Thirga.ounevdhou
15/03/2007, 15h32
J’ai beaucoup aimé la phrase de Lounès MATOUB : "Nâemmed ad negrent tudrin wala ad yengar lasel" (Nous concèderont la disparition des villages kabyles que celle de notre race…Cela veut beaucoup dire....
La robe Kabyle fait parties de nos traditions et notre patrimoine, que nous devons aussi proteger et valoriser....Elle est de plus en plus jolie avec ses belles couleurs et deffs models (selon les regions de la Kabylie)…Mais Est-ce que changer la forme et adapter la robe (tout en continuant en faire aussi selon l’ancien model, perso j’aime beaucoup) aux hautes coutures d’aujourd’hui, et sans autant perdre de son âme ou son charme et sa beauté…..c’est lui porter atteinte? D’ailleurs la même chose se fait avec les autres tenues traditionnelles du pays…N’est ce pas une meilleur façon d’exporter notre culture ? qu’en pensez vous….?
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« Porter atteinte à la robe kabyle c’est porter atteinte à nos bijoux traditionnels »
Pour la celebration du 08 mars, *********** a choisi de nous présenter, Melle. Zahia YEFSAH, originaire de Tala Amara (Tizi Rached, Tizi Ouzou, Kabylie), elle est spécialiste de la couture kabyle traditionnelle, découvrons-la ensemble.
*********** : Pour commencer, présentez-vous à nos lecteurs ?
Zahia YEFSAH : Je m’appelle Zahia YEFSAH, une Kabyle imprégnée de la culture berbère dans toutes ses dimensions, je suis spécialiste de la couture kabyle traditionnelle. Je suis native de Tala Amara, dans la commune de Tizi Rached (Tizi Ouzou, Kabylie).
*********** : Que pouvez-vous nous dire à propos de votre passion pour la couture et, spécialement, celle des robes kabyles ?
Zahia YEFSAH : J’admire et j’apprécie tout ce qui est artisanal. D’ailleurs, j’ai réalisé mon premier ouvrage artistique à l’âge de 8 ans, c’était une petite corbeille à base de l’alfa et de sachets en plastique, le motif de décoration était mon nom !
Je touche, à peu près, à tout, du crochet à la borderie berbère en passant par le tissage de tapis, la peinture sur soie… J’aime beaucoup la décoration, c’est de là que vient ma passion pour la couture et spécialement celle des robes kabyles. Pour moi, travailler avec les couleurs, c’est s’inspirer et découvrir la robe de chaque région.
*********** : Pouvez-vous nous faire un tour d’horizon des différents modèles de robes kabyles qui changent d’une région et même à l’intérieur de la Kabylie ?
Zahia YEFSAH : Mes recherches ne sont pas encore assez approfondies à ce sujet, mais je peux, tout de même, vous faire un tour d’horizon d’une façon non exhaustive bien sûr.
La robe chaoui est longue, ample, elle diffère de celle de la Kabylie par le découpage spécial de son corsage et puis, elle n’est pas assez chargée de rubans, juste deux voir trois, là, « Timehremt » ou « Fouta » n’a plus d’utilité alors.
Celle de la Kabylie a une découpe unique et la « Timehremt » s’impose, la différence d’une région à une autre réside dans le style de décoration.
La robe kabyle d’Iwadhiyen (Ouadhias) reste la plus connue, elle est très chargée en dentelles de soie, de zigzags colorés, les règles de mariage des couleurs y sont bien précises.
Les robes d’At Ouacif et d’At Yanni se ressemblent par la forme de l’encolure peu chargée de rubans, la « Timehremt » qui l’accompagne est d’une couleur qui penche vers le noir et reste très peu décorée aussi.
La robe des At Douala est très chargée, les motifs qui y sont utilisés sont ceux, généralement, utilisés dans l’artisanat, ils possèdent des significations assez profondes.
Celle de la région d’Iâezzugen (Azazga) et de Bouzegan est chargée de bouclettes souvent brillantes et de différents motifs géométriques.
Mais toutes ces robes ont une chose en commun, elles sont toutes belles, comme on dit en Kabyle : « D izedjigen akw, mkul azedjig s lqima-s » (Elles sont comme des fleurs, à chacune sa propre valeur).
*********** : Ne pensez-vous pas qu’un travail de recherche s’impose dans ce domaine ?
Zahia YEFSAH : Si je vous ai dit plus haut que mes recherches n’étaient pas encore approfondies, c’est que j’y travaille encore ! Il faut dire aussi que j’ai pu dénicher une idée sur la tenue féminine de la très ancienne époque.
On l’appelait « Thidhilt », elle est faite avec de la laine de mouton, tissée très finement, elle est composée de deux pièces en longueur, l’une devant l’autre, assemblées, au dos, par deux bijoux : Ibzimen (Fibules) et, bien sûr, elle possède un fond fermé sur les côtés par un large ceinturon appelé : « Agous n tarayul ».
