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Elghifari
16/07/2018, 17h35
Pour 33% des Slovaques, la chute du communisme n’a pas été un changement positif, d’après l’institut CVVM. Cette frange de la population considère que l’ouverture vers l’Ouest a rimé avec hausse des inégalités, difficultés de logement et précarité. Mais ce ne sont pas les seules raisons de cette nostalgie du communisme. Car la Slovaquie connaît aussi un « 60’s revival », une mélancolie de ces années-là.

Après avoir failli disparaître à la chute du régime, le Kofola connaît un regain de popularité. Cette boisson gazeuse au Cola a été créé en 1962 par les soviétiques pour concurrencer le Coca-Cola de l’impérialisme occidental.

Depuis une quinzaine d’années, le Kofola regagne les rayons des supermarchés. En 2002, une nouvelle usine voit le jour à Rajecká Lesná, au nord du pays. Et la société qui le produit présente un chiffre d’affaires de quinze millions d’euros en 2009, soit quatre fois plus que l’année précédente.

Pour Etienne Boisserie, maître de conférence en Histoire de l’Europe centrale à l’Inalco, ce retour en grâce du folklore va beaucoup plus loin que ce seul exemple : « Auparavant, les années 1960 rimaient avec l’époque soviétique.

Aujourd’hui, les Slovaques les redécouvrent à travers certains aspects gais, comme le Kofola ou le cinéma. Les chanteurs sont également revenus à la mode. » Avec entre autres le groupe Elán – l’équivalent d’Indochine en France. Sans oublier les écrivains, dont les oeuvres sont de nouveau appréciées, comme Vincent Sikula, poète et romancier.

56 % des seniors regrettent la situation économique des années 1960

La nostalgie s’est presque transformée en regret avec les difficultés économiques du pays. Le gouvernement a dû procéder à des réformes douloureuses, comme celles des retraites entre 2002 et 2006. Et la situation ne s’est pas améliorée avec la crise de 2007 et un taux de croissance réduit de moitié deux ans plus tard, en 2009, l’année de leur entrée dans la zone euro. Les plus touchées ont été les personnes âgées résidant en zones rurales.

Une étude de 2009 du Pew Research Center, un think tank américain, confirme une fracture générationnelle. À la question « La situation économique est-elle meilleure ou pire que sous l’ère communiste ? », 38 % des 19-39 ans pensent qu’elle s’est détériorée, contre 56 % chez les plus de 40 ans.

En Slovaquie, la chute du régime s’est traduite par un accroissement des inégalités régionales. « À l’est du pays notamment, le tissu industriel a été détruit par le choc post-89 et n’a pas été reconstruit, explique Etienne Boisserie. Au sud-est, près de la frontière hongroise, il existait de grands ensembles industriels qui employaient des milliers de gens, travaillant loin de leur famille. Quand ces usines ont fermé, ils se sont retrouvés seuls, sans emploi. »

Depuis plusieurs années, la question du logement est également très sensible en Slovaquie et participe au regret de la période communiste. Selon Etienne Boisserie : « Si les seniors trouvaient, facilement à se loger dans les années 1960, les nouvelles générations doivent aujourd’hui se battre pour trouver le même confort, sans être sûrs de le trouver. »

L’ascenseur social est également plus compliqué aujourd’hui, par rapport à la période 1969-1989, où le pays a connu une relative période de libéralisation et de modernisation pour les classes populaires. Le chercheur confirme : « Le développement de l’administration permettait d’accéder plus facilement à des postes à responsabilité. »

Un pouvoir central fort rassurait les Slovaques

Sans vouloir pour autant vivre sous le même régime communiste, les Slovaques regrettent le temps où ils faisaient partie d’un pays fort économiquement et politiquement : la Tchécoslovaquie. Ils doutent encore aujourd’hui que leur gouvernement puisse mener leur tout jeune Etat, dans la dobry smerom (la bonne direction) face au voisin tchèque. Un pouvoir central fort rassurait les gens en quelque sorte. Selon Etienne Boisserie, « il y avait même une fierté d’être Tchécoslovaque » :

« La scission de la Tchécoslovaquie a privé une partie des Slovaques de leur identité »

En politique, le SMER de Robert Fico, le parti au pouvoir, profite de cette nostalgie à des fins électoralistes. En 2013, en visite à Prague, il avait d’ailleurs proposé à son homologue tchèque de ressusciter le « Made in Czechoslovakia ». Selon lui, les produits de cette marque avaient une bonne cote à l’exportation. Le fantôme de la Tchécoslovaquie communiste hante encore tous les pans de la société.

Théo Hetsch

La Slovaquie sous l’emprise du communisme

Au revoir la stabilité, finie la troisième République tchécoslovaque. En février 1948, le parti communiste, avec le soutien de l’Union soviétique, prend le contrôle du pays. C’est le Coup de Prague. Collectivisation des biens productifs, planification économique… L’organisation de la région est calquée sur celle de l’URSS qui renforce son influence avec la signature du Pacte de Varsovie en 1955 – le rassemblement militaire des pays socialistes d’Europe de l’Est – et l’édification du mur de Berlin en 1961.

La Tchécoslovaquie peut se vanter d’être le pays le plus industrialisé du bloc communiste. Mais le calme est de courte durée. Dès 1963, la situation économique se détériore. En 1966, le parti décide d’appliquer le “Nouveau modèle économique”, qui conduit à une libéralisation de l’économie. Deux ans plus tard, Alexandre Dubček, premier secrétaire du parti et réformateur, instaure un « socialisme à visage humain ». Toujours en 1968, le pays est divisé en deux États autonomes : la République socialiste tchèque et la République socialiste slovaque. La Slovaquie gagne enfin une forme d’autonomie politique.

La situation n’est pas du goût des soviétiques. Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, les troupes du Pacte de Varsovie débarquent et mettent fin à ce que l’on a appelé par la suite, le Printemps de Prague. Dix ans plus tard, des mouvements clandestins comme la Charte 77 à l’initiative du Tchèque Vaclav Havel s’organisent. En 1989, après une manifestation étudiante à Prague, très violemment réprimée par les forces de l’ordre, les manifestants allument des bougies en signe de protestation silencieuse. Le 17 novembre, la Révolution de Velours conduit à l’indépendance politique de la Slovaquie.

Jill Cousin

14 AVRIL 2016

SLOVAKRONIK

Elghifari
16/07/2018, 17h41
Contrairement au formatage des médias de l'idéologie capitaliste, la "chute du communisme" dans les pays de l'Europe de l'Est n'a pas été un bienfait pour les peuples de ces contrées !!

Les maux sociaux et les misères du capitalisme sont revenus avec la perte également des souverainetés nationales de ces Etats anciennement "communistes" !!

Le recul économique et social a été général,les peuples sont devenus des esclaves du capitalisme !! (peut être comme le peuple Algérien aujourd'hui?)

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