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nacer-eddine06
03/06/2019, 14h49
Publié par Abla Chérif

Plus de traces des restrictions qui s’imposaient à la Chaîne 3 avant le 22 février. La radio d’Etat a fait sa révolution et s’impose désormais par un travail professionnel et une liberté de ton impossible à ne pas remarquer.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Samedi 18 mai. Au lendemain de l’acte 13 de la révolution du sourire, le journal du matin de la Chaîne 3 entame une rétrospective des évènements de la veille. L’essentiel du travail consiste à résumer les messages des manifestants.
Ce vendredi, les slogans étaient particulièrement critiques envers le chef d’état-major auquel il est notamment demandé de clarifier sa position vis-à-vis du mouvement populaire. Dans leur majorité, les pancartes brandies d’un bout à l’autre du pays expriment une opinion livrée en termes crus. La radio ne s’empêche pas de les reprendre textuellement. Un reporter dépêché sur les lieux interroge également les manifestants et obtient d’eux les raisons de ces slogans. Un retour des dernières déclarations de Gaïd Salah clôt le reportage. Deux jours plus tard, la marche des étudiants est couverte de la même manière.
Les journaux de la mi-journée et de la soirée ouvrent sur l’évènement et rapportent fidèlement le déroulement de la manifestation. Des correspondants sont mis à contribution et rapportent ce qui se passe dans d’autres wilayas. Quotidiennement, des émissions au ton libre sont retransmises.
Jeudi dernier, et à la veille du 15e acte de la protesta, une de ces émissions a été consacrée aux «activistes qui se mobilisent pour contribuer à orienter les manifestants et à les sensibiliser à la nécessité de préserver le caractère pacifique du mouvement populaire en postant leurs vidéos pour prodiguer leurs conseils et prêcher la bonne parole».
La tendance à la diffusion de ce genre d’informations est pratiquement quotidienne et complète les grands débats conjoncturels ou traditionnels auxquels se sont habitués les Algériens. Il en est ainsi de «L’invité de la rédaction» spécialement dédiée (depuis plusieurs semaines) au hirak et aux invités pouvant éclairer sur les perspectives de ce mouvement.
La Chaîne 3 est entrée dans une nouvelle phase, fruit d’un combat mené par des journalistes tenaces. Celui de Meriem Abdou a connu une médiatisation importante. Le 25 février dernier, soit trois jours seulement après la première grande manifestation de rejet du cinquième mandat, cette dernière annonce sur son compte Facebook l’arrêt de son émission «Histoire en marche» et sa décision de démissionner de son poste de rédactrice en chef adjointe pour protester contre la manière dont la radio couvre les évènements. «Je refuse, dit-elle, catégoriquement de cautionner un comportement qui foule aux pieds les règles les plus élémentaires de notre noble métier.»
Plusieurs de ses confrères se joignent à elle et signent une pétition appelant au respect de l’éthique. Une forte pression est exercée sur les responsables directs du média. Elle finit par aboutir.
Le 17 mars dernier, soit un mois après la déprogrammation de son émission, Meriem Abdou affirmait que «L’histoire en marche» pourra être de nouveau diffusée le jeudi 21 mars. La victoire est arrachée. L’évènement marque un véritable tournant dans le fonctionnement d’une radio libérée de ses entraves.
A. C.

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