*********** : Vous vous êtes illustrés par la création de modèles de robes avec des touches bien à vous, pouvez-vous nous en parler ?
Zahia YEFSAH : Oui, effectivement, par un subtil mariage des couleurs chacune d’elles reflète quelque chose qui vient de la nature. L’application des rubans a été réalisée de manière très simple, à l’image de celles d’autrefois.
Par exemple, sur la robe de couleur blanche, je n’ai utilisé que quatre couleurs, celles qu’on trouve dans le drapeau berbère et sur nos bijoux traditionnels, il s’agit du vert nature, du bleu ciel, du jaune soleil et du rouge corail
*********** : Certaines couturières, en manque d’inspiration, conçoivent la robe kabyle « moderne » avec des décolletés et autres dénudations, qu’en pensez-vous ?
Zahia YEFSAH : Lounès MATOUB a dit : « Nâemmed ad negrent tudrin wala ad yengar lasel » (Nous concèderont la disparition des villages kabyles que celle de notre race). Alors, une robe kabyle avec des décolletés et des dénudations, c’est ça la « modernité » ? Je ne pense pas !
Pour moi, c’est du travail bafoué à la limite du ridicule, mais qui, malheureusement, menace de faire disparaître tout un patrimoine, une paire de pigeons blessés par une seule pierre !
*********** : « Une paire de pigeons blessés par une seule pierre », que voulez-vous dire ?
Zahia YEFSAH : Pour moi, porter atteinte à la robe kabyle c’est porter atteinte à nos bijoux traditionnels, ils vont ensemble, il s’accomplissent, jamais l’un sans l’autre, ce n’est pas une erreur ou un fait du hasard si nos aïeux les ont réunis !
De l’eau est passée sous les ponts depuis que la robe kabyle fut crée, on pourrait, à volonté, y ajouter sa propre touche personnelle, mais pas en supprimant une partie ou toute un pont de celle-ci.
Le pantalon avec bustier, la robe droite bien serrée avec une grande fonte sur le côté, une robe dont le corsage est coupé en biais avec bretelles, une robe de princesse, une robe à bretelles, tous ces ouvrages décorés de zigzags ne sont pas des « robes kabyles modernes », car, dans ce cas de figure, on pourrait décorer un maillot de bain avec des zigzags et le nommer « robe kabyle de plage » !?!
Dans la collection que je vous présente, la robe bleue, est faite dans un tissu où sont imprimés des motifs berbères en couleur, je l’ai décoré de bouclettes et de zigzags, tout en gardant les portions de la robe kabyle de base, mais on serait obligé de la porter avec des bijoux de fantaisie donc, elle est tout à fait moderne.
[...]
La robe Kabyle fait parties de nos traditions et notre patrimoine, que nous devons aussi proteger et valoriser....Elle est de plus en plus jolie avec ses belles couleurs et deffs models (selon les regions de la Kabylie)…Mais Est-ce que changer la forme et adapter la robe (tout en continuant en faire aussi selon l’ancien model, perso j’aime beaucoup) aux hautes coutures d’aujourd’hui, et sans autant perdre de son âme ou son charme et sa beauté…..c’est lui porter atteinte? D’ailleurs la même chose se fait avec les autres tenues traditionnelles du pays…N’est ce pas une meilleur façon d’exporter notre culture ? qu’en pensez vous….?
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« Porter atteinte à la robe kabyle c’est porter atteinte à nos bijoux traditionnels »
Pour la celebration du 08 mars, *********** a choisi de nous présenter, Melle. Zahia YEFSAH, originaire de Tala Amara (Tizi Rached, Tizi Ouzou, Kabylie), elle est spécialiste de la couture kabyle traditionnelle, découvrons-la ensemble.
*********** : Pour commencer, présentez-vous à nos lecteurs ?
Zahia YEFSAH : Je m’appelle Zahia YEFSAH, une Kabyle imprégnée de la culture berbère dans toutes ses dimensions, je suis spécialiste de la couture kabyle traditionnelle. Je suis native de Tala Amara, dans la commune de Tizi Rached (Tizi Ouzou, Kabylie).
*********** : Que pouvez-vous nous dire à propos de votre passion pour la couture et, spécialement, celle des robes kabyles ?
Zahia YEFSAH : J’admire et j’apprécie tout ce qui est artisanal. D’ailleurs, j’ai réalisé mon premier ouvrage artistique à l’âge de 8 ans, c’était une petite corbeille à base de l’alfa et de sachets en plastique, le motif de décoration était mon nom !
Je touche, à peu près, à tout, du crochet à la borderie berbère en passant par le tissage de tapis, la peinture sur soie… J’aime beaucoup la décoration, c’est de là que vient ma passion pour la couture et spécialement celle des robes kabyles. Pour moi, travailler avec les couleurs, c’est s’inspirer et découvrir la robe de chaque région.
*********** : Pouvez-vous nous faire un tour d’horizon des différents modèles de robes kabyles qui changent d’une région et même à l’intérieur de la Kabylie ?
