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Voir la version complète : Brian Joubert, champion du monde du patinage artistique


morjane
23/03/2007, 17h52
Brian Joubert, 22 ans, a remporté, hier à Tokyo, son premier titre de champion du monde de patinage artistique. Alain Calmat était jusque-là le dernier Français à avoir gagné la couronne planétaire, en 1965.

Moments rares hier sur la glace du Metropolitan Gymnasium de Tokyo. Brian Joubert, submergé par l'émotion de la victoire, verse quelques larmes. Le Poitevin, installé sur la plus haute marche du podium, avec à sa droite le médaillé d'argent japonais, Daisuke Takahashi, et à sa gauche, le Suisse Stéphane Lambiel, savoure la conquête de son premier titre mondial. Après avoir pris la tête de la compétition dès mercredi, lors du programme court, le Français a géré son avance, hier en fin de matinée, heure hexagonale. Sans prendre de risques inutiles et en n'effectuant qu'un seul quadruple saut.

Une stratégie gagnante, qui permet à Brian Joubert d'offrir à son pays sa première couronne planétaire depuis le sacre d'Alain Calmat en 1965, à Colorado Springs, aux États-Unis. Le protégé de l'ancien président de la Fédération française Didier Gailhaguet devient le troisième champion du monde tricolore, après Calmat, mais aussi Alain Giletti, couronné en 1960, à Vancouver, au Canada. Une magnifique consécration pour un champion de seulement 22 ans, qui a tout gagné depuis le début de la saison, notamment son deuxième titre européen, en janvier à Varsovie, après celui décroché en 2004 à Budapest.

« J'ai beaucoup travaillé pour conquérir ce titre. Je tiens à remercier tout mon entourage qui m'a aidé pour en arriver là », déclare le champion avant de recevoir la médaille d'or des mains du président de la Fédération international, Ottavio Cinquanta. Le Poitevin évoque dans la foulée sa maman, Raymonde, sa plus fidèle supportrice, et son entraîneur, l'ancien patineur Jean-Christophe Simond : « Ma mère m'a, comme d'habitude, beaucoup aidé. Cette victoire est le résultat d'un travail d'équipe, avec en particulier mon coach, qui fait du très bon boulot avec moi. »

Le succès de Brian Joubert est avant tout une histoire de famille. Avec, en priorité, toujours proche de son fils donc, Raymonde. Une maman à la fois douce et au fort caractère, qui assiste depuis toujours, non seulement aux entraînements de son rejeton dans la patinoire municipale de Poitiers, mais aussi à toutes ses compétitions aux quatre coins du monde. Alors que le père, Jean-Michel, suit les exploits de son fils à la télévision. « Je suis toujours aussi enthousiaste quand je regarde Brian patiner. Mais je me concentre, parce que si je regarde ailleurs lors d'un saut, il me le reproche une fois de retour à la maison », glissait Raymonde Joubert, en janvier dernier lors d'un entraînement à Poitiers. Une mère qui a emmené son fils à la patinoire alors qu'il n'avait que 5 ans. « Brian accompagnait ses deux soeurs aînées. Et tout de suite, il a eu le coup de foudre pour le patinage. Il ne voulait plus quitter la glace ! » se souvient-elle.

Toute la formation sportive du jeune Brian se fera dans cette fameuse patinoire de quartier, un peu désuète mais chargée de souvenirs. Au point que celui qui devint double champion d'Europe avant d'être sacré hier au niveau mondial, continue à s'entraîner aujourd'hui sur la glace de ses débuts. Entre deux séances ouvertes au public. « À Poitiers, j'ai mes repères, même si le toit de la patinoire fuit parfois, et même si la piste n'est pas tout à fait aux dimensions officielles... De plus, le bâtiment n'est pas isolé, donc quand il fait froid dehors, il fait très froid dedans. Et s'il pleut, il y a du brouillard à l'intérieur. Mais le plus important reste la qualité de la glace qui est excellente. Elle est très dure », expliquait le champion en début d'année.

