reeeeeverblu
19/04/2007, 21h25
Si l’on veut apprécier à leur valeur les ouvrages de Frontin, il faut se pénétrer de l’idée qu’il n’a nullement songé à se créer une réputation d’écrivain.
Homme de guerre et d’administra-tion, il a écrit dans l’unique but d’être utile à ceux qui suivraient la même carrière que lui.
Être lu, être consulté avec profit au point de vue pratique des sciences qui ont occupé sa vie, c’est toute la gloire qu’il ambitionne : il le déclare lui-même. Ce qui le recommande surtout, c’est la netteté de ses idées, et l’ordre méthodique auquel il sait les plier toutes. Ainsi, pour commencer par ses Stratagèmes, l’antiquité ne nous a légué aucun monument plus logique dans son ensemble.
Recueillir dans l’histoire un nombre aussi prodigieux de faits ; les réunir selon leurs analogies, et les séparer par leurs différences, abstraction faite des personnages, des temps et des lieux ; en un mot, se former un plan au milieu de ce dédale, et y rester fidèle jusqu’à entier épuisement des matériaux, voilà qui atteste une certaine puissance d’analyse, de la justesse et de la profondeur dans les conceptions.
Quant au style, il a ses mérites et ses dé-fauts.
Quoique Frontin appartienne à l’époque de la décadence, l’expression, chez lui, porte presque toujours le cachet de la bonne latinité.
Habituellement même sa phrase a du nombre et de l’harmonie ; mais elle se présente trop souvent sous la même forme :
il y a de longues séries de faits dont les récits, composés chacun de quelques lignes, commencent et finissent par les mêmes constructions, et très souvent par des termes identiques, ce qui en rend la lecture fastidieuse.
Un autre reproche qu’on peut lui faire, c’est qu’il affecte une brièveté qui va parfois jus-qu’à la sécheresse. Mais, nous le répétons, il n’a point visé à la phrase ; et on lui doit cette justice, que la concision l’a rarement empêche d’être clair.
Une fois qu’il s’est emparé d’un fait, il veut que deux mots suffisent pour que ses lecteurs en saisissent comme lui toute la portée, et qu’ils en fassent leur profit.
Enfin, on trouve dans ce livre de nombreuses erreurs à l’endroit de l’histoire et de la géographie.
Mais la plupart de ces fautes sont si grossières, qu’on ne peut raisonnablement les attribuer qu’à l’ignorance des copistes,
gens qui n’ont épargné à notre auteur ni omissions, ni transpositions, ni interpolations.
C’est ce que n’a pas observé Schoell , quand il a prétendu que l’ouvrage qui nous occupe était
« une compilation faite avec assez de négli-gence, surtout dans la partie historique.»
reeeeeverblu
19/04/2007, 21h26
LIVRE PREMIER.
I. Cacher ses desseins. 23
II. Épier les desseins de l’ennemi. 29
III Adopter une manière de faire la guerre. 32
IV. Faire passer son armée à travers des lieux occupés par l’ennemi. 35
V. S’échapper des lieux désavantageux. 40
VI. Des embuscades dressées dans les marches. 49
VII. Comment on paraît avoir ce dont on manque, et comment on y supplée. 51
VIII. Mettre la division chez les ennemis. 53
IX. Apaiser les séditions dans l’armée. 57
X. Comment on refuse le combat aux soldats, quand ils le demandent intempestivement. 59
XI. Comment l’armée doit être excitée au combat. 61
XII. Rassurer les soldats, quand ils sont intimidés par de mauvais présages. 67
reeeeeverblu
19/04/2007, 21h33
I. Cacher ses desseins.
1 Marcus Porcius Caton, soupçonnant que les villes soumi-ses par lui en Espagne se révolteraient dans l’occasion, sur la confiance qu’elles avaient en leurs murailles, leur prescrivit, à chacune en particulier, de démolir leurs fortifications, les mena-çant de la guerre si elles n’obéissaient pas sur le champ ; et il eut soin que ses lettres leur fussent remises à toutes le même jour. Chacune des villes crut que cet ordre n’était donné qu’à elle seule. Elles auraient pu s’entendre et résister , si elles avaient su que c’était une mesure générale.
Himilcon, chef d’une flotte carthaginoise, voulant abor-der inopinément en Sicile, ne fit point connaître le lieu de sa destination ; mais il remit à tous les pilotes des tablettes cache-tées portant l’indication de la partie de l’île où il voulait qu’on se rendît ; et il leur défendit de les ouvrir, à moins que la tem-pête ne les éloignât de la route du vaisseau amiral.
Caïus Lélius, allant en ambassade près de Syphax , em-mena avec lui des centurions et des tribuns qui, sous l’habit d’esclaves et de valets, lui servaient d’espions, entre autres L. Statorius, que quelques-uns des ennemis semblaient recon-naître, parce qu’il était venu souvent dans leur camp. Lélius, pour déguiser la condition de cet officier, lui donna des coups de bâton comme à un esclave.
Tarquin le Superbe, jugeant qu’il fallait mettre à mort les principaux citoyens de Gabies , et ne voulant confier ses ordres à personne, ne fit aucune réponse au messager que son fils lui avait envoyé à ce sujet ; mais, comme il se promenait alors dans son jardin, il abattit avec une baguette les têtes des pavots les plus élevés. L’émissaire, congédié sans réponse, rendit compte au jeune Tarquin de ce que son père avait fait en sa présence ; et le fils comprit qu’il devait immoler les premiers de la ville.
C. César, suspectant la fidélité des Égyptiens, visita avec une feinte sécurité la ville d’Alexandrie et ses fortifications, se livra en même temps à de voluptueux festins, et voulut paraître épris des charmes de ces lieux, au point de s’abandonner aux habitudes et au genre de vie des Alexandrins ; et, tout en dissi-mulant ainsi, il fit venir des renforts et s’assura de l’Égypte.
Ventidius, dans la guerre contre les Parthes, qui avaient pour chef Pacorus, n’ignorant pas qu’un certain Pharnée, de la ville de Cyrrhus, et du nombre de ceux qui passaient pour alliés des Romains, informait l’ennemi de tout ce qui se passait dans leur camp, sut mettre à profit la perfidie de ce barbare. Il feignit de craindre les événements qu’il désirait le plus, et de désirer ceux qu’il redoutait. Ainsi, craignant que les Parthes ne fran-chissent l’Euphrate avant qu’il eût reçu les légions qu’il avait en Cappadoce, au delà du Taurus, il agit si habilement avec ce traî-tre, que celui-ci, avec sa perfidie accoutumée, alla conseiller aux ennemis de faire passer leur armée par Zeugma, comme par le chemin le plus court, et parce que l’Euphrate y coulait paisible-ment, n’étant plus encaissé dans ses rives. Ventidius lui avait affirmé, disait-il, que si les Parthes se dirigeaient de son côté, il gagnerait les hauteurs, pour éviter leurs archers, tandis qu’il aurait tout à craindre s’ils se jetaient dans le plat pays. Trompés par cette assurance, les barbares descendent dans la plaine, et, par un long détour, arrivent à Zeugma . Là, les rives du fleuve étant plus écartées, et rendant plus pénible la construction des ponts, ils perdent plus de quarante jours à en établir, ou à met-tre en œuvre les machines nécessaires à cette opération. Venti-dius profita de ce temps pour rassembler ses troupes, qui le re-joignirent trois jours avant l’arrivée des Parthes, et, la bataille s’étant engagée, Pacorus la perdit avec la vie.
