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Voir la version complète : Algérie, pays exportateur de neurones


morjane
03/03/2007, 16h24
L’Algérie figure en bonne place dans le wagon de tête des pays « exportateurs de neurones ». Pour faire simple : nous sommes un pays où la fuite des cerveaux est monnaie courante. Beaucoup d’encre a coulé pour incriminer la décennie rouge oubliant par là la responsabilité du système politique.

Les visas sans retour ont commencé à fleurir il y a de cela plusieurs décennies. Selon des statistiques données vers le milieu des années 1980, la seule région parisienne accueillait déjà des centaines de médecins algériens. Depuis, l’hémorragie est allée crescendo. Parmi les élus au départ, nous avons des jeunes fraîchement diplômés de nos universités et envoyés avec une bourse d’études. Certains reviennent pour repartir aussitôt, d’autres ne pensent même pas utiliser leur billet retour. Ils prennent racine dans le pays d’accueil. Comment fonctionne cette machine à « expulser nos élites » ? A l’évidence, elle s’emballe de plus belle au fur et à mesure que la globalisation avance. Ici, un cas d’école sous la forme d’un témoignage vécu par un jeune universitaire algérien en pleine période du terrorisme.

La traque

Tarek vient de décrocher avec brio son diplôme universitaire en électronique. Son excellente performance l’habilite à postuler à une bourse d’études à l’étranger. Il l’obtient et s’inscrit dans une prestigieuse université parisienne. Quatre ans de sacrifices et de joie mêlés le propulsent sur les hautes marches du podium. Diplôme en poche dans une spécialité de pointe, la microélectronique, il affronte les redoutables « chasseurs de têtes ». Une tradition bien établie dans les pays développés où les grandes firmes traquent à la source les grosses pointures. Les propositions d’embauche pleuvent sur notre universitaire algérien devenu une espèce rare. Des émissaires canadiens, français et japonais lui font des avances alléchantes. Il demande à réfléchir. Sa décision est prise depuis longtemps : revenir au pays s’acquitter du devoir moral qui le lie à sa tutelle.

Avant son départ pour l’étranger, Tarek a signé un contrat qui stipule qu’il doit travailler pendant sept ans au bénéfice de l’université algérienne. Une fois éteints les lampions de la fête du retour concoctée par ses parents, notre jeune spécialiste s’engouffre dans un taxi. Destination le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Il est reçu par le responsable de la coopération qui prend note de ce retour. Il l’oriente vers son université d’origine, l’USTHB de Bab Ezzouar. Il y rencontre le vice-recteur chargé de la pédagogie. Le bureau est imposant et donne l’impression de respirer l’autorité et le sérieux. Nenni ! Le monsieur en costume- cravate le mitraille de questions sur des renseignements personnels qu’il transcrit sur un immense registre. Il insiste sur son adresse où il pourra recevoir un éventuel courrier. Tarek est invité à rentrer chez lui pour attendre une convocation. Il tente une question : « Quelle sera la durée de cette attente ? » « Cela dépend du contexte. J’ai des camarades à toi qui attendent depuis huit mois », répond le haut fonctionnaire. Lui qui croyait que le pays allait lui ouvrir les bras, le voilà ligoté par la déception.

« Mon diplôme n’intéresse personne »

Il tente une dernière opération et remonte au ministère pour leur avancer une proposition lumineuse. Il demande une rallonge d’une année d’études pour revenir avec une habilitation à encadrer des post-graduations sur place en Algérie. Cela évitera l’envoi de boursiers et fera économiser des devises au Trésor public. La réponse est négative. Le responsable l’oriente vers le ministère des Affaires étrangères, seule institution qui a les prérogatives de lui accorder la rallonge d’une année.

De l’entrevue qui en a découlé, Tarek ressort la mine épanouie. Il rejoint vite le domicile familial et annonce à ses parents : « Je me sens délivré d’un grand poids. Je ne suis plus redevable à mon pays. Mon diplôme n’intéresse personne... » Il prend le téléphone et contacte « le chasseur de neurones » français. Depuis une dizaine d’années, Tarek est devenu professeur des universités et sillonne les grandes capitales pour donner des conférences ou encadrer des séminaires sur la microélectronique. Sa rémunération mensuelle atteint parfois l’équivalent d’une année de salaire de ses collègues restés au pays. Après le pétrole, l’Algérie affiche ses ambitions : pousser au maximum de ses capacités la machine à exporter les neurones.

Par El Watan

noubat
03/03/2007, 16h29
tous les pays du tiers monde sont devenus exportateurs de neurones .

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