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Voir la version complète : Kamel Daoud Quelques idées avant le prochain Vendredi


nacer-eddine06
08/04/2019, 18h33
Ce n’est pas l’heure du bilan, mais de la mise au point. Personnelle. Du regard sur soi. Résumons :

1-L’Armée. C’est un obstacle et un outil. Un allié mais aussi une tentation politique. L’armée a toujours été un problème pour les démocraties naissantes. Dans notre cas elle est convaincue de son rôle de tuteur, de protecteur. Elle a sa mystique, presque féodale. Elle est née avant le pays et se croit être son aînée. D’où le malentendu. Mais une armée forte est un gage de sécurité pour les Algériens. Ils perçoivent cette armée comme la leur, pas comme celle de Gaïd. La démocratie est-elle bonne pour une armée ? Oui : elle la rend plus forte, soutenue. Une armée qui a pour adversaire son propre peuple ne gagne jamais. Ni à l’intérieur, ni à l’extérieur. L’armée va-t-elle accepter la nouvelle démocratie ? Peu sûr. Ou difficilement. La démocratie est un droit de regard sur les budgets, les contrats internationaux, les fils du général, les biens et les pensées. On verra. Pour le moment la nôtre a chassé un dictateur. Il ne faut pas qu’elle cède à l’idée qu’elle est propriétaire du Palais qu’elle a libéré. Si Gaïd le tente, il faudra qu’il accepte de subir le sort de son ex-ami un jour ou l’autre. Celui qui vient avec des chars repart dedans un jour.

2-Les islamistes : ils sont là. A peine sous la figure antique du Benhadj en treillis, des hystériques du Fis. Non, c’est plus sournois, plus rusé. Plus expérimentés. Une sorte de populo-islamisme que les médias, les journaux, Echourouk et Ennahar & Cie, de ce champs ont aidé à fabriquer. Une population méfiante, confondant l’identitaire et l’identité, repliée sur soi, paranoïaque parfois. Mais menée en sourdine par les aînés. On le sent, on le voit sur les réseaux. Ils sont là dans l’attente d’un grand choix : s’allier à l’armée pour encore sous-traiter, ou s’afficher avec le risque d’être décapités. Ils sont à Londres, ailleurs, mais en nous. Il suffit de parler des droits des femmes pour les voir revenir avec les dents et les insultes. La femme est une monture, Allah est une propriété, l’identité et l’authenticité c’est eux, ceux qui ne sont pas eux ne sont pas algériens, ni musulmans, ni des êtres humains. Ils sont habitués à voler les Révolutions des autres, mais cette fois ils ne savent comment faire. Ils attendent en faisant semblant de prier. Que faut-il en faire ? ne pas baisser les yeux devant eux. Leur expliquer que s’ils veulent vivre dans ce pays ils doivent y vivre comme des citoyens, pas comme les fils uniques d’Allah.

3- Le leadership. Lutte féroce. D’un côté le Régime encourage un «dégagisme» idiot, insultant, irrévérencieux envers nos figures comme Saïd Sadi dernièrement, de l’autre les néo-islamistes font le reste du travail : discrédits, campagnes de diffamation et de dénigrement, procès, inquisitions. Le but est de casser la légitimité des gens qui ont fait et préparé cette révolution pour ensuite présenter leur propres leaders. La Révolution tire sa force de cette absence de leaders mais y retrouve sa faiblesse : sans tête, on va se retrouver avec un général ou un émir reconverti. L’un qui se prendra pour un chahid 54 et l’autre pour Dieu contre Koreich.
- Cette génération d’islamo-populiste est composée, en partie, de gens de bonne foi qui croient que croire suffit pour avoir la vérité et pour l’imposer aux autres, conditionnés à confondre nombrilisme et patriotisme, Allah et la télécommande, identité et insulte, la France et le visa, le monde et Errissala. L’autre cercle est plus rusé. Ce sont les «formateurs». Ils scandent le mouvement, de Londres ou d’ailleurs, le guide et attendent l’heure du retour façon Khomeyni. Il nous faudra une révolution culturelle et éducationnelle pour un jour contrer cette tendance et construire un pays, une école et une souveraineté basés sur les récoltes et l’effort et le respect des lois.