Mithridate, cerné par Pompée, et se disposant à fuir le lendemain, alla, pour cacher son projet, faire un fourrage au loin, jusque dans les vallées voisines du camp des ennemis ; et, afin d’écarter tout soupçon, il fixa au jour suivant des pourpar-lers avec plusieurs d’entre eux. Il fît encore allumer dans tout son camp des feux plus nombreux qu’à l’ordinaire. Puis, dès la seconde veille, passant sous les retranchements mêmes des Romains, il s’échappa avec son armée.
L’empereur César Domitien Auguste Germanicus, vou-lant surprendre les Germains, qui étaient en révolte, et n’igno-rant pas que ces peuples feraient de plus grands préparatifs de défense, s’ils se doutaient de l’approche d’un si grand capitaine, partit sous le prétexte de régler le cens dans les Gaules. Et bien-tôt, fondant à l’improviste sur ces peuples farouches, il réprima leur insolence et assura le repos des provinces.
Claudius Néron, désirant que l’armée d’Hasdrubal fût dé-truite avant que celui-ci pût opérer sa jonction avec son frère Hannibal, se hâta d’aller se réunir à son collègue Livius Salina-tor, qui était opposé à Hasdrubal, et dans les forces duquel il n’avait pas assez de confiance ; mais, afin de cacher son départ à Hannibal, qu’il avait lui-même en tête, il prit dix mille hommes d’élite, et ordonna aux lieutenants qu’il laissait d’établir les mêmes postes et les mêmes gardes, d’allumer autant de feux, et de donner au camp la même physionomie que de coutume, de peur qu’Hannibal, concevant des soupçons, ne fit quelque tenta-tive contre le peu de troupes qui restaient. Ensuite, étant arrivé par des chemins détournés en Ombrie, près de son collègue, il défendit d’étendre le camp, pour ne donner aucun indice de son arrivée au général carthaginois, qui eût évité le combat, s’il se fût aperçu de la réunion des consuls . Ses forces ayant donc été doublées à l’insu d’Hasdrubal, il attaqua celui-ci, le défit, et, plus prompt qu’aucun courrier, revint en présence d’Hannibal. Ainsi, des deux généraux les plus rusés de Carthage, le même stratagème trompa l’un et anéantit l’autre.
Thémistocle avait exhorté ses concitoyens à reconstruire promptement leurs murailles, que les Spartiates les avaient obligés à démolir . Ceux-ci ayant envoyé des députés pour s’opposer à l’exécution d’un tel dessein, il leur répondit qu’il irait lui-même à Sparte, pour détruire leurs soupçons, et il s’y rendit. Là, il simula une maladie, dans le but de gagner un peu de temps ; et, lorsqu’il s’aperçut qu’on se défiait de ses lenteurs, il soutint aux Spartiates qu’on leur avait apporté un faux bruit, et les pria d’envoyer à Athènes quelques-uns de leurs principaux citoyens, auxquels ils pussent s’en rapporter sur l’état des forti-fications. Puis il écrivit secrètement aux Athéniens de retenir les envoyés de Sparte jusqu’à ce que, les travaux terminés, il pût déclarer aux Lacédémoniens qu’Athènes était en état de dé-fense, et que leurs députés ne pourraient revenir qu’autant qu’il serait lui-même rendu à sa patrie. Les Spartiates acceptèrent facilement cette condition, pour ne pas payer par la mort d’un grand nombre celle du seul Thémistocle.
L. Furius, s’étant engagé dans un lieu désavantageux, et voulant cacher son inquiétude, pour ne point jeter l’alarme parmi ses troupes, se détourna peu à peu en feignant de s’éten-dre pour envelopper l’ennemi ; puis, par un changement de front, il ramena son armée intacte, sans qu’elle eût connu le danger qu’elle avait couru.
Pendant que Metellus Pius était en Espagne, on lui de-manda un jour ce qu’il ferait le lendemain ; il répondit : « Si ma tunique pouvait le dire, je la brûlerais, »
Quelqu’un priait M. Licinius Crassus de dire quand il lè-verait le camp : « Craignez-vous, répondit-il, de ne pas entendre la trompette ? »
reeeeeverblu
19/04/2007, 21h37
Plutarque (Vie de Caton le Censeur, ch. X) porte à quatre cents le nombre des villes que soumit Caton en Espagne. Tite-Live, après avoir rapporté ce fait, avec le détail de toutes les circonstances qui l’ont amené, ajoute (liv. XXXIV ch. 17) que le consul marcha contre les villes qui refusaient d’obéir, et qu’il fut même obligé d’as-siéger Segestica, ville riche et importante, qu’il prit d’assaut. Polyen a compris ce même fait dans son recueil de stratagèmes (liv. VIII, ch. 17). Voyez aussi Polybe, Fragments, liv. XIX ; et Aurelius Victor, qui a reproduit presque littéralement le texte de Frontin (Hommes illus-tres, ch. XLVII).
Selon Diodore de Sicile (liv. XIV, ch. 55), le point de rallie-ment indiqué par Himilcon était Panorme, aujourd’hui Palerme. Cet usage des ordres cachetés, maintenant encore en vigueur dans la marine, était familier aux généraux de l’antiquité.
C. Lélius était envoyé par Scipion. Celui-ci, après avoir fait reconnaître le camp de Syphax, parvint à l’incendier pendant la nuit, ce qui mit un tel désordre dans l’armée ennemie, que le fer et le feu détruisirent quarante mille hommes. Voyez Tite-Live, liv. XXX, ch. 3-6 ; et Polybe, liv. XIV, fragment 2.
Gabies, ville du Latium et colonie d’Albe. Elle était déjà en ruines du temps d’Auguste.
Les détails de cet odieux artifice des deux Tarquins sont dans Tite-Live, liv. I, ch. 24. Voyez aussi Florus, liv. I. ch. 7 ; Valère-Maxime, liv. VII, ch. 4 ; Denys d’Halicarnasse, liv. IV, ch. 54 ; Ovide, Fastes, liv. II, v. 686 à 711.
Diogène Laërce rapporte que Thrasybule, tyran de Milet, don-na un conseil du même genre à Périandre, tyran de Corinthe, dans les termes suivants :
THRASYBULE À PÉRIANDRE.
« Je n’ai fait aucune réponse aux questions de votre héraut ; mais, l’ayant mené dans un champ, j’abattis à coups de bâton, pen-dant qu’il me suivait, ceux des épis qui dépassaient les autres. Si vous l’interrogez, il vous dira ce qu’il a vu et entendu. Imitez-moi donc, si vous voulez conserver votre autorité ; faites périr les pre-miers de la ville, qu’ils soient, ou non, vos ennemis. L’ami même d’un tyran doit lui être suspect. »
Zeugma. Ville de Syrie, fondée par Seleucus 1er, ainsi appelée « joindre », parce que, bâtie sur l’Euphrate, elle était le point de communication entre la Syrie et la Babylonie.
Hasdrubal s’aperçut en effet, mais trop tard, de la réunion des consuls. On ne doit donc pas prendre à la lettre cette dernière phrase de Frontin. Voyez le § 9 du chapitre suivant, et surtout le beau récit de Tite-Live, liv. XXVII, ch. 43-5o.
« Quand on marche à la conquête d’un pays avec deux ou trois armées qui ont chacune leur ligne d’opération jusqu’à un point fixe où elles doivent se réunir, il est de principe que la réunion de ces divers corps d’armée ne doit jamais se faire près de l’ennemi, parce que non seulement l’ennemi, en concentrant ses forces, peut empê-cher leur jonction, mais encore il peut les battre séparément. » (Na-poléon.)
