PDA

Voir la version complète : NIZAR KABBANI


Luna
17/09/2003, 21h19
JE SUIS POUR LE TERRORISME - NIZAR KABBANI (Traduits par Mustapha EL KASRI)


De terrorisme on nous accuse
Si nous osons prendre défense
De notre femme et de la rose
Et de l'azur et du poème
Si nous osons prendre défense
D'une patrie sans eau sans air
D'une patrie qui a perdu
Sa tente et sa chamelle
Et même son café noir.
De terrorisme on nous accuse
Si nous osons prendre défense
De la crinière
De la reine de Saba
Des lèvres de Maysoun
Des noms de nos plus belles filles,
Du khol qui de leurs cils
En pluie retombe
Comme une chose révélée.
Certes vous ne trouverez pas
En ma possession
De poésie secrète
Ni de parler énigmatique
Ou des ouvrages clandestins,
Et par devers moi je ne garde
Aucun poème traversant
La rue, caché derrière son voile.
De terrorisme on nous accuse
Quand nous décrivons les dépouilles
D'une patrie
Décomposée et dénudée
Et dont les restes en lambeaux
Sont dispersés aux quatre vents…,
D'une patrie
Cherchant son adresse et son nom…
D'une patrie ne conservant
De ses antiques épopées
Que les élégies de Khansa…,
D'une patrie
Où ni le rouge, ni le jaune, ni le vert
Ne teignent plus les horizons…,
D'une patrie qui nous défend
D'écouter les informations
Ou d'acheter quelque journal…,
D'une patrie où les oiseaux
Sont censurés dans leurs chansons,
D'une patrie où, terrifiés,
Les écrivains ont pris le pli
D'écrire la page du néant…,
D'une patrie
Qui ressemblerait dans sa forme
A la poésie
Dans notre pays
Sorte de langage égaré
Improvisé
Sans aucun lien avec les êtres
Sans aucun lien avec leur terre
Ni avec les problèmes
Dans lesquels ils se débattent vainement,
D'une patrie allant pieds nus
Et sans aucune dignité
Vers la paix négociée…
D'une patrie
Où les hommes pris de panique
Ont fait pipi dans leurs culottes
Et où ne restent que les femmes.
Le sel amer est dans nos yeux
Et sur nos lèvres,
Il est dans nos propres propos.
Notre âme a-t-elle été touchée
De stérilité héritée
Léguée par la tribu Kahtane.
Dans notre nation,
Il n'y a plus de Mu'awya
Plus de Abu Sufiane
Plus personne pour crier "Gare" !
A la face de ceux qui ont abandonné
A autrui notre foyer
Et notre huile et notre pain
Transformant notre maison
Si heureuse en capharnaum.
Il ne reste plus rien de notre poésie
Qui n'ait sur le lit sur tyran
Perdu sa virginité.
Du mépris nous avons pris
Le pli de l'habitude.
Que reste-t-il donc de l'homme
Lorsqu'il s'habitue au mépris ?
Je recherche dans les feuilles de l'Histoire
Usaman Ibn Munkid
Okba Ibn Nafi',
Je recherche Omar,
Je recherche Hamza,
Et Khalid chevauchant
Vers la Grande Syrie,
Je recherche al Mu'tacim
Sauvant les femmes
De la barbarie des envahisseurs
Et des furies des flammes,
Je recherche dans ce siècle attardé
Et ne trouve dans la nuit
Que des chats apeurés
Craignant pour leur personne
Le pouvoir des souris.
Avons-nous été atteints
De nationale cécité ?
Ou bien tout simplement
Souffrons-nous de daltonisme ?
De terrorisme on nous accuse
Quand nous refusons notre mort
Sous les râteaux israéliens
Qui ratissent notre terre
Qui ratissent notre Histoire
Qui ratissent notre Evangile
Qui ratissent notre Coran
Et le sol de nos prophètes.
Si c'est là notre crime
Que vive le terrorisme !
De terrorisme on nous accuse
Si nous refusons que les Juifs
Que les Mongols et les Barbares
Nous effacent de leur main.
Oui, nous lançons des pierres
Sur la maison de verre
Du Conseil de Sécurité
Soumis à l'empereur suprême.
De terrorisme on nous accuse
Lorsque nous refusons
De négocier avec les loups
Et de tendre nos deux bras
A la prostitution.
L'Amérique
Ennemie de la culture humaine
Elle-même sans culture,
Ennemie de l'urbaine civilisation
Dont elle-même est dépourvue,
L'Amérique
Bâtisse géante
Mais sans murs.
De terrorisme on nous accuse
Si nous refusons un siècle
Où ce pays de lui-même satisfait
S'est érigé
En traducteur assermenté
De la langue des Hébreux.

