Thirga.ounevdhou
24/04/2007, 11h31
Cependant, il existe des cas où l’appellation peut s’employer sans discussion, comme les histoires de Djeha et Djeha lui-même, l’Odyssée d’Ulysse que la mémoire populaire n’a jamais cessé de perpétuer durant des siècles. «La légende des siècles» de Victor Hugo, qui traite de tous les faits et événements de guerre, de religion ou de mythologie qui ont marqué le monde depuis l’aube de l’humanité, peut servir d’œuvre de référence d’autant que celui-ci est entièrement versifié.
La légende à ses débuts
A l’origine, les légendes étaient consacrées à la vie des saints, des sages, des braves, des martyrs ou des bandits d’honneur. On les lisait sur les lieux publics comme le faisait Rabelais qui émerveillait son public par ses légendes du genre : les moutons de Panurge, ou le portefaix et le rôtisseur, ou Homère qui allait d’agora en agora pour raconter l’Iliade et l’Odyssée.
Pour avoir été adoptées comme récits populaires, les légendes ont pris de l’expansion, se sont développées, transformées au gré des conteurs pour servir de modèles et répondre aux aspirations d’un peuple, d’un groupe social vivant dans un contexte socio-historique particulier. J. P. Bayard, auteur de référence pour son Histoire des légendes a englobé dans cette catégorie populaire : fables et contes répondant à quelques critères de classification, particulièrement les fables d’Esope ou de La Fontaine. Mais nous en avons de meilleures comme les histoires de Taos Amrouche qui ont un côté légendaire.
La définition de la légende selon Bayard est peu claire et ambiguë : la légende, dit-il, est un conte où l’action merveilleuse se situe avec exactitude et où les personnages sont précis et définis. Ses actions se rapportent à des événements historiques vécus.
Entre aussi dans la catégorie légende, le mythe dans la mesure où ses personnages humains deviennent divins et que ses actions sont surnaturelles et irrationnelles. Les mythes dont le temps n’est plus une fiction, sont, dans leur grande diversité, à caractère héroïque, religieux, cosmogonique, divin.
Une des particularités de la légende réside dans le contraste entre l’acteur principal : le héros, le brave, un enchanteur, une fée, un sorcier et les personnages modestes, demandeurs d’aide ou victime.
Le côté fictionnel de la légende, comme dans le monde, est construit de manière à émerveiller, à détendre, à susciter un intérêt didactique particulier. Cela répond au désir de récréation du public, à son aspiration spirituelle, à sa quête d’un monde merveilleux. La légende doit donc être bâtie à partir des thèmes et préoccupations d’une société, d’une culture.
Le genre «légende», comme le récit lui-même, peuvent avoir été importés d’un autre pays ou d’un autre continent. Là-dessus, l’Inde a été reconnue comme ayant été, depuis la nuit des temps, le berceau du folklore mondial. La littérature populaire, qui a été colportée, a fait l’objet de transformations en d’autres genres.
Par exemple, les légendes d’Esope, de l’Inde dont la plupart des récits légendaires remontent à plus de 4 000 ans avant J. C., ont connu çà et là des formes nouvelles.
La Fontaine en a fait des poèmes d’une beauté incomparable et de facture classique. Les témoignages de bonté ou de mauvais comportements entre animaux ou entre l’homme et l’animal sont porteurs de marques hindouistes. L’Inde détient des livres anciens où sont restés conservés les mythes anciens élaborés à partir du vécu collectif et fixés par la mémoire pour leur valeur morale et didactique, ainsi que pour leurs thèmes récurrents : sentiments et désirs, histoires d’hommes ou de femmes aux destins hors du commun.
Comment interpréter les légendes ?
Chaque peuple ou groupe social fait ses interprétations admises par tous, en fonction des préoccupations dominantes. Le contexte socioculturel, les traditions, l’âge et le niveau d’instruction des récepteurs sont autant de facteurs de différences d’interprétation.
Pour les anthropologues, il y a autant de peuples que de manières de considérer les légendes. Les uns y voient en premier lieu des phénomènes naturels qui ont un sens, pour d’autres, il s’agit de survivances religieuses et culturelles fondées sur l’animisme ou spiritualisation naïve des phénomènes de la nature ambiante, les totems, les objets tabous et paroles à valeur magique.