Il y a ici une grave erreur. Lors de ce voyage de Thémistocle à Sparte, en 478 avant J.-C., les murailles d’Athènes avaient été dé-truites par les Perses ; et c’est soixante-quatorze ans plus tard, après la bataille d Ægos-Potamos, que les Spartiates exigèrent la nouvelle démolition de ces remparts. Cf. Cornélius Nepos, Vie de Thémisto-cle, ch. VI ; et Vie de Conon, ch. IV.
La plupart des historiens attribuent ce mot à Metellus Ma-cedonicus, qui vivait longtemps avant Metellus Pius.
Plutarque (Vie de Demetrius, ch. XXVIII) rapporte un mot semblable d’Antigone. Son fils Demetrius lui demandait quand on décamperait : « Crains-tu, répondit-il avec l’accent de la colère, d’être le seul qui n’entende pas la trompette ? »
reeeeeverblu
19/04/2007, 21h40
Voila quelque chose qui parait fastidieux, maix qui est facile a lire, si cela vous plais, faites moi signe, je post la suite.
bonne lecture;)
Bonsoir
très intéressant !
La suite !
reeeeeverblu
19/04/2007, 21h52
J'ai trouve cela troublant la ressemblance avec les 36 stratagemes chinois, que je cherche avidemment ;)
J'envoie la suite
reeeeeverblu
19/04/2007, 21h55
II. Épier les desseins de l’ennemi.
1 Scipion l’Africain, ayant saisi l’occasion d’envoyer une ambassade à Syphax, députa Lélius, et le fit accompagner de tribuns et de centurions d’élite, qui, déguisés en esclaves, étaient chargés de reconnaître les forces du roi. Afin d’examiner plus facilement la situation du camp, ils laissèrent à dessein échapper un cheval, et, sous prétexte de chercher à l’atteindre, parcoururent la plus grande partie des retranchements. D’après le rapport qu’ils firent, on incendia le camp, et la guerre fut ainsi terminée.
2 Pendant la guerre d’Étrurie, au temps où les généraux romains ne connaissaient pas encore de moyens plus adroits pour observer l’ennemi, Q. Fabius Maximus donna l’ordre à son frère Fabius Céson, qui parlaient la langue des Étrusques, de prendre le costume de ce peuple, et de s’avancer dans la forêt Ciminia, où nos soldats n’avaient point encore pénétré. Il s’ac-quitta de sa mission avec tant de prudence et d’habileté, que, parvenu de l’autre côté de la forêt, il sut amener à une alliance les Camertes Ombriens, ayant reconnu qu’ils n’étaient pas en-nemis du nom romain.
3 Les Carthaginois ayant remarqué que la puissance d’Alexandre s’était accrue au point de devenir inquiétante même pour l’Afrique, un des leurs, homme résolu, nommé Ha-milcar Rhodinus, alla, d’après leurs ordres, se réfugier auprès de ce roi, comme s’il était exilé, et mit tous ses soins à gagner sa confiance. Aussitôt qu’il y eut réussi, il fit connaître à ses conci-toyens les projets du monarque .
4 Les Carthaginois eurent à Rome des émissaires qui, sous le prétexte d’une ambassade, devaient y séjourner longtemps et surprendre nos desseins.
5 En Espagne, M. Caton, ne pouvant pénétrer les desseins de l’ennemi par un autre moyen, ordonna à trois cents soldats de se précipiter ensemble sur un poste espagnol, d’en enlever un homme, et de l’amener au camp sain et sauf. Le prisonnier, mis à la torture, révéla tous les secrets des siens.
6 Lors de la guerre des Cimbres et des Teutons, le consul C. Marius, voulant éprouver la fidélité des Gaulois et des Ligu-riens, leur envoya des lettres dont la première enveloppe leur défendait d’ouvrir, avant une époque déterminée, l’intérieur, qui était scellé ; puis il réclama ces mêmes dépêches avant ce temps, et les ayant trouvées décachetées, il comprit que ces peuples fomentaient des projets hostiles.
Il y a encore, pour pénétrer les desseins de l’ennemi, des moyens que les généraux emploient par eux-mêmes, sans aucun secours étranger. En voici des exemples :
7 Pendant la guerre d’Étrurie, le consul Emilius Paullus al-lait faire descendre son armée dans une plaine, près de Poplo-nie, lorsqu’il vit de loin une multitude d’oiseaux s’élever d’une forêt, en précipitant leur vol. Il pensa qu’il y avait là quelque embuscade, parce que les oiseaux s’étaient envolés effarouchés et en grand nombre. Des espions qu’il envoya lui apprirent, en effet, que dix mille Boïens s’y disposaient à surprendre l’armée romaine. Alors, tandis qu’il était attendu d’un côté, il fît passer ses légions de l’autre, et enveloppa l’ennemi.
8 De même Tisamène, fils d’Oreste, averti que le sommet d’une montagne fortifiée par la nature était occupé par l’enne-mi, envoya reconnaître les lieux. Ses éclaireurs lui ayant affirmé qu’il se trompait, il se mettait déjà en marche, quand il vit que de cette hauteur, dont il se méfiait, une grande quantité d’oi-seaux s’étaient envolés à la fois, et ne s’y reposaient pas. Il en conclut qu’une troupe ennemie y était cachée, il tourna donc la montagne avec son armée, et évita ainsi l’embuscade.
9 Hasdrubal, frère d’Hannibal, s’aperçut de la réunion des armées de Livius et de Néron, malgré la précaution qu’ils avaient prise de ne point étendre leur camp. Il avait remarqué de leur côté des chevaux plus efflanqués, et des hommes dont le teint était plus hâlé que de coutume, comme il arrive après une marche.
reeeeeverblu
19/04/2007, 21h57
Le maréchal de Luxembourg avait un espion auprès du roi Guillaume, et était instruit de tout ce qui se passait dans l’armée ennemie. Le roi s’en aperçut, et obligea l’espion à donner un faux avis, qui faillit perdre l’armée française à Steinkerque ; mais le génie et le courage de Luxembourg triomphèrent de celle difficulté.
reeeeeverblu
19/04/2007, 21h59
1 Alexandre, roi de Macédoine, ayant une armée pleine d’ardeur, préféra toujours, comme manière de faire la guerre, la bataille rangée.
2 Pendant la guerre civile, C. César, ayant une armée de vé-térans, et sachant que celle de l’ennemi était composée de re-crues, s’attacha continuellement à livrer des batailles.
3 Fabius Maximus, envoyé contre Hannibal, que ses victoi-res avaient enorgueilli, résolut d’éviter les chances des combats, et de mettre seulement à couvert l’Italie, ce qui lui valut le sur-nom de Temporisateur et, par cela même, la réputation de grand capitaine.
4 Les Byzantins, pour éviter les hasards des combats contre Philippe, renoncèrent à la défense de leurs frontières, se retirè-rent dans l’enceinte fortifiée de leur ville, et réussirent ainsi à éloigner ce roi, qui ne put supporter les lenteurs du siège.
5 Dans la seconde guerre Punique, Hasdrubal, fils de Gis-con, étant vaincu en Espagne, et poursuivi par P. Scipion, parta-gea son armée entre différentes villes. Il en résulta que Scipion, pour ne point occuper ses troupes à faire plusieurs sièges à la fois, les ramena dans leurs quartiers d’hiver.
6 À l’approche de Xerxès, Thémistocle, pensant que les Athéniens ne pourraient ni livrer bataille, ni défendre leurs frontières, pas même leurs remparts, leur conseilla d’envoyer leurs enfants et leurs femmes à Trézène et dans d’autres villes, d’abandonner Athènes, et de se disposer à combattre sur mer.
