PDA

Voir la version complète : Région des Aurés (chawia) tant oubliée.


Quelques mots
15/09/2003, 16h29
Ceux qui se s’ont penché sur notre histoire pré islamique savent pertinemment que la région des Aurés a été le théâtre de bc d’événements qui ont marqué notre histoire berbère..
Des personnalités célèbres berbères sont issus de cette région, ainsi donc St Augustin, la Kahina, Koceila, pour ne citer que ceux la, ont vu le jour dans cette région et ont écrit une page importante de notre histoire. Vous n’avez qu’à visiter cette région pour vous rendre compte, plein de vestiges et de ruines sont présents pour en témoigner comme par exemple la ville ruine de Tamugadi (Timgad) et le tombeau de la Kahina.

sheyla
16/09/2003, 07h35
Vaste quadrilatere montagneux,lAures situé entre la Haute plaine et les confins sahariens,est découpé par des vallées profondes et paralleles(Oued el Abiod avec les Ouled Daoud,avec les Ouled Abdi.)
Le pays chaouia a longtemps vécu en économie fermée,avec des besoins strictement mesurés aux ressources.
Al'homme incombe l'essentiel des travaux agricoles,tandis que la femme,par ses activités artisanales,assure au groupes certaines de ses ressources les plus indispensables. les grands marchés de l'été,coincident généralement avec les grands pelerinages(Djebel Bous),donnaient occasion aux echangent les plus importants.Les gros achats,destinés a constituer des réserves etaient effectués sous forme de troc,«tete contre tete»comme disent les ChaouIa.

8)

Luna
19/09/2003, 21h09
L'Aurès est un vaste pâté montagneux que l'on peut délimiter de la manière suivante : à l'ouest, par la route de Batna à Biskra par el-Kantara; au nord, par une ligne tirée de Batna à Khenchela; à l'est, par la route de Khenchela à Khanga, qui suit la vallée de l'oued el-Arab; au sud, par une ligne tirée de Biskra à Khanga. Chacun des côtés de ce quadrilatère mesure environ 100 kilomètres. La vallée de l'oued el-Arab sépare l'Aurès du massif du djebel Cherchar.


La physionomie de l'Aurès est très variable. Lorsqu'on l'aborde par le sud, en venant de Biskra par exemple, on traverse d'abord pendant deux journées de marche un pays d'une affreuse désolation.

Le sentier tantôt serpente entre des falaises d'argile, tantôt s'élève péniblement sur une roche glissante de craie blanche, pour redescendre par des escaliers de pierres roulantes; nulle végétation, ni broussaille, ni gazon.

Les villages sont rares ; on les appelle communément des oasis de montagnes. En effet, ce sont bien des oasis dans un désert, et rien n'est plus triste que le désert de la montagne, tandis que les immenses horizons et les vastes espaces prêtent un si grand charme aux plaines sahariennes.

Dans le cœur de l'Aurès, au contraire, les vallées présentent une superbe perspective de cultures de céréales, qui se succèdent sans interruption et attestent la richesse et l'intelligente activité des habitants. Les flancs des montagnes ont quelques arbres. Les villages sont serrés.

Dans le nord enfin, des plateaux fertiles, à plus de 1000 mètres d'altitude, couverts de neige pendant une partie de l'hiver, rappellent, par leur climat et par leurs productions, certaines contrées du centre de la France. De belles forêts couronnent encore quelques sommets.

Quatre grandes vallées creusent 1e massif de l'Aurès, Ce sont celles de l'oued el-Kantara, de l'oued Abdi, de l'oued el-Abiod et de l'oued el-Arab.

Extraits de GÉOGRAPHIE MILITAIRE, VI Algérie et Tunisie par le Colonel NIOX

Source : http://aj.garcia.********/index2.htm

Luna
27/09/2003, 23h01
Par Ammar NEGADI

L'Aurès, habité dès la nuit des temps et, à partir du néolithique, par une population de type capsien (du nom de Gafsa, là où ce type physique fut localisé pour la première fois; comme on dit de l'Atérien ou Levalloisien, etc.).