Zahia YEFSAH : Mes recherches ne sont pas encore assez approfondies à ce sujet, mais je peux, tout de même, vous faire un tour d’horizon d’une façon non exhaustive bien sûr.
La robe chaoui est longue, ample, elle diffère de celle de la Kabylie par le découpage spécial de son corsage et puis, elle n’est pas assez chargée de rubans, juste deux voir trois, là, « Timehremt » ou « Fouta » n’a plus d’utilité alors.
Celle de la Kabylie a une découpe unique et la « Timehremt » s’impose, la différence d’une région à une autre réside dans le style de décoration.
La robe kabyle d’Iwadhiyen (Ouadhias) reste la plus connue, elle est très chargée en dentelles de soie, de zigzags colorés, les règles de mariage des couleurs y sont bien précises.
Les robes d’At Ouacif et d’At Yanni se ressemblent par la forme de l’encolure peu chargée de rubans, la « Timehremt » qui l’accompagne est d’une couleur qui penche vers le noir et reste très peu décorée aussi.
La robe des At Douala est très chargée, les motifs qui y sont utilisés sont ceux, généralement, utilisés dans l’artisanat, ils possèdent des significations assez profondes.
Celle de la région d’Iâezzugen (Azazga) et de Bouzegan est chargée de bouclettes souvent brillantes et de différents motifs géométriques.
Mais toutes ces robes ont une chose en commun, elles sont toutes belles, comme on dit en Kabyle : « D izedjigen akw, mkul azedjig s lqima-s » (Elles sont comme des fleurs, à chacune sa propre valeur).
*********** : Ne pensez-vous pas qu’un travail de recherche s’impose dans ce domaine ?
Zahia YEFSAH : Si je vous ai dit plus haut que mes recherches n’étaient pas encore approfondies, c’est que j’y travaille encore ! Il faut dire aussi que j’ai pu dénicher une idée sur la tenue féminine de la très ancienne époque.
On l’appelait « Thidhilt », elle est faite avec de la laine de mouton, tissée très finement, elle est composée de deux pièces en longueur, l’une devant l’autre, assemblées, au dos, par deux bijoux : Ibzimen (Fibules) et, bien sûr, elle possède un fond fermé sur les côtés par un large ceinturon appelé : « Agous n tarayul ».
*********** : Vous vous êtes illustrés par la création de modèles de robes avec des touches bien à vous, pouvez-vous nous en parler ?
Zahia YEFSAH : Oui, effectivement, par un subtil mariage des couleurs chacune d’elles reflète quelque chose qui vient de la nature. L’application des rubans a été réalisée de manière très simple, à l’image de celles d’autrefois.
Par exemple, sur la robe de couleur blanche, je n’ai utilisé que quatre couleurs, celles qu’on trouve dans le drapeau berbère et sur nos bijoux traditionnels, il s’agit du vert nature, du bleu ciel, du jaune soleil et du rouge corail
*********** : Certaines couturières, en manque d’inspiration, conçoivent la robe kabyle « moderne » avec des décolletés et autres dénudations, qu’en pensez-vous ?
Zahia YEFSAH : Lounès MATOUB a dit : « Nâemmed ad negrent tudrin wala ad yengar lasel » (Nous concèderont la disparition des villages kabyles que celle de notre race). Alors, une robe kabyle avec des décolletés et des dénudations, c’est ça la « modernité » ? Je ne pense pas !
Pour moi, c’est du travail bafoué à la limite du ridicule, mais qui, malheureusement, menace de faire disparaître tout un patrimoine, une paire de pigeons blessés par une seule pierre !
*********** : « Une paire de pigeons blessés par une seule pierre », que voulez-vous dire ?
Zahia YEFSAH : Pour moi, porter atteinte à la robe kabyle c’est porter atteinte à nos bijoux traditionnels, ils vont ensemble, il s’accomplissent, jamais l’un sans l’autre, ce n’est pas une erreur ou un fait du hasard si nos aïeux les ont réunis !
De l’eau est passée sous les ponts depuis que la robe kabyle fut crée, on pourrait, à volonté, y ajouter sa propre touche personnelle, mais pas en supprimant une partie ou toute un pont de celle-ci.
Le pantalon avec bustier, la robe droite bien serrée avec une grande fonte sur le côté, une robe dont le corsage est coupé en biais avec bretelles, une robe de princesse, une robe à bretelles, tous ces ouvrages décorés de zigzags ne sont pas des « robes kabyles modernes », car, dans ce cas de figure, on pourrait décorer un maillot de bain avec des zigzags et le nommer « robe kabyle de plage » !?!
Dans la collection que je vous présente, la robe bleue, est faite dans un tissu où sont imprimés des motifs berbères en couleur, je l’ai décoré de bouclettes et de zigzags, tout en gardant les portions de la robe kabyle de base, mais on serait obligé de la porter avec des bijoux de fantaisie donc, elle est tout à fait moderne.
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