7 Périclès en fit autant, dans la même république, contre les Lacédémoniens .
8 Tandis qu’Hannibal s’obstinait à rester en Italie, Scipion, en faisant passer son armée en Afrique, mit les Carthaginois dans la nécessité de rappeler leur général. Par ce moyen Scipion transporta la guerre du territoire romain sur celui de l’ennemi.
9 Les Athéniens, souvent inquiétés par les Lacédémoniens, qui leur avaient enlevé le château de Décélie, et s’y étaient forti-fiés, envoyèrent une flotte pour ravager le Péloponnèse, et réus-sirent à faire rappeler l’armée lacédémonienne qui était à Décé-lie.
10 L’empereur César Domitien Auguste, voyant que du sein des bois et de retraites cachées, les Germains, par une tactique qu’ils avaient adoptée, venaient fréquemment assaillir nos trou-pes, et trouvaient ensuite un refuge assuré dans la profondeur de leurs forêts , recula de cent vingt milles les limites de l’empire ; par là, non seulement il changea la situation de la guerre, mais il réduisit sous sa puissance ces ennemis, dont les retraites furent mises à découvert.
reeeeeverblu
19/04/2007, 22h00
De constituendo statu belli. Les modernes disent de même constituer la guerre, ce qui équivaut à se faire un plan d’opérations.
Les principes résultant de l’expérience de tous les temps se ré-sument en ces mots : « Un plan de campagne doit avoir prévu tout ce que l’ennemi peut faire, et contenir en lui-même les moyens de le déjouer. Les plans de campagne se modifient à l’infini, selon les cir-constances, le génie du chef, la nature des troupes, et la topographie du théâtre de la guerre. » (Napoléon.)
Il y a ici une erreur historique que l’on peut rectifier, en transportant cet exemple après le § 9. Périclès u’a jamais conseille aux Athéniens d’abandonner leur ville, et d’envoyer ailleurs leurs femmes et leurs enfants. Mais, ainsi qu’on le voit dans Thucydide (liv. II), Périclès, au moment où les Spartiates ravageaient l’Attique, s’embarqua avec des troupes athéniennes, alla dévaster le territoire des Lacédémoniens, et les força ainsi à revenir défendre leurs pos-sessions.
Nudaverat. Domitien fit probablement couper ou incendier les forêts qui servaient de retraite aux Germains : c’est, du moins, l’opinion des commentateurs.
reeeeeverblu
19/04/2007, 22h01
1 Pendant que le consul Emilius Paullus conduisait son ar-mée en Lucanie, par un chemin resserré le long du rivage, la flotte des Tarentins, qui s’était mise en embuscade, lui lançait des flèches empoisonnées : il couvrit le flanc de sa troupe avec des prisonniers, et l’ennemi, craignant de les atteindre, cessa de tirer.
2 Agésilas, roi de Lacédémone, revenant de Phrygie chargé de butin, et poursuivi par les ennemis, qui le harcelaient partout où le terrain leur donnait l’avantage, étendit de chaque côté de ses troupes une file de prisonniers ; et les ennemis, en épar-gnant ceux-ci, donnèrent aux Lacédémoniens le temps de s’éloi-gner.
3 Le même roi, ayant à franchir un défilé qu’il trouva oc-cupé par les Thébains, changea de route, et feignit de se diriger sur Thèbes. Les ennemis, effrayés, étant accourus à la défense de leur ville, Agésilas reprit le chemin qu’il avait d’abord résolu de suivre, et passa le défilé sans obstacle.
4 Nicostrate, général des Étoliens, marchant contre les Épi-rotes, et ne pouvant entrer sur leur territoire que par deux pas-sages étroits, se présenta comme dans l’intention d’en forcer un. Tous les Épirotes étant accourus pour le défendre, il laissa sur ce point un détachement, pour faire croire que toute son armée y était arrêtée ; et il alla lui-même, avec le reste de ses troupes, passer par l’autre défilé, où il n’était point attendu.
5 Le Perse Autophradate, conduisant son armée en Pisidie, et trouvant un défilé gardé par les troupes de ce pays, feignit de craindre la difficulté du passage, et commença à faire retraite. Les Pisidiens s’étant fiés à cette manœuvre, il envoya pendant la nuit une troupe d’élite pour s’emparer du lieu, et le lendemain il y fit passer toute son armée.
6 Philippe, roi de Macédoine , se dirigeant vers la Grèce, et apprenant que les Thermopyles étaient occupées par les Éto-liens, retint leurs députés, qui étaient venus pour traiter de la paix ; puis, marchant lui-même à grandes journées vers les Thermopyles, dont les gardiens, en pleine sécurité, attendaient le retour de leur ambassade, il franchit inopinément le défilé.
7 Iphicrate, commandant l’armée athénienne contre le La-cédémonien Anaxibius, près d’Abydos, sur l’Hellespont, avait à traverser avec son armée des lieux occupés par des postes en-nemis. Le passage était, d’un côté, bordé de montagnes escar-pées, et de l’autre, baigné par la mer. Il s’arrêta quelque temps ; et, profitant d’un jour où il faisait plus froid qu’à l’ordinaire, ce qui inspirait moins de méfiance à l’ennemi, il prit les soldats les plus, robustes, les échauffa on les faisant frotter d’huile et en leur donnant du vin, et leur ordonna de suivre l’extrémité même du rivage, en passant à la nage les endroits impraticables. Au moyen de cette ruse, il fondit à l’improviste, et par derrière, sur les troupes qui gardaient ce défilé.
8 Cn. Pompée, ne pouvant traverser un fleuve dont l’autre rive était gardée par l’ennemi, faisait continuellement sortir ses troupes du camp, et les y ramenait ; quand il eut par là persuadé aux ennemis qu’ils n’avaient aucun mouvement à faire à l’ap-proche des Romains, il s’élança tout à coup vers le fleuve et le traversa.
reeeeeverblu
19/04/2007, 22h02
9 Alexandre le Grand, arrêté par Porus, qui lui disputait le passage de l’Hydaspe , donna l’ordre à une partie de ses trou-pes de se porter sans cesse vers le fleuve ; et lorsqu’il eut réussi, par cette manœuvre, à fixer les craintes de Porus sur ce point de la rive opposée, il fit subitement passer son armée plus haut.
Empêché par l’ennemi de traverser l’Indus, Alexandre fit entrer sa cavalerie en différents endroits du fleuve, comme pour forcer le passage ; et pendant qu’il tenait les barbares dans cette attente, il fit passer dans une île peu éloignée un détachement faible d’abord, mais qui, bientôt renforcé, gagna de là l’autre rive. À la vue de cette troupe, tous les ennemis s’élancèrent à la fois pour l’anéantir ; Alexandre eut alors le gué libre, passa le fleuve, et réunit toute son armée.
10 Xénophon, voyant que les Arméniens occupaient l’autre rive d’un fleuve qu’il devait traverser, fit chercher deux gués ; et, se voyant repoussé de celui du dessous, il gagna le gué supé-rieur. Également chassé de celui-ci, où l’ennemi était accouru, il revint au gué inférieur, laissant vers l’autre une partie de ses soldats, avec ordre de traverser par là, pendant que l’ennemi retournerait à la défense du gué inférieur. Persuadés que l’armée entière de Xénophon redescendrait le fleuve, les Armé-niens ne prirent point garde aux troupes qui restaient sur l’autre point ; alors celles-ci, ayant traversé sans obstacle, vinrent pro-téger le passage des autres.
