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Voir la version complète : Le Maroc a enregistré en 2019 l’inflation la plus faible depuis… 53 ans


haddou
09/02/2020, 08h57
Le Maroc vient d’enregistrer, au titre de l’exercice 2019, le plus faible taux d’inflation de son histoire, c’est-à-dire depuis que l’on a commencé à mesurer cette variable, soit depuis 1960 ! Selon le HCP, en effet, la progression de l’indice des prix à la consommation (IPC) n’a pas dépassé une moyenne nationale de 0,2% pour l’ensemble de l’année 2019. Cette variation de l’IPC, que l’on peut assimiler presque à une stagnation, est le résultat d’une baisse de 0,5% de l’indice des produits alimentaires et d’une hausse de 0,9% de celui des produits non alimentaires.

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Les ménages marocains, eux, ont une idée complètement différente de l’évolution des prix. Dans leur écrasante majorité, ils ont considéré que les prix des produits alimentaires ont, au contraire, augmenté au cours des douze derniers mois (voir l’enquête de conjoncture auprès des ménages, publiée par le HCP le 20 janvier 2020).

Ce décalage entre l’inflation mesurée et l’inflation ressentie est cependant un phénomène observable à peu près partout dans le monde. D’une part, parce que l’inflation à l’échelle individuelle, pour des raisons liées aux habitudes de consommation de chacun, recoupe rarement celle qui est mesurée à l’échelle nationale, et, d’autre part, parce que les ménages, en général, se rappellent plus facilement des hausses de prix que des baisses.

Mais quoi qu’il en soit, avec 0,2% de hausse, l’inflation au Maroc, mesurée par l’IPC, est l’une des plus faibles au monde, et probablement le plus faible en 2019, si l’on met de côté la Grèce.

En réalité, la faiblesse de l’inflation au Maroc n’est pas un phénomène véritablement nouveau. Sur l’ensemble de la période 1960-2019, en effet, l’inflation au Maroc n’a pas dépassé une moyenne de 4,2% par an. Et entre la première année (1960) et la dernière (2019) de calcul de l’inflation, l’indice a baissé de 94% ! Au cours de la décennie 60, il y eut même deux années de suite de déflation : en 1966 et en 1967 (respectivement -1% et -0,75%). De sorte que sur la décade 1960-1969, l’inflation moyenne s’était établie à 2,5% par an, alors qu’en Turquie, par exemple, cette moyenne annuelle était de 5,8% et en France de 4% au cours de la même période. Même durant la décennie 70, caractérisée par la crise pétrolière qui a affecté l’ensemble des pays non producteurs de cette énergie, l’inflation au Maroc était en moyenne de 7,8% par an, contre une moyenne de 27% par an en Turquie et près de 9% en France.

Une inflation moyenne de 32,3% par an en Turquie sur la période 1960-2017

Mais c’est surtout depuis la fin du 20e siècle et le début du 21e que l’inflation au Maroc a été ramenée à des niveaux en moyenne extrêmement faibles : 1,9% par an sur la décennie 2000 et 1,2% par an au cours de la décennie 2010.

Cette évolution de l’indice des prix sur six décennies ne manque cependant pas d’interpeler lorsqu’on observe le comportement du principal agrégat de l’économie qu’est le PIB sur la même période. Entre 1960 et 2017, le PIB courant du Maroc a été multiplié par 53,8, en passant d’un peu plus de 2 milliards de dollars à 109,7 milliards de dollars entre les deux dates, alors que celui de la Turquie, sur la même période, a été multiplié par près de 61, atteignant 851,5 milliards de dollars en 2017 au lieu de 14 milliards de dollars en 1960. Et quel que soit l’indicateur considéré (PIB courant, PIB constat, PIB en parité de pouvoir d’achat…), l’écart entre les rythmes de croissance des deux économies est important. Pourtant, la Turquie a connu une inflation moyenne de 32,3% par an sur l’ensemble de la période 1960-2017, contre seulement 4,2% pour le Maroc. Du coup, on se surprend à se demander si, comme la doxa dominante le répète à longueur de rapports, d’études ou de déclarations, l’inflation est réellement “mauvaise” pour la croissance économique.

