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nacer-eddine06
22/01/2020, 11h51
Par NAZIM BRAHIMI -22 janvier 2020
reporters.dz
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, a effectué, hier, une visite de travail en Algérie dans ce qui semble être une étape de redynamisation des relations bilatérales entre les deux pays, bien que la donne sécuritaire, contexte régional oblige, aura pris la part du lion dans les échanges qu’a eus le diplomate français avec les responsables algériens.

Le chef de la diplomatie française a été, en effet, reçu par le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad et par son homologue, Sabri Boukadoum.
La visite de Le Drian en Algérie, si elle constitue une opportunité pour relancer les relations bilatérales, est à inscrire aussi dans le cadre des efforts internationaux visant à résoudre la crise libyenne. D’autant plus qu’elle est intervenue deux jours seulement après la Conférence internationale sur la Libye, organisée à Berlin, sous l’égide des Nations unies, où les principaux
pays concernés par la crise libyenne ont promis de respecter un embargo sur les armes et de ne plus interférer dans ses affaires intérieures afin de tenter de ramener la paix dans ce pays déchiré par une guerre civile depuis 2011.
Au sommet de Berlin, le Président Tebboune a proposé qu’Alger accueille un «dialogue» entre toutes les parties libyennes «afin d’éloigner le spectre de la guerre de toute la région». «Nous étions ensemble à Berlin avant-hier sur le conflit libyen. Nous avons coordonné nos efforts pour permettre la mise en place d’un cessez-le-feu durable, la reprise du dialogue politique et nous allons agir ensemble pour que les efforts que nous avons initiés à Berlin puissent se poursuivre», a déclaré M. Le Drian à l’issue de sa rencontre avec M. Boukadoum dans ce qui annonce
un renforcement de la coordination dans l’action en vue d’une solution en Libye.

Realpolitik !
Signe d’une volonté de donner du sang neuf aux relations algéro-françaises sur fond de «realpolitik», le diplomate français n’a pas usé d’allusif pour parler d’une «nouvelle phase» dans les relations bilatérales des deux pays. Mais avant de se lancer dans les projections de coopération, M. Le Drian est revenu, lors du point de presse qu’il a animé conjointement avec son homologue Sabri Boukadoum, sur le traitement français des évènements politiques vécus par l’Algérie depuis février 2019. Un traitement qui n’a pas été toujours sans équivoque.
«L’Algérie a connu, au cours de l’année écoulée, une phase décisive de son histoire. Nous avons en permanence, au long de cette période, redit toujours la même chose. Nous avons toujours dit que c’était aux Algériens et à eux seuls de décider de leur avenir et de trouver ensemble les chemins d’un dialogue démocratique. Parce que cela faisait partie du respect que nous avons de la souveraineté de l’Algérie», a-t-il déclaré. M. Le Drian a évoqué par la suite l’élection présidentielle du 12 décembre dernier en faisant part de la volonté de la France à travailler avec le «nouveau gouvernement», soulignant les échanges qu’ont eus ces dernières semaines les présidents et Premiers ministres des deux pays.
Il a indiqué, dans ce sens, que «le Président Tebboune a manifesté une ambition pour l’Algérie, celle de la réformer en profondeur, pour renforcer la gouvernance, l’Etat de droit et les libertés, également pour relancer et diversifier l’économie, conformément aux aspirations exprimées par les Algériens depuis un an».
M. Le Drian qui signe la première visite en Algérie d’un responsable français depuis une année -la dernière en date a été effectué par la ministre française de la Justice Nicole Belloubet- a fait part de l’engagement de M. Tebboune «à conduire l’Algérie dans un esprit de dialogue afin que tous les Algériens puissent s’exprimer sur ces réformes».

«Nouvelle phase»
M. Le Drian a relevé, par la même occasion, avoir fait part à son homologue de son souhait d’ouvrir «une nouvelle phase» dans les relations bilatérales algéro-françaises, dans la mesure, dira-t-il, où il y a une «volonté partagée» de réengager les échanges au plus haut niveau en 2020 afin de lancer la «nouvelle dynamique» de coopération.
«Cela signifie que dans tous les secteurs de notre coopération, que ce soit la sécurité, que ce soit l’économie, la culture, la justice, l’éducation, la mobilité, la formation, nous allons reprendre nos discussions, les approfondir et leur donner une nouvelle dynamique», a-t-il précisé. Pour sa part, M. Boukadoum a déclaré avoir évoqué avec son homologue français «le dossier de la mobilité de personnes entre les deux pays», mettant en évidence la nécessité «de gérer ce dossier avec davantage de souplesse, de flexibilité et d’une façon qui soit à la hauteur du niveau des relations unissant l’Algérie et la France».
Les entretiens avec M. Le Drian ont permis d’aborder «plusieurs dossiers intéressant les relations algéro-françaises dans divers domaines, notamment les volets économique et politique», a relevé M. Boukadoum, selon qui les deux parties «avaient convenu de relancer «les différents mécanismes existants entre les deux pays». Il a ajouté que l’Algérie et la France ont décidé de relancer le Comité mixte économique franco-algérien (Comefa) ainsi que le Comité intergouvernemental de haut niveau franco-algérien (CIHN), coprésidé par les Premiers ministres des deux pays, et de poursuivre le dialogue stratégique et les concertations politiques au niveau des ministères des Affaires étrangères des deux pays. S’agissant des investissements français en Algérie, M. Boukadoum a indiqué avoir perçu «une grande disposition chez M. Le Drian en vue d’encourager les hommes d’affaires français à regarder l’Algérie avec plus de flexibilité et d’audace».
Il convient de relever que la visite du diplomate français à Alger succède à celles effectuées la semaine passée par le Premier ministre italien Giuseppe Conte ainsi que les chefs de la diplomatie turque, égyptienne et italienne, alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan est attendu en début de semaine prochaine à Alger.

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