à partir de leurs initiateurs. C’est ce que le troisième chapitre a essayé de signifier.
    L’arrêt a été un peu long, on n’en disconvient pas, sur certains auteurs plutôt que sur d’autres, et parmi les raisons qui peuvent être évoquées, on retiendra deux :

    C’est le phénomène en soi, pas le personnage, qui retient l’attention. On peut dire qu’on intègre les concepts par la portière des auteurs qui les mettent en évidence, qui en débattent assidûment ou qui épousent des thèmes prêtant à confusion, et c’est ce qui caractérise ceux convoqués ici.

    Loin de chercher à promouvoir les discours de ceux auxquels un certain crédit est accordé, ou de discréditer celui de ceux dont la thèse est mise en examen, l’intérêt de notre débat c’est de rester dans l’optique de la réflexion.
    Est présent plus qu’autre chose, l’impact qu’ont certaines façons, disons méthodes, sur la réceptivité des idées. Ce qui a amené à prendre position loin de tout pathétisme, en faveur d’une approche et aux dépens d’une autre. A toute réception d’idées, afin d’en concevoir d’autres, de choisir le positionnement qui sied à sa psychologie, qui éclaircit les zones d’ombre pouvant exister dans ce long et compliqué processus qu’est l’expérience spirituelle.

    S’il est vrai que le principe d’émission, avec ses méthodes et ses codes, a son importance et ses justifications, il n’en demeure pas moins qu’il ne peut être indépendant de la réception. Raison pour laquelle le discours spiritualiste ne peut émettre ce qu’il a à émettre, sans tenir compte de qui l’intercepte. Et c’est là l’explication de l’existence de ce que les linguistes appellent des registres de langue qui appellent les discours à être décalés, parfois distincts les uns des autres, pour leur permettre d’être reçus en fonction de la différence de réception et en vertu de ce qu’ils veulent dire, en application de leur symbolique et de la profusion de sens qui leur est propre.

    Je ne cherche pas à éluder la question de cohérence que peut poser un écrit de cette nature, ce n’est – au bout de ses détails – qu’un lieu de rencontre de la spontanéité et de la réflexion, sur le mode du bon voisinage des concepts fondateurs d’une expérience à connaître non à décrire, à interroger, non à justifier.

    Je ne valide pas non plus le discours hautain qui se veut transcendant, de par sa technicité, en faisant fi de la substance dont il est, en principe, porteur. On a beau disposer des moyens d’expression appropriés à toutes les situation discursives, cela n’autorise pas à oblitérer deux choses : la fidélité au message à transmettre et les chemins à emprunter pour son issue.
    C’est ce que cet ouvrage a essayé de faire dans l’attente d’autres perspectives !

    (Endnotes)



    (*) Notes :

    Ouvrage à paraître prochainement.

    Maître de conférences, diplômé de l’Inalco/Paris.

    1 Mouvement traditionaliste dont les figures sont René Guénon, Julius Evola, Ananda Coomaraswamy, Titus Burckhardt, Martin Lings, Seyyed Hossein Nasr et Georges Vallin.

    Il ne s’agit pas d’emprunt, pour être clair, en ceci que la spiritualité dont traite notre propos est loin d’être ce qu’elle est pour les pérennistes, c’est-à-dire un ensemble de préceptes immémoriaux qui se retrouvent dans toutes les traditions authentiques et présentes particulièrement dans l’expression hindoue Sanatan Dhama.

    La spiritualité, centre d’intérêt de notre ouvrage, est bien la dimension métaphysique de l’islam intégrée par le soufisme. A chaque retour du terme, donc, c’est de cela qu’il s’agit, on n’y associe pas, à l’évidence, la pseudo-spiritualité à laquelle font croire les tendances exotériques, encore moins la spiritualité universelle venue de l’unité des religions.

    2 Cf. P. Ricœur, Histoire et vérité, Paris, Editions du Seuil, 1995 ; Tunis, Cérès Éditions, 1995, p. 153
    The truth is incontrovertible, malice may attack it, ignorance may deride it, but in the end; there it is.” Winston Churchill

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