PDA

Voir la version complète : Les faux officiers en Algérie


lamia14
20/03/2007, 10h31
Qui se fait passer pour qui ?

par KamelDaoud

Ils sont faux, mais leur histoire est vraie: il s'agit de ces faux officiers, faux généraux, faux colonels du DRS et faux fils de généraux que l'Algérie arrête de temps à autre dans les profondeurs du pays parce que leur maquillage a coulé. Signe clinique de l'époque, ils semblent soit devenir de plus en plus nombreux, soit être de plus en plus malhabiles au point de se faire démasquer plus rapidement et plus fréquemment, soit faire les frais de la réelle séparation de l'armée et de la vie politique en se retrouvant tout nus au beau milieu du terrain autrefois mal éclairé. On ne saurait trancher. S'étant officiellement retirée dans les casernes, l'armée leur a peut-être ôté ce camouflage propice des confusions qui les aidait en affaires. Ceci étant dit, il y a quand même matière pour une bonne enquête psychologique: pourquoi suffit-il d'une fausse carte, d'une façon de parler, d'un regard, d'un portable et d'une façon de s'asseoir dans le bureau d'un responsable en lui donnant l'impression que c'est lui qui est reçu et invité, pour rouler sa victime ? Qu'y a-t-il dans la mécanique mentale du civil algérien qui le pousse à se faire hypnotiser comme un animal par les phares d'un véhicule la nuit, à chaque fois qu'il croit croiser l'ANP en croisant un homme qui parle en sous-entendu avec le sous-titrage d'un sourire non déchiffrable ? Réponse: une longue histoire d'amalgame: un faux officier ne peut se faire passer pour un vrai que dans un pays qui croit que l'ANP s'est trop longtemps fait passer pour l'Etat, où l'Etat s'est fait passer pour l'Algérie et où l'Algérie s'est fait passer pour un pays libre et où les chiffres peuvent se faire passer pour le réel et le réel pour l'ENTV. Résultat ? Une croyance ancrée qu'il existe un pays derrière le pays où il fait meilleur de vivre et où les choses coûtent moins cher.

C'est le syndrome du contournement de la chaîne d'attente dans les Souk El Fellah d'autrefois. Ainsi ce que propose un escroc qui se fait passer pour un officier, c'est de vous faire passer dans le dos du pays, de vous raccourcir le chemin (où la carrière dans le cas d'une mésentente) et de vous faire parvenir plus vite là où vous ne méritez même d'être peut-être. La force d'un faux colonel est la même que celle d'un vrai Khalifa Abdelmoumène: même après la décolonisation, il reste dans l'âme de beaucoup d'Algériens une prédisposition à la colonisabilité qui les fait céder soit à la rapine, soit à la cupidité, soit à l'imbécillité, soit à la peur. Un faux officier a l'histoire algérienne pour lui et la loi contre lui. Beaucoup d'Algériens, las de leur propre destin ou ayant compris qu'il est plus intelligent de mieux comprendre, préfèrent le croire que croire ce qu'ils voient. Question: un civil peut-il rouler de faux officiers ? Oui, disent les bouteflikistes: Bouteflika l'a fait et c'est donc possible. Sauf que lui il est élu alors que les Algériens ne le sont pas tous. D'ailleurs, même ceux qui sont élus ne croient pas qu'ils l'ont été par leurs électeurs. Est-ce la faute de l'ANP ? Non. C'est la faute à son image: elle n'en a pas au point où chacun peut se faire passer pour elle. La preuve est que dans les registres des escroqueries, on a rarement arrêté un faux ministre ou un faux wali. Ce n'est pas la faute du peuple non plus: on comprend qu'il ait choisi de croire un faux officier qui se prétend être un vrai que de risquer le contraire. C'est la faute à qui s'il y a autant d'escrocs au nom de l'ANP et autant de pertes de temps et d'argent au nom du peuple ? A l'Etat. C'est la faute à l'Etat car personne ne sait où il se trouve vraiment. Le peuple n'a jamais pu trancher entre les deux hypothèses majeures: soit il y a un problème derrière l'Etat, soit l'Etat est derrière chaque problème. L'escroc est toujours assis entre les deux.

Le Quotidien d'Oran

Cookies