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Voir la version complète : Tahar Benferhat, la légende vivante d'Ezzerga


morjane
14/05/2007, 16h02
Présenté comme un pur produit du football national, toutes générations confondues, avec une carrière internationale riche en événements heureux, Tahar Benferhat, le Brésilien de l'Afrique, garde toujours intacte sa réputation inébranlable de citadelle inexpugnable aussi bien sur le plan sportif que privé. La main sur le coeur, Tahar est «né pour se mettre au service désintéressé de ses prochains», nous confie celui qui est présenté comme l'un de ses plus fidèles amis. Parce que pour trouver Tahar à Tiaret, «nul besoin d'adresse ou de numéro de téléphone» vous diront à l'unisson tous ceux qui connaissent l'ex-coqueluche de la sélection d'Afrique. «Je suis né dans une famille très pauvre. A quatorze ans, j'habitais avec mes parents une pièce-cuisine» confesse Tahar, l'anti-vedette par excellence.

Né le 23 mars 1944, Tahar est renvoyé de l'école à l'âge de 14 ans. Allant à rebrousse-poil du voeu de son paternel, Tahar se découvre une seule et unique passion: le ballon rond. De keeper au don reconnu de tous, l'ex-meneur de jeu d'Ezzerga évolue avec succès à tous les postes avant de retrouver sa vocation d'arrière central et de s'y imposer comme l'un des meilleurs de sa génération. Sous les conseils éclairés de l'Uruguayen Andrade qui le surnomma le Di Stefano algérien, Tahar fait montre de qualités d'un footballeur racé. D'une puissance de tir redoutable, un dribble imparable et une silhouette d'une rare élégance, Si Tahar est un avant-centre comme rarement le sport-roi en a produit. Avec l'arrivée de Amara, son mentor de toujours, Tahar est consacré dans son rôle, fait pour lui, de défenseur à la relance exceptionnelle.

Aux côtés de Fréha et Kalem, Tahar fait des merveilles en équipe nationale. L'une des dates-phares de l'ex-capitaine des Africains reste sans conteste ce mémorable match contre le Maroc qui vit en 1968 l'Algérie battre les «Lions de l'Atlas» par trois buts à un. Ce jour-là, Tahar, le Tiareti, fut si éblouissant qu'il reçut les félicitations du feu Président Houari Boumediène. Aujourd'hui, Tahar regarde sa vie de footballeur par-dessus son épaule, son cauchemar premier restant encore et toujours attaché à l'amour de sa vie, Ezzerga, qu'il souhaite de son vivant voir accrocher à son tableau de chasse encore vierge une distinction qu'elle a «de tout temps mérité» soupire-t-il, le regard fermé d'amertume.

Aujourd'hui âgé de 64 ans, Tahar, de derrière le comptoir du salon de thé qu'il tient comme un point de chute... de tous les espoirs, Tahar est toujours un jeune gentleman respirant la santé ondoyante. Entré dans l'histoire par la plus grande des portes, Tahar a une seule envie qui lui démange... les pieds, «casser» son divorce d'avec le football. Et ce n'est pas ce SMS (oui, un SMS) que lui ont envoyé «en boucle» des amoureux déçus de l'ASMO, pour venir prendre en main cette école de football, qui fera oublier à Tahar son honneur éternel, celui d'avoir cru à son métier jusqu'au dernier souffle, de sa vie qu'on souhaite longue, très longue...

Le «maître à faire» des accessions

Converti avec succès au monde ingrat du coaching, la légende vivante d'Ezzerga, de joueur dévoué et surdoué, s'est taillée une solide réputation de «maître à faire» des accessions. En effet, coup sur coup, Tahar conduit vers le bonheur le WA Mostaganem qui accède en première division avant de passer à la barre technique de l'USMBA, team avec lequel il réussit une saison exceptionnelle ponctuée par une accession méritée à l'étage supérieur. Imposant ses visions novatrices en matière de schémas tactiques et de style de jeu, Tahar est convoité par plusieurs clubs en quête de succès. C'est ainsi qu'il est sollicité par le SC Mécheria et l'IRB Sougueur qu'il réussira avec brio à faire accéder à l'étage supérieur.

L'ex-Olympique Sempac et le WAB Tissemsilt goûteront eux aussi aux joies procurées par l'ex-capitaine de la sélection africaine et parviendront eux aussi à accéder en division II. Nommé entraîneur de la sélection espoir, Tahar remporte en 1989 la Coupe du Maghreb arabe et se voit consacré comme l'un des meilleurs coaches à l'échelon national et même maghrébin.