11 Lors de la première guerre Punique, le consul Ap. Clau-dius, étant dans l’impossibilité de faire passer son armée de Rhegium à Messine, parce que les Carthaginois gardaient le dé-troit, répandit le bruit qu’il ne pouvait continuer une guerre commencée sans l’ordre du peuple, et feignit de ramener sa flotte du côté de l’Italie. Les Carthaginois se retirèrent, croyant au départ du consul, et celui-ci, revenant sur ses pas, aborda en Sicile.
12 Des généraux lacédémoniens, faisant voile pour Syra-cuse, et redoutant la flotte des Carthaginois, qui était en croi-sière devant cette ville, firent marcher à leur tête, comme en triomphe, des vaisseaux carthaginois qu’ils avaient capturés, et au flanc ou à l’arrière desquels ils avaient attaché leurs propres navires. Trompés par cette apparence, les Carthaginois les lais-sèrent passer.
13 Philippe, arrêté au détroit de Cyanée par la flotte athé-nienne, qui lui fermait le passage, écrivit à Antipater de tout quitter pour le suivre chez les Thraces, qui étaient en insurrec-tion, et avaient fait prisonnières les garnisons laissées dans leur pays ; et il eut soin que sa lettre fût interceptée par les Athé-niens. Ceux-ci croyant avoir surpris les secrets des Macédo-niens, retirèrent leur flotte ; et Philippe franchit le détroit sans trouver de résistance.
14 Ce roi, ne pouvant s’emparer de la Chersonèse, alors au pouvoir des Athéniens, parce que le passage de la mer lui était fermé, tant par la flotte de Byzance que par celle des Rhodiens et des habitants de Chio, sut gagner ces deux derniers peuples en leur rendant les vaisseaux qu’il leur avait pris, comme si cette restitution devait être un motif de médiation de leur part, pour conclure la paix entre lui et les Byzantins, seuls auteurs de la guerre. Puis traînant en longueur cette négociation, et apportant toujours à dessein quelques changements aux conditions du traité, il eut le temps de préparer sa flotte, qui passa le détroit sans que l’ennemi s’y attendit.
15 H. Chabrias, général athénien, qu’une flotte ennemie empêchait d’entrer dans le port de Samos, envoya quelques-uns de ses vaisseaux en vue de ce port, avec ordre de prendre le large, persuadé que les navires en station se mettraient à leur poursuite. Cette ruse, en effet, ayant éloigné l’ennemi, Chabrias ne trouva plus d’obstacle, et fit entrer dans le port le reste de sa flotte.
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19/04/2007, 22h03
Il s’agit sans doute de Philippe, fils de Demetrius, qui fit la guerre aux Étoliens. Voyez Tite-Live, liv. XXVIII, ch. 7.
Selon Quinte-Curce (liv. VIII, ch. 13) et Arrien (liv. V, ch. 2), ce fait s’accomplit, ainsi que le précédent, sur l’Hydaspe, et non sur l’Indus. Plutarque, dans la Vie d’Alexandre, parle d’une lettre de ce roi, qui lui-même rend compte du passage de l’Hydaspe, et ne fait nulle mention de l’Indus. Au reste, ces erreurs ne sont pas rares dans Frontin, surtout quand il sort de l’histoire romaine.
Des stratagèmes semblables ont été pratiqués par Gustave-Adolphe pour passer le Lech, que gardaient les Impériaux, et par Charles XII, qui franchit la Bérézina en marchant contre les Mosco-vites.
Les commentateurs pensent qu’il s’agit ici, non du détroit de Cyanée, mais de celui d’Abydos. Selon Polyen (liv. IV, ch. 2, § 8), Philippe aurait employé cette ruse lors d’une expédition qu’il fit dans le pays d’Amphisse.
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19/04/2007, 22h04
V. S’échapper des lieux désavantageux.
1 Q. Sertorius, serré de près par l’ennemi en Espagne, et devant traverser une rivière, creusa sur le bord un fossé en forme de demi-lune, le remplit de bois, auquel il mit le feu ; et, arrêtant ainsi l’ennemi, il passa librement la rivière.
2 Pélopidas, général thébain, recourut à un semblable arti-fice, dans la guerre de Thessalie, pour franchir une rivière. Ayant donné à son camp une vaste étendue sur la rive, il fit son retranchement avec des troncs d’arbres garnis de leurs bran-ches, et avec d’autres pièces de bois ; puis il y mit le feu. Pen-dant que les flammes tenaient l’ennemi à distance, il traversa la rivière.
3 Q. Lutatius Catulus, poursuivi par les Cimbres, et n’espé-rant leur échapper qu’en passant un fleuve dont ils occupaient le bord, fit paraître ses troupes sur une montagne voisine, comme dans l’intention d’y camper ; et il défendit aux soldats de délier les bagages, de décharger les fardeaux, et de s’écarter des rangs et des enseignes. Pour mieux tromper les ennemis, il fit dresser quelques tentes qu’ils pussent apercevoir, allumer des feux, construire le retranchement par quelques hommes, tandis que d’autres allaient à la provision de bois, toujours à la vue des Cimbres. Ceux-ci, croyant à la réalité de ce qu’ils voyaient, choi-sirent aussi un lieu pour leur camp ; et, pendant qu’ils se disper-saient dans les environs pour se procurer les choses nécessaires au séjour, Catulus, saisissant l’occasion, traversa le fleuve, et dévasta même leur camp.
4 Crésus, ne pouvant passer à gué l’Halys, et n’ayant aucun moyen de construire des bateaux ou un pont, fit creuser un ca-nal qui, de la partie supérieure du rivage, suivit la ligne de son camp, et donna au fleuve un nouveau lit derrière l’armée.
5 Cn. Pompée, vivement poursuivi par César, et voulant transporter la guerre hors de l’Italie, était à Brindes, sur le point de s’embarquer. Il obstrua quelques rues, en mura d’autres, en coupa quelques-unes par des fossés, qu’il couvrit en y dressant des pieux qui supportaient des claies chargées de terre. Les ave-nues qui menaient au port furent interceptées par des poutres serrées les unes contre les autres et formant une puissante bar-rière. Ces travaux terminés, il feignit de vouloir défendre la ville, en laissant çà et là quelques archers sur les remparts. Ses trou-pes s’embarquèrent sans bruit ; et, dès qu’il fut en mer, les ar-chers, se retirant par des chemins qui leur étaient connus, le rejoignirent à l’aide de petites embarcations.
6 Le consul C. Duilius, ayant pénétré imprudemment dans le port de Syracuse , et s’y voyant enfermé par une chaîne ten-due à l’entrée, fit passer tous ses soldats de la poupe de ses vais-seaux, qui, ayant par cette manœuvre l’arrière incliné et la proue relevée, furent lancés à force de rames, et s’engagèrent sur la chaîne. Après quoi, les soldats s’étant portés vers la proue, leur poids entraîna les vaisseaux de l’autre côté de l’obstacle.
7 Lysandre, de Lacédémone, enfermé avec toute sa flotte dans le port d’Athènes, dont les étroites issues étaient gardées par les vaisseaux ennemis, débarqua secrètement ses troupes sur le rivage, et fit passer, à l’aide de rouleaux, ses vaisseaux dans le port de Munychie, voisin de celui d’Athènes.
8 En Espagne, Hirtuleius, lieutenant de Sertorius, s’étant engagé entre deux montagnes escarpées, dans un long et étroit défilé, et n’ayant qu’un petit nombre de cohortes, apprit que l’ennemi approchait avec des forces considérables. Aussitôt il fit creuser un fossé d’une montagne à l’autre, le surmonta d’une palissade à laquelle il mit le feu, et s’échappa en arrêtant ainsi l’ennemi.