4-Le nombrilisme. Il s’exprime par un centralisme algérois qui reproduit dans les esprits ce que le Régime incarnait par la force. Alger c’est l’Algérie. Le reste c’est un écho. Il se traduit par cette auto-glorification qui pousse certains à insulter, se prendre pour des Martyrs, refaire la bataille d’Alger mais avec la salive. Cette Révolution est belle, mais il fallait deux choses pour quelle arrive : des gens qui nous disent que nous étions soumis et qui nous ont fait rêver de liberté en nous tendant le miroir de nos indignités, et des gens qui y croyaient quand tous baissaient la tête et le pantalon et qui ont gardé vive la métaphore du courage par leur corps, leurs morts et leur fierté. Aujourd’hui, on en arrive à insulter, parfois, les deux et c’est mauvais. Faire une révolution équivaut à peine à mettre des chaussures pour enfin commencer à courir et construire pour, un jour, pouvoir marcher sur la lune. Le pays va changer et il va falloir le reconstruire. On ne le fera ni avec le nombrilisme, ni avec les subventions, ni avec les chants.

5-La femme. La femme est l’avenir de l’homme ? Oui, quand on mérite d’être un homme. C’est-à-dire quand on est l’égal, enfin, de la femme. La virulence de la misogynie de certains Algériens est désastreuse. Elle salit une révolution entière. Une révolution est un accouchement et les femmes y sont le ventre. A quoi sert de chasser Bouteflika si c’est pour le remplacer auprès des femmes ? A quoi sert de demander la liberté si c’est pour la refuser à la femme ? Ce n’est pas le moment ? Donc c’est le moment pour changer un pays mais pas pour changer de mentalité ? C’est le moment de penser qu’on peut insulter les femmes et les agresser parce que ce n’est pas le moment de répondre à ceux qui l’osent ? Si ma fille n’est pas libre dans ce pays dans les années à venir, ce pays n’est pas le mien. Et la liberté de ma fille passe avant le reste. C’est son moment et je suis le moment qui va lui permettre son futur.

6-Il nous faut reconstruire l’exactitude qui est meilleure que la Vérité. L’effort qui est meilleur que l’enthousiasme. La justice à ne pas confondre avec les procès. La différence qui n’est pas attentatoire à l’unité. Le travail qui n’est pas synonyme de ruse. La dignité qui n’est pas une excuse pour la paresse. La lucidité qui n’est pas une insulte. La fierté qui n’est pas de la vanité. Le droit de chercher un dieu qui n’est pas la prétention de l’avoir trouvé. Le désir qui n’est pas la perte de soi. La confiance en l’autre qui n’est pas une faiblesse.

7-Il faut continuer. On a prouvé qu’on peut espérer malgré la peur. Marcher malgré les interdits. On peut tenir tête même à nos faiblesses. On peut construire un vrai pays pour nos enfants. Kamel Daoud - Le Quotidien d'Oran aujourd'hui

Bachi
08/04/2019, 18h43
Que de vérités ! ...

lala-moulati
08/04/2019, 18h58
Ya daoud rak tahleb mour tasse

L’Armée est pour l'instant THE problem et l'a toujours été puisque elle se mêle de la politique, vu son rôle central au sein du pouvoir algérien, elle fait et défait les présidents. Quand je dis l'armée je ne parle pas de l'institution en tant que telle, mais des généraux et colonels qui prennent l’Algérie pour leur propriété privée, et veulent a tout prix la transformer en base militaire. Win trouh al aasker!

Et depuis l’indépendance cette armée maderte hata guirra. La raison est simple, on est pas assez moderne, apolitique ni démocrate pour faire partie d'un quelconque agglomérat sur l’échiquier mondial.

Personne ne voudra faire une guerre frontale avec l`Algérie, dans quel intérêt? si il y a une guerre terrestre ça va être le chaos qui va se répercuter sur l’Europe du sud, et qui va certainement éclabousser la France. Notre ennemi historique veille à ce que ce genre de scénario ne se produise pas. Mais une guerre contenue et bien encadrée entre algériens est possible; et même un souhait, pour que le système dure.

Les islamistes, le bourourou, n'est pas le problème de l`Algérie.

Le grand danger c'est cette mafia qui ne veut pas comprendre que le peuple en a marre de la dictature. lazem itabgou

infinite1
08/04/2019, 21h36
Si jusque la « révolte » de la rue demeure une contestation pacifique, un mérite qu’il faut reconnaitre au peuple algérien dans sa globalité pour avoir éviter tout dépassement. Ce qui a donner une révolution pacifique qui a étonner tout le monde à commencer par les plus aigris .