Je suis Monsieur Tahar

L'histoire sportive de l'ex-capitaine de la sélection africaine et celle du club de ses premiers amours la JSM Tiaret sont-elles à ce point confondues que l'on peut ne pas évoquer l'un (le club) sans épeler forcément le nom de l'autre (le joueur). Jugez-en: alors que Tahar était au summum de son art en faisant sensation partout dans les terrains où il «sévissait», des lycéens épris du joueur surdoué, s'amusaient à écrire son nom sur tous les tableaux, mais d'une manière qui était la leur. En effet, les adolescents du lycée «Ibn-Rostom» dont les étages supérieurs donnent sur le mythique stade «Aït-Abderrahim» écrivaient sur les tableaux noirs avec de la craie blanche: JSM Tiaret = Je suis Monsieur Tahar. Un jour, Tahar et alors qu'il s'entraînait au stade «Aït-Abderrahim» reçoit la visite surprise du proviseur du lycée «Ibn-Rostom» venu lui réclamer d'arrêter de détourner les élèves de leurs études puisque «votre nom est inscrit sur tous les tableaux et dans toutes les classes du lycée», lui dira-t-il. Contrit, Tahar, lui, qui dit ne pas avoir usé une seule culotte sur les bans des écoles, se confond en excuses devant l'éducateur mais ce dernier baisse aussitôt la garde pour lui confesser son admiration et le bel exemple qu'il était pour tous les élèves du prestigieux lycée «Ibn-Rostom». Et depuis, la JSMT se lit toujours, Je suis Monsieur Tahar. Comme quoi la passion peut parfois prendre le nom de celui qu'elle brûle de tous ses charbons ardents.

Tahar vu par Saïd Amara

La lettre hommage écrite avec beaucoup de cœur en 1972 par celui qui fut le mentor et l'entraîneur de Tahar Benferhat, conserve un air si vrai et si poignant qu'on dirait qu'elle a été écrite hier. En voici quelques extraits : «C'est un réel plaisir que je me remémore les années passées à Tiaret, ces années qui m'ont permis de suivre l'évolution de la plupart des joueurs et la transformation des jeunes adolescents en adultes sensés et courtois. J'aurais pu commencer ma série de portraits par Meridja, Dahou, Banus, etc., mais j'ai préféré accorder la priorité au capitaine Tahar Benferhat. En tant que footballeur, Tahar a accompli d'énormes progrès et n'a jamais cessé de s'améliorer. C'est tout le contraire d'une vedette. Il écoute les conseils qu'on lui donne et est toujours animé du désir de bien faire. Il peut jouer à tous les postes de l'attaque et de la défense. C'est un artiste et un battant. Il possède une très bonne frappe, que ce soit du pied droit ou du pied gauche. Il est doté aussi d'une détente excellente. En forme, il ne cesse de harceler les défenses adverses. Tahar a une soif de tout savoir et à chaque retour de stage avec l'équipe nationale, en plus d'un maillot nouveau, il apporte toujours un «truc» technique nouveau. Parmi ses défauts, en voici un, j'ai constaté qu'il lui arrive parfois de vouloir trop en faire, de compliquer son jeu, Tahar aime la fantaisie. Quand il joue simplement, ce qui est souvent le cas cette saison (NDLR: 1972/1973), il est irrésistible. Certes, Tahar a beaucoup à apprendre, surtout à souffrir pour se situer et connaître son entourage. L'ingratitude humaine n'a pas de limite. En tant qu'homme, il possède une bonne moralité. Tahar est poli avec tous ceux qui l'entourent. D'un caractère jovial, il se rebiffe contre tout ce qui n'est pas net». Et Saïd Amara de conclure sa missive par un conseil d'une éternelle actualité: «Faites toujours ce que vous croyez, tout en conservant l'enthousiasme. Les hommes et les équipes changent mais la foi reste. Le plus dur dans la vie est de savoir évoluer et se renouveler».

L'hommage de la presse brésilienne

Faisant jeu égal avec la perle noire Pelé lors d'une épique empoignade au non moins prestigieux stade du 19 Juin contre le mythique club de Santos, au début des années soixante-dix, Tahar Benferhat reçoit un hommage appuyé de la presse de Bahia avec des termes fort élogieux. En effet, à cet arrière central, étonnant par son sens du placement, son sang-froid, son efficacité dans les luttes individuelles et sa précision dans la relance, la presse brésilienne a désigné Tahar comme le meilleur joueur à ce poste sur le même plan que Trésor. Avec son compatriote algérien Hadefi, il constitua un tandem aux qualités très complémentaires grâce à sa sûreté et son sens remarquable de la couverture.

Parmi l'équipe algérienne du siècle

A l'occasion d'un sondage réalisé à l'orée du troisième millénaire, l'hebdomadaire sportif «Compétition» intègre Tahar parmi l'équipe du siècle aux côtés de Cerbah, Merzekane, Kouici, Zitouni, Ali Bencheikh, Lalmas, Assad, Madjer, Belloumi, Rachid Mekhloufi et Ahmed Oudjani.

Les répétitions... en direct !

Sollicité pour botter un coup franc à l'entrée de la surface de vérité, la capitaine des «Bleu et Blanc» place le cuir en plein dans la lucarne du gardien Tahir de la JS Kabylie. Refusé par l'homme en noir, Tahar réussit une exacte réplique en direct coupant le souffle à un public «sidéré» d'admiration. Pour narguer l'arbitre et lui prouver qu'il était capable de placer le cuir à l'exact endroit que le but marqué, Tahar s'attire le courroux du referee et écope d'un carton jaune sous les bruyants quolibets du nombreux public présent au stade.

Habib, tel fils tel père !

A dix-neuf ans, le fils cadet de Tahar, Habib, évolue dans toutes les catégories à la JSM Tiaret avant de se voir stopper net dans sa carrière alors qu'il jouait sa première année en juniors «A». Pour son père, le renvoi policé de son rejeton ne peut signifier autre chose qu'un «règlement de comptes avec un homme qui a consacré toute sa vie au club-phare des hauts plateaux de l'Ouest», soupire Tahar sans accepter de piper un mot de plus...!

Par Le Quotidien d'Oran

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