L'Aurès recèle des restes humains de type capsien du djebel Fortass (nord d'Aïn M'lila) au djebel Refaa (monts du Belezma), mais également dans différents endroits reconnaissables aux amas, des sortes de collines faites de coquillages, notamment d'escargots, que l'on appelle en arabe " ramadhiates " (cendrières) et escargotières en français. Ces habitations préhistoriques se trouvent en grandes quantités en dur dans les plaines, lacustres dans les régions des lacs et troglodytes dans les grottes et falaises (d'où le mot : Afri - Ifri- Ifren, qui a donné Africa. Nom qui sera donné par les Romains au nord tunisien puis étendu ensuite à tout le continent).

Le type capsien, qui s'étendra d'Est en Ouest à travers toute l'Afrique du nord, en suivant les hautes plaines et l'Atlas saharien, est reconnaissable à ses traits fins, sa haute stature, à son crâne dolychocéphale (visage et tête allongés). Il sera souvent distingué par les anthropologues de son compatriote l'Ibéro-maurusien, lui, qui aurait de tout temps habité grosso modo l'Atlas Tellien et reconnaissable à certains traits physiques : brachycéphale, c'est-à-dire face large ou ronde, taille moyenne ou petite, costaud, râblais.

Dans les vastes et riches plaines du Nord, de N'gaous (Nicivus) à Baghaï, l'Aurès fut le berceau de la célèbre dynastie des Massyles. Comme il fut la région qui constituera le noyau de la future Numidie. Enfin, celui qui donnera naissance au grand Agellid Massinissa.
Et pour témoigner de leur origine et marquer leur attachement à cette région, les Massyles élèveront un tombeau royal au IIIè siècle avant notre ère. C'est le fameux Imedghassen, entre Aïn Yagout et El Madher au nord de Batna. Monument qui sera le génie propre de la population locale. Comme ils élèveront un monument à Massinissa à El Khroub. Il est à noter que ce même genre de construction (Imedghassen) se trouvera renouvelé au IIè siècle avant notre ère à Tipasa. Rappelons que ce type de sépulture persistera bien au-delà, jusqu'au VIe siècle de notre ère, avec les Djeddars des environs de Tiaret ou le mausolée de Tin Hinan découvert dans le Hoggar au XIXè s…

Luna
27/09/2003, 23h07
L'Homo sapiens sapiens "Capsien"

Au VIIIe millénaire av. J.-C., un type d'homme anthropologiquement proche des habitants actuels du Maghreb fit son apparition. Probablement d'origine orientale, cet Homo sapiens sapiens, appelé «capsien» – de Capsa, nom antique de Gafsa (Tunisie) –, serait l'une des composantes de la souche berbère. Il se serait étendu d'abord aux parties orientale et centrale du Maghreb, puis en direction du Sahara. On lui connaît des équivalents dans certains pays méditerranéens (civilisation natoufienne).

Le Maghreb s'enrichit aussi d'autres apports; du nord, par l'est et par l'ouest, à travers les détroits de Messine et de Gibraltar, arrivèrent des populations européennes. Certaines nécropoles et tombes maghrébines témoignent de la présence dès le IIIe millénaire d'une population noire venue du sud, probablement à la suite de l'assèchement du Sahara. Au IIe millénaire, d'autres petits groupes continuèrent à affluer au Maghreb. C'est à ce fonds paléoberbère divers, mais à dominante capsienne (c'est-à-dire appartenant à la culture préhistorique de Capsa), que les spécialistes rattachent les Proto-Libyens, ancêtres des Berbères. Des données physiques mais aussi culturelles – même emploi rituel de l'ocre rouge, même utilisation et décoration de l'œuf d'autruche – sont souvent invoquées pour appuyer la thèse de la parenté entre capsiens et Proto-Libyens.

Source : http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/ni/ni_1628_p0.html

tlemceniaa
15/12/2003, 13h51
Vraiment très intéressant Luna!
Maintenant je comprend le cliché qui dit que les chaouias sont grands et beaux...