A travers les multiples marches organisées qui ont drainaient des foules immenses fort heureusement aucun incident grave n'est à déploré (à l’exception de la perte du fils de feu Youcef Benkheda, un décès regrettable à bien des égards… dont aucun faire part de condoléance à sa famille émanant du pouvoir, des autorités ou de ce qu’il en reste n’est à signaler à ma connaissance ). Du reste c’ est une très bonne chose, voire la meilleur chose conséquente à cet éveil du peuple dans son ensemble…

Cependant la vigilance est plus que jamais de mise à présent, car s’il n’ est déjà pas facile de gérer une contestation, il est encore plus difficile d’orienter son aboutissement dans un sens positif et dans l’intérêt de tous …
C’est pour cela à mon avis l’institution militaire est la seule habiliter à canaliser cette révolte au sens le plus large du terme dans sa transition vers un changement des meilleurs …

Bien sure ils seront nombreux ceux qui pourrons évoquer à fortiori la main mise de l’armée, des généraux, du DRS, et je ne sais quoi encore sur le destin du pays depuis sont « indépendance ». Moi je dirait qu’il ne faut pas faire dans l’amalgame. Au sein de l’institution militaire nombreux sont ce qui sont lésés tout comme leurs concitoyens civils sinon plus , l’armée n’est pas uniquement composée de « carriéristes » de la rente, et c'est le seul corps constitué qui peut encadrer et éviter tous les débordements qui ne manqueront de faire surface dans les jours à venir...



Arezki HAMOUDI

jawzia
08/04/2019, 21h47
L’Armée est pour l'instant THE problem et l'a toujours été puisque elle se mêle de la politique,
En temps normal de gouvernance, j'aurai souscris à ce constat. Mais dans la phase actuelle et juste le temps de dégager une feuille de route consensuelle et les personnes (tout aussi consensuelles) pour la mener, l'armée est l'allié du peuple.

Le peuple doit s'appuyer sur la force de l'armée pour neutraliser la force de l'argent sale. Parce que la "3issaba" (dont le nombre d'interdits de quitter le territoire a dépassé les 300 personnes) ne va pas rester les bras croisé en attendant sa neutralisation. Elle détient des ressources financières qui en feront une force de nuisance dont vous n'imaginez pas l'ampleur. Les quelques énergumènes qui ont tenté d'agresser quelques manifestants ou qui ont crié quelques slogans de division ne sont même pas une entrée en matière d'une riposte de la 3issaba. Ils sont capables de mettre sur pied une armée de "Baltagias".

Donc que l'armée soit un allié de conjoncture ... tant mieux.

zemfir
08/04/2019, 22h23
Il faut continuer. ..................... On peut construire un vrai pays pour nos enfants. Kamel Daoud

D’ailleurs nous n'avons aucune autre solution si on veut un avenir meilleurs que celui qu'on as vécu depuis 20ans :lol:

mario23
08/04/2019, 23h09
Si ma fille n’est pas libre dans ce pays dans les années à venir, ce pays n’est pas le mien. Et la liberté de ma fille passe avant le reste. C’est son moment et je suis le moment qui va lui permettre son futur.
Toujour aussi lucide et agreable a lire

Aloha
08/04/2019, 23h22
Et depuis l’indépendance cette armée maderte hata guirra. La raison est simple, on est pas assez moderne, apolitique ni démocrate pour faire partie d'un quelconque agglomérat sur l’échiquier mondiall


comme tu as raison lala parfois tu m'impressionnes lala-moulati :twark:
Le choix maintenant est si difficile soit elle fait confiance à son peuple soit elle fait confiance à d'autres choses
vraiment c'est ainsi que je vois les choses
et il ne faut surtout pas ménager la chèvre et le choux ! et penser que certains pays sont nos amis je parle pas de peuples
le choux est pour nos chèvres et nous pourrons avoir des champs infinis de choux !;)

nous sommes un peuple capable de beaucoup très conceptuel et si la confiance est là nous pourrons aller très vite et rattraper beaucoup de retard en tout



difficile pour moi de tout expliquer ...

Aloha
08/04/2019, 23h30
mais bon ils font ce qu'ils veulent ana aayet lorsque je vois samedi des gars vous savez ceux qui sont habillés en kaki et vont aller chercher la police pour empêcher des algériens de débattre pendans 1 ou deux heure c'etait super une sorte d’agora



je me dis ils font ce qu'ils veulent

nedjmala
10/04/2019, 13h55
...

Effectivement et sauf si attentatoire, soutenir, ou affranchir, démocratiquement et souverainement "son" peuple ne peut vouloir valoir indiquer de l'asservir ou de l'assujettir, mais l'histoire n'est pas vaine et la vie est plus saine quand partout et de tous temps, loin des conquêtes et des défaites, subsiste cette idée pacifiste et humaniste, altruiste et réaliste, optimiste et légitimiste, qu'un monde planétaire sera toujours populaire...

merci...

xenon
10/04/2019, 14h00
Kamel Daoud,comme toujours pertinent !

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