Creuser de l’Ecole allégorique voit sous le symbole une allégorie morale, le symbole d’une antique philosophie née en Orient avant d’être répandue dans le pays de longue tradition littéraire. Les néoplatoniciens voient une connexion du mythe avec le totémisme primitif.
Les migrations d’une aire géographique à l’autre, même situées aux antipodes, expliquent la ressemblance entre les contes sanscrits et les contes européens. Après avoir voyagé de la Perse à la Syrie ou de l’Inde à l’Espagne, ces productions populaires se sont répandues partout grâce aux grands voyageurs ou aux guerriers qui ont sillonné le monde à des époques déterminées.
Les folkloristes parlent de variantes dues aux origines diverses, mais aussi aux influences religieuses, poétiques qui ont facilité la transmission.
Freud et ses disciples voient dans les mythes l’expression de désirs persistants de même nature que ceux qui se manifestent dans les rêves.
Pour le père de la psychanalyse, les aspirations fondamentales de l’humanité trouvent leur satisfaction dans les différentes croyances religieuses et les divers états émotionnels proviennent des conflits intrapsychiques remontant à la première enfance ou aux premiers ancêtres humains.
Nul doute que ces légendes, contes, mythes ont une valeur ou un pouvoir thérapeutique sur les maladies de l’âme. On croit que les contes permettent un équilibre psychologique. Les pharaons y ont recours pour se remettre d’une tromperie, d’un désenchantement pour lesquels on recherche des compensations moyennant des récits imaginaires.
Aux mariages malheureux, on associe l’anneau ou bague d’alliance, symbole d’une union sacrée. Le symbolisme du mariage occupe une place privilégiée dans la légende et le conte. Mais les époux sont sans cesse menacés par les Don Juan, les sorciers, les philtres, les remèdes, les poisons. Musique, chants, jeux, parties intégrantes d’un décor ou de l’ambiance de l’univers merveilleux, peuvent être aussi déterminants pour la sauvegarde ou la désunion.
Structure des légendes et fonctions des personnages
Il y a une évolution vers le bien, mais bien après des situations de désespoir ou des péripéties bien périlleuses que les personnages doivent savoir surmonter.
L’homme est là pour contrebalancer ou contracter une alliance surnaturelle pour être un dominant, devenir un autre au pouvoir magique. Satan comme personnage maléfique est parfois omniprésent. Il est là pour tenter de nous débaucher, nous entraîner sur la voie du crime ou de l’irréparable. La légende met en scène un personnage principal dont la démarche est fondée sur une dualité : celle du bien et du mal. Selon la croyance, c’est le diable qui a suggéré des assassinats, les catastrophes naturelles. Chaque auteur crée un univers selon ses goûts, trace un itinéraire à chaque acteur dans l’intérêt des croyances religieuses.
La première légende que le monde ait connue semble être d’origine asiatique. C’est la légende de Théophile, qui a peut-être des variantes un peu partout comme en Orient. Le héros administrateur apprécié est démis de ses fonctions pour des raisons inexpliquées. Pour se renflouer, il appelle le magicien seul capable de le délivrer. C’est Satan qui se charge de tout.
Mais malgré son triomphe, il regrette d’avoir agi de la sorte. Aussi, pour être pardonné, il prie pendant quarante jours la vierge Marie. Il se confesse publiquement et meurt.
La même légende, à la faveur d’un voyage dans l’espace, connaît une diversité de variantes dont une s’intitule L’histoire de Militarius qui se livre pleinement au diable et connaît une vie de débauche. Mais il obtient le pardon en s’adressant à Dieu. «La légende du chevalier voué au démon et sauvé par Sainte Gertrude» et «La farce de Munyer» sont d’autres variantes de la première légende.
En 1857, Iochan Spies publie à Frankfort «L’histoire du docteur Jean Faust» mettant en évidence l’évolution d’une âme dévoyée sur fond d’aventures extraordinaires.
La même légende a connu une imitation, celle de «L’histoire de Wagner» où il s’agit d’un voyageur qui va à la conquête du monde à la manière de Christophe Colomb.