Luna
15/12/2003, 20h21
Je confirme :wink:

Néris
03/03/2004, 14h52
http://www.yatoula.com/gif/smiles/smiley_340.gif

C'est pour rire

Sont beaux et Belles :oops:

LeGrandBleu
03/03/2004, 15h50
Faut voir les terrasses de Ghouffi.
Le coin le plus authentiquement chaoui que j'ai connu:M'ziraa.

Luna
19/03/2004, 17h23
L'histoire, les Aurès et les hommes par Mohamed Nadhir Sebâa*

1. Les Aurès : données géographiques, historiques et culturelles

1.1. Les habitants des Aurès : Répartition géographique et numérique

Une sagesse nous enseigne que « Les Aurès sans (ses) chaouis est un « Achekridh » sans (ses) fruits ». En ce sens que « Chaoui » évoque les Aurès et que réciproquement « Aurès » implique l’appartenance culturelle aux « Chaouis ». Il est valable de considérer donc les Aurès en elles-mêmes et de tâcher d’y discerner les grandes variétés culturelles et linguistiques. C’est le point de vue que nous adoptons ici. Les grands ensembles humains supports des civilisations, se situent dans l’espace et dans le temps. Dans ce « Subsum work », il faut tenir compte de ces dimensions. Les Aurès - ou l’Aurès - tiennent-elles cette composition substantive du nom d’une plante, magique détergent, « Tawrass-net thaghighith », ou comme nous l’explique l’encyclopédie berbère « (…) que cette désignation « Awrass » ait primitivement référé à la couleur dominante de la montagne (Fauve roussâtre) ? Pour certains historiens, « Aurès » est singulier et se rapporte à une seule montagne : « Ikgfnet-Kalthoum » ; dans le Chélia- cela nous parait quelque peu réducteur quand ont sait qu’il a été recensé 47 massifs (Chélia, Belezma, Rfaâ, Adhrar Nouziza, Titaovine, Merouana, Metlili, Mahmel, Telmet, Ichmoul, Touggert,…etc..) autour desquels se sont progressivement et historiquement sédentarisées les principales tribus berbères par réflexe de survie et /ou de résistance. Ces Aurès qui appartiennent à l’Algérie orientale, constituent la majeure partie de ce que l’on a coutume d’appeler le sud constantinois. Elles sont séparées de la Tunisie par la bande qui, de la mer au Sahara, forme la Wilaya d’Annaba. Au Nord, elles confinent aux Wilayates de Sétif, de Constantine ; à l’ouest à la Wilaya de Médéa, au sud à la Wilaya de Biskra, au centre à la Wilaya de Msila. Elles se situent entre 4°30 et 8°30 de longitude Est et entre 34° et 36° de latitude Nord. La plus grande partie des Aurès s’inscrit dans un rectangle de 225Kms - d’ouest en Est, sur 168Kms du Nord au Sud,

Une superficie de 49915 Kms environ, soit 1/7 de l’Algérie du Nord. A cheval sur le saharien et l’atlantique, « les Aurès sont un point de contact brutal entre ces deux mondes » [1]

Cristallisation ou « phagocytose » culturelle, le qualifiant des habitants des Aurès « Ichawiyene » a subi au cours des âges des déformations phonétiques, des glissements sémantiques et des affublements péjoratifs pour se fixer définitivement autour de Chawiya ou Chaouias.

Puissant groupe ethnique, les Chaouias-Ichawiyene- les guerriers pâtres transhumants- berbères, appartiennent selon Greenberg et Westermann [2] à « la famille chamito-sémitique, que tout deux préfèrent qualifier d"afro-asiatique parce que c’est la seule famille que l’on rencontre à la fois en Afrique et en Asie et qui comprend quatre sous-familles proches : Le berbère Tamazight, le couchite, le sémite, le Tchadien et l’ancien égyptien, yemenite. »

Le berbère Tamazight comprend des sous-ensembles aux expressions Chelhi Kabyle, Targui, Mjadi, Chnoui, Tadzari [3] et Chaoui.

* Ecrivain - Batna

[1] In « Monographie de la wilaya de l' «Aurès» (1971)

[2] In « Richesse des langues africaines. » Jacques Maquet. P26. Ed. Marabout.