Quelques mots
17/09/2003, 22h24
Du même poéte


1-LETTRE D'AMOUR

Respectes mon silence, je t'en prie

Le silence est mon arme la plus puissante

n'as-tu pas senti mon éloquence quand je me tais

La beauté de ce que je dis quand je ne dis rien.




2-Je te dirais je t'aime

Je te dirais je t'aime

Quand je serai guérie de ma névrose

Quand je deviendrai une seule personne

Je le dirai quand seront réconcilies en moi la ville et le désert

Quand toutes les tribus quitteront les plages de mon sang

Quand je me libérerai du tatouage bleu que les sages du tiers-monde ont grave sur mon corps

et de toute les ordonnances de la médecine arabe que durant trente années j'ai subies.





3-Poème inachevé pour décrire l'amour

Quand j'ai fait route sur tes mers, ma reine

je ne regardais pas les cartes

je ne portais de canot ni de bouée

mais j'ai vogué vers ton feu comme un bouddha

et j'ai choisi mon destin

Mon bonheur était d'écrire à la craie mon adresse sur le soleil

et sur tes seins de construire les ponts




4-Griffonnages d'enfant

Mon pêché

-et qui de nous fut sans pêché-

j'ai continué de croire au bleu du ciel

de voir les arbres, les étoiles, les nuages comme des amis

J'ai fais de mes poèmes une ville ou gouvernent les femmes

chaque bouche close dans mon royaume dit ce qu'elle veut

chaque sein effarouche peut comme il lui plait s'envoler ou se poser

Luna
17/09/2003, 23h08
Séduction et sincérité.

Nizar Kabbani, «le prince des poètes» qui aimait tant Beyrouth, «reine de l'univers», est mort hier à Londres. Il avait 75 ans. Nizar Kabbani, célèbre pour ses poèmes d'amour, sensuels et romantiques mais également pour ses prises de position politiques, a été victime de troubles cardiaques qui s'étaient déclarés l'automne dernier. Le président syrien Hafez el Assad a envoyé un avion spécial pour rapatrier la dépouille mortelle. L'inhumation aura lieu, selon les vux du poète, dans le caveau familial, dans le vieux Damas.