9 Pendant la guerre civile, C. César, s’étant avancé avec ses troupes pour présenter la bataille à Afranius, s’aperçut qu’il ne pourrait se retirer sans danger. Il fit rester la première et la se-conde ligne sous les armes, dans l’ordre primitif de la bataille, pendant que la troisième, travaillant derrière les deux autres, à l’insu de l’ennemi, creusait un fossé de quinze pieds, dans l’en-ceinte duquel ses soldats se retirèrent, au coucher du soleil, et restèrent sons les armes.
10 Périclès. général athénien, poussé par les troupes du Pé-loponnèse dans un lieu entouré de rochers escarpés qui n’of-fraient que deux issues, coupa l’une par un fossé très large, comme pour la fermer à l’ennemi, et étendit son camp vers l’au-tre, feignant de vouloir sortir de ce côté. Les troupes qui le te-naient investi, loin de croire que son armée s’échapperait par le fossé qu’elle avait creusé elle-même, accoururent toutes en tête de l’autre passage. Alors Périclès, qui avait préparé des ponts, les jeta sur le fossé, et fit sortir ses soldats sans éprouver aucune résistance.
11 Lysimaque, un des généraux qui se partagèrent l’empire d’Alexandre, avait dessein de camper sur une haute colline ; mais, conduit sur une autre moins élevée, par la faute de ses guides, et craignant que les ennemis, qui étaient postés plus haut, ne vinssent fondre sur lui, il établit son retranchement, et fit creuser en deçà trois fossés, ainsi que d’autres encore autour des tentes, de sorte que le camp tout entier en était sillonné. Puis, quand il eut ainsi coupé le passage à l’ennemi, il se fit des ponts sur les fossés avec de la terre et des branchages, et gagna en toute hâte des lieux plus élevés.
12 En Espagne, T. Fonteius Crassus, étant allé faire du bu-tin avec trois mille hommes, se trouva enfermé par Hasdrubal dans une position dangereuse. À l’entrée de la nuit, n’ayant fait part de sa résolution qu’aux premiers rangs, il s’échappa en tra-versant les postes ennemis, au moment où l’on s’y attendait le moins.
13 L. Furius, s’étant engagé dans un lieu désavantageux, et voulant cacher son inquiétude, afin de ne pas jeter l’alarme parmi ses troupes, se détourna peu à peu, en feignant de s’éten-dre pour attaquer l’ennemi ; puis, par un changement de front, il ramena son armée intacte, sans qu’elle eût connu le danger qu’elle avait couru.
14 Pendant la guerre contre les Samnites, le consul Corné-lius Cossus étant surpris par l’ennemi dans un lieu où il courait du danger, le tribun P. Decius lui conseilla de faire occuper une hauteur qui était près de là, par un détachement qu’il s’offrit à commander. L’ennemi, attiré sur ce point, laissa échapper le consul, mais enveloppa Decius, et le tint assiégé. Celui-ci triom-pha encore de cette difficulté par une sortie nocturne, et revint auprès du consul, sans avoir perdu un seul homme.
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19/04/2007, 22h05
15 Une action semblable a été faite, sous le consulat d’Atilius Calatinus, par un chef dont le nom nous a été diverse-ment transmis : les uns l’appellent Laberius, quelques autres Q. Céditius, la plupart Calpurnius Flamma . Voyant que les trou-pes étaient entrées dans une vallée dont toutes les hauteurs étaient occupées par l’ennemi, il demande et obtient trois cents hommes, qu’il exhorte à sauver l’armée par leur courage, et s’élance avec eux au milieu de cette vallée. les ennemis descen-dent de toutes parts pour les tailler en pièces ; mais, arrêtés par un combat long et acharné, ils laissent au consul le temps de s’échapper avec son armée.
16 En Ligurie, l’armée du consul L. Minucius s’étant enga-gée dans un défilé qui rappelait aux soldats le désastre des Fourches Caudines, ce général donna l’ordre aux Numides, ses auxiliaires, qui, ainsi que leurs chevaux, inspiraient le mépris par leur mauvaise mine, d’aller caracoler vers les issues oc-cupées par les ennemis. Ceux-ci, craignant une surprise, établi-rent des avant-postes. De leur côté, les Numides, pour se faire mépriser davantage, se laissaient à dessein tomber de cheval, se donnant en spectacle et excitant la risée. Cette étrange manœu-vre mit le désordre chez les barbares, qui abandonnèrent leurs rangs pour regarder, Aussitôt que les Numides s’en aperçurent, ils approchèrent peu à peu ; puis, donnant de l’éperon, ils passè-rent à travers les postes mal gardés de l’ennemi, firent irruption dans les campagnes voisines, et forcèrent par là les Liguriens à courir à la défense de ce qui leur appartenait, et à laisser échap-per les Romains, qu’ils tenaient enfermés.
17. Pendant la guerre Sociale, L. Sylla, surpris dans un défi-lé voisin d’Ésernia, se rendit près de l’armée ennemie, com-mandée par Mutilus, et, dans une entrevue qu’il avait deman-dée, il discuta sans succès les conditions de la paix ; mais, s’étant aperçu que les ennemis se tenaient peu sur leurs gardes, à cause de la suspension des hostilités, il sortit de son camp pendant la nuit, et, pour faire croire que son armée y était res-tée, il y laissa un trompette avec ordre de sonner chacune des veilles, et de le rejoindre après avoir annoncé la quatrième. Grâce à cette ruse, il put conduire en des lieux sûrs ses troupes, tous ses bagages et ses machines de guerre.
18 Le même général, faisant la guerre contre Archelaüs, lieutenant de Mithridate dans la Cappadoce, et ayant à lutter à la fois contre la difficulté des lieux et contre un grand nombre d’ennemis, fit des propositions de paix, conclut même une trêve, et, quand il eut par là trompé la vigilance de l’ennemi, il s’échappa.
19 Hasdrubal, frère d’Hannibal, ne pouvant sortir d’un dé-filé dont les issues étaient gardées par Claudius Néron, prit avec celui-ci l’engagement de quitter l’Espagne, si on lui laissait la retraite libre. Puis, chicanant sur les conditions du traité, il ga-gna quelques jours, qu’il mit tous à profit, pour faire échapper son armée par détachements, à travers des sentiers étroits, que l’ennemi avait négligé d’occuper. Après quoi il s’enfuit aisément lui-même avec ses troupes légères.
20 Spartacus, que M. Crassus tenait enfermé par un fossé, fit tuer des prisonniers et des bestiaux, combla le fossé avec leurs corps, pendant la nuit, et passa par-dessus .
21 Ce même chef, assiégé sur le Vésuve, fit des liens de vi-gne sauvage, à l’aide desquels il descendit la montagne du côté le plus escarpé, et par cela même le moins gardé ; et non seule-ment il s’échappa, mais encore il alla par un autre côté jeter une telle épouvante dans l’armée de Clodius, que plusieurs cohortes plièrent devant soixante-quatorze gladiateurs.
22 Le même Spartacus, enveloppé par l’armée du pro-consul P. Varinius, planta devant la porte de son camp, et à de faibles intervalles les uns des autres, des pieux auxquels furent attachés des cadavres vêtus et armés, qu’on devait prendre de loin pour un avant-poste, et alluma des feux dans toute l’éten-due du camp. Ayant trompé l’ennemi par cette fausse appa-rence, il emmena ses troupes pendant le silence de la nuit.
23 Brasidas, général lacédémonien, surpris dans les envi-rons d’Amphipolis par les Athéniens, qui lui étaient supérieurs en nombre, se laissa entourer, afin que les rangs de l’ennemi s’affaiblissent en formant une longue enceinte, et s’ouvrit un passage par l’endroit le plus éclairci.