[3] Arabe dialectal composé d’emprunts linguistiques à l’arabe, au turc, au berbère, à l’hébreu au français parlé par les berbères arabisés des villes.

A suivre :wink:

Néris
19/03/2004, 17h39
Luna:Tu merittes un grand plat de Rfiss bien garnis pour toi toute seule,Bravo !

En attendant la suite,j'ai adorée ce petit passage "....que cette désignation « Awrass » ait primitivement référé à la couleur dominante de la montagne (Fauve roussâtre)..." :roll:

A Bientot

Luna
20/03/2004, 22h41
1.2. Répartition numérique et géographique des principales tribus Chaouiyas ?

Aujourd’hui les principales tribus Chaouiyas occupent un territoire approximativement réévalué - car constitué par l’interpénétration de 05 Wilayates - [4] à plus de 49915 Kms2 pour une population sédentaire et nomade, citadine et rurale de près de 03 millions d’individus qui se répartissent à travers 106 communes, 50 dairates, circonscriptions, triages, lieux-dits, douars… et toute extension géomorphologique.

A. Les grandes tribus chaouiyas de la rive nord ou les Aurès inférieures

Les grandes tribus de la rive nord sont :

1. Les Ouled Fatma –zoltan –
2. Les Ouled Sellam
3. Les Herractas
4. Les Jratna
5. Les Thleth
6. Les Segnia
7. Ouled Mhenna
8. Ouled Menaâ
9. Lahlaymia
10. Hiddoussiyene
11. Houarra
12.Ouled Mhemmed
13. Ouled sidi Lhadj

Le regroupement tribal a été facilité, car ses individus présentent un ensemble de caractères physiques, artistiques, linguistiques, communs. Cette ethnie occupe toute la région plate et montagneuse au nord-ouest de la ville de Batna, au sud est de la ville de Sétif et au nord est de la ville de Msila .

Ici commencent les monts des « Ait Fatma-zoltan », des « Therwent er », Tichaou, Tinexars, Tafrent, Taxlent, Boughioul, Mestawa, Tissoures, Markounda, Tinibaouine, etc… velus et giboyeux. Il s’agit d’une suite de dômes dissymétriques souvent faillés au sud, où affleurent les calcaires du liasique et du jurassique. On se situe en quelques sorte à une charnière des chaînes atlassiques. Aux pieds, au creux, sur les crêtes de ces djebels, comme pour rechercher une majestueuse protection, des villages qu’à première vue, on aurait pu ne pas remarquer à cause de leur similitude de matière et de couleur avec le sol, se fondent dans la nature, aux consonances harmonieuses ; Aourir, Taffenjalet, Aberrou, Chiddi, Bouilef, Kasserou, Isseffra…..

C’est dans ces poches montagnardes que subsistent encore les dernières originalités culturelles et linguistiques chaouies.

Du point de vue nombre, nul ne peut donner un chiffre exact d’évaluation de ce premier ensemble, tant les éléments de ce groupe social sont mobiles. On les retrouve à Batna, Merouana , Seriana, Ouled El Ma Bernelle, Ngaous, Chaaba etc.….

[4] Wilayates = préfectures.

A suivre :wink:

Luna
21/03/2004, 17h22
L’influence qu’ils exercent dans les domaines de l’histoire, de l’art, de la poésie, de la culture en général,… n’est plus à démontrer : poterie, montage de tapis, de burnous, sculpture et architecture, peinture, bijoux, chants et danses, fabrication d’instruments aratoires et d’armes. A ce titre, aucun mariage, aucune fête de saisons, de « l’Afsouth », du « Tamenzouth », aucune fête religieuse du « Mouloud », de l’Aid, des circoncisions, n’a son charme, sans les « Irahaben » des Ait-Fatma-zoltan. On dénombre 27 groupes folkloriques de « Rahabas » : Issa Guellil, Mhand Oubelaid, Mrabet Saddek, Mhand Oussouba, Taous ziqûn, Aissa Djermouni, Meziane Bouthaâlaweth, Lalla Khoukha, Rhiouna Boudjenit…. Ils chantent l’amour, la bravoure, la générosité des montagnards et leur résistance séculaire. Mais l’hommage rendu aux femmes de combat, comme Fatma « Tazouguerth » et d’où descendent les Ouled Fatma –est historiquement unique.