La même légende a été reprise sous une autre forme mais avec un contenu identique, sous le titre «La tragique histoire du docteur Faust» (Londres, 1604) ; c’est une farce tragique, mais une œuvre profondément humaine se terminant par l’idée que l’enfer est en nous-même.
Le même contenu idéologique a été ensuite repris sous la forme de marionnettes.
- Par La nouvelle Republique
La légende à ses débuts
A l’origine, les légendes étaient consacrées à la vie des saints, des sages, des braves, des martyrs ou des bandits d’honneur. On les lisait sur les lieux publics comme le faisait Rabelais qui émerveillait son public par ses légendes du genre : les moutons de Panurge, ou le portefaix et le rôtisseur, ou Homère qui allait d’agora en agora pour raconter l’Iliade et l’Odyssée.
Pour avoir été adoptées comme récits populaires, les légendes ont pris de l’expansion, se sont développées, transformées au gré des conteurs pour servir de modèles et répondre aux aspirations d’un peuple, d’un groupe social vivant dans un contexte socio-historique particulier. J. P. Bayard, auteur de référence pour son Histoire des légendes a englobé dans cette catégorie populaire : fables et contes répondant à quelques critères de classification, particulièrement les fables d’Esope ou de La Fontaine. Mais nous en avons de meilleures comme les histoires de Taos Amrouche qui ont un côté légendaire.
La définition de la légende selon Bayard est peu claire et ambiguë : la légende, dit-il, est un conte où l’action merveilleuse se situe avec exactitude et où les personnages sont précis et définis. Ses actions se rapportent à des événements historiques vécus.
Entre aussi dans la catégorie légende, le mythe dans la mesure où ses personnages humains deviennent divins et que ses actions sont surnaturelles et irrationnelles. Les mythes dont le temps n’est plus une fiction, sont, dans leur grande diversité, à caractère héroïque, religieux, cosmogonique, divin.
Une des particularités de la légende réside dans le contraste entre l’acteur principal : le héros, le brave, un enchanteur, une fée, un sorcier et les personnages modestes, demandeurs d’aide ou victime.
Le côté fictionnel de la légende, comme dans le monde, est construit de manière à émerveiller, à détendre, à susciter un intérêt didactique particulier. Cela répond au désir de récréation du public, à son aspiration spirituelle, à sa quête d’un monde merveilleux. La légende doit donc être bâtie à partir des thèmes et préoccupations d’une société, d’une culture.
Le genre «légende», comme le récit lui-même, peuvent avoir été importés d’un autre pays ou d’un autre continent. Là-dessus, l’Inde a été reconnue comme ayant été, depuis la nuit des temps, le berceau du folklore mondial. La littérature populaire, qui a été colportée, a fait l’objet de transformations en d’autres genres.
Par exemple, les légendes d’Esope, de l’Inde dont la plupart des récits légendaires remontent à plus de 4 000 ans avant J. C., ont connu çà et là des formes nouvelles.
La Fontaine en a fait des poèmes d’une beauté incomparable et de facture classique. Les témoignages de bonté ou de mauvais comportements entre animaux ou entre l’homme et l’animal sont porteurs de marques hindouistes. L’Inde détient des livres anciens où sont restés conservés les mythes anciens élaborés à partir du vécu collectif et fixés par la mémoire pour leur valeur morale et didactique, ainsi que pour leurs thèmes récurrents : sentiments et désirs, histoires d’hommes ou de femmes aux destins hors du commun.
Comment interpréter les légendes ?
Chaque peuple ou groupe social fait ses interprétations admises par tous, en fonction des préoccupations dominantes. Le contexte socioculturel, les traditions, l’âge et le niveau d’instruction des récepteurs sont autant de facteurs de différences d’interprétation.
Pour les anthropologues, il y a autant de peuples que de manières de considérer les légendes. Les uns y voient en premier lieu des phénomènes naturels qui ont un sens, pour d’autres, il s’agit de survivances religieuses et culturelles fondées sur l’animisme ou spiritualisation naïve des phénomènes de la nature ambiante, les totems, les objets tabous et paroles à valeur magique.
Creuser de l’Ecole allégorique voit sous le symbole une allégorie morale, le symbole d’une antique philosophie née en Orient avant d’être répandue dans le pays de longue tradition littéraire. Les néoplatoniciens voient une connexion du mythe avec le totémisme primitif.