Le problème est que, en dehors des postures idéologiques (la gauche est généralement favorable à un surcroît d’inflation, tandis que la droite la combat énergiquement), il n’existe pas de réponse claire et nette à cette interrogation. En particulier dans le contexte actuel, marqué par l’ouverture des économies, la mondialisation des échanges, la transformation rampante de la nature même du travail, le tout favorisé par un développement accéléré des nouvelles technologies de l’information. De sorte que la corrélation négative ou positive entre inflation et croissance n’apparaît pas ou n’apparaît plus. L’exemple typique de cette situation est l’Europe où la BCE tente désespérément, depuis des années, de faire remonter l’inflation à son niveau cible (2%), moyennant l’injection de crédits quasiment à taux zéro, mais n’y parvient.

En France par exemple, l’inflation en 2019 s’est établie à 1,1% selon l’INSEE et la croissance économique à 1,3%. Dans la zone euro, la croissance du PIB serait de 1,1% et l’inflation de 1,3%. Malgré la politique monétaire accommodante de la BCE, l’inflation…ne répond pas !

La globalisation fausse-t-elle les règles classiques de l’économie ?

On peut en dire autant sinon plus des Etats-Unis où, malgré le plein emploi (le taux de chômage est inférieur à 3%), la poursuite de la politique de “quantitave easing“, l’inflation ne remonte pas vraiment.

En 2019, elle se serait établie à 1,8% ! Pourtant, selon une certaine théorie économique (voir la courbe de Phillips), en situation de plein emploi, les salaires augmentent, et les entreprises se trouvent ainsi contraintes d’ajuster leurs prix à la hausse afin de préserver leurs marges, ce qui conduit à la hausse de l’inflation.

Tout paraît logique dans cette construction théorique, sauf que la réalité, aujourd’hui plus qu’hier, ne s’y plie pas, ne la valide pas. Pourquoi ? Peut-être faudrait-il chercher l’explication dans la globalisation et l’interdépendance croissante des économies, phénomènes qui, on le sait désormais, ne génèrent pas que des progrès.

Du fait de la concurrence féroce entre elles, les entreprises préfèrent souvent offrir des emplois précaires que d’augmenter les salaires et, au bout, les prix de leurs produits ou services.

Dans le cas du Maroc, il suffit d’observer le marché du travail pour prendre la mesure de cette situation. Depuis une dizaine d’années, le chômage stagne autour de 10% de la population active; le taux d’emploi, un indicateur encore plus significatif que le taux de chômage, ne cesse de baisser année après année, pour s’établir à quelque 41,7% en 2018. Près de 16% des emplois ne sont pas rémunérés ; moins de la moitié (48,8%) de la population active occupée est salariée, près de 60% de ces salariés ne disposent pas de contrat qui formalise leur relation avec l’employeur, 7,1% ont un contrat verbal, 8% un CDD et environ un quart (26%) des actifs occupés bénéficie d’une couverture médicale liée à l’emploi !

Si cela n’est pas de la précarité, ce serait quoi alors? La baisse du rythme de croissance de la consommation des ménages au Maroc n’est-elle pas un indice que les revenus croissent faiblement ? Dans ces conditions, il n’est ni surprenant ni étonnant que l’inflation s’établisse à des niveaux extrêmement bas…

Oujda et Fès : les deux extrêmes de l’IPC
L’indice des prix des produits alimentaires a baissé de 0,5% sur l’année 2019, mais cette baisse aurait pu être beaucoup plus importante n’était la forte hausse (+15,1%) de l’indice des prix des boissons alcoolisées et des tabacs. En effet, le HCP indique dans son enquête que l’indice des prix des produits alimentaires et boissons non alcoolisées a enregistré une évolution négative de 1,3%.
En revanche, l’indice des prix des produits non alimentaires, avec une augmentation moyenne de 0,9% sur l’année, a enregistré des évolutions contrastées suivant les variétés de produits et services, mais sans aucune croissance négative cependant. Ainsi, l’indice des prix des transports a stagné, celui de la communication a légèrement augmenté de 0,3%, par contre, l’enseignement, comme toujours, a vu son indice croître très fortement de 3,1%.

Sur le plan géographique, l’inflation la plus forte (relativement bien sûr) a été enregistrée à Fès (+1,2%). Ailleurs, cela va d’une baisse à Oujda (-0,3%), à une légère hausse à Casablanca (+0,7%), et en passant par des stagnations à Agadir et Marrakech (0%).

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