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Mha
03/05/2007, 17h33
Elle se voulait quatrième pouvoir, la presse algérienne n’a pas réussi à se donner les moyens de ses ambitions.
Si sa liberté de ton est incontestable, elle n’a pas su capitaliser son potentiel, son expérience et ses douleurs pour transcender l’archaïsme et le militantisme et passer au professionnalisme pour garantir ses lettres de noblesse et ses missions. La liberté de la presse est une équation dont les variables sont souvent difficiles mais pas impossibles à concilier : la liberté de ton, le droit d’informer, l’éthique et le succès commercial. Née dans la douleur et le sang des victimes des événements d’Octobre 1988, la liberté de la presse a néanmoins connu ses balbutiements durant les années quatre-vingt, notamment à travers la protestation politique et syndicale du Mouvement des journalistes algériens (MJA). Ce dernier a fédéré tous les journalistes au-delà des clivages politiques et idéologiques.
Pour tous, il y avait des objectifs communs indiscutables et indissociables : la liberté de la presse et d’expression, les conditions de travail, le statut du journaliste et la gestion de carrière. La jonction du combat des journalistes avec ceux des femmes, des jeunes, des travailleurs, des militants de la démocratie et du progrès était évidente aussi bien avant qu’après Octobre 1988. Dès 1990, les premières fractures commencent à fissurer le MJA qui s’est dilué dans des luttes intestines compromettant ainsi son consensus originel et son autonomie.
Les expériences de structuration de la corporation qui allaient suivre (AJA, SNJA, SNJ) ont toutes échoué et n’ont jamais réussi à polariser tous ou la majorité des journalistes autour d’objectifs communs et d’un programme minimum. Même les patrons de la presse sont touchés par le syndrome de la division. Après la défunte Association des éditeurs de journaux (AEJ), toutes les velléités de fédération des journaux sont restées vaines. Les raisons de l’atomisation de la presse vont des clivages politiques aux conflits d’intérêts en passant par l’absence d’une vision stratégique et globale du rôle de la presse, de sa place dans les paysages socio-économiques et institutionnels.
A propos de ce dernier point, même les pouvoirs publics ont failli et n’ont pas accordé à cet aspect stratégique toute son importance. Pourtant, c’est la presse algérienne qui, en dépit de toutes ses faiblesses, ses contradictions, a résisté à la déferlante islamiste et son excroissance terroriste qui a menacé les fondements de l’Etat national. Le tribut de la corporation a été lourd pendant ces années de folie et de barbarie. Jusqu’à aujourd’hui, aucune stratégie ni politique de l’information nationale ne sont élaborées de façon consensuelle pour que l’Algérie engage enfin une mutation qualitative du secteur de l’information, tous genres confondus, pour faire face à la concurrence rude et inégale des médias étrangers, arabes et occidentaux, qui ont conquis le pays et dont certains constituent un danger réel pour la stabilité et la sécurité. Il est temps que la presse algérienne transcende ses clivages et ses luttes de chapelle inutiles pour assumer ses responsabilités et faire face aux défis qui l’attendent en se dotant de structures socioprofessionnelles qui préservent ses intérêts, d’un code et d’un conseil d’éthique qui régulent son fonctionnement. Il est temps que les pouvoirs publics mettent un terme à leur méfiance à l’égard de la presse algérienne, l’impliquent dans toutes les réflexions sur la politique nationale de communication et l’aident à sortir de l’archaïsme qui annihile ses potentialités immenses, à travers notamment la mise à son service des moyens technologiques modernes aussi bien pour la presse audiovisuelle qu’écrite.

La Tribune

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