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Voir la version complète : Chevron abandonne la bataille du schiste, Total va en profiter


nacer-eddine06
10/05/2019, 15h23
Le pétrolier américain Chevron renonce à surenchérir sur son compatriote Occidental, qui va donc pouvoir acquérir son rival Anadarko. Total devrait reprendre les actifs africains de ce dernier pour près de 8 milliards d'euros. Ils comprennent un projet de gaz naturel liquéfié au Mozambique qui intéresse particulièrement le groupe français.


Occidental veut vendre à Total les actifs africains d'Anadarko pour se concentrer sur le pétrole de schiste aux Etats-Unis.

Brendan McDermid/Reuters

Par Vincent COLLEN


Le patron de Total, Patrick Pouyanné, répète qu' il n'est pas intéressé par le pétrole de schiste américain . Cela ne l'empêche pas de profiter, indirectement, du mouvement de consolidation qui s'est emparé du secteur pétrolier aux Etats-Unis depuis le mois dernier. Le groupe français s'est invité dans la bataille boursière entre deux compagnies américaines, Chevron et Occidental, qui cherchent à s'emparer de leur compatriote Anadarko.

Jeudi, Chevron a jeté l'éponge. Le numéro deux américain du pétrole ne surenchérira pas sur l'offre d'Occidental, estimant que cela serait trop coûteux. Quelques heures plus tard, le conseil d'administration d'Anadarko a annoncé qu'il acceptait l'offre d'Occidental. Sauf surprise, Anadarko devrait donc se faire racheter par Occidental, pour 55 milliards de dollars, reprise de dette comprise. Or, Total a signé la semaine dernière un accord avec Occidental qui devrait se concrétiser lorsque la fusion sera effective. Le pétrolier français s'est engagé à racheter les actifs africains d'Anadarko qu'Occidental veut vendre pour réduire la facture de l'opération et se concentrer sur ce qui l'intéresse le plus dans cette acquisition : le schiste aux Etats-Unis .

La plus grosse acquisition depuis Elf
Il s'agit d'une opération de grande envergure pour Total. A 8,8 milliards de dollars (près de 8 milliards d'euros), elle représenterait l'acquisition la plus importante de la major tricolore depuis celle d'Elf, il y a près de vingt ans. Elle est comparable à celle du danois Maersk Oil finalisée l'an dernier pour 7,5 milliards de dollars.

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Potentiel important au Mozambique
Les actifs que Total est prêt à reprendre comprennent des champs de pétrole en Algérie et au Ghana ainsi qu'une participation de 26,5 % dans un projet de gaz naturel liquéfié (GNL) au Mozambique. La production des champs algériens et ghanéens devrait s'élever à un peu moins de 100.000 barils par jour ces prochaines années, ce qui augmenterait de plus de 3 % la production du groupe français, prévoient les analystes de HSBC.

Mais c'est le projet au Mozambique, dont le démarrage est prévu en 2024, qui offre le potentiel le plus important. Il représente la moitié de la valeur des activités africaines d'Anadarko, selon les calculs de RBC Capital Markets. Ce projet prévoit la construction d'une usine pour liquéfier le gaz pompé au large des côtes mozambicaines, au fond de l'Océan indien, d'une capacité de 12,8 millions de tonnes par an.

Cette capacité pourra être augmentée par la suite vu le potentiel énorme des réserves découvertes par Anadarko en 2010. La compagnie américaine a déjà signé des contrats avec plusieurs clients qui se sont engagés à acheter le GNL qui sera produit au Mozambique, dont le français EDF.

Sept projets dans le GNL
Total était l'acheteur le plus évident pour ces activités qui le renforcent dans trois de ses axes stratégiques : le GNL (dont il est le numéro deux mondial derrière Shell), l'offshore profond et l'Afrique.

Pourquoi Total reste à l'écart du schiste américain
Une fois les 8,8 milliards déboursés, l'ensemble sera « autofinancé » aux cours actuels du baril de brut, souligne HSBC : les cash-flows dégagés par l'Algérie et le Ghana permettront de couvrir les investissements nécessaires pour le Mozambique. « Total a l'un des bilans les plus solides du secteur et cela permet à la compagnie d'être opportuniste lorsque de tels deals apparaissent », commentent les analystes de RBC. L'endettement net du pétrolier français passerait de moins de 20 % de ses fonds propres aujourd'hui à près de 23 % après l'acquisition, a calculé UBS.

Warren Buffett, l'autre gagnant
Avec cette acquisition, Total n'aura pas moins de sept projets en attente de décision finale d'investissement dans le gaz. « Cela complète bien le portefeuille GNL de Total qui manque d'une présence en Afrique de l'Est », relève encore HSBC. La côte orientale du continent est intéressante parce que proche des marchés asiatiques qui sont le premier débouché du gaz liquéfié .

L'autre gagnant indirect de la bataille boursière pour Anadarko, c'est Warren Buffett. Le milliardaire américain a promis d'investir 10 milliards de dollars dans le capital d'Occidental pour l'aider à financer l'acquisition, en échange d'actions de préférence assorties d'un généreux rendement de 8 %.

Vincent Collen

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