Un exemple d’organisation tribale : le royaume de Fatma Tazouguerth (La rousse)

Née dans la montagne de Hitaouine (Merouana - Les Aurès Inférieures, Titaouine), Fatma « La rousse », autre reine berbère, qui réussit sous son règne non seulement d’unir plusieurs groupes berbères aux Arabes mais à perpétuer le matriarcat en désignant uniquement des femmes au sein du conseil des sages. Elle fit exécuter son frère Zoltan et poussa à l’exil Sellam son cadet, qui contestèrent certaines de ses décisions. Guerrière redoutable, elle avait un remarquable sens de l’organisation et du commandement à la tête de ses troupes. Habillée en hoplite, elle restait libre tout en dirigeant la multitude et exerçait sur les montagnards un incontestable ascendant. Pythonisse crainte, prêtresse admirée, elle jouissait d’un grand prestige grâce à sa culture ancestrale. Sa mère –Adhfella- l’avait initiée à la sélection des plantes et aux soins à prodiguer aux malades et blessés. Elle savait être une bonne mère (elle eût-dit-on- dix sept enfants), juste maîtresse envers des esclaves quand les circonstances l’exigeaient. Lalla Khoukha Rhioua Boudjenit (1904-1963) poétesse chawie et artiste de renom lui rend hommage à sa manière :

« Hommage à vous, Fatma Tazoughert

Hommage à vous, Maîtresse de la fécondité

Hommage à vous, reine des cieux et des terres

Nous avons travaillé pour vous « l’azrif » (argent) pour mieux parer vos oreilles d’argent, le seul minerai divin porteur d’éclat.

Hommage à vous Fatma Tazoughert

Nous avons complété vos trésors en choses merveilleuses, rempli vos réserves d’orge, d’huile d’olives, de miel et de blé »

Dans nos cœurs, avons gravé votre nom magique pour l’éternité »

A suivre :wink:

Luna
22/03/2004, 16h15
Que savons-nous de Fatma Tazoughert ? Descendante d’Imouren (général berbère, lieutenant de Tarek Bnou Ziyad fondateur de l’Andalousie), trisaïeule de Bouthaâlaweth l’inventeur du canon léger en bois de chêne (1908), de Hména Zekka Zéqun fabricant des tromblons et fusils à clous, de Mjand Oussouba, l’autre bandit d’honneur, Zâabet Mhand Mektar Khenchli, Issa Guellil, Aissa Djermouni, Lalla Rhioua Khoukha Boudjenit, Mbabet Saddek, Mhand Lakhdar El Fathmi….. Poètes oubliés qui ont réussi, par la parole aussi bien que par le geste, a obligé les faits à se transformer et les hommes à se définir. Que savons-nous de cette reine légendaire, qui récitait le Coran par cœur, entretenait des relations commerciales avec chrétiens et juifs, montait « les tapis, les burnous - ajridi » et les chevaux avec habileté, grâce et adresse ? Unique femme dit-on des siècles après la Kahéna, qui a régné avec majesté sur les Aurès et perpétué le matriarcat. On la retrouve partout dans les chansons des « Rahabas » et les contes :

Taisez-vous tourterelles colombes !
Chênes, oliviers, cèdres et pins.
Les cascades d’eaux vives se figent,
Dans une expiation extase
Tazoughert Reine des Aurès
L’aphrodite, l’autre déesse
Se baigne dans le lit envoûté de Tifouress
Dans un insolite corsage liquide faiseur
De l’historique copulation.