24. Iphicrate, dans une expédition en Thrace, ayant établi son camp dans un lieu bas, et s’étant aperçu que les, ennemis occupaient une hauteur voisine, d’où ils ne pouvaient descendre que par un seul passage pour le surprendre, laissa dans le camp pendant la nuit quelques soldats auxquels il donna l’ordre d’al-lumer un grand nombre de feux ; et son armée, qu’il avait fait sortir, s’étant postée de chaque côté de cette issue, laissa passer les barbares Puis, tournant contre ceux-ci la difficulté que le terrain lui avait présentée à lui-même, Iphicrate, avec une partie des siens, les chargea en queue et les tailla en pièces, tandis que le reste de son armée s’emparait de leur camp.
25 Darius, pour cacher sa retraite aux Scythes, laissa des chiens et des ânes dans son camp . Les ennemis, entendant aboyer et braire ces animaux, ne se doutèrent point du départ de Darius.
26 Les Liguriens employèrent un moyen analogue pour tromper la vigilance des Romains : ils attachèrent à des arbres, en différents endroits de leur camp, de jeunes bœufs qui, ainsi séparés les uns des autres, redoublèrent leurs mugissements, et firent croire par là que l’armée était toujours présente.
27 Hannon, cerné par des troupes ennemies, amoncela sur le lieu par où il pouvait le plus facilement s’échapper, une grande quantité de menu bois auquel il mit le feu. Les ennemis ayant abandonné cette position pour aller garder les autres is-sues, il fit passer ses soldats à travers les flammes, après leur avoir recommandé de se couvrir le visage avec leurs boucliers, et les jambes avec des vêtements.
28 Hannibal, voulant sortir d’un lieu désavantageux où il était menacé de la disette, et serré de près par Fabius Maximus, chassa de côté et d’autre, pendant la nuit, des bœufs aux cornes desquels il avait attaché des faisceaux de sarment , qui furent allumés. Ces animaux, effrayés par la flamme que leurs mouve-ments excitaient encore, se répandirent au loin sur les monta-gnes, et firent paraître en feu tous les lieux qu’ils parcouraient. Les soldats romains, qui étaient venus en observation, crurent d’abord que c’était un prodige ; mais quand Fabius fut informé de la réalité, il craignit que ce ne fût un piège, et retint ses trou-pes dans le camp : alors les barbares s’échappèrent de ce lieu sans rencontrer aucun obstacle.
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19/04/2007, 22h13
Frontin fait encore ici erreur. Pendant le consulat de Duilius, Syracuse avait pour roi Hiéron, allié et ami des Romains. Il est plu-tôt question du port de Segeste, comme le conjecturent la plupart des critiques. Cf. Polybe, liv. I.
En 156o, Montgomery, fuyant sur la Seine, après la prise de Rouen, franchit de la même manière une estacade que l’on avait établie sur le fleuve, pour empêcher l’approche des bâtiments an-glais.
Cet acte de dévouement de Calpurnius Flaima est rapporté par Florus, liv. II. 2. Tite-Live (liv. XXII, ch. 6o), faisant le rappro-chement de cette noble conduite et de celle de P. Decius, attribue à Flamma ces paroles ; « Moriamur, milites, et morte nostra eripia-mus ex obsidione circumventas legiones. »
Kléber, avec quatre mille hommes, avait attaqué vingt-cinq mille Vendéens. Se voyant débordé par l’ennemi, il dit au colonel Shouadin : « Prends une compagnie de grenadiers, arrête l’ennemi devant ce ravin : tu te feras tuer, et tu sauveras l’armée. — Oui, gé-néral, » répond l’officier ; et il périt avec tous ses hommes.
Ces faits rappellent celui de Léonidas et des trois cents Spartia-tes.
Selon le récit de Plutarque, Crassus enferma Spartacus dans la presqu’île de Rhegium, en tirant à l’isthme, d’une mer à l’autre, un fossé de trois cents stades de longueur, sur une largeur et une pro-fondeur de quinze pieds, et Spartacus s’échappa en comblant une partie du fossé avec de la terre, des branches d’arbres, etc. ; mais le biographe ne fait aucune mention des prisonniers que ce général, au dire de Frontin, aurait mis à mort pour faire passer son armée sur leurs cadavres. (Vie de Crassus, ch. XIII.)
Darius, sur le conseil de Gobrias, un des grands qui le sui-vaient, laissa non seulement les ânes dans son camp, mais encore les malades et toute la partie de son armée la moins capable de suppor-ter les fatigues (Hérodote, liv. IV, ch. 134 et 135). Cf. Polyen, Liv. VII, ch. 11, § 4 ; et Justin, liv. II, ch. 5.
Ce fait est raconté par Tite-Live (liv. XXII, ch. 16 et 17), par Polybe (liv. III, ch. 93), par Plutarque (Vie de Fabius, ch. VI), par Cornélius Nepos (Vie d’Hannibal, ch. V). Il a été de nos jours taxé d’invraisemblance, et appelé le conte des bœufs ardents.
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19/04/2007, 22h14
1 Fulvius Nobilior, conduisant son armée du Samnium dans la Lucanie, et apprenant par des déserteurs que l’ennemi devait attaquer son arrière-garde, donna l’ordre à sa meilleure légion de marcher en tête, et plaça en queue les équipages. L’ennemi, profitant de cette disposition comme d’une occasion favorable, se jeta sur le bagage. Alors Fulvius rangea à sa droite cinq cohortes de la légion dont on vient de parler, et les cinq autres à sa gauche ; puis, étendant ses deux lignes du côté de l’ennemi, que le pillage occupait, il l’enveloppa et le tailla en pièces.
2 Le même Fulvius, vivement pressé par l’ennemi dans une marche, et rencontrant une rivière qui était trop peu considéra-ble pour lui fermer le passage, mais assez rapide pour le retar-der, embusqua en deçà une de ses deux légions, afin que les en-nemis, ne craignant pas le petit nombre des soldats qu’ils ver-raient, le poursuivissent avec plus de témérité. Le fait ayant ré-pondu à son attente, la légion qu’il avait postée sortit du lieu de l’embuscade, fondit sur eux, et les mit en déroute.
3 Iphicrate marchait vers la Thrace, forcé par la nature des lieux d’étendre son armée en longueur, lorsqu’il apprit que l’ennemi avait dessein d’attaquer son arrière-garde. Il ordonna à ses cohortes d’ouvrir leurs rangs en appuyant de chaque côté du chemin, et de s’arrêter ; et aux autres troupes, de hâter le pas comme dans une fuite. À mesure qu’elles défilaient devant lui, il retenait les hommes d’élite ; et quand il vit les ennemis pêle-mêle, échauffés au pillage, et déjà fatigués, il fondit sur eux avec ses soldats reposés et en bon ordre, les tailla en pièces, et leur enleva le butin.
4 Sur le passage de l’armée romaine, qui devait traverser la forêt Litana , les Boïens avaient scié les arbres de telle manière que, soutenus par une très faible partie de leurs troncs, ils de-vaient céder au moindre choc ; puis ils s’étaient embusqués à l’extrémité de la forêt. Dès que les Romains s’y furent engagés, les Boïens donnèrent l’impulsion aux arbres qui étaient le plus près d’eux : ceux-ci déterminant la chute des autres sur l’armée romaine, un grand nombre de soldats furent écrasés.
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19/04/2007, 22h16
VII. Comment on paraît avoir ce dont on manque, et comment on y supplée.
1 L. Cécilius Metellus, n’ayant pas de vaisseaux propres à transporter ses éléphants , joignit ensemble des tonneaux qu’il couvrit de planches, embarqua les éléphants sur ce radeau, et leur fit passer le détroit de Sicile.