Né en 1923, diplômé en 1945 de la faculté de droit de Damas, Nizar Kabbani a opté pour la carrière diplomatique, occupant jusqu'en 1966 les postes de chargé d'affaires et de conseiller culturel dans les ambassades syriennes d'Egypte, de Turquie, de Chine et d'Espagne. Il publie son premier recueil de poèmes, «La brune me l'avait dit» en 1944. Suit «L'odeur du jasmin de Damas». En 1952, c'est la parution de «La jeunesse d'un saint». Poète des causes sociales, il compose la même année un poème qui fait scandale, «Du pain, du haschiche et la lune». Fait unique, le Parlement syrien se réunit pour juger des écrits de Kabbani qualifié d'«athée provocateur, indigne de représenter son pays à l'étranger». En 1967, suite à la déroute arabe, il publie «En marge du journal de la défaite». Engagé politiquement, il écrit cette auto-critique de l'indétermination du monde arabe et de ses nombreuses erreurs. Quand on lui reprochait la dureté avec laquelle il critiquait les Arabes, il disait «âkher el daa' al kay», le dernier remède c'est la cautérisation par le feu. Installé à Beyrouth au milieu des années soixantes, il disait ressentir «une immense tristesse en voyant tout le mal qu'on fait» à cette ville. Dans une interview à «L'Orient-Le-Jour» en 1977, à l'occasion de la parution de «A Beyrouth la femme, avec mon amour», il indiquait: «Je vis à Beyrouth depuis dix ans. Elle est pour moi la mère, l'amie et l'aimée. Et il n'est pas aisé de garder son calme et son équilibre lorsqu'on voit son aimée brûler devant soi d'une manière gratuite et absurde». Il poursuivait, «ce livre est un cri! Il est la défense d'une ville qui m'a donné quelque chose de très important, la poésie. (...) Quoi que l'on puisse dire de Beyrouth, elle reste une femme poétiquement provocante. On peut certes lui reprocher d'être superficielle et de s'embellir d'une mince couche de vernis. Mais outre cet attrait épidermique, je lui vois, pour ma part, une sainteté poétique. C'est celle de Beyrouth des profondeurs, Beyrouth qui lit et écrit, Beyrouth de la liberté. C'est une ville qui reste prodigue en liberté, au moment où il n'existe plus de liberté ailleurs, au moment où la liberté est devenue orpheline. Aucune autre ville au monde ne peut remplacer Beyrouth-qui-pense. Et c'est là son plus bel atour. Quand, dans cette ville, les maisons d'édition ont fermé leurs portes, le livre arabe a connu une crise. Et le monde arabe a eu faim et soif...»
Marié deux fois, il avait eu deux enfants de son premier lit: Toufic, décédé et Hadba. Sa deuxième épouse Balkis, irakienne, avait trouvé la mort dans l'explosion de l'ambassade d'Irak à Beyrouth en 1981. Il en avait eu également deux enfants, Omar et Zeïnab.
La femme était pour lui la compagne, l'inspiratrice, l'égale. «Je me suis rendu compte que la femme était plus qu'une poupée ou un objet décoratif. A partir de ce moment, j'ai commencé à l'appeler dans mes poèmes «ya sadikati» (mon amie) plutôt que «ya habibati» (mon amour)» disait-il.
Dans son dernier recueil intitulé «La lumière de l'amour», il met en garde les Arabes: «Nous n'entrerons jamais dans le club des (peuples) civilisés si la femme, d'un morceau de chair, ne devient un champ de fleurs», et dénonce, d'une manière acerbe, une certaine image de la femme et un certain conservatisme arabe.
Toujours irrésistible, il était venu, une dernière fois à Beyrouth, en décembre 1995. A Londres, il tenait un salon littéraire, avec sa nièce Rana, poétesse et écrivain, première épouse de Mahmoud Darwiche, actuellement mariée à l'écrivain anglais Patrick Seale.
Jamais indifférent à ce qui se passait dans la région, il a dit sa peine face à Beyrouth qui se déchirait et son admiration pour les enfants de Palestine dans «Trio pour les enfants de pierre».«Ils ont magnifié le monde. Comme des lanternes, ils ont tout éclairé. Ils sont venus comme la bonne nouvelle. Ils se sont soulevés. Ils ont explosé. Ils sont morts. Et nous sommes restés des ours polaires. Au corps blindé contre la chaleur...»
«Doukkou al touboul», demandait-il... pour qu'au rythme grave du tambour, l'âme des poètes sur terre égarée rejoigne les étoiles.


Source : http://www.nizar.net/

Quelques mots
17/09/2003, 23h16
http://music.6arab.com/majda..kalemaat.ram

Très belle chanson de Majda al Roumi, parole du poete Nizar Qabbani.

Des mots ( tarduction de Quelques mots :P )

Il me fait écouter, quand il me déplace
Des mots ne sont pas comme d'autres mots
Il me prend, des dessous mes bras
Et il me seme, dans un nuage éloigné
Et la pluie noire tombent de mes yeux
C'est des torrents, torrents
Il me porte avec lui, il me porte
A une soirée des balcons parfumés
Et je suis comme un enfant dans des ses mains
Comme une plume portée par le vent
Il porte pour moi sept lunes dans ses mains
Et un paquet de chansons
Il me donne le soleil, il me donne l'été
Et les bandes d'hirondelles
Il me dit que je suis son trésor
Et que je suis égal aux milliers d'étoiles
Et que je suis la plus belle qu'il a vu des peintures
Il me dit des choses qui me rendent étourdi
Qui m'incitent à oublier la danse et les étapes
Il me dit des mots qui retournent mon histoire
qui font de moi une femme en quelques secondes
Il construit des châteaux des imaginations
Dans lesquelles je vis... pendant des secondes...
Et il me racompagne à ma table
Il me laisse seule avec rien
Rien excepté des mots

Luna
17/09/2003, 23h16
Séduction et sincérité.

Nizar Kabbani, «le prince des poètes» qui aimait tant Beyrouth, «reine de l'univers», est mort hier à Londres. Il avait 75 ans. Nizar Kabbani, célèbre pour ses poèmes d'amour, sensuels et romantiques mais également pour ses prises de position politiques, a été victime de troubles cardiaques qui s'étaient déclarés l'automne dernier. Le président syrien Hafez el Assad a envoyé un avion spécial pour rapatrier la dépouille mortelle. L'inhumation aura lieu, selon les vux du poète, dans le caveau familial, dans le vieux Damas.

Petite précision : Nizar KABBANI est mort le 1er mai 1998.

Cookies