« Soussem idhbirene, Atmila, Limam n’wedhar, Fatma Tazoughert Tessaradh gouamane Techtahen Dhassequit eness [5]
Gouamane Acherchar Noukassrou, condhar n’bouilef
Zew eness azoughagh
Yellen Ighatat em oualaow
Aglin eness dhamellal
Yetchoutch rih nizri
Yetragad sougneghim eness Agli houssecher
Aman yehlan tghenan thamedourth . »

Ou encore :

Taziri N’your
LahwaNwedhrar
Iness Lalla Fatma
Iness Fadma Tazouguert
Regda Nirer


Ya zhar war
Zengen dhourar
Ya yellies ouzerf
Oukhel khalla. »


Douceur de lune
Brise des montagnes
Dites à Fatma la rousse
De sortir égayer
Les silences des nuits


O rugissement des lions [6]
Que portent les montagnes
N’effrayez pas la belle
Aux lourds bijoux d’argent


Fatma Tazoughert (1544 – 1641) a vécu plus que centenaire. Elle prit les villes de Marrakech, Meknès et Fez en 1566, cet événement inspira le poète marocain El Mejdoub (1503 – 1566) qui lui adressa un pamphlet.

[5] En chaoui dans le texte

[6] Un chasseur aurait tué un des derniers lions dans les Aurès, entre 1850 et 1870.

A suivre :wink:

Luna
24/03/2004, 18h52
B. Les grandes tribus chaouiyas de l’Aurès central ou Moyen Aurès.

1. Les chaouias arabisés (par tribus) :

1. Les bni fren
2. Bouazid
3. Ouled si Ahmed Benameur
4. Ouled Derradj
5. Bni Tazaght

Ce groupe s’exprime dans une proportion de 5 à 10% en chaoui. Les 90 % restant s’expriment en arabe dialectal ou tadzari. Ils constituent l’essentiel de l’exode rural et font d’excellents artisans que l’on rencontre dans les villes de Batna, Tbessa, Ain-Mlila, Biskra, Khenchela, Guelma, Barika…

2. Les chaouiyas de la plaine par tribu :

1. Les Ouled Chlih
2. Oules Sidi Yahia
3. Ouled Hamla (Condorcet)

Devant une telle variété, on se rend aisément compte qu’il est facile de signaler certains traits de similitude physique et culturelle de ce groupe avec leurs cousins de la rive nord.

3. Une variante : Les arabes berbèrisés

Dans cette classification toute approximative figurent des tribus que l’Islam avait encouragées à se « diluer » dans la communauté berbère qui donnera plus tard (suite à l’osmose) [Islam + Amazigh ] le courant Islamazigh. Interpénétration civilisationnelle remarquée dans les us et coutumes de certaines tribus.

Les principales tribus :

La hlayia

1. Ouled Aâdi
2. Laâwawta
3. El Khoudhrane
4. El Hachachina
5. El Souamaâ
6. Chaânba
7. Srahna
8. Chraffa
9. Lahrayek
10. Laâmamra

C. Les chaouiyas de l’Aurès supérieure (Rive sud)

Les grandes tribus de la rive sud sont :

1. Les Touabas
2. Les Aghvassir
3. Ait Faffa
4. Ait Imessounin
5. Nmemchas
6. Ait Ferh
7. Ouled Fadhel
8. Ouled djebel
9. Laâchach
10. Ouled Sidi Ali
11. Amamra
12. Les bni Mloul
13. Les bni Bouslimane
14. Ait Inoughisséne
15. Les bni Souik

Très solidaires entre aux, surnommés Jbayliya », ces chaouiyas sont de rudes montagnards, de grands cultivateurs et commerçants, Messaoud Benzelmat, Mhand Ouguenni… sont les poètes qui restent vivants dans les mémoires de ces groupes.