Les migrations d’une aire géographique à l’autre, même situées aux antipodes, expliquent la ressemblance entre les contes sanscrits et les contes européens. Après avoir voyagé de la Perse à la Syrie ou de l’Inde à l’Espagne, ces productions populaires se sont répandues partout grâce aux grands voyageurs ou aux guerriers qui ont sillonné le monde à des époques déterminées.
Les folkloristes parlent de variantes dues aux origines diverses, mais aussi aux influences religieuses, poétiques qui ont facilité la transmission.
Freud et ses disciples voient dans les mythes l’expression de désirs persistants de même nature que ceux qui se manifestent dans les rêves.
Pour le père de la psychanalyse, les aspirations fondamentales de l’humanité trouvent leur satisfaction dans les différentes croyances religieuses et les divers états émotionnels proviennent des conflits intrapsychiques remontant à la première enfance ou aux premiers ancêtres humains.
Nul doute que ces légendes, contes, mythes ont une valeur ou un pouvoir thérapeutique sur les maladies de l’âme. On croit que les contes permettent un équilibre psychologique. Les pharaons y ont recours pour se remettre d’une tromperie, d’un désenchantement pour lesquels on recherche des compensations moyennant des récits imaginaires.
Aux mariages malheureux, on associe l’anneau ou bague d’alliance, symbole d’une union sacrée. Le symbolisme du mariage occupe une place privilégiée dans la légende et le conte. Mais les époux sont sans cesse menacés par les Don Juan, les sorciers, les philtres, les remèdes, les poisons. Musique, chants, jeux, parties intégrantes d’un décor ou de l’ambiance de l’univers merveilleux, peuvent être aussi déterminants pour la sauvegarde ou la désunion.
Structure des légendes et fonctions des personnages
Il y a une évolution vers le bien, mais bien après des situations de désespoir ou des péripéties bien périlleuses que les personnages doivent savoir surmonter.
L’homme est là pour contrebalancer ou contracter une alliance surnaturelle pour être un dominant, devenir un autre au pouvoir magique. Satan comme personnage maléfique est parfois omniprésent. Il est là pour tenter de nous débaucher, nous entraîner sur la voie du crime ou de l’irréparable. La légende met en scène un personnage principal dont la démarche est fondée sur une dualité : celle du bien et du mal. Selon la croyance, c’est le diable qui a suggéré des assassinats, les catastrophes naturelles. Chaque auteur crée un univers selon ses goûts, trace un itinéraire à chaque acteur dans l’intérêt des croyances religieuses.
La première légende que le monde ait connue semble être d’origine asiatique. C’est la légende de Théophile, qui a peut-être des variantes un peu partout comme en Orient. Le héros administrateur apprécié est démis de ses fonctions pour des raisons inexpliquées. Pour se renflouer, il appelle le magicien seul capable de le délivrer. C’est Satan qui se charge de tout.
Mais malgré son triomphe, il regrette d’avoir agi de la sorte. Aussi, pour être pardonné, il prie pendant quarante jours la vierge Marie. Il se confesse publiquement et meurt.
La même légende, à la faveur d’un voyage dans l’espace, connaît une diversité de variantes dont une s’intitule L’histoire de Militarius qui se livre pleinement au diable et connaît une vie de débauche. Mais il obtient le pardon en s’adressant à Dieu. «La légende du chevalier voué au démon et sauvé par Sainte Gertrude» et «La farce de Munyer» sont d’autres variantes de la première légende.
En 1857, Iochan Spies publie à Frankfort «L’histoire du docteur Jean Faust» mettant en évidence l’évolution d’une âme dévoyée sur fond d’aventures extraordinaires.
La même légende a connu une imitation, celle de «L’histoire de Wagner» où il s’agit d’un voyageur qui va à la conquête du monde à la manière de Christophe Colomb.
La même légende a été reprise sous une autre forme mais avec un contenu identique, sous le titre «La tragique histoire du docteur Faust» (Londres, 1604) ; c’est une farce tragique, mais une œuvre profondément humaine se terminant par l’idée que l’enfer est en nous-même.
Le même contenu idéologique a été ensuite repris sous la forme de marionnettes.
- Par La nouvelle Republique