Techniquement, si Brian Joubert montra d'emblée des dispositions et une motivation hors norme pour la glisse, il a appris à devenir un champion, avec Véronique Guyon, son premier entraîneur. Une femme avec laquelle il s'est brouillé par la suite, mais qui reste un personnage clé dans sa progression. « Nous ne nous parlons plus, mais je n'oublie pas que nous avons travaillé ensemble pendant quinze ans », glisse le Poitevin qui a changé plusieurs fois de coachs dans sa carrière. Outre Véronique Guyon, qui entraîne toujours les jeunes à Poitiers, Brian Joubert a travaillé avec Laurent Depouilly et le Russe Andreï Berezintsev. Ce dernier fut remercié pour manque de compétences techniques après la sixième place obtenue par le Français aux Jeux olympiques de Turin l'an passé.

En septembre 2006, Jean-Christophe Simond arrivait à Poitiers. Technicien hors pair, celui qui fut huit fois champion de France de 1976 à 1984, mais aussi vice-champion d'Europe en 1981 et 1982, a su redonner confiance à son élève. Après l'échec de Turin, qui succédait à une période particulièrement difficile, il était temps pour Brian Joubert de se ressaisir. Après son titre européen décroché en 2004 à Budapest, alors qu'il n'avait que 19 ans, le protégé de Didier Gailhaguet, entre changements d'entraîneurs et conflits avec la Fédération française, ne réussissait plus à gagner. Le doute s'installait.

« Ma méthode consiste à ne rien laisser au hasard », explique Jean-Christophe Simond. Le technicien, qui fut contrôleur technique à la Fédération internationale, a vite su cerner la personnalité de son champion : « Brian est volontaire. Il a besoin d'un gros volume de travail, surtout pour les sauts. C'est comme cela qu'il peut ensuite se sentir bien ». Une méthode efficace, qui a permis au Poitevin d'exprimer au mieux son immense talent de patineur puissant et athlétique (1,79 m, 74 kg). Même si, en contrepartie, l'expression artistique n'est pas son point fort. « Brian a toujours été un patineur très masculin », répète Raymonde Joubert.

Rassuré et parfaitement préparé par Jean-Christophe Simond, le Français a réalisé une saison parfaite. Avec d'emblée la première victoire de sa carrière au Trophée Éric-Bompard, en novembre à Paris-Bercy. Puis les succès s'enchaînèrent avec, en décembre, les victoires à la Coupe de Russie à Moscou puis à la finale du grand prix à Saint-Pétersbourg. De quoi mettre sur orbite le jeune homme pour les championnats d'Europe. À Varsovie, en janvier, Brian Joubert s'imposait après une grosse frayeur lors de son programme court - réception mal assurée de son quadruple boucle piqué. Mais l'essentiel était accompli. La voie royale menant au titre mondial semblait ouverte.

Pourtant, tout faillit être remis en question le 15 février, quand, au moment de prendre son élan sur un saut à l'entraînement, le Poitevin s'entaillait le pied droit avec la lame de son patin gauche. Opération, cinq points de suture, mais Brian Joubert glissait de nouveau sur la glace trois jours après. « Brian ne s'est jamais plaint, malgré la douleur et la perturbation de sa préparation », indique son entraîneur qui ajoute que le champion fut encore plus déterminé : « Il a travaillé sur la qualité de ses réceptions. Afin qu'elles soient plus légères, pour ménager son pied blessé. Si bien qu'il a atteint un niveau technique plus élevé que jamais... »

Le prochain objectif de Brian Joubert est maintenant la médaille d'or aux JO de Vancouver 2010. Avec le retour annoncé à la compétition du Russe Evgeni Plushenko, champion olympique en titre, la bataille pour l'ultime suprématie promet d'être belle.

Par Le Figaro

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