2 Hannibal, ne pouvant contraindre ses éléphants à traver-ser un fleuve très profond , et n’ayant pas de bateaux, ni de bois pour construire des radeaux, ordonna qu’on blessât au-dessous de l’oreille le plus méchant de ces animaux, et que celui qui l’aurait frappé se jetât aussitôt à la nage, et traversât le fleuve en fuyant. L’éléphant, que la blessure rendit furieux, vou-lant pour suivre l’auteur de son mal, franchit le fleuve, et les autres n’hésitèrent plus à en faire autant.
3 Des généraux carthaginois, devant équiper une flotte, et manquant de sparte pour faire des cordages, y suppléèrent avec les cheveux des femmes.
4 Les Marseillais et les Rhodiens recoururent au même ex-pédient.
5 M. Antoine, fuyant après sa défaite à Mutine, donna des écorces à ses soldats pour se faire des boucliers.
6 Spartacus et ses soldats avaient des boucliers d’osier re-couverts de peaux.
7 Il n’est pas hors de propos, ce me semble, de rapporter ici cette belle action d’Alexandre le Grand. Lorsque, traversant les déserts de l’Afrique, il était, comme toute son armée, en proie à une soif brûlante, un soldat lui présenta de l’eau dans un cas-que. Il la répandit à terre, à la vue de tous. Par cet exemple de tempérance il produisit plus d’effet sur ses soldats, que s’il eût pu partager avec eux cette eau.
Metellus avait pris ces éléphants aux Carthaginois dans le combat livré sous les murs de Panorme.
Il s’agit ici du passage du Rhône. Tite-Live, tout en rappor-tant le fait (liv. XXI, ch. 28), semble peu y croire, et pense que les éléphants passèrent plutôt sur des radeaux.
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19/04/2007, 22h17
1 Lorsque Coriolan se vengeait, les armes à la main, de son ignominieuse condamnation, il préserva du ravage les proprié-tés des patriciens, tandis qu’il brûlait et dévastait celles des plé-béiens, voulant par là rompre l’accord qui régnait entre les Ro-mains.
2 Hannibal, ayant dessein de faire noter d’infamie Fabius, qui lui était supérieur en vertu, comme en talents militaires, épargna ses propriétés tout en ravageant celles des autres Ro-mains. Mais la grandeur d’âme de Fabius mit sa fidélité à l’abri de tout soupçon : il vendit ses biens au profit de l’État.
3 Q. Fabius Maximus, étant consul pour la cinquième fois, lorsque les Gaulois, les Ombriens, les Étrusques et les Samnites réunirent leurs forces contre le peuple romain, s’avança à leur rencontre au delà de l’Apennin ; et, pendant qu’il fortifiait son camp près de Sentinum, il écrivit à Fulvius et à Postumius, qui gardaient Rome, de diriger leurs troupes sur Clusium . Cet ordre exécuté, les Étrusques et les Ombriens accoururent à la défense de leur territoire ; alors, comme il ne restait plus que les Samnites et les Gaulois, Fabius et son collègue Decius les atta-quèrent et les défirent.
4 Les Sabins ayant levé une grande armée, et quitté leur territoire pour se jeter sur celui de Rome, M. Curius envoya, par des chemins détournés, un détachement qui ravagea leurs ter-res, et incendia leurs bourgades dans plusieurs directions. Les Sabins rentrèrent chez eux pour arrêter cette dévastation ; en sorte que Curius eut le triple avantage de saccager le pays en-nemi alors sans défense, de mettre en fuite une armée sans avoir livré bataille, et de la tailler en pièces après l’avoir disper-sée.
5 T. Didius, ne trouvant pas son armée assez nombreuse, différait la bataille jusqu’à l’arrivée des légions qu’il attendait, lorsqu’il apprit que l’ennemi allait marcher à leur rencontre. Il convoqua l’assemblée, or donna aux soldats de se préparer au combat, et fil à dessein négliger la garde des prisonniers. Il s’en échappa quelques-uns, qui annoncèrent aux leurs que les Ro-mains se disposaient à les attaquer. Alors, dans l’attente du combat, l’ennemi craignit de diviser ses forces, et renonça à marcher contre les légions qu’il voulait surprendre. Celles-ci arrivèrent près de Didius sans avoir été inquiétées.
6 Dans une des guerres Puniques, quelques villes, ayant dessein de passer du parti des Romains dans celui des Cartha-ginois, et désirant, avant de rompre avec les premiers, retirer les otages qu’elles leur avaient donnés, feignirent d’avoir querelle avec des peuples voisins, demandèrent, des Romains pour mé-diateurs, et, quand ceux-ci furent arrivés, elles les retinrent comme otages équivalents, et ne les rendirent qu’après avoir reçu les leurs.
7 Les Romains ayant envoyé une ambassade au roi Antio-chus, qui, après la défaite des Carthaginois, avait auprès de lui Hannibal, dont il mettait les conseils à profit contre Rome ; les députés eurent de fréquents entretiens avec Hannibal, dans le but de le rendre suspect au roi, à qui sa présence était agréable, et même utile, à cause de son caractère rusé et de ses talents militaires.
8 Q. Metellus, faisant la guerre contre Jugurtha, gagna les députés que ce prince lui avait envoyés, et obtint d’eux qu’ils le lui livreraient. Il arrêta le même projet avec une seconde am-bassade, puis avec une troisième ; mais il ne réussit pas à s’em-parer de Jugurtha, parce qu’il voulait qu’on le lui amenât vivant. Toutefois il résulta de cette machination un grand avantage : des lettres qu’il écrivait aux confidents du roi furent intercep-tées ; et celui-ci, ayant immolé à sa colère tous ces personnages, demeura privé de conseillers, et ne put se faire dans la suite au-cun ami.
9 C. César, informé par un prisonnier qu’Afranius et Pe-treius devaient lever le camp la nuit suivante, résolut de les en empêcher sans fatiguer ses troupes. Il ordonna, quand la nuit fut venue, que l’on criât de plier bagage, que l’on conduisît à grand bruit les bêtes de somme le long des retranchements des ennemis, et que l’on continuât le tumulte, afin que ce départ simulé les retînt dans leur camp.
10 Scipion l’Africain, voulant surprendre des renforts et des convois qui allaient rejoindre Hannibal, envoya à leur rencontre M. Thermus, se disposant lui-même à le suivre pour l’appuyer.
11 Denys, tyran de Syracuse, informé qu’une nombreuse armée de Carthaginois devait débarquer en Sicile pour l’attaquer, fortifia plusieurs châteaux, et donna l’ordre aux trou-pes qu’il y laissa de les abandonner à l’approche de l’ennemi, et de s’échapper en se repliant secrètement vers Syracuse. Les Car-thaginois, une fois maîtres de ces forts, se virent dans la nécessi-té d’y placer des garnisons ; et Denys, ayant réduit, autant qu’il le désirait, les forces de l’ennemi en les disséminant, tandis qu’en réunissant les siennes il s’était fait une armée presque aussi nombreuse que la leur, prit l’offensive et les défit.
12 Agésilas, roi de Lacédémone, allant faire la guerre à Tis-sapherne , feignit de se diriger sur la Carie, comme devant combattre avec plus de succès dans ce pays montueux , contre un ennemi qui lui était supérieur en cavalerie. Cette démonstra-tion ayant fait passer Tissapherne lui-même en Carie, Agésilas fit irruption en Lydie, où était la capitale du royaume ; et, pre-nant au dépourvu les habitants, il s’empara des trésors du roi.
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