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Voir la version complète : Deneuve aime l'argent de Khalifa, moins Khalifa


morjane
07/03/2007, 05h41
Pour le journal français le Monde, qui s'associe à la célébration des cinquante années de cinéma de la star, il y a bien une « méthode Deneuve » qui gère aussi bien son image, ses biographies, son argent et sa carrière. Pour les Algériens, l'icône française est surtout un épisode de l'affaire Khalifa et la « méthode Deneuve » consiste à expliquer qu'elle ne regrette pas d'avoir pris l'argent du Golden-Boy mais de l'avoir fréquenté.

Dans un double article qui salue l'une des plus « solides » actrice française du panthéon de l'hexagone, le journal français a réussi un beau portrait de Catherine Deneuve, présentée comme une belle histoire du cinéma français, une dame discrète et une habile gestionnaire de ses propres «images» publiques. Le bonheur de l'actrice se résume à sa collection : son immeuble dans le 6ème arrondissement, sa modestie illustrée par son nom dans l'annuaire téléphonique, ses habitudes au restaurant de son quartier, sa fille et sa pugnacité face au «viol» de sa vie privée.

Catherine Deneuve, dont la cinémathèque française va fêter à partir du 07 mars la longue rétrospective de carrière, n'aime pas en effet les scandales, les paparazzis, «ces chiens de guerre» comme elle les a qualifié, les patrons de journaux à scandale Khalifa et les dîners avec Abdelaziz Bouteflika. Cité dans le cadre de l'enquête «française» sur Rafik Khalifa en janvier 2005, la star internationale a finit, on s'en souvient, par avouer qu'elle avait joué le jeu de la promotion de cet empire en procès aujourd'hui à Blida, pour une «modique» enveloppe. Un cachet de 45000 euros affirment certaines sources, un peu moins expliquera un avocat de l'actrice, mais une somme qu'elle avait quand même choisi de ne pas déclarer au fisc de son pays.

L'icône française que l'on tente de présenter presque comme une victime de l'escroc algérien, était présente dans la longue liste des stars venues se faire payer la promotion du réfugié londonien. «Le chanteur Sting et son épouse, mais aussi Bono, Patrick Bruel, Gérard Depardieu ou Mélanie Griffith ont eux aussi cédé aux sirènes Khalifa» justifient les auteurs de l'article du Monde. «Ils se sont fait berner, gruger, oui, bien sûr », commente l'ancien ministre socialiste de la culture, Jack Lang. « Certes, lui-même en fut : « Mais moi, ce n'est pas pareil : j'avais été invité par Hervé Bourges...» rapporte, en seconde main, le même journal. Le comble dans ce plaidoyer de « défense » qui blanchit l'actrice française, reste pourtant cette logique du « si elles avaient su ». «Si elles avaient su, bien des stars - et pas seulement Catherine Deneuve - auraient renoncé à aller à Alger le 28 février 2002, pour le dîner de gala organisé par l'homme d'affaires alors vedette du régime algérien, Rafik Khalifa !

Pas plus qu'elles ne se seraient rendues à Cannes le 3 septembre de la même année, pour fêter le lancement de Khalifa-TV, la chaîne de télévision du golden boy algérien - aujourd'hui poursuivi par la justice, après les faillites en cascade de toutes ses sociétés » poursuivent les auteurs de l'article. L'enveloppe et l'évasion fiscale n'ayant donné à l'époque sur aucune poursuite pénale, il était presque temps donc de retourner la tendance et de « sauver » l'icône française en la présentant comme une victime de « l'algérien », autant que les milliers de petits déposants de cet empire et ses clients et épargnants algériens. Les regrets de Catherine Deneuve, « n'est pas d'avoir touché de l'argent pour sa prestation » selon le Monde.

« Non, ce qui l'ennuie surtout, dans l'affaire Khalifa, ce n'est pas l'argent. A Alger, explique-t-elle, lors du fameux gala organisé à l'issue d'un match de football entre l'OM et l'équipe nationale algérienne, « il ne devait pas y avoir Bouteflika. C'était un événement sportif, mais il a été récupéré politiquement ». Elle, dont les engagements militants sont anciens et discrets, ne l'a pas digéré. « C'était sans doute une erreur d'accepter. On a payé le prix »
Pas en argent puisqu'elle a quand même encaissé l'enveloppe autant que les autres stars, mais en « image », ce qui reste presque un luxe face aux drames des victimes algériennes de l'empire de Abdelmoumène.

Une acrobatie émotionnelle que de ce coté-ci de la méditerranée on va certes beaucoup apprécier et surtout interpréter comme une belle pirouette de sauvetage médiatique à l'ancienne : c'est la faute à l'arabe, même si cet arabe a payé et bien payé ! Catherine Deneuve concluant que « pour moi, la pureté s'exerce dans mes choix de cinéma », pas ailleurs. On l'aura donc compris.

Par Kamel Daoud, Quotidien d'Oran

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