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Voir la version complète : Retours sur la Bataille d’Alger


morjane
18/03/2007, 12h29
Cinquante années plus tard, quel bilan établit l’histoire de «la Bataille d’Alger» ? C’est, à tout le moins, l’un des objectifs que s’assigne la journée d’étude portant sur les «Retours sur la Bataille d’Alger» organisée demain sous l’égide du laboratoire SEDET de l’université Paris VII-Diderot.

Initiateur de la rencontre, l’historien Benjamin Stora, -dont on attend ces jours-ci l’ouvrage sur la Guerre des mémoires- relève que «la préoccupation demeure d’assurer les transmissions de mémoire, notamment pour des jeunes Français souvent ignorants des faits». Une dizaine de communications sont inscrites au programme de la journée qui rassemblera quelques-uns des spécialistes de l’histoire du nationalisme algérien et de la guerre d’indépendance, croisera en particulier différentes générations de chercheurs et regards des deux côtés de la mer.

L’année 1957, celle des grandes opérations de parachutistes de Massu contre les populations algériennes de la capitale, sera ainsi passée au crible et, si les questions de la torture ou du rôle de la justice française seront examinées respectivement par Raphaelle Branche et Sylvie Thénault, c’est sous l’angle inédit des résistances au cours de la guerre à l’intérieur même de l’armée française que Charles Jauffret et Tramor Quememeur reviendront sur les événements.

La journée s’arrêtera aussi sur la manière dont cette séquence de la guerre algérienne d’indépendance est transmise par les différentes formes de représentation, notamment par le cinéma, la peinture ou les manuels scolaires. Les éclairages seront donnés par Anissa Bouayad, Lydia Aït Saadi et Benjamin Stora dont il convient de rappeler qu’il avait animé, début février, une «carte blanche» sur le même thème de «la Bataille d’Alger». Les deux dernières séances de la journée permettront de revenir sur la figure de Larbi Ben M’Hidi revisitée par Omar Carlier, alors que Malika Rahal reviendra sur l’assassinat de Me Ali Boumendjel. Pour sa part, Abdelmadjid Merdaci interrogera, en ouverture, «le FLN de/et dans la Bataille d’Alger». Manifestation dense qui abordera sous différents angles, ce que fut l’état du conflit en cette année 1957 et son impact sur les rapports de force sur le terrain.

Au-delà du rite du rappel à la mémoire de l’une des pages les plus sombres et les plus meurtrières pour les Algériens de la guerre d’indépendance, cette journée d’étude prendra place opportunément en contrechamp des thèses récurrentes de ce qu’il faut bien appeler un négationnisme français. Beaucoup se rappelleront, à l’occasion, le cynisme affiché des officiers tortionnaires comme Aussaresses, mais aussi les quelques témoignages rendus publics, comme celui de l’Algérienne Louisette Ighilahriz. La torture fut bien l’un des terrains privilégiés de la guerre contre-révolutionnaire conduite par l’armée française en Algérie et on peut avoir à l’esprit les propos, rappelés en marge du tournage du film Un rêve algérien de Jean-Pierre Lledo, par Henri Alleg, auteur de l’incontournable la Question.

En Algérie même, hors l’ouvrage de Mohamed Lebjaoui, rien n’est venu, depuis le précoce témoignage de Yacef Saadi qui servira de base au film éponyme de Pontecorvo, contribuer à un réel bilan algérien politique et humain de cette séquence.

Par touches, au fil de mémoires éparses se profilent pourtant des fragments d’un vrai débat politique interne à la direction du FLN qui mériterait enfin d’être libéré des peurs et des calculs politiciens.

En mars 1957, le CCE -Comité de coordination et d’exécution issu du Congrès de la Soummam- quittait dans des conditions difficiles Alger, tournant définitivement la page d’une direction de la lutte de l’intérieur du pays, reconfigurant du même coup les terrains et les enjeux de la résistance et subsidiairement des luttes de pouvoir au sein du FLN.

Par La Tribune