A suivre

Luna
25/03/2004, 15h20
2. La poésie, étalon de valeur dans l’univers chaoui

La poésie dans sa patiente et immuable description des choses, des hommes et des cultures, de sa pénétration diaprée de l’inconnu, a permis d’approfondir de quelques millénaires notre connaissance des sociétés humaines du Maghreb et des autres contingences. Certes il reste beaucoup à découvrir avec l’outil poésie, l’oralité et à travers les différentes et multiples lectures des contes, des légendes, des « Thimouness et des Rahaba ». Malheureusement, nous ne connaissons aujourd’hui que très peu, dans leurs grandes lignes, dans leurs caractères essentiels, les biographies des poètes des aèdes et autres troubadours chaouis, des prédicateurs, des guérisseurs,... Les mondes où elles se sont développées. Agreste poésie des montagnes, des déserts et des steppes aux douces résonances harmataniennes, des souks et des villages aux merveilleuses et simples architectures. Contes, légendes de « Tamza la loure », de « Moch Aberanni » (le chat sauvage). Poésie d’amour, de combat, poésie humaine chantée par les adorateurs des arcs-en-ciel, armés de bendirs, de guesba (flûte), de def et autres instruments d’accompagnement. Parler des plus éminents représentants de la poésie chaouie sous tous les temps qui étaient versés à la fois dans les mythes, légendes du paganisme des Aurès… c’est parler des gardiens et gardiennes fidèles d’une culture farouche, expression d’une interpénétration civilisationnelle, où même les croyances même si centrées sur des choses inanimées, avaient la beauté du toreutique, la force de la foi et la rigueur de la loi

Chaque tribu avait son ou ses poètes. Chaque poète avait sa tribu ses protecteurs. Les guerres fratricides étaient courantes : pour un point d’eau, une terre, un honneur blessé, un panégyrique mal placé, mal interprété par un prince berbère, un guerrier. Un pamphlet dirigé et… le sang coulait. Le culte de la race était vivace et Nèmèsis omniprésente. Les meilleurs poètes étaient primés dans les fêtes et les souks hebdomadaires de Batna, Tazoult-Lambése, Timgad, Merouana, El Kantara, Barika, Aris… La tribu, la race, la femme, l’amour,… les combats, les ancêtres, Dieu, le prophète Mohamed.

A suivre

Luna
26/03/2004, 18h33
La poésie, le cheval, le sabre, la douleur, la souffrance, la colonisation… constituaient l’essentiel des muses.

Il y eut les poètes-penseurs et les belles poétesses des tribus des « Therwent – er », les poètes courtisans des Aît Amrane, les poètes bandits d’honneur du « Hmar Kheddou ».

Les poètes fous et chevaliers des tribus des Nemenchas, Ammara, Harractas. Les poètes troubadours, fiers et voyageurs des tribus des ouled Derradj…. Nombre de poètes, grâce à leur verbe « acéré » et porteur, à l’adroite gestuelle, contribuèrent à éveiller et enrichir l’inconscient collectif des groupes par leurs apports salvateurs et à sortir leur environnement culturel de la « primitivité » léthargique et hostile dans laquelle ils se débattaient.

Idhelli mani yella ,
Assa yougir zik
Assougnase idigonren
Imira Adias
Imira Adias
Rabi Dhahleq
Dhi gjena nwedhrar,
Nmerth [1]

« L’hier est bien loin
l’aujourd’hui est déjà parti
l’avenir est parmi nous Il vient
Seul Dieu est immuable dans les cieux, les montagnes et les terres ».

C’est dire que les poètes ont joué un grand rôle dans la sensibilisation, conscientisation et élévation du niveau de vie intellectuel des Algériens. Les rimes chaudes opposées aux rimes froides, des vers sauvages que la spontanéité orale formait, les tons graves s’entrechoquaient… et tous ces chocs divers produisaient, les sursauts événementiels qui tracèrent l’histoire culturelle de l’Algérie.

Poésie belle, profonde, choquante et tourmentée, l’art du dire « devenait un réflexe culturel plus que spontané. Mystiques, chantres de l’amour charnel, comme de l’amour courtois, les chaouiyas « cultivaient » la poésie avec soin. Les poèmes étaient sélectionnés lors de joutes poétiques ; certains reproduits sur des écorces d’arbre, des palmes de palmiers, des omoplates de chèvres. Dans les Aurès, la poésie semble avoir d’un coup sa maturité. La raison est simple pour le poète inconnu : « Dans ces contrées montagnardes fortement hermetisées » par l’esprit de corps, les hommes, eux, naissaient poètes.

[1] Khoukha Boudjenit-

Suite et fin, à voir sur le site : http://www.patrimoine-algerien.org à l'URL : http://www.patrimoine-algerien.org/cahiers/cahier3/aures